27/11/2016

Coup de coeur : Nuit # 1, Anne Emond

NUIT # 1

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Le film n'est pas tout à fait nouveau, il est sorti en 2012. Il est l'oeuvre d'une jeune cinéaste québécoise, Anne Emond. Je viens de le découvrir cette nuit. Il était tard, je n'étais pas disposé à regarder un film. Il a commencé, je ne l'ai pas lâché d'une seconde, pas d'une précieuse seconde. Je me fous un peu des cotes qu'on lui a attribuées. C'est une oeuvre nouvelle, dure, intense, audacieuse. Une profonde descente dans le désastre existentiel, un film féroce, tendre, humaniste. C'est l'histoire d'un couple de trentenaires largués, incapables et indésireux de se faire une place dans le monde, de s'intéresser à son actualité, son évolution, ses impasses, l'histoire de l'être en difficulté avec le péril de s'habiter soi-même. C'est un film ardent sur l'imminence du naufrage, l'errance désespérée, l'appel au secours. Et sur la rencontre. La quête du sens, la quête de l'autre.

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Il raconte la rencontre dans une rave party de Clara (Catherine De Léan) et de Nikolaï (Dimitri Storoge). Le couple se forme, dans la nuit gagne le miséreux appart de Nikoloï. Ils font d'abord l'amour. Ensuite, après une tentative de départ discret de Clara, ils vont parler longuement, chercher à se découvrir, s'avouer, se quereller douloureusement, se chercher à nouveau.  Il se dit, au fur et à mesure de la nuit, autre chose que la tremblante promesse des amants. Chacun, petit à petit, à sa manière, ouvre son enfer à l'autre et se met à l'écoute de la débâcle de l'autre. Il n'a pas de place, s'en fout, s'en inquiète, elle est institutrice et se sent totalement paumée. Le film est riche, terrible, soutenu, ardu, tendu, âpre, saisissant. 

Au terme de cette formidable navigation agitée dans la nuit, les amants s'éveillent sur le toit de l'immeuble, emmitouflés et unis, devant le vide et le soleil levant. Le film s'ouvre alors sur une fenêtre inattendue et, à mes yeux, singulièrement inspirée. Une trouvaille superbe.

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Ici, j'ai aimé la construction singulière et appliquée de l'oeuvre, le vertigineux travail de dialoguiste, la présence du verbe, l'intelligence des prises de vue, la lumière en accord avec le propos,  la nudité désolée du lieu et des êtres, le magnifique duos d'acteurs. La nouveauté du ton. Et, qu'on m'excuse du peu, une lointaine parenté avec le cinéma de Bergman. Le film est précieux, c'est un joyau éprouvant. Fondé. Une oeuvre.

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21/11/2016

Les gravures de Laurence Burvenich

Les gravures de Laurence Burvenich

Des gravures qui seront exposées le samedi 7 janvier à partir de 18.30 à l'Atelier du Vent d'Est à Dinant, Bouvignes, dans le cadre d'un bel événement culturel.

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/archive/2016/11/20...

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a lolob 11.jpgOn le sait, Laurence Burvenich est une artiste peintre importante et qui est dans cet espace pratiquement chez elle. Mais aujourd'hui, nous allons nous intéresser à ses gravures. Cette artiste nomade (qui peut aussi poser en sirène sur le bord des plages) a vécu un an (entre 2015 et 2016) à l"île de la Réunion. Elle a peint, elle a sculpté et,  pour ce qui nous intéresse à présent, elle a gravé. Elle est marquée du signe des grands : tout ce qu'elle touche finit par lui ressembler. Et la gravure telle qu'elle la propose, telle qu'elle l'a patiemment apprivoisée, possède cette qualité d'humanité, de frisson, d'intelligence, de sensibilité qui caractérise son oeuvre. Derrière cela, derrière cette évidence graphique qui nous transporte, nous émeut, nous enchante, nous étonne, il y a une bosseuse impénitente, une femme qui cent fois sur le métier remet la chose, s'acharne, transpire, s'épuise, y revient, cherche la justesse du geste et du trait, griffe, expérimente, incorpore une nouvelle technique à la globalité de sa geste. Et la gravure, au prix d'efforts insenss et d'un acharnement  que seule la passion soutient, entre dans la composition de son oeuvre, dans sa représentation singulière du monde. Le geste, longtemps répété, formé, corrigé, affûté, acquiert une liberté d'expression, cette liberté même, savante, exigeante, qui fonde l'art de Laurence. Le geste entre dans la vision. Il l'épouse. Et la vision rend la masse, la matière, la lumière, la densité, la présence de l'être imprégnée de l'atmosphère des lieux. Et la gravure devient une langue courante, élégante, possédée, littéraire dans le langage fastueux de Laurence. La cohérence est assurée à tous les niveaux de la production. Chef d'orchestre face à tous ses instruments, Laurence fait concerter toutes ses techniques. Elle cherche à l'intérieur de chacune son plus haut niveau d'excellence. Et dans ce niveau atteint, son grain est visible, perceptible. Il est reconnaissable.
Ceci, toujours, me conduit à la distinguer : avec elle, - même si sa cordialité, son orgueilleuse humilité, sa disponibilité constante font paravent - avec elle, écris-je, nous sommes dans la compagnie d'un artiste magistral, un maître. Des gravures, elle en rapporte d'entiers convois. Je prélève ici quelques œuvres et c'est un honneur pour moi de les présenter en avant-première à mes lecteurs et visiteurs. Dans le filigrane de ces gravures, - en éprouvant un bonheur épaté, entier, bleu et bienfaisant - je perçois une combinaison d'âmes : celle de l'artiste et celles recueillies là-bas, une combinaison de rythme : celui de Laurence et celui qui borde l'Océan Indien, une combinaison heureuse d'humanités : la riche humanité de mon amie et ces humanités chaleureuses qu'elle suscite, qu'elle recueille et qu'elle fixe. Je vois un superbe coin du monde avec ses splendeurs, ses singularités, ses plaies, ses atmosphères traduit par mon amie dans une langue qui n’appartient qu'à elle et qui est compréhensible partout. Je vois, né de cette pointe sèche habile, apparaître le monde selon Burvenich. Cette pointe sèche comme le sismographe branché à même son cœur et son esprit. Et ce monde artificiel, conçu avec le secours de l'art et une fécondation singulière, il m'agrée, je le reçois dans l'enchantement. Généreuse, enthousiaste, méticuleuse, perfectionniste, exigeante, accessible, inspirée, passionnée, Laurence est un être de talent, dans la dignité, la noblesse que je prête à ce mot.

