12/04/2017

Paterson de Jim Jarmush

PATERSON

de Jim Jarmush

avec Adam Driver et  Golshifteh Farahani

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Paterson vit à Paterson et conduit un bus à son nom, un bus de Paterson. A Paterson sont nés William Carlos Williams ou Allen Ginsberg, des poètes. Bud Abbott, l'humoriste qui faisait duo avec Lou Costello, est aussi originaire du coin. A Paterson, New Jersey, on trouve poètes et humoristes. Paterson, lui aussi, bien que n'ayant rien édité encore, est poète, il se ménage des temps d'écriture, il vit avec sa femme, Laura, très amoureuse, éprise de son talent poétique, pleines d'initiatives farfelues et charmantes. Ils ont un bouledogue capricieux et malveillant, Marvin. Paterson écrit des poèmes dans un carnet. Nous assistons à la naissance de ses poèmes, à leurs prises d'élan, à leurs balbutiements, à leurs envols. Nous entrons dans le rythme lent, répétitif, appliqué de leur conception. Nous entrons dans le rythme distinct, étrange, insolite, alenti de la conception des poèmes. Nous vivons une semaine avec le couple, nous passons sept strophes avec eux. L'écran est lui aussi une sorte de carnet sur lequel les poèmes se déposent dans une belle police de caractère. Le bus de Paterson est un grand miroir qui boit les images de la ville, les place dans des positions originales, c'est une chambre d'échos qui reçoit les commentaires drôles, touchants, ingénus des passagers. C'est un théâtre poétique du quotidien qui roule à travers la vie de la ville. Sept jours, sept strophes, la merveille sans cesse toute proche de l'ordinaire, le circuit habituel toujours orné d'une perle, d'un instant de rire, d'une émotion, d'un rire sur le dos d'un drame échoué. Le soir, lorsque Paterson va promener son bouledogue anglais, il fait un petit détour par le bar pour prendre une bière, discuter avec un ami, une amie. Il laisse son chien à l'extérieur, comme un poète mis à l'écart de la cité. 

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Ce film, construit comme un poème (les poèmes de Paterson sont libres, non versifiés) est savoureux, délicat, pudiquement sensuel. Ce film rit et charme, il touche aussi au tragique mais avec l'élégance étrange, le tact farfelu d'un clown de talent. Sa lenteur est bienfaisante et hallucinante, un bercement. Sa lenteur est habitée, inspirée. Le film est délectable, savoureux comme les gâteaux artistiques que Laura prépare avec minutie, comme les robes ou les rideaux qu'elle peint, comme son désir candide et ravissant d'apprendre la musique folk avec une méthode et une guitare qu'elle acquiert pour deux cents dollars.C'est une oeuvre sur l'écoute de sa propre singularité, de ses voix intérieures, sur la disponibilité à l'autre, sur la capacité à reconnaître l'attrait de l'autre, son talent. C'est une oeuvre sur la sérénité, tout à fait distincte du cinéma américain par ses moyens et ses propos. C'est un semis de poésie sur une ville moribonde. Un ville qui produit soudain des fleurs, de somptueuses images d'eau, des poèmes, des rencontres extravagantes. Il y a une harmonie possible, même lorsque le réel est cerné de vestiges, même lorsqu'une immense déconvenue survient.

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Le film de Jarmush nous propose de respirer à son diapason et lorsque l'on y consent, c'est une fête pour le corps et pour l'esprit. Pour l'âme, ai-je envie d'écrire. Le pouls qui assure les battements du film (coeur et ailes) laisse une enivrante impression de fièvre délicieuse, de frisson et d'humanité sensible. 

Adam Driver, à l'abri de tout sens de l'exploit, crée un personnage de poète captivant et poignant, habité et distrait, présent et presque absent, disponible à la culture de son jardin secret. Golshifteh Farahani, la somptueuse iranienne, crée un rôle féminin inaccoutumé, poétique, délicat, tendre, volontaire et, dans un rassérénant sens du partage et de l'équilibre, à l'écoute de son conjoint et à l'écoute de ses propres rêves.

Sans doute Jarmush nous rappelle-t-il que l'écran de cinéma peut être, lui aussi, un lieu où la poésie est déposée, où elle peut être reçue, où elle peut vivre.

Voilà une pépite, deux heures liquides sur lesquelles celui qui possède un voilier dans sa tête pourra naviguer.

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02/04/2017

Chroniques du Poisson Pilote n°33

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Pour le moment, mettant la dernière main à un recueil de courtes nouvelles, je me suis abstenu de toute activité parallèle. Mais promouvoir ce que j'aime reste pour moi une aventure essentielle, vitale. Une aventure pratiquement indépendante des effets qu'elle produit. Une aventure dans laquelle, sans être totalement replié sur moi-même, je me sens parfois, en toute humilité, une sorte de Jean des Esseintes qui se met à l'abri du monde derrière un rempart d’œuvres. 

L N    A F T E R

https://www.facebook.com/hellen.halftermeyer?fref=ts

Je voudrais d'abord revenir sur une artiste dont j'avais adoré et signalé comme une émergence importante l'apparition des premiers éléments de l'œuvre. Elle montrait peu. Ce qu'elle montre aujourd'hui, peu encore, confirme la formidable singularité d'un talent exceptionnel. Un univers troublant, profond, original, puissant, poétique par la manière dont il traite l'estompement et la presque évanescence de l'être, se construit progressivement. Dans un magistral jeu de nuances, on voit cohabiter force et distance, solitude et hantise, souffrance et silence, appel et mutisme, présence et dilution. Je suis épaté par la façon dont l'artiste (qui utilise au demeurant les couleurs avec une pertinence rare) accentue l'effet de présence par les premiers signes de son abolition. Je pense à une oeuvre vaste, riche, étrange, inspirée par le thème de l'oeuvre humaine menacée d'extinction.

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H É L È N E    B É N A R D E A U

à mon amie Christiane Mégel

Le 5 février 2017, Hélène Bénardeau est morte. Après plus d'une décennie de lutte contre le cancer, la belle sirène de la Loire (mère, enseignante et écrivaine) s'est absentée. J'avais assez récemment fait la connaissance d'Hélène mais son départ m'a profondément bouleversé. Je suis d'avis qu'il faut la retenir, qu'il faut capturer son souvenir, son imagier, ses mots, ses fleurs et les perpétuer comme on le fait quand on aime quelqu'un, quand on est sensible à son esprit, sa lumière, sa beauté. Voilà pourquoi, dans mon espace internautique, j'ai à cœur (par affection, par goût de l'esprit, par fidélité) de semer des traces d'Hélène. De faire jardin parmi ses fleurs. De recueillir ce précieux qu'elle dispensait. J'ouvrirai sous peu un nouvel article consacré à cette magnifique Passante. 

