21/07/2017

Eric Brogniet - Tutti Cadaveri

Eric Brogniet

Tutti Cadaveri

L’Arbre à paroles, 2017

Brogniet Eric.jpgJe viens de lire l’ouvrage d’Eric Brogniet récemment paru à l’Arbre à paroles. A l’exact rebours des célébrations laborieusement sentimentales, à l’opposé de l’intolérable kitsch émotionnel ordinaire aux commémorations des tragédies considérables, Brogniet compose un puissant et pertinent réquisitoire contre l’abandon de l’être humain par le progrès centré sur le lucre. L’abandon, le sacrifice. Brogniet désigne avec une insistante clairvoyance les odieux et proliférants bubons d’un système totalement inscrupuleux et mortifère. Il montre la bête dans l’étoilement de ses tentacules. Il commente, dans une sorte de litanie fervente et implacable, la catastrophe du Bois du Cazier de juillet 56 et toute catastrophe où des hommes sont immolés, et désigne cette mafia du profit à tout prix, cette alliance, cette parenté orchestrée par l’avidité écœurante et ignoble, il nous fait sentir que rien n’est fait pour proscrire la prolifération de ces drames prévisibles, de ces dégâts collatéraux de la course vers la prospérité infirme et fermée sur soi. Il met le doigt sur cette sorte de complot du pire et sur cet aveuglement consciencieux qui gouverne sa pérennité.

Là-dedans, dans cette plaidoirie virile et inspirée, sensible et pleine d’humanité blessée, la voix de la douleur vient, mesurée, d’autant plus efficace, se faire entendre et retentir. Et nous tordre les viscères. J’aime encore, dans l’ouvrage de Brogniet, ce digne et rassérénant parti-pris pour l’homme. Il reste des poètes pour se dresser personnellement, singulièrement, à l’écart du larmoyant répertoire des trémolos, devant l’abject.  Et Angelo Berto, s’extrayant des entrailles de l’enfer après avoir cherché désespérément quelques signes de vie parmi les cendres et les fumées, continue à répéter son terrible : Tutti Cadaveri.

C’est ainsi que, selon moi, l’on commémore. En donnant du poing sur la table. En désignant la plaie béante. En considérant qu’elle ne se referme pas.  Et que c’est une calamité perpétuée.  

Le livre se compose de deux parties, la seconde constituant une traduction en italien (réalisée par Rio Di Maria et Cristina Panella) du