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19/11/2016

Laurence Burvenich à la Galerie L'Impression

Laurence Burvenich à la Galerie L'Impression à Dinant

19 Novembre - 18 décembre 2016

a lauloµ.jpgBon, moi, je n'ai pas assisté au vernissage, vendredi. C'était bondé. J'ai horreur de ça. Les gens bavards, exaltés, démonstratifs, les rince-gosier acides, le guindé local, le caquetage provincial. Pitié. J'ai été, je crois - puisque les amateurs d'art pullulaient - inspiré de m'abstenir. Je suis venu le lendemain. Paix entre les cimaises. J'ai eu tout le temps pour m'attarder devant les œuvres, pour les dévisager, pour penser et parler avec elles. Je les aimais déjà : l'artiste, qui est mon amie personnelle, me tenait informé de ses travaux réunionnais. Car oui, les œuvres exposées  sont le fruit d'un séjour d'un an à l'île de la Réunion, sur l'Océan Indien. Je recevais, de courrier en courrier et tout au long de l'année, des esquisses, des images, des photographies des œuvres en cours. Déjà, ça fleurait bon une sorte d'harmonie, un enthousiasme sensible et ému, ça embaumait le bonheur épaté, la complicité. Dans tout ça, Laurence délaie toujours cette humanité riche et frémissante qui la caractérise. Là, dans la galerie L'Impression, les tableaux, les gravures réunionnais sont physiquement devant moi, ils respirent la santé, le talent original, le bonheur de peindre, de regarder, de graver, de saisir, de rendre grâce, de transmettre des émotions, des impressions. Les frissons du Grand Voyage sont là, délectables. La flamme est là. Les huiles sont superbes. Le monde que l'artiste ramène avec elle, les gens, l'étincelle des êtres, des mues d'âmes. Le festival liquide des marines sauvages, la luxuriance de formes enchevêtrées et de couleurs des forêts, l'exubérance végétale, tout est là, transmis, personnel. L'alchimie. Ce par quoi l'artiste existe. Ce que l'exposition dit aussi, et notamment avec le fabuleux album des gravures (une authentique merveille), c'est la vaillance de l'artiste, son hallucinant volume de travail, la bosseuse impénitente, archarnée qu'elle est et le caractère singulier, signé qu'elle confère à tout ce qu'elle approche.Ces gravures rendent quelque chose de la poésie réunionnaise, de son charme, de sa spiritualité. Au cours d'une prochaine manifestation en janvier à l'Atelier du Vent d'Est (musique, chanson, lecture et gravure), les gravures de l'artiste feront l'objet d'une exposition et d'une célébration. Je communiquerai sous peu à propos de cet événement culturel. De même, je consacrerai sous peu, abondamment illustré, un article consacré aux gravures de l'artiste.  

Micheline Stefens, la céramiste, partage l'exposition avec sa fille. Elle donne à voir des œuvres conçues en raku et obwara firing (céramique au levain). J'ai aimé les trios de boules et plateau, leurs beaux et très plastiques assemblages et la magnifique série des toupies. 

S'il est une chose à voir dans Dinant, c'est cette exposition. 

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Laurence  Burvenich en son royaume

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Détails

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Des images signées Laurence autour de la présentation de  l'expo

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14/11/2016

Misty exposant Misty

MistyMisty

à l'enseigne de la belle Orchidée

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https://www.facebook.com/MistyOrchidPhoto/?fref=ts

Splendeurs de l'autoportrait

a lan 35.jpgSi quelque chose est sacré, le corps humain est sacré. (Walt Whitman)

C'est le problème, pour cette belle Orchidée sauvage et asiatique, pour cette talentueuse petite beauté atypique et libre, les censeurs pusillanimes de facebook, les pudibonds amerlauds (ces mêmes branques qui élisent Trump et qui ne supportent pas la vue d'un sein) la traquent sans repos, la dénoncent, se signent, outragés et abasourdis, et cherchent à l'exclure, à la vaporiser ! "Couvrez ce sein, que je ne saurais voir. Par de pareils objets, les âmes sont blessées. Et cela fait venir de coupables pensées". Ah, les perfides tartufes bien sentis par Molière ! Oh, les malades de leurs propres pulsions. Car le spectacle de la beauté, - loin d'avilir l'être -, est une merveille qui apaise, qui enchante, qui enivre, qui réconforte, qui exalte, qui met en communication avec de nouvelles mythologies, avec d'autres poésies. On ne parle pas ici d'exhibition ou de trivialité, de grâce, ces arguments sont vulgaires et irrecevables, on parle d'une femme inventive, poétique, originale, audacieuse qui se passe à son propre crible, d'une ballerine qui se lance dans de grands et vertigineux jeux spéculaires, qui vit et fixe le chapelet de ses identités, de ses possibles, de ses grâces, de ses accès de fièvre. D'une artiste qui nous reçoit au théâtre de ses pluriels. D'une femme artiste qui interprète tous les rôles qui forment son caractère et son tempérament. Que celui qui voit de l'offense dans cet imagier se retire, qu'il disparaisse. Il s'est trompé, sa place n'est pas ici. Comment peut-on vouloir bannir la beauté, quand elle prend les formes, les allures, les inventions, les gestuelles, les grâces, les hiératismes, les effigies, les féeries dont Misty l'Orchidée la pare, l'enflamme, la peint. Dans l'autoportrait, Misty (amie virtuelle que sans doute je ne rencontrerai jamais à la ville - mais une vraie rencontre a lieu à la scène) livre tous les états qui la constituent : cris immenses, prodigieux, danses, bonds, recroquevillements, éclats, fluidité, combat, charme, colère, douleur, volupté, repli, éclosion, évanescence, resplendissement. Il y a là un magnifique et puissant alphabet de l'émotion. Un formidable livre de nuances. Une vitale affirmation de présence, de vie intérieure et d'apparence. Il y a volonté d'apparaître et d'habiter pleinement son être. La nudité n'y est pas gratuite mais elle n'est pas niée, elle est de la fête et de toutes les icônes : elle vit là avec son système solaire, ses éblouissements, ses obscurités, ses oublis, sa chaleur bienfaisante, ses passions, ses rudesses, sa liberté. Rien ici ne s'abaisse, rien ne s'humilie, rien ne renonce, tout est à hauteur de femme, c'est-à-dire, selon moi, la hauteur qui me convient, et en la présente occurrence, la hauteur de l'art et de la création. Depuis l'origine de la création, jamais la nudité n'a nui à l'art. Toujours, elle a prêté des carats à son rayonnement. Par ailleurs, la nudité n'est qu'un habit des cérémonies auxquelles l'artiste nous convie. Je ferai peut-être de la peine au censeur, mais ici, dans la galerie que je vous invite à traverser, on est au plus proche du sacré de l'être. On l'entend respirer, prier, maudire.On le sait, ne nous leurrons pas, les rues abondent de beaux corps féminins. Ils passent, nous les oublions, nous avons d'autres omelettes sur la gaz. Mais celui-ci, qui est beau, qui est original, qui est vigoureux, est aussi un modèle fameux, un conteur exceptionnel, un acteur dynamique, une sorcière et une fée, un instant de foudre, une fauvesse étrange entre la libellule et la lionne, une force d'action, un faramineux moyen d'expression, un tonus sidérant, un outil d'écriture, une panoplie de gestes, un objet métaphysique, une légende, un pur satin, une seconde de poésie, un tableau vivant, une Vénus étrange, imaginative venue d'Asie. Je l'ai dit aussi : elle est folle, rebelle, colérique, paisible, humble, fragile, féroce, touchée par la spiritualité, formidablement touchante, furieusement en vie. Tout cela est inséré dans son travail et l'exhausse.  