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/helene-benardeau/

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A L A I N    L A B O I L E

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/alain-leboile/

Je lui ai consacré de nombreux articles. C'est un artiste immense. Un enchanteur. Il n'a plus besoin de soutien, il vole, son oeuvre est reçue et célébrée. Nous, par contre, nous continuons à désirer la bienfaisante présence de son oeuvre poétique, son talent inventif, ses clichés habités, sa manière de considérer le monde, sa vision, ses merveilles, sa façon inédite de capturer la beauté et la grâce des siens. Cette façon et cette qualité de regard enchantent. 

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F R E D D Y   R A P I N

http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/avec-freddy-rapin/

Un autre de mes hôtes. Rapin, avec qui j'ai collaboré, m'avait déjà saisi avec une création rouge. Celle-ci, lorsque je l'ai découverte, m'a procuré un grand sentiment de ravissement. Dans cette seule photographie, des poèmes entiers et rouges sont contenus. J'écrirais volontiers un roman pour m'en faire une illustration de couverture.

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M I C H E L    F E R R A N D

http://ferrand.wixsite.com/michel-ferrand/

Nos amis sont toujours les plus mal servis. Je m'aperçois, éberlué et confus, que je ne possède rien de Michel Ferrand dans mes espaces.  Pourtant il y a à dire sur cet homme touchant, délicat, profond, singulier, attachant et loyal. Il y a à dire sur son exploration soutenue des âmes semées dans la nuit, sur les hantises qu'il explore à la lampe noire de son talent. Sur l'inquiétude qu'il approche comme un animal sauvage que l'on ne veut pas effaroucher, sur l'humanité secrète, embusquée, désolée dont il rend compte avec un impressionnant sens du frisson et une sensibilité qui me bouleversent. Ferrand est là, derrière le masque conventionnel des êtres et ses encres - tags et fresques poétiques chaulés et charbonnés sur les parois de la nuit, comme des loups à la face cachée de la lune, hurlent. J'aime cette faune humaine à l'écart des rangs et de la lumière, établie dans sa propre et nouvelle leçon de ténèbres.  Car oui, j'entends dans l'oeuvre des voix d'anges, des voix douloureuses, nocturnes, blessées, perforantes. J'aime avec tendresse ces terribles et déchirantes fleurs de lune qui s'ouvrent tandis qu'une partie du monde se ferme et ferme les yeux. Je suis happé par ces yeux noirs ou absents, ces yeux de nuit. 

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13/03/2017

Manchester by the sea (Kenneth Lonergan)

MANCHESTER  BY  THE  SEA

D u   g r a n d   c i n é m a

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Encore un film de qualité. Lent. Douloureux. Éprouvant. Passionnant. Souligné par une bande originale étonnante, avec des bouffées parfois intenables en densité émotionnelle.

Lee Chandler est ouvrier d'entretien. C'est un type étrange, lent, détaché, presque somnambulique. Il est appelé en urgence, son frère Joe, atteint d'une maladie cardiaque, vient de faire un malaise. Quand Lee parvient à l'hôpital de Manchester, son frère vient de mourir. Lee va devoir affronter cette réalité sordide, il va être chargé de l'éducation de son neveu et il va renouer avec la tragédie de son passé familial.

Le film est très construit  par vagues de flash-back intimement serties dans le présent. Le rythme est lent. Le film prend son temps. L'image, même urbaine, est soignée mais demeure sobre, pleine pourtant de trouvailles, de vues touchantes. Mais l'image, dans la trame de l'histoire, ne cherche pas ou peu l'effet dramatique. La musique apporte souvent cette dimension de soulignement intense et soutenu. 

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Le film respire d'une façon oppressante, d'une oppression communicative et son atmosphère de tragédie ordinaire a quelque chose de plus, une intensité, une profondeur, une acuité rares. La vibration tient du début à la fin. A l'écart de la démonstration, ce film vaut par son désir, souvent exaucé, de toucher à l'essentiel, à l'âme enfouie des personnages, il vaut par sa volonté de chercher l'être et sa vérité (fût-elle fragile, aléatoire, changeante).

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Le film découvre progressivement, comme on lève un voile, l'ampleur terrible du séisme. Son étoilement. Ses séquelles.

Dans des décors modestes, dans la trame pénible de vies ouvrières simples, sur des vues de la petite cité balnéaire de Manchester, la musique produit des effets faramineux. Haendel, Albinoni, Massenet entrent ici pour insuffler de la dimension, pour attiser et dilater l'âme du film. C'est une réussite considérable. Comme en est une autre la musique hallucinante, hypnotique, dense et flottante à la fois de la compositrice et musicienne canadienne Lesley Barber. C'est aussi un grand atout de ce film.

https://www.youtube.com/watch?v=b9iKo5piMwk 

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Il y a le martyre d'un homme revenu à la source de sa tragédie. Il y a sa presque extinction et la façon pressante, urgente dont le monde l'appelle. Il y a son dénuement et les trésors qui sont exigés de lui. Il n'y a pas d'héroïsme, il y a l'ordinaire, le quotidien, la démesure insupportable de la vacherie du destin. Puis, affleurant par instants (des instants qui sont ici sublimes), on aperçoit subrepticement la beauté des êtres, leur sensibilité, leur fêlure. 

Il y a cet aboutissement fameux d'un cinéma qui réfute l'apparat, la pompe, l'artifice. Et des prestations splendides. Casey Affleck (virtuose), Michelle Williams (déchirante) et une formidable distribution.

11:41 Publié dans Coups de coeur | Lien permanent |  Facebook |

12/03/2017

Les Chroniques du Poisson Pilote n°32

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Cette fois, un numéro ample, une enfilade de perles baroques, des fleurs violentes, des découvertes splendides, des rencontres heureuses. En philanthrope parfois grièvement sujet à un irrépressible dégoût de l'humanité, je ne retiens dans mes Chroniques que ce qui me charme, m'enchante, me bouleverse, me surprend, me déstabilise, m'aide à vivre. Le reste, - une abondante, une profuse diarrhée de croûtes molles, ne me sollicite désormais plus.  Et je vais, - chevelu, blanc, hirsute, un tantinet rebelle - en ligne directe à mes prédilections, en prenant garde, tout de même et malgré le bénéfice de chance que je pourrais en tirer, de ne pas fouler les étrons artistiques qui jonchent les rues, les salons, les galeries de notre monde en pénurie de pertinence. Il se pourrait, bien sûr, que je me trompasse quelquefois, que je fisse, en matière de goût, l'une ou l'autre faute, mais ces fautes et ces fautelettes, j'ai à cœur de les commettre seul, sans la bénédiction ou l'arbitrage de qui que ce soit. Il se pourrait que moi aussi je fisse de temps en temps les frais d'une carence de pertinence. Je le supporterai si j'ai pour consolation que mon impertinence demeure à l'abri de la panne. Deux choses (parmi d'autres) sont en moi inépuisables : l'enthousiasme forcené et la répugnance forcenée. Quand je me tâte (très honorablement s'entend), il m'apparaît quand même que j'aime aimer. En voici quelques preuves.