Voilà l'artiste pour laquelle je me mobilise. Et me mobiliserai dans l'avenir. Il faut à des gens de cette nature, de l'espace (libre), du ciel, de la terre, des galeries, des salons d'exposition. Moi, conscient d'accueillir une artiste, j'ouvre tout grand mon blog, je recueille les perles, je propose et j'admire. 

Pour le reste, - pour l'essentiel devrais-je écrire - il y a le charme, l'attrait, la fascination qu'exercent sur moi l'intelligence, la ligne esthétique, le sens de la composition, la quête existentielle, le sens de la capture, le souffle, la singularité de la photographe. C'est une artiste en pleine ébullition. Et une flamme bleue, dansante, dévorante, une flamme des cuissons alchimiques.  

Ici, nous sommes dans le monde particulier de l'autoportrait. Et, quand nous aurons vu cet album, nous aurons approché un instant de l'être. C'est à cette approche respectueuse, émue, charmée, enchantée, bouleversée, précieuse que je convie mes visiteurs. 

Poème en prose pour les images de Misty et pour Misty elle-même

a misty a.jpgNous n'avons plus, nous qui sommes sans dieu, nous qui sommes sans espérance, nous qui n'avons plus de spirituel qu'un lointain petit feu de camp derrière l'iris, qu'un quinquet singulier au fond de nos poumons, nous n'avons plus d'icônes que vous avec votre Orient personnel, avec vos étrangetés d'Esquimaude ici et d'Amazone là-bas, d'albatros féminin là-haut, avec l'enfance en vous associée au torse de l'instinct, avec votre neige et le gypse que vous en faites. Nous faisons halte devant votre chair, contents quand même des dessins de sa pulpe, des cercles, des sinus, des anneaux qu'elle met en lumière. Vous paraissez à livre ouvert, parfaitement illisible, protégée de tout eurêka, parée de hiéroglyphes, parfumée des feuilletements que font entendre les livres dans la nuit. Vous vous estompez pour mieux renaître, vous promenez votre fantôme en laisse et votre poids en lait, en sirop de pétales. Vous mettez avec la volupté, les ingrédients de la force, de la fureur, de la délicatesse d'oiseau. C'est avec de grands yeux de nuit, avec des torches de jadis et de tout récents faisceaux que vous vous dévisagez. Il ne faut rien manquer quand le désir de voir habite la cérémonie : la majesté des fesses avec l'élan de l'âme, le violoncelle des hanches avec la mélodie de l'être, le pavillon noir des cheveux avec la nuit intime. Misty entre. Tout le corps chante, se crispe, rue, se couche, saute, se cabre, voltige, se tend, se renverse, s'élève : c'est-à-dire qu'il s'oppose au naufrage que c'est d'exister, qu'il se refuse à l'abîme d'exister, qu'il affirme son orgueil d'outil métaphysique, son au-delà de la matière, l'encens que fait monter sa substance, la prière obstinée qu'il lance à l'assaut du silence absurde. Le silence, l'absence définitive de tout exaucement ne sont rien devant l'essor d'un corps qui prie. Son génie, c'est le défi de la prière. Il dit aussi, sans doute, je l'espère, le bonheur qu'il y a, de temps en temps, à être belle. Il dit, ce corps, ce zeste d'assomption qui grandit l'être nu, dépouillé de foi, face à lui-même, à ses rêves et à ses impasses. Il dit ce chant de gestes, cette hallucinante prédilection conjugale qui lie l'écorce et l'arbre, l'arbre et la foudre, la foudre et le feu, le feu et la lumière, la cendre et le vent. Alors, devant vos images, grâce à elles, le désir, la peur, la vitalité, la porte fermée et secrète de chacun, le goût de la fête, l'appétit du beau, l’attraction de l'étrange et de l'audace, la quête d'une braise ardente concertent ensemble comme les instruments d'un orchestre. (DL Colaux, novembre 2016)

Galerie parfumée de bouffées de Charles Baudelaire

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Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,
Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.

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Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études ...

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Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage 

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Lecteur, as-tu quelquefois respiré
Avec ivresse et lente gourmandise
Ce grain d'encens qui remplit une église,
Ou d'un sachet le musc invétéré ?

Charme profond, magique, dont nous grise
Dans le présent le passé restauré !
Ainsi l'amant sur un corps adoré
Du souvenir cueille la fleur exquise.

De ses cheveux élastiques et lourds,
Vivant sachet, encensoir de l'alcôve,
Une senteur montait, sauvage et fauve,

Et des habits, mousseline ou velours,
Tout imprégnés de sa jeunesse pure,
Se dégageait un parfum de fourrure.

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Il aimait à la voir, avec ses jupes blanches,
Courir tout au travers du feuillage et des branches,
Gauche et pleine de grâce, alors qu'elle cachait
Sa jambe, si la robe aux buissons s'accrochait.

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J'aime, ô pâle beauté, tes sourcils surbaissés,
D'où semblent couler des ténèbres,
Tes yeux, quoique très noirs, m'inspirent des pensers
Qui ne sont pas du tout funèbres.

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Imaginez Diane en galant équipage,
Parcourant les forêts ou battant les halliers,
Cheveux et gorge au vent, s'enivrant de tapage,
Superbe et défiant les meilleurs cavaliers !

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Avec ses vêtements ondoyants et nacrés,
Même quand elle marche on croirait qu'elle danse,
Comme ces longs serpents que les jongleurs sacrés
Au bout de leurs bâtons agitent en cadence.

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Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau !

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Je suis belle, ô mortels! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

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La femme cependant, de sa bouche de fraise,
En se tordant ainsi qu'un serpent sur la braise,
Et pétrissant ses seins sur le fer de son busc,
Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc :
" Moi, j'ai la lèvre humide, et je sais la science
De perdre au fond d'un lit l'antique conscience.
Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants,
Et fais rire les vieux du rire des enfants.
Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles,
La lune, le soleil, le ciel et les étoiles !
Je suis, mon cher savant, si docte aux Voluptés,
Lorsque j'étouffe un homme en mes bras redoutés,
Ou lorsque j'abandonne aux morsures mon buste,
Timide et libertine, et fragile et robuste,
Que sur ces matelas qui se pâment d'émoi,
Les anges impuissants se damneraient pour moi ! "

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Les retentissantes couleurs
Dont tu parsèmes tes toilettes
Jettent dans l'esprit des poètes
L'image d'un ballet de fleurs.

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Entre tant de beautés que partout on peut voir,
Je comprends bien, amis, que le désir balance ;
Mais on voit scintiller en Lola de Valence
Le charme inattendu d'un bijou rose et noir

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La très-chère était nue, et, connaissant mon cœur,
Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores...

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Elle est belle, et plus que belle; elle est surprenante. En elle le noir abonde: et tout ce qu'elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère, et son regard illumine comme l'éclair: c'est une explosion dans les ténèbres.

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Vous pouvez mépriser les yeux les plus célèbres,
Beaux yeux de mon enfant, par où filtre et s'enfuit
Je ne sais quoi de bon, de doux comme la Nuit !
Beaux yeux, versez sur moi vos charmantes ténèbres !

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Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

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J'ai connu une certaine Bénédicta, qui remplissait l'atmosphère d'idéal, et dont les yeux répandaient le désir de la grandeur, de la beauté, de la gloire et de tout ce qui fait croire à l'immortalité.

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L'Amour est assis sur le crâne
De l'Humanité,
Et sur ce trône le profane,
Au rire effronté,

Souffle gaiement des bulles rondes
Qui montent dans l'air,
Comme pour rejoindre les mondes
Au fond de l'éther.

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Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !

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01/11/2016

Moi, Daniel Blake

Moi, Daniel Blake

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J'ai vu le film en vo. J'ai découvert ces étonnants accents qui tordent étrangement les rudiments de la prononciation anglaise telle qu'on nous l'enseignait, jadis. L'anglais du pauvre. I, Daniel Blake, c'est évidemment un film de Ken Loach (2016), le grand cinéaste humaniste anglais, Daniel Blake, rôle titre, est interprété par Dave Johns (un humoriste et acteur de télévision anglais, tout à fait crédible et captivant dans son rôle d'humble tombé sous les coups du sort) et Hayles Squires incarne avec une humanité confondante le rôle de la mère de famille déclassée et qui encourt le risque de perdre la garde de ses deux enfants, Daisy (Briana Shan, très inspirée) et Dylan (Dylan McKierman).

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D'abord, je veux écrire ceci : le film est généralement très bien accueilli. Quelques-uns dénoncent son misérabilisme et sa volonté délibérée de faire pleurer les foules. Ces quelques-uns sont évidemment toujours, - disons souvent !, des gens très à l'écart du sordide de la réalité sociale, à l'écart du désarroi des paumés, à l'écart de cette volonté libérale de plus en plus décomplexée d'écraser les miséreux et les déclassés, de les bannir d'un horizon prétendument sain et bien portant. Ces critiques semblent, sans même en prendre conscience, attester les  propos du cinéaste : c'est une tentative de disqualification du cinéma à caractère social et militant qui reviendrait à affirmer que traiter de la détresse des déclassés, c'est du populisme, du Dickens de retour, du sentimentalisme bas de gamme. Je n'en crois rien. Je m'offusque de ces réactions sordides et foutrement intempestives. Toujours, comme l'écrivait Richepin, plus tard chanté par l'immense Brassens, les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux. C'est ce trouble mal vécu, c'est ce trouble dégueulé, inassumé, nié, ce trouble enflé de mépris qui pousse à noyer dans les prétendues larmes d'une sentimentalité évidemment étiquetée démago le regard incisif et consterné d'un artiste sur les pièges assassins du libéralisme offensif. Je lisais le compte rendu des enquêtes menées par Loach chez les chômeurs en quête d'emploi pour bâtir son scénario et la réalité quotidienne est une leçon d'horreur et de dèche morbide. Il y a chez Loach quelque chose d'un prophète de malheur : le malheur qu'il annonce - pour le contrer, pour éveiller les consciences, pour ranimer une lueur de justice sociale - est hélas à nos portes et décime et sacrifie. Loach est un cinéaste de la conscience et du désir de justice, c'est le grand cinéaste humaniste de notre temps. Il agace évidemment, il indispose les castes de la prospérité aveugle, de la grosse machine inhumaine de la prospérité. Que la chanson nous serve, sur laquelle depuis longtemps nous nous appuyons : le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté. Bien sûr, nous savons ce qu'il faut penser d'une vérité unique, d'une vérité exclusive. Mais nous savons encore que la vérité que nous décrit Loach vit réellement dans nos rues, pas loin de chez nous et qu'il suffit parfois d'entrouvrir sa fenêtre pour l'apercevoir. Donc, oui, donner la parole aux gueux, aux réprouvés, aux humbles, aux menacés par la débâcle organisée, oui, c'est dérangeant, inconvenant, c'est faire un peu d'ombre au capitalisme carnassier.