ASSUNTA GENOVESIO

On sait l'admiration immodérée que m'inspire l'oeuvre de l'artiste peintre Assunta Genovesio. (C'est un nom majestueux, je m'en rends soudain compte Il est conçu pour entrer dans la légende). J'ai beaucoup écrit sur elle, elle fera partie de ma prochaine navigation littéraire et artistique (Chercheur d'art chez JF Editions en mars 2017), elle a un pied-à-terre dans mes Chroniques, chaque nouveau tableau d'elle que je découvre me surprend et m'étreint le cœur. Chaque fois, je suis confronté à ce surcroît étrange, ce supplément où force, grâce et persuasion s'entendent. Chaque fois, la foudre se répète, chaque fois, une longe fréquentation, une patiente observation de l'oeuvre sont heureuses et bienfaisantes. Chaque fois, un bienfait est au rendez-vous. Une magie opère. Chaque fois, le sentiment est alarmé. Ici, la stupéfiante création de la lumière, la qualité de l'obscur, une atmosphère étourdissante, un ciel qui d'emblée entre dans mon intimité, des tons affolants. Il y a, avec le savoir-faire et le savoir-inventer, un parfum d'oeuvre, une dimension, une signature, une ampleur. Une respiration. Et j'entends un violoncelle. 

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JEAN-CLAUDE SANCHEZ

Il est ici chez lui. Mes espaces sont riches d'albums de Jean-Claude Sanchez. J'ai multiplié avec lui les collaborations. Je le connais un peu, désormais. Je sais notamment cette sorte d'adoration qu'il voue à la beauté asiatique. Et pourtant, à chaque fois, la nouvelle oeuvre me surprend et me subjugue. Un vrai talent exclut qu'on s'habitue à lui. Ici, une majesté étourdissante et singulière, avec des drapés d'une perfection sculpturale. Mélange heureux, sublime de densité et de légèreté, de dissimulation et de révélation. Les épaules sont superbes, le vase du corps et la perfection formelle confèrent à la femme un subtil et cohérent mélange de profane et de sacré. 

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a ass a.jpgELISA RETAILLEAU

http://elisa-arts.fr/

https://www.facebook.com/elisa.retailleaubureau

Artiste plasticienne, (peintre, dessinatrice, photographe), son travail est centré autour de la représentation du corps féminin et du mouvement, une démarche fondée dans la pratique de la danse. Elle est, - quelqu'un merci ! - un peu folle. Ses magnifiques photographies patiemment et artistement mises en scène, insolites et séduisantes, l'attestent. Dans son entreprise picturale, le trait est nerveux, rapide, frénétique, électrique et maîtrisé, il combine aussi quelque chose de délié, un goût inspiré, esthétique de la boucle, une rencontre harmonieuse de l'arrondi et des angles. Il y a une griffe, une patte. Les couleurs sont esquissées, parfois intenses, ardentes, souvent hypnotiques. Les couleurs aussi dansent et s'agitent, vivent en effervescence. Il y a là une grande liberté de ton, de sujet, une oeuvre audacieuse, une féminité orgueilleuse, séductrice, rayonnante, un mélange détonant d'ingénuité et de malice. Cette oeuvre me fait songer à une écriture pleine et lyrique. Ses photographies sont originales, allègres, poétiques, drôles, parfois, elles établissent des rapports sensibles et heureux, inspirés avec la peinture. L'oeuvre est complexe et indépendante, très personnelle, pleine de nuances, d'humeurs, de saveur, de caractère. 

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SABINE DELAHAUT

Sabine Delahaut est une artiste graveur que j'admire énormément et dont j'aime publier des œuvres dans mon espace. Je reviens toujours à sa technique minutieuse, aux  envoûtantes atmosphères de poésie, de mystère et de merveille de son travail. J'y reviens inlassablement. Sabine est dans l'actualité immédiate, elle expose à Liège, voir la superbe affiche en bas.

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SUZY COHEN et SUZETTE ALANIS

ne sont qu'une (part de la multiplicité de cette femme)

http://suzy-alanis.skynetblogs.be/

https://www.facebook.com/cohen.suzy

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a cohen suzy 7.jpgVoici un être étonnant. Une Suzy tout à fait inhabituelle. Distincte. Remarquable. Salomé, dit-elle, pour parler d'elle. Oui, Juive, fille d'Hérodiade, oui. Coupeuse de tête (elle ne coupe point, se contente d'exiger qu'on coupe) dont, retour de flammes !, la tête sera prise par le froid sur un plateau de glace. Salomé des peintres et des auteurs soulevant la tête du baptiste. Elle se sent Salomé, Suzy Cohen. Suzy Cohen est, au physique, une femme plantureuse, une Fellinienne (à mi-chemin d'Anita Ekberg et de Sandra Milo), une divinité à la rotondité exemplaire, Héra qui jetant son lait invente la voie lactée, une voluptueuse ample et fragile, un phantasme qui rit, aussi, une pin-up qui ragaillardit le marin en haute mer, au front, quelque part où il est penché sur l'icône. Elle a, disons, une bouche pour dire les Fleurs du mal. Des lèvres à cocktails épicés. Les yeux laissent songeur. Elle est du côté, dirait-on, à la voir, du sensuel, du suave, du voluptueux. Elle vit, exotique, très loin, à l'autre bout du monde. Il y a la mer, des pirogues. Un énorme décalage horaire. Et sa plénitude allongée sous le soleil exactement. Elle fait penser à la transformation, l'heureuse alchimie du marbre en moelle. Elle a des regards, des sourires mutins, enchanteurs. Du jazz est autour d'elle. C'est une belle joueuse. Insolente. Renversez-là, de grâce (avec son consenetment, nécessairement) sur un Steinway et qu'elle nous chante, décolletée et lente, I'll string along with you. Oh l'ample Sassie blanche, la diva qu'elle serait. Ecoutez ceci pour comprendre ce à quoi je pense.

https://www.youtube.com/watch?v=0ssAb-wJ3T4

Il se pourrait qu'elle ne chantât pas ou faux. On est disposé à tout lui remettre. Suzy Cohen, sûrement, - et dans mon esprit au moins - des gens viennent de très loin pour entendre (et enregistrer ses gémissements). Brame de jument licorne, geignement de sirène.  