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Daniel Blake  un menuisier anglais de 59 ans, a longtemps assisté le déclin et l'agonie de son épouse. Brisé, épuisé, usé par son décès, par une éprouvante vie de labeur constant (Blake aime son métier et l'a exercé avec talent), il est sujet à de graves problèmes cardiaques. Son médecin lui interdit de reprendre le travail. Mais en Angleterre, c'est une compagnie privée qui sous-traite pour l'administration le problème de la chasse aux resquilleurs et aux tire-au-flanc. Cette Angleterre néo-victorienne, meurtrière, exécutrice, c'est une métonymie de notre Europe délivrée de tout scrupule, Europe dichotomique des vainqueurs écrasant impunément les vaincus, Europe de la jungle et du struggle for live. Et cette compagnie, fondée sur un principe d'indifférence érigée en système,  conduite par des exécutants généralement aveugles, sourds, et d'une obéissance parfaitement inscrupuleuse, le déclare apte. On notera, à l'écart de tout manichéisme, qu'une employée du job center fait preuve de compassion, compassion pour laquelle elle est au demeurant sanctionnée. Durant ses rendez-vous infructueux au job center, durant la multiplication absurde et délibérée des démarches contradictoires qu'il est contrait d'accomplir pour trouver une solution à son dilemme (se savoir incapable de reprendre un emploi et prouver qu'il multiplie les démarches pour en trouver un), Blake fait la rencontre d'une jeune mère de famille célibataire qui a deux enfants (de pères différents et absents) malmenée elle aussi et éconduite par l'administration. Ces deux paumés vont tenter de s'entraider. Leur réalité est terrible, c'est celle de la chute, de l'indigence, de la détresse. Celle où parfois, on crève littéralement de faim, celle des restos du cœur, celle où l'on revend ce peu que l'on possède, celle où l'on trafique et où l'on triche pour subsister, celle où les autres vous désignent et humilient pour vos souliers déchirés, celle où quelquefois on se prostitue pour subvenir aux besoins des enfants, au besoin élémentaire de soulager une faim terrible. Voudrait-on croire que ce sont là des chromos destinés à faire chialer les foules ? La vie quotidienne d'une franche de la population ressemble à cela, à cette noirceur sans perspective, à cette précarité en bord de falaise. 

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Daniel Blake, dans son combat perdu contre cette fatalité sociale mise en branle et organisée va pourtant, au péril de sa vie, réussir quelque chose de sublime et de dérisoire : rappeler qu'il n'est pas un animal, pas un être obéissant et asservi, qu'il est un être humain, capable d'altruisme, de sensibilité et d'humanité. Daniel Blake sera aimé de quelques-uns, il aura tendu la main. Le flm, à rebours d'une déclaration de renoncement ou d'un aveu d'impuissance, sollicite un regain de conscience et constitue un vigoureux appel à la solidarité et l'affirmation d'une humanité qu'on ne saurait mettre en péril sans mettre le monde en péril. (Denys-Louis Colaux)

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La chronique de Jacques Arfeuillere sur le film (professeur au Collège René Descartes, Chatelleraut, France et militant du Parti de gauche)

Je viens de voir "I, Daniel Blake". En sortant de la salle, sur le coup de l'émotion multiple (colère et frustration mêlées, mais aussi amour pour ces rencontres qu'on vient de faire), on n'aurait qu'une envie : traîner tous ceux qu'on croise sur le chemin du retour, devant l'écran. Et leur dire : venez voir, venez voir en face les visages de l'autre, de celui qu'on ignore, tellement pris dans nos vies, ou de celui dont on se détourne, égarés que nous sommes par les discours tout faits, par les images-mensonges des médias déformants.
Ken Loach nous offre un charpentier malade, une femme courageuse qui ne sait plus vers où se battre, deux enfants qui aiment et qui souffrent, et même un voisin qui trouve des expédients pour échapper à la misère de tous. Et sur l'écran qui scintille de l'illusion du cinéma, il nous donne un billet, un billet pour nos vies. Un billet pour courir s'engager un peu plus, un peu mieux et rejoindre cet homme qui combat l'inhumain,et déterrer en nous le peu d'humanité qui reste.
Et puis on s'interroge. Oui le film est vibrant de vérité, tremblant d'émotion vraie, chancelant de tristesse et d'espoir. Oui le film a été reconnu, (Palme d'Or, rien moins que cela, distingué par ceux qui dorment le soir dans les palaces de Cannes, qui parlent sur les écrans des médias dominants). Oui le film atteint le public d'aujourd'hui, les fidèles de Ken Loach, et les autres, qui croient au pouvoir politique du cinéma. Mais jusqu'où cette vague peut-elle porter le petit peu de lucidité que Daniel nous fait gagner, le petit peu de révolte que fait naître Cathie, le surcroit de tendresse qui naît du regard grave de la petite fille ?
Pas bien loin, je n'en doute pas. Mais je voudrais quand même traîner un peu de ceux qui embarrassent de mensonges le drame de la pauvreté d’aujourd’hui, devant l'écran du cinéma. Je voudrais entraîner un peu de ceux qui parlent de conditionner le RSA, de sanctionner la maladie, de récompenser le mérite, d'évaluer l'homme toujours un peu plus, à la rencontre de Daniel Blake; je voudrais inviter enfin un peu de ceux qui soulignent les postes non pourvus pour faire oublier la pénurie d’emplois, qui font de Pôle Emploi un lieu de libre concurrence entre les misères qui s'y côtoient, à regarder dans les yeux la jeune Cathie.
Et espérer que quelques larmes au moins trouveront leur chemin quand ils découvriront la faim qui terrasse la jeune mère qui nourrit ses enfants. Je voudrais au moins qu'elles fassent taire l'arrogance même si je sais qu'elles ne pourront pas grand chose face au cynisme.