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Mais non, ce n'est pas exactement de cela que nous parlent les poèmes de lady Cohen. Il parle de cela aussi mais assez peu. Ils sont plus graves, plus douloureux que l'icône que nous esquissons. Ils sont plus profonds. Ils sont d'une veine existentielle.chargée, marquée au fer rouge de la vie. Ils ont une intensité plus acérée, plus pointue. Ils ont des angles, des tranchants, des arêtes, des dérives. Ils sont blessés, vivants, ils palpitent, ils tremblent. Ils remuent ceux qui les lisent. Ils font affleurer des frissons. Ils s'écartent du léger, naviguent dans une geste sombre. En voici.

feuillets de corde et temps de glace: le tps qui reste

il est quatre heures du matin

elle le sent, elle ne va pas se rendormir

c est le printemps dans ce satané pays, il a encore neigé..

hier soir, elle a mal tiré les occultants , ainsi,  elle peut encore  apercevoir, par l interstice, un petit bout de ciel de nuit, livide, où se détache le squelette d un arbre nu, comme un présage..

elle enfonce sa tête dans l oreiller de plumes, relève ses couvertures et caresse automatiquement son corps nu, lui aussi comme cet arbre qui refuse de bourgeonner en ce faux printemps, son corps enfoncé définitivement dans un  hiver létal

la peau est encore tannée par le soleil des iles et douce, son corps , elle le connait parfaitement, c est un sac de coutures

elle le connaît si l’on peut dire, sous toutes ses coutures

le ventre est un peu replet et doux, elle arrive au pubis qu elle a voulu glabre, le caresse doucement jusqu' à la béance qui libère des arômes célestes, enivrants de vie

elle jette un autre coup d’oeil dehors où se remettent à tomber des flocons anesthésiants de volupté sur ses blessures qui ne se refermeront jamais

bientôt des pluies de l au delà du monde, des pluies venimeuses viendront ruisseler à travers un azur dément sur l’étendue malade de son esprit

le médecin lui a affirmé : "un mois, maximum"...

elle sait, donc.

elle continue de se parcourir doucement sous  la chaleur bienfaisante de son édredon

le temps qui reste, elle va l occuper à transformer ce mécanisme branlant en sensations divines, en fulgurances

demain elle appellera M, il ne saura rien de son drame

il continuera à l aimer, à la célébrer, à transformer ce corps de douleur en manne de plaisir

alors, elle oubliera, elle l’aimera aussi comme on aime un alchimiste, elle aimera aussi ce corps à l’histoire impitoyable

elle se dira, pour se rassurer que DIEU existe,  qu’il y a des ailleurs plus cléments

pensera tout bas "DIEU je ne dis pas que tu n es pas, je dis juste que je ne suis plus"

le dénouement sentira la chair à plein nez

il sentira la fête, la célébration rayonnante de la complémentarité entre le souffle ultime de la chair et la respiration haletante de la pensée

un jour, un jour à la fois

laissez-moi la résurrection de la chair, l’esprit se libère à l’approche de l inéluctable

le temps qu’il me reste

je veux l arracher définitivement au vertus rassurantes de la raison, mourir folle comme j ai vécu

le temps qu’il me reste se comptera en caresses, en tango des peaux

elle pense à deux phrases si similaires et si opposées

"je compte les jours"

"mes jours sont comptés"

elle sourit

le jour se lève

 

mais voir un ami...

il y a eu notre première rencontre

tu m’as lorgnée impitoyablement, au-dessus de tes petites lunettes de stakhanoviste

et j ai su, au premier regard , que nous allions vivre quelque chose d’inclassable

t avais l’air d un animal blessé

la lumière semblait trop intense pour toi car je crois que tu la voyais au travers des souterrains du sommeil

 

et puis , nous avons décidé de changer d’endroit

le café versailles avait ses limites

ta démarche ressemblait à une fuite interminable

tu semblais vaciller, perdu dans un abîme de grisaille

 

tu m’as appris le goût de la chimay bleue

ton visage accidenté ressemblait à une toundra

tu parlais, tu riais, tu buvais, tout était dans la démesure

 

il faudra comprendre la leçon du chagrin

qu’un geste suffit à écarter

il faudra comprendre le corps qui s’éteint comme muni d un rhéostat

 

il faudra comprendre le frisson

que nous mettons chaque jour de côté

sans savoir s’il annonce

ou abrège le souffle d autres vies

 

Il faudra réapprendre à aimer st gilles

 

just before

tu nous attends, de pied pas tout à fait ferme

dans cette petite maison blanche

impersonnelle mais  totalement adaptée à l’inconfort physique

 

je regarde ton visage

je le reconnais de moins en moins

tant il est bouffi

la  démarche devient mécanique

et bizarre

tu me fais penser à un playmobile

qui ne veut rien perdre de sa superbe

 

hier toutes tes forces restantes

ont servi à m’engueuler

à me donner une leçon de vie

ironie bizarre de la fin

 

B.

s’endort dans le fauteuil

comme un chat près du poêle

je vous regarde

et  me sens infiniment seule

infiniment triste

un nuage de vie qui passe

dans un ciel sombre

 

je vais finir par haïr la chimay bleue

 

sois sage ô ma ...

partout , il y a la douleur

persistante comme une pluie d’automne

comme la litanie des morts

 

dans mes rêves, dans mes artères

dans l’humidité des saisons

dans chacune de mes pensées

chacune de mes sensations

 

partout, il y a cette vrille

mouvement qui me précède

va –et-vient perpétuel

entre le monde et moi

et qui repousse les limites

de ma résistance

 

mon sismographe fonctionne

24h sur 24

et de secousse en secousse

je me lézarde un peu plus

(Sources : http://suzy-alanis.skynetblogs.be/)

NADINE BOURGNE

https://www.facebook.com/nadine.bourgne

http://www.nadine-bourgne.odexpo.com/

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En une formule très succincte, Nadine Bourgne évoque subtilement son art pictural : "Je réconcilie l'ordre et le désordre, la couleur et ses résonances, mais ma peinture restera tendrement agressive et follement solitaire". Je lisais, tout à l'heure, que cette artiste doute, qu'elle marche sur la falaise du désarroi. Ce sont toujours les artistes que le talent n'épargne pas, les artistes que le talent étreint au point de les faire suffoquer qui sont en proie au doute, à la détresse. Ici, chez Nadine Bourgne, il y a une oeuvre importante, originale, ardente. L'imagier brûle, grouille comme en force. Ces tableaux ont aussi des âmes de vitraux mis en joue par le soleil. Il y a une force, une solidité, une orchestration du chaos, une puissance de séisme ordonné. Une énergie faramineuse. Le fantôme du Cobra hante le travail singulier et personnel de Nadine Bourgne. Il y a un état d’ébullition dans ce travail pictural. Des éléments figuratifs habitent de grands orages abstraits. En même temps, ces intempéries vivent dans une sorte d'intimité, comme un monde intérieur et ses agitations révélés au regard de l'amateur d'art. Un univers intestin retranscrit dans ses états de nerfs, de fièvre, de rêve, de colère, de cauchemar, ses résurgences, ses saillies du passé, sa santé même. Comme la carburation de l'être mise à jour. La percolation de la vie en lui. Sans doute s'agit-il moins de lire que d'éprouver, de ressentir ce qui est montré.