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24/10/2016

Baguet, collagiste en colère

Baguet à la cravache

https://www.facebook.com/Sandro-Baguet-191044934260401/

Il est là souvent, dans mes meubles virtuels, le cher Baguet, l'anar Baguet, le rouge Baguet ! Lui aussi est toujours un peu sous perfusion punk, sous gélule dada, suréalovitaminé, boxeur visuel ! Mais essentiellement, c'est un type qui hurle son désarroi, ses dégoûts, ses effarements ! Ah, mon Sandro Baguet avec sa petite entreprise collagiste ne connaît pas la crise. C'est toujours pertinent, pointu, émouvant, relevé à l'arsenic. Avec des indices de sang : le sang de celui qui rend ce grand et terrible barnum humain ! Mais il a sa touche artiste, le collagiste carolo, sa signature, sa ligne esthétique. Dimensions sociale, politique, esthétique, poétique. Et ça met toujours le doigt où ça fait mal. Mais pas seulement. Un peu de poésie est semée là où elle n'est pas attendue, là où elle est parfaitement bienvenue. Il est toujours là, mon vieux tailleur d'icônes, tourmenté et attisé par les débâcles humanitaires, par une conscience des classes, toujours à orchestrer avec talent ses chocs existentiels, ses propres crispations morales, son increvable aptitude à s'épouvanter, toujours à s'offusquer de la médiocrité désolante de l'espèce. Invariablement du côté des déshérités, des victimes, des ravagés, des mis en joue. Toujours mobilisé par un fond d'humanité que rien ne parvient réellement à épuiser mais qui est souvent mis à mal. Ami, mon pote, même de loin, comme pour le moment, mais profondément ami, complice. 

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15/10/2016

Les Chroniques du Poisson Pilote n°30 - Mireille Bonard - Patrick Dupretz

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n u m é r o    3 0

Pour le trentième numéro de mes chroniques, je propose au lecteur et au visiteur une sélection de deux artistes jamais encore parus à l'enseigne du Poisson Pilote. Deux enchantements distincts mais décisifs, deux manières personnelles de rendre compte du monde, de soi et des autres à travers la peinture. Je vous les présente dans l'ordre de mes découvertes.

M i r e i l l e   B o n a r d

http://www.bonemir.net/ 

a mi 1.jpgSur l'espace de l'artiste, on découvre cette présentation : Mireille Bonard est née en 1952 à Nevers dans le département de la Nièvre. Elle fut remarquée à 4 ans à l’école maternelle St François de la rue Auguste Comte (Lyon) pour son imagination et son sens de la couleur… (voir l’article en Une du Progrès et un reportage d’FR3 Rhône-Alpes – 1957). Après une enfance solitaire et studieuse, pendant laquelle elle ne pense qu’à peindre et dessiner, elle entame des études d’art après le bac, malgré la volonté parentale : « rentrer rapidement dans la vie active ». Diplômée de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts. Après une rentrée à Censier (Paris) en Arts Plastiques, où l’atmosphère d’après 68 n’était pas très centrée sur le travail, elle descend sur Bourges avec l’intention de faire peinture et rentre à l’ENBA (Ecole Nationale des Beaux-Arts) de cette ville. Mais ses choix liés à ses rencontres la recentre  sur la Céramique (professeurs Jean & Jacqueline LERAT, Yves MOHY) après 2 années de Tronc Commun. Tour de France des Techniques céramiques, installations de plusieurs ateliers,  elle est admise sur équivalence à l’ENBA de Lyon – département : Art – option : Sculpture (enseignants Yvan AVOSCAN et Alain LOVATO). 1984 Lauréate Prix Charles Dufreine. DNSEP (Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique) en 1987. La Couleur n’est jamais très éloignée de ses diverses pratiques : sculptures peintes ou colorées dans la masse, céramiques décorées, recherches d’émaux, peinture chaude et dense.

J'ai aimé ici - avec la puissance expressive du trait, avec une association dynamique de fluidité et de force, avec l'art étrange et convaincant d'assembler, d'agglomérer les masses tout en les faisant vivre, tourner, battre comme un pouls, avec le dynamisme singulier des couleurs, l'hypnose des bleus - la rencontre du féroce et du tendre, l'intensification, l'accentuation, parfois la déformation insistante de la présence.  Et ce bleu hallucinant. Je suis sensible à cette sorte de virtuosité brutale. Il faudra que, plus tard, je m'ouvre aux autres aspects de l'oeuvre : sculpture, céramique. 

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P a t r i c k   D u p r e t z

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a du autoportrait.jpgPatrick Dupretz est un peintre, sculpteur et céramiste français né en 1951 à Roubaix. Entre 1965 et 1965 il étudie à l'Ecole d'Art appliqué Saint-Luc de Tournai, en Belgique. En 1969 et 1970, il fréquente l'Université d'Histoire de l'Art de Lille et Glasgow et part ensuite en voyage sur les traces des maîtres anciens. L'oeuvre est d'une richesse et d'une abondance sidérante. Il faudra du temps pour l'apprivoiser et en faire le tour. Je vais en rendre compte à ma façon, à l'écart de la chronologie, dans l'ordre même de mes découvertes et de mes exaltations. Dupretz est une mémoire de la peinture. Son savoir (c'est pratiquement un savoir amoureux, avide et gourmet) s'étend à peu près de la peinture rupestre aux aventures de l'art contemporain. Son art est le produit magistral, varié, savoureux d'emmêlements inédits et d'inventions faramineuses. Là-dedans, il conjoint et brasse de l'histoire, de l'espace, du temps, des légendes des quatre coins du monde, des esprits, de la terre, des huiles, des secrets chamaniques, des indices étrusques, mayas, aztèques, des mythes, des techniques, des sorcelleries, un amour immodéré des cultures que le progrès a odieusement foulées. Son art (qu'il montre des corps nus, des indiens méditatifs, une maternité noire, les curieux visages inspirés des portraits du Fayoum, des refontes de la Grèce antique, un élément cubiste, un autre un peu surréaliste, Paris, des bustes, une volée d'écoles et de mouvements picturaux, le sublime Keaton, des contes étranges, le Mexique, des animaux bondissants) quête et trouve la dignité d'une âme humaine universelle, curieuse de l'univers, de l'ailleurs et de l'ici, du maintenant et du jadis, la noblesse d'une âme poétique savante, enchantée et désireuse d'enlacer le monde. Le voyage artistique de Dupretz est une aventure considérable et formidablement exaltante. Ici, je vais de ravissements en ravissements. Et jusque dans cette histoire de la couleur que nous propose Dupretz jusqu'à l'avènement d’œuvres incendiées. Il vous appartient désormais de vous rendre dans l'espace de l'artiste, d'y découvrir le lent bâtiment de l'oeuvre et d'en contempler les nombreuses merveilles. Je vous invite à ce pèlerinage somptueux qui va, pour tenter une analogie, du silex à l'opéra de Sydney en passant par la Sagrada Familia de Gaudi. 