Allez sur l'espace facebook de Nadine Bourgne, regardez l'oeuvre, rendez-lui justice, célébrez-la, partagez-la comme elle le mérite. Ne laissez pas un tel talent succomber au désespoir.

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11/03/2017

Fences (Denzel Washington)

F  E  N  C  E  S

C h e f - d' o e u v r e

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Je n'ai pas envie de faire le tri dans mes sensations, mes sentiments, mon désordre, de faire ouvrage de critique. Je veux rendre compte d'un état d'ébullition. Je veux, comme à la volée, noter par traits les impressions et les sentiments sur lesquels me laisse le film. Entre les crétins qui décrètent l'oeuvre trop bavarde et ceux qui considèrent que Washington se mire dans son oeuvre, il n'y avait guère d'encouragements ou d'incitations à regarder le film. Dieu merci, ces sinistres cancres et ces sordides minables ne sont pas parvenus à m'en dissuader.

Le film se passe à Pittsburgh, USA, dans les années 1950. Maxon est un ouvrier noir qui ramasse les poubelles. Il est affecté à la charge à l'arrière du camion. Les Noirs se sont pas autorisés à conduire le véhicule...  Les espérances du père n'ont pas abouti parce qu'il est noir. Avec une rigueur implacable, malade, obnubilante, le père veut mettre les siens à l'abri du rêve. Lui, l'intransigeant, le dogmatique qui cédera pourtant à l'incartade. L'amour, l'autorité, le délire, le monologue, le réel, le passé nouent ensemble l'histoire de cette famille.

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C'est un chef-d'oeuvre noir et un chef-d'oeuvre tout court de Denzel Washington (réalisateur/acteur) d'après la pièce éponyme d'August Wilson (Washington et Davis avaient tenu les rôles à la scène). C'est une tragédie noire, imbibée de l'esprit blues, de l'esprit jazz, habitée par le calvaire de l' histoire noire américaine, une tragédie déchirante, terrible, un film disert, ample, étouffant sur la condition humaine noire dans les années 50, sur un être blessé (Troy Maxon, éboueur noir et père de famille), despotique, obsessionnel, baseballeur empêché, croit-il, en raison de sa couleur de peau, égocentrique et profondément inquiet du destin des siens, embourbé dans la poisse et les désastres du sien, égaré, consciencieux, sentimentalement invalide, et qui fait voir le meilleur et le pire en lui.

C'est un film construit, intelligent, loquace où la parole soulage et envenime, ouvre et engendre des rotations folles. C'est un film sur la différence au sein de la même tribu, sur les ressemblances cachées, secrètes. Cela tourne jusqu'à l'ivresse, l'ébriété, le vertige. 

C'est un film sur l'amitié, l'intensité de l'amitié, les embûches qui la guette, la menace. 

C'est une attrapade avec la mort, avec l'obsession de la mort et de ses sordides métaphores, sur la mégalomanie et la fragilité ensemble, sur l'impossibilité des guérisons et sur le salut quand même.

Un film sur le désir, l'oxygène, la faute, un film sur la folie, le délire, le vertige. Un film sur les murs entre les êtres, sur les barrières qui protègent et qui enferment, sur la porosité invisible entre les êtres. 

Oh, c'est filmé, savamment, généreusement, chacun y a sa place, tout rôle - au-delà de et malgré l'attitude tyrannique de Troy Maxon - y trouve une place pour établir sa présence, fût-elle péniblement accessible, difficilement tenable, périlleuse. 

C'est une réflexion abyssale sur l'hérédité, la transmission, la construction d'un être. C'est un grand film sur l'amour, le tourment, la débâcle existentielle, le salut, le pardon.

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Un film sur la générosité et la sanction, sur l'échec, sur le refus de renoncer, sur la passion.

Autour du despote aux pieds de cristal, chacun des personnages existe et étouffe, adore et suffoque, se perd ou se fraie un chemin. Une parole abondante, ivre, féroce mène et noie le film, l’égare et le légende, le propulse.

Je n'en veux pas dire grand-chose d'autre. C'est trop tôt. Je suis épuisé, admiratif, épaté, bouleversé. L'oeuvre - difficile, dérangeante, captivante - est interprétée supérieurement par des acteurs totalement investis dans leurs rôles, des rôles pénibles, brillants, ambigus, puissants, tordus, marqués, meurtris, aimants, haineux, perdus. Viola Davis est époustouflante. Comme acteur et comme réalisateur, Denzel Washington réussit un coup de maître. Toute la distribution étourdit par son implication.

Je dis ceci : ce film noir, doublement noir et qui s'ouvre à la lumière, est à mes yeux une grande chose. Je me fous de ne pas faire l'unanimité et je conchie l'avis des clercs (petites têtes dispensées de l'impression de tournis ou d'enivrement) qui réprouvent laconiquement, misérablement l'excès de mots, de paroles,de saveurs, de minutes, qui n'y pressentent ni l'intense, ni l'ardent, ni le feu qui cherche périlleusement à dire l'essence, l'existence.

L'art noir place, avec Fences, un nouveau joyau à sa couronne. L'art tout court bénéficie de son éclat. 

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Le film est encore servi par une bande originale exceptionnelle. Détails prélevés sur youtube, au lien mentionné ci-dessous. Fences (2016) Original Motion Picture Soundtrack composed by Marcelo Zarvos. The Soundtrack consists of thirteen original songs by Zarvos along with others by Gene de Paul, Don Raye, Dinah Washington, James Cleveland, Sammy Cahn, Axel Stordahl, Paul Weston, Little Jimmy Scott.

https://www.youtube.com/watch?v=N7jXfzhWVbw

En guise de synthèse, un film époustouflant, historique, servi par des acteurs inspirés, engagés. Le talent et la présence des deux acteurs (Davis et Washigton) m'ont subjugué. J'ai la certitude qu'ils sentaient tous les deux qu'ils ne faisaient pas simplement un film mais qu'ils accomplissaient un pas dans l'histoire du cinéma.