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10/10/2016

Peintres

Rik Wouters, peintre et sculpteur belge, 1882-1926

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Henri Epstein, peintre polonais, 1891-194... (mort en déportation)

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Albert Gleizes, peintre dessinateur, graveur français, l'un des fondateurs du cubisme, 1881-1953

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Yvon Vandycke, peintre et professeur belge, 1942-2000

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http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/yvon-vandycke/

Dagmar Furuhjelm, peintre finlandais, 1868-1918

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George Grosz, peintre allemand, 1893-1959    

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Doris Zinkeisen, peintre, décoratrice de théâtre, couturière, écrivaine écossaise, 1898-1991

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Paul Leroy, peintre français, 1860-1942

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François Barraud, peintre suisse, 1899-1934

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Angel Zarraga, peintre mexicain, 1896-1946

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Hippolyte Flandrin, peintre français, 1809-1864

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James Tissot, peintre et graveur français, 1836-1902

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Edouard Agneessens, peintre belge, 1842-1885

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Palmer Hayden, peintre américain, 1890-1973

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06/10/2016

Les chroniques du Poisson Pilote n°29

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n u m é r o   2 9

D'abord, je reçois deux de mes absents. Je les place invariablement parmi mes coups de cœur, mes exaltations. Je les retiens affectueusement. Bon, d'abord, il y a Alain Adam, mon ami peintre. Lui, il est de toutes mes chroniques puisque l'illustration est de lui. Mais je ne veux pas d'une présence automatique. Je veux repartir à la recherche, reprendre contact avec toute l'oeuvre, souvent. Je reviens à son Balzac qui m'avait si profondément ému, qui me paraît si intensément vraisemblable.

A l a i n    A d a m

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P a t r i c i a    E l o y - V e l t i n

Je me souviens d'elle avec tendresse. C'était un mail-artiste toujours occupée à créer des ponts, des échanges d'art fragile. C'était aussi, bien qu'elle en parlât rarement, une femme bouleversée par son veuvage. La maladie a eu finalement raison d'elle. Elle m'écrivait de petits messages, des messages poignants, inspirés, sensibles et délicats, pratiquement jusque dans ses derniers jours, des messages qui s'allégeaient, s'évaporaient parfois jusqu’à ne plus faire que quelques syllabes. Mais elle tenait le contact. J'étais ému par sa beauté singulière, sa résistance à la maladie, sa volonté inflexible de créer, de semer de petits signes. Aujourd’hui, j'en ai,  de ces petits signes. Et je leur fais place. Et je m'aide d'eux pour songer à la présence des autres.

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Puis, il y a mes nouvelles découvertes, quelques émotions artistiques que je souhaite partager. Mais d'abord, je reviens un instant, pour assurer un suivi dans mes prédilections, à la photographe française Nadia Wicker dont l'oeuvre, - par son inventivité, son sens de la couleur, son formidable travail autobiographique, sa maîtrise technique, ses trouvailles formelles, son charme irrésistible, sa poésie affolée et affolante, son glamour inspiré et noble, sa quête architecturale, son sens du baroque - me tient en hypnose. C'est pour moi un bonheur de m'avancer dans ses collections somptueuses et, d'un peu de bonheur, il faut toujours témoigner. Il faut témoigner inlassablement. Je crois d'ailleurs que l'oeuvre de Nadia Wicker est de plus en plus reconnue et célébrée, je crois qu'elle commence à trouver les échos auxquels sa qualité la destine. Moi, je recueille dans mon tamis une merveilleuse suite de paillettes d'or.

N a d i a    W i c k e r

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Geneviève  Van  Der  Wielen

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http://genevievevanderwielen.blogspot.be/