00:28 Publié dans Coups de coeur | Lien permanent |  Facebook |

18/02/2017

Susanne Abbuehl

Susanne ABBUEHL

A1.jpgSusanne Abbuehl est une compositrice et chanteuse suisse née en 1970. C'est une des plus belles voix jazz que je connaisse. Elle vient de la musique baroque et jouait de la harpe. Elle est professeur aux universités de musique de Lucerne et Lausanne. On consultera son beau site et son projet en instance, la parution de son troisième album, "The Gift", prévu en mai de cette année.

http://www.susanneabbuehl.com/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Susanne_Abbuehl

http://www.universalmusic.fr/susanne-abbuehl//discographie/

Quelques titres de la belle artiste :

http://www.youtube.com/watch?v=2PHaAQUlc30

http://www.youtube.com/watch?v=Ys8Xcs40Rfk

http://www.youtube.com/watch?v=3joBWeAqAPc

http://www.youtube.com/watch?v=6Yld6QfQcdQ (très beau, présentation de la collaboration avec le pianiste Stephan Oliva) 

http://www.youtube.com/watch?v=JsMNzo-1qLI (une merveille, la chanteuse en compagnie de Matthieu Michel)

http://www.youtube.com/watch?v=Ys8Xcs40Rfk 

https://www.youtube.com/watch?v=hBY0dslTN20

https://www.youtube.com/watch?v=FC6MLeJGf8g

https://www.youtube.com/watch?v=ldAEE5UqMK8

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09:41 Publié dans Voix de femmes | Lien permanent |  Facebook |

Blues session (4)

Canned Heat

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https://www.youtube.com/watch?v=qRKNw477onU

Fred and the Healers

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https://www.youtube.com/watch?v=SyJUIizmhXA

Bobby Radcliff

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https://www.youtube.com/watch?v=AJD4bFJtOSQ

Buddy Guy

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https://www.youtube.com/watch?v=KRihhTQik2k

Howlin' Wolf

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https://www.youtube.com/watch?v=_CRdD2-8kUY&list=PLw5...

T-Bone Walker

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https://www.youtube.com/watch?v=T5lokLq6fY4

Luther Allison

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https://www.youtube.com/watch?v=fN2iB_99-hs

George Thorogood

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https://www.youtube.com/watch?v=97ECZMvbLxg

Taj Mahal

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https://www.youtube.com/watch?v=AyPfQQonYy4

Robben Ford

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https://www.youtube.com/watch?v=XGzibVH-YCA&list=PLv_...

Tampa Red

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https://www.youtube.com/watch?v=atG0vsVmID8

Deitra Farr

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https://www.youtube.com/watch?v=tcN_2QpzuGw

09:18 Publié dans Blues session | Lien permanent |  Facebook |

07/02/2017

Voix de femmes

Il y a bien sûr ces voix féminines qui sont intimement présentes dans ma vie et que je veux (bien qu'elles aient de la place ailleurs dans mes espaces) célébrer ici. Je veux leur faire place ici.

Lhasa de Sela

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1972-2010, américano-mexicaine - C'est la voix qui a bouleversé ma vie déjà bien avancée, c'est devenu instantanément la voix de ma favorite. Elle représente à mes yeux une féminité passionnée, originale, intelligente, libre, sensible, délicate et forte, imaginative, inventive, intense. C'est une fée, un elfe, un charme inédit, un être tout à fait vrai et proche. Elle est sans doute l'artiste la plus présente sur mes blogs.

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/lhasa-de-sela/

Je choisis ici quelques chansons mais il ne s'en trouve pas une, à son répertoire, que je n'aime pas. Ici, je reprends le petit concert de Montreal filmé et enregistré de façon superbe par le réalisateur Vincent Moon.

https://www.youtube.com/results?search_query=Lhasa+concer...

 

https://www.youtube.com/watch?v=6poApBn_KqM&list=PLX_...

Rita Damasio

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La diva portugaise aussi est très présente dans mes espaces. Lhasa a été le fil d'or qui a cousu notre amitié. Rita, c'est désormais mon amie. C'est une grande fierté d'être proche d'une femme aussi douée, aussi habitée par son art, aussi désireuse d'appartenir au chant du monde. C'est un grand talent, une voix onctueuse, profonde, faite de nuit, de velours, de foi, de grâce et de poésie. 

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/rita-damazio/

Après une carrière de choriste, une aventure formidable en tant que chanteuse au sein de la formation portugaise Madredeus e a banda cosmica, elle s'est lancée dans l'aventure personnelle. Son premeir album "Peregrina" vient de sortir. Elle en a composé les paroles et les musiques. Elle est ici assistée par les magiciens de Lhasa : Jean Massicotte et François Lalonde. Quel merveilleux accomplissement !

https://www.cdbaby.com/cd/ritadamasio

J'ai choisi ici de mettre en évidence les titres de son album Peregrina 

https://www.cdbaby.com/cd/ritadamasio

https://www.youtube.com/watch?v=0jEPKK_2OIo

https://www.youtube.com/watch?v=ng-o4gQQFAE

Tracy Chapman

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Tracy Chapman est une auteure-compositeure-interprète américaine née le à Cleveland (Ohio). Son répertoire, qui comprend une dimension contestataire et engagée, et son style mêlant blues, rock folk et soul lui ont valu le surnom de « Dylan noire » au début de sa carrière. Elle connait le succès dès la sortie de son premier album, grâce notamment à sa participation au Concert pour les 70 ans de Mandela en juin 1988, où elle interprète Talkin' 'bout a Revolution et Fast Car.

Auteure de huit albums studio, de Tracy Chapman (1988) à Our Bright Future (2008), elle a vendu plus de quarante millions d'albums dans le monde et reçu quatre Grammy Awards. Parmi ses principaux succès figurent également les chansons Baby Can I Hold You, Crossroads, New Beginning et Sing for you. Elle participe au concert "Tribute to Buddy Guy" en 2012 au Kennedy Center devant le président Barack Obama. Elle interprète la chanson blues "Hound dog. (Wikipédia)

Sa voix est noire et solaire, digne, vive, alerte, profonde, souple, indispensable. Cette voix vous traverse, vous remue de part en part. Et le sourire qu'elle affiche par-dessus achève l'oeuvre. 

https://www.youtube.com/watch?v=uTIB10eQnA0

https://www.youtube.com/watch?v=kjRo_CHSdt0

https://www.youtube.com/watch?v=qYKi_pjKmkE

https://www.youtube.com/watch?v=Q2wneBVssPc

DES'REE

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30 novembre 68, chanteuse anglaise de soul, R & B et pop. Une pure merveille architecturale, sa voix est d'une profondeur et d'une sensualité stupéfiantes, d'une gravité flexible et vibrante qui sème le frisson. 

https://www.youtube.com/watch?v=pO40TcKa_5U

https://www.youtube.com/watch?v=BKtrWU4zaaI

https://www.youtube.com/watch?v=x55doVYxwbQ

https://www.youtube.com/watch?v=BOFeDcpR4vQ

https://www.youtube.com/watch?v=SQcVqhuUftI

https://www.youtube.com/watch?v=1yGhmoXJscw

https://www.youtube.com/watch?v=5kN3g3VULLI

https://www.youtube.com/watch?v=TONk2fVfwUI

Elina Garanca

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Mezzo-soprano lettone née en 1976. Puissance, grâce, distinction, intensité perforante, qualité d'interprétation, de présence, d'allégresse, virtuosité admirable, registre vocal impressionnant, chaleur, lumière et épices dans la voix, aisance dans la profondeur et dans l'altitude (aucun vertige, sinon celui de l'auditeur), charme, présence formidable, fée charnelle, grande et captivante beauté, ensorcellement.