Une oeuvre qui met sens dessus dessous

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a gene 11.jpgArtiste peintre belge, né à Verviers en 1954. Elle a fait entre 72 et 75, ses études à l'Institut Supérieur des Beaux-Arts Saint-Luc de Liège.  Elle dessine, peint à l'huile, à l'acrylique, elle travail au pastel ou pratique le monotype linéaire en noir et blanc. Le trait, bel et fluide, simple, les formes comme synthétisées, les couleurs tranchées ont une espèce de candeur saine en même temps qu'une signature originale. L'oeuvre a une facture très dessinée, avec une ligne presque claire mais, à y regarder de plus près, le travail pictural est présent et savant. Il y a là-dedans une combinaison singulière de bande dessinée, de dessin allègre et rond, de gravure, de peinture qui forme un art très original, nouveau, plein de vitalité et de ressort, pétri d'une sorte d'amabilité insidieuse. Cet art, bien sûr, n'affiche une sorte de grâce bienveillante que pour masquer sa truffe de loup. De louve. Il y a, sous l'invention, des réminiscences de Balthus, de Labisse, d'Enki Bilal, de l'art sacré avec des visages d'anges à qui, en toute inconscience, on donnerait le bon dieu et toute sa vaisselle (calice, ciboire, burettes) sans confession. Car oui, la joliesse de la manière, les éléments d'enchantement propres à la manière, cette sorte de sensualité débonnaire ne sont là que pour nous abuser, nous apprivoiser avant de nous harponner comme des mammifères marins. Oui, l'oeuvre de Van Der Wielen, c'est autre chose. Autrement plus audacieux. L'oeuvre s'aventure partout, dans un sentiment de très grande liberté, avec une force inaccoutumée, une pure férocité parfois. L'oeuvre fouette et pince, emboutit, l'oeuvre sourit aimablement, flagelle, attache ou s'amourache de la mort, l'oeuvre se dénude, défonce un mythe, répand de violentes bouffées d'érotisme, l'oeuvre provoque, l'oeuvre marche sur Lesbos d'un pas délicieux, l'oeuvre se pend au fond d'une chambre sombre, l'oeuvre a des résonances ropsiennes, l'oeuvre satanise, l'oeuvre dévoile l'odieux, l'oeuvre caricature, l'oeuvre perfore, pénètre, l'oeuvre fait voir des maternités étranges ou inquiétantes, des encornages insoutenables, des étreintes ferventes, des passes putassières, l'oeuvre navigue dans l'eau trouble des phantasmes, l'oeuvre cingle à des vitesses de drakkar, l'oeuvre songe voluptueusement ou éventre et arrache le cœur, l'oeuvre frappe les totems, malmène l'homme ou le chérit ardemment, le regarde sans complaisance, l'aime, l'oeuvre regarde l'enfance sans enfantillage, l'oeuvre exhibe des corps débités, l'oeuvre est gracieuse, l'oeuvre rend visite aux instincts, l'oeuvre joue avec les tabous, les limites, l'élégance, la volonté de destruction. l'oeuvre séduit, se moque, se fout de nous, nous ravit, joue avec les mots et les images, les symboles, l'oeuvre est exquise, perfide, incontrôlable, libertaire, l'oeuvre éveille un frisson, une fragrance, l'oeuvre frappe au visage. L'oeuvre est dangereuse, périlleuse, incendiaire, blasphématoire, sacrilège, indomptable. L'oeuvre a la dimension des créations ambiguës, dérangeantes, gênantes aux entournures, vernies au vitriol. L'oeuvre est d'un dynamisme forcené. L'oeuvre est subtile, habile, savante. L'oeuvre a du souffle, de l'envergure, de l'opiniâtreté, du tonus. L'oeuvre est admirable. L'oeuvre transgresse. L'oeuvre est si abondante, si riche, si plantureuse, si infatigable, si chatoyante que je suis au désespoir d'en montrer aussi peu, d'en recueillir aussi peu. Mais j'en ai, je crois, recueilli assez pour éveiller la curiosité des amateurs d'art. Les deux liens que je mets à leur disposition leur permettront d'avancer dans la découverte de l'oeuvre. Que les autres, incapables de regarder, aillent se faire voir ailleurs. 

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03/10/2016

Comancheria

C O M A N C H E R I A

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a com 1.jpgComancheria (Hell or High Water) est un thriller américain réalisé par David Mackenzie en 2016.

Toby (Chris Pine) et Tanner Howard (Ben Foster) sont deux frères très distincts mais qui s'aiment profondément. Après la mort de leur mère, pour éviter que le ranch familial soit saisi, les deux frères se livrent à de petits braquages. Mais ils n'attaquent  que les succursales d'une seule banque, celle qui tient la propriété familiale. Ils attaquent une banque inscrupuleuse, destructrice, une banque qui exploite et met à mort les petits propriétaires. Ils ont conçu le projet de rembourser la banque avec l'argent qu'ils lui dérobent. Toby a assisté au décès de sa mère, Tanner était en prison, c'est un délinquant, un hors-la-loi, il aime le danger, les grosses décharges d'adrénaline. Plus secrètement, comme son frère cadet, il a un vrai sens de l'honneur et veut venger le sort injuste fait à sa famille. Deux Texas Rangers se mettent sur la piste des deux braqueurs : Marcus Hamilton (Jeff bridges), un vieux type cynique et futé et son adjoint, Alberto Parker (Gil Birmingham), un homme posé, ironique et d'origine commanche. Là aussi, le duo, derrière un paravent d'humour chaleureux, est constitué de deux hommes très différents qui s'estiment et se complètent. Fraternité presque du vieux cow-boy et de l'Indien. 

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Derrière cette fuite en avant, cette course sauvage vers un objectif salvateur et périlleux, cette poursuite acharnée et pensée, le film multiplie les paris. Le pari esthétique d'engendrer, dans l'univers de poussière, de violence, de dénuement et de grâce du Nouveau-Mexique, des images d'une puissance émotive et d'une beauté esthétique étonnantes. Le pari de créer dans l’ambiguïté, à l'écart d'un consternant cinéma prêt-à-penser, le pari de la complexité, de la subtilité que Mackenzie formule ainsi :  ce qui m'a intéressé dans ce projet, c'est qu'il met en scène ce que j'appelle la “criminalité rédemptrice”, autrement dit, il s'attache à des personnages honnêtes qui transgressent la loi pour des raisons légitimes. C'est aussi un croisement très rare entre le western, la comédie, le film de braquage et le road-movie. Le pari de surfer sur les genres avec une aisance superbe et féconde. Le pari d'injecter de la politique, de la réalité sociale, des instants de poésie dans le thriller. Le pari d'un art de dialoguer exceptionnel, de faire penser les personnages, de faire s'aimer, s'opposer et se reconnaître les hommes sans jamais tomber dans la loquacité, dans la déclaration, dans le lyrisme. Le pari de revenir, par des portes nouvelles et étranges, au sens de la tragédie. Le pari capital, audacieux, déterminant - après le bâtiment d'un scénario faramineux - d'une remarquable fin en suspension.

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Le film donne encore à voir deux duos formidablement équilibrés, quatre acteurs au sommet, un Jeff Bridges impérial, et, il convient de le noter, dans le rôle d'une serveuse de resto, une hypnotique et très originale Katy Mixon. 

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11:20 Publié dans Coups de coeur | Lien permanent |  Facebook |