https://www.youtube.com/watch?v=0DO6S60OaE4

https://www.youtube.com/watch?v=lQR9d8Y96hY

https://www.youtube.com/watch?v=Hdc2zNgJIpY

https://www.youtube.com/watch?v=5U9gIr5aIyU

https://www.youtube.com/watch?v=vF5BBoylCzQ

https://www.youtube.com/watch?v=rFgOUXtcjcw

Andrée Simons

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1949-1984 - Auteur, compositrice, interprète belge.  Adolescent, je lui trouvais de l'allure, un caractère, une nature. Un voix de fille pas d'accord avec le cours des choses. Cela m'épatait. Je lui trouvais une plume, à cette Squaw. Et une fraise tout à fait charmante. Elle avait une petite voix ferme. Puis, je ne sais pas ce qu'elle est devenue. Je pense que ça n'a pas trop marché. Je continue à penser que c'est injuste. Très injuste. J'apprends qu'elle s'est suicidée à l'age de 34 ans après une tentative de percée dans Paris. Ici, j'ai trouvé sa discographie : http://www.encyclopedisque.fr/artiste/6515.html

https://www.youtube.com/watch?v=LfFyVsPq9pM

https://www.youtube.com/watch?v=3moJz6Pf2Dg

https://www.youtube.com/watch?v=0QdeWVtAubw

https://www.youtube.com/watch?v=gt15rZC3uBY

https://www.youtube.com/watch?v=JhesxB3niMQ

Tanita Tikaram

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https://www.youtube.com/watch?v=wXSTe9YMCKo

https://www.youtube.com/watch?v=aZadNtaQUZM

12:50 Publié dans Voix de femmes | Lien permanent |  Facebook |

06/02/2017

Voix de femmes : Nina Simone

NINA SIMONE

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Nina Simone, née Eunice Kathleen Waymon le 21 février 1933 et morte le 21 avril 2003, est une pianiste américaine, chanteuse, compositrice et militante pour les droits civiques aux États-Unis. Elle est associée à la musique jazz et au blues. C'est un caractère exceptionnel, un tempérament cyclonique, une sensibilité ardente, folle, effarante, c'est une présence magistrale, une féminité inédite, ensorcelante. C'est une souffrance exorbitante. C'est une amoureuse. C'est une conscience noire indispensable et une interprète faramineuse. C'est une déesse noire. Un soleil douloureux. 

https://www.youtube.com/watch?v=L5jI9I03q8E

https://www.youtube.com/watch?v=eAW3y5l6Dm4

https://www.youtube.com/watch?v=QH3Fx41Jpl4

https://www.youtube.com/watch?v=9QRjz6TYmYk

https://www.youtube.com/watch?v=CgXUeRbel3c

https://www.youtube.com/watch?v=N1xWFo8xEu8

https://www.youtube.com/watch?v=tgoRc3GoXo8

https://www.youtube.com/watch?v=vgX2EAdvFyw

https://www.youtube.com/watch?v=wT_Z-D31vbU

https://www.youtube.com/watch?v=BguiWbW5j3Q

https://www.youtube.com/watch?v=hBiAtwQZnHs

16:11 Publié dans Voix de femmes | Lien permanent |  Facebook |

Les Chroniques du Poisson Pilote n° 31 - Hélène Bénardeau - Otto Ganz

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Gardons la belle Hélène Bénardeau parmi nous

a hel bé 5.jpgMaintenant, oui, surtout, ne pas lâcher la main, maintenant, depuis hier, Hélène est morte. Ne meurent vraiment que celles et ceux de qui on lâche la main. Hélène Bénardeau, la lutteuse contre le cancer, l'écrivaine, la blogueuse humaniste. La très belle lutteuse. Nom de dieu, j'ai les doigts qui collent aux notes, je pèse une tonne de dépit et ma sonatine aussi. De la fatalité, elle a fait un orchestre. Un jardin. Un défi. Elle est noble, Hélène, très chevalière. J'envoyais depuis des semaines des messages d'espoir désespérés, des mélodies, des couleurs sur son journal. Là, depuis que la nouvelle est tombée, j'ai envpyé l'elfe Lhasa et son hymne Rising. Puis, ce matin, des fleurs de Redon et des Gymnopédies, des Gnossiennes de Satie. Je la connaissais à peine. Mais à présent, la peine se dresse comme un drapeau noir et je suis effaré. Effaré d'être touché à ce point, de sentir une entrée de deuil dans ma maison. La Crabahuteuse. Il faut aller chez elle, franchir le seuil de son espace et s'y promener. Peut-on le dire, sans blesser personne ? Une femme comme ça ne passe pas sans qu'on l'aime un peu. Sans qu'on l'aime. Sans qu'on demeure, sur son passage, épanoui. Comme chez Brassens. Les Passantes. Ainsi nomme-t-on celles qui restent définitivement. Que le violoncelle nous tronçonne donc, à la hauteur du cœur, là où l'on a mal. 

https://www.youtube.com/watch?v=vvjhsZYaofk

Oui, avec ou sans cheveux, elle a le profil de Dulcinée devenue vraie.

D'où vient que d'un seul coup une sœur nous manque ? Je vais l'écrire comme cela me vient. Cette femme, qu'elle écrive, qu'elle regarde, qu'elle évoque, qu'elle se souvienne, qu'elle paraisse dans sa chevelure superbe ou sous la dune merveilleuse de son crâne nu, elle répand de la lumière, de la grâce, et la saveur étrange d'un petit sel cuisant et taquin. Un fort et enivrant parfum d'humanité. Nous sommes trop bêtes, trop sensibles, nous cédons devant ça. Moi, je n'en ai pas fait secret auprès d'elle.

J'ai vu votre visage. je l'ai trouvé très beau. J'ai lu vos messages. J'ai lu que vous livrez un grand combat. La pétassestase vous harcèle. Je passais et j'ai été touché. Je n'éprouve aucune pitié. Ce n'est pas très beau, la pitié. Je ne sais pas. J'ai éprouvé le désir de vous faire un signe. De vous dire que cette tête nue que vous prenez entre vos deux mains est très belle.
Facebook, c'est une sorte de désert. La belle dune de votre visage m'a hélé. Belle rencontre, c'est un bel instant, un visage comme le vôtre. Je vous envoie un peu de musique.Je voudrais partager quelques instants avec vous. Si cela vous semble importun, ne donnez aucune suite. Je serais désolé de vous importuner. Mais c'est une possibilité.
 
Et puis, la promesse, l'offensive du mal, la fatigue, le silence.
 
 
Et l'oeuvre, le visage, la beauté d'être. Notre désir de perpétuer, de rendre grâce. De mettre autour d'elle, longtemps, des fleurs, de la couleur, de la gratitude, ce frisson ému.
 

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Ici, une très belle interview d'Hélène qui évoque l'historique de son blog, la Crabahuteuse et la naissance de son livre :

https://www.youtube.com/watch?v=NynUOKL7izA&feature=s...

Une petite heure avec Chet Baker, Hélène ?

https://www.youtube.com/watch?v=FtW_BHuaNPc&list=PLA7...

Otto Ganz

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Otto Ganz par Geneviève Hauzeur, 2015

Recru de peine, je veux vaquer à autre chose. Un ami fera l’affaire. Je vais vous parler d’Otto Ganz.

À ceux

et aux autres

amants hommes

poussières

poètes avérés

cadavérés menteurs

bonimenteurs

talentueux

impulsifs et allongés

en travers de ma vie

pour renaître à l’Orient

je n’oublie pas

qu’ils mâchent ma mémoire 

a aganz 14.jpgVers d’annonce du recueil  Mille gouttes rebondissent sur une vitre,  l’Arbre à Paroles, 2015. Otto Ganz est né à Anvers en 1970. Poète, romancier, plasticien, il est l’une des voix les plus singulières de la littérature belge contemporaine. Une des  voix les plus singulières, formule très à la con, consternante, dans la veine de cette langue de bois qui fait son nid jusque dans les antres poétiques. Pissat toutes-boîtes. Pitié pour les vers ! Je ne peux pas affirmer que je connais très bien ce type pour la bonne raison que c’est mon ami depuis des lustres, depuis que nous fîmes connaissance aux éditions des Eperonniers. C’est un écrivain qui dans l’écriture se comporte comme un insecte fouisseur, un genre de gryllotalpa kafkaïen, un insecte accordé à sa passion littéraire et poétique, Otto est un archéologue qui récupère scrupuleusement, méticuleusement les secondes épuisées qui précèdent le temps de sa prospection et de leur transcription, c’est un musicien sensible au rythme, au refrain, à la pesée rigoureuse du mot, c’est un bluesman blanc, un mélodiste noir, de veine noire, lugubre, de lyrisme lugubre et envoûtant. Il y a eu l’homme des cavernes, jadis, Ganz, c’est l’homme des cryptes, l’homme savant des cryptes, l’homme qui va se consulter tout au fond, qui va recueillir ses voix secrètes et multiples., ses mues successives C’est, dans la foulée, le type capable aussi d’autodissection. Ottodissection. Très sceptique sur l’intérêt fondamental du monde, il l’aime pourtant un peu. S’il aime, il ne compte pas. C’est une déclinaison singulière (comme sa voix dans les catacombes de la littérature belge contemporaine) de la générosité. C’est un esthète hanté, tenté par l’anarchie, le nihilisme et la distinction. Il est de l’étoffe dont on fait les dandys et les hooliganz. C’est un macabre qui a le goût des vitraux. Il est toujours pris entre deux tentations : la sensibilité et le sarcasme. C’est la raison pour laquelle il lui faut sans cesse inventer pour faire tenir ensemble et coopérer ces deux forces. C’est un grand inventeur. Un type passionnant. Proche et lointain. Un peu comme un corbeau, il est perché sur des bases solides : un savoir, un appétit de lectures, une curiosité de tous les arts. Ai-je dit qu’il est précieux, persifleur, douloureux (porté à la douleur), cynique ?  

Ensemble, lui et moi, nous aimons la belle et talentueuse québécoise Anne Guibault (avec qui il a coécrit On vit drôle – Adage/Maelström).  Chez Maelström, lui et moi avons coécrit un roman fantastique , l’Arbre d’Apollon.

http://www.maelstromreevolution.org/pages/FRA/prodotto.as...

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Pour se faire une petite idée de sa production, on utilisera ces liens :

http://espace-livres-creation.be/fiche-auteur/otto-ganz

http://www.brouillons-de-culture.fr/article-otto-ganz-une...

je crois

à la fulgurance

des vertus

du silence

 

je crois

qu'il a fallu perdre

sans cesse avant

de savoir parler

(In Pavots, éditions du Cygne)

Je ne m’étends pas pour l’instant car là, mon propos, c’est le Ganz plasticien. Et spécialement ses créations récentes. Encres, gouaches, brou, acrylique, corps liquides organiques. Son travail pictural est souvent en rapport intime avec son aventure littéraire. On y détecte les fantômes et les hantises de Kafka, de Michel de Ghelderode, et parfois tout près du redoutable Ubu de Jarry, une angoisse et une colère prégnantes, des indices de fantastique, des visages de la peur, du désespoir, de l'affalement  et de la fraternité, les tons sont successivement et parfois simultanément chauds, sombres, morbides. C'est désolé et ardent. Il y a aussi quelque chose d'un hymne à l'être, célébré dans sa braise fragile et menacée. Un mélange intime et crispant, détonant d'humanité, de proximité, de danger, de menace rend le travail puissamment et fertilement ambigu. Les êtres sont comme vus d'en haut, engoncés dans l'ombre, le feu mourant du crépuscule, dans la lie-de-vin, comme des animaux de zoo presque conscients de leur état. Il y a quelque chose d'orwellien dans cette galerie. Le paisible et le tourmenté, la puissance expressive et la placidité cohabitent. Résignation, terreur, panique recherche de soutien et de refuge, nostalgie inclinée sur soi-même, folie, panique lovecraftienne. On n'est pas au paradis, ici. On baigne dans un jus d'enfer imminent ou embusqué. Ces têtes-là ont des allures d'astres menacés d'extinction. Ces têtes-là ont la gueule de désespérés qui demanderaient des comptes, mais à qui ? Aux spectateurs qui défilent comme des touristes au jardin d'acclimatation ? Dislocations, imbrications. Monstres et êtres traités en monstres, dérive, débâcle, impasses existentielles. Je reviendrai à ces galeries sidérantes. Pour le moment, je suis fourbu. Cet imagier colle étrangement, terriblement à notre condition dès que nous la sondons en profondeur, dès que nous nous inquiétons d'elle. J'avais à cœur, dans l'immédiat, de dire que l'oeuvre existe, qu'elle dérange (démet les rangs), qu'elle tracasse, inquiète et qu'une fois qu'on l'a entrevue, on ne peut plus en faire abstraction. Dans les eaux et les encres ganziennes, j'ai pêché ceci : un trésor menaçant. Il faudrait rejeter tous les autres à la flotte. Zéro !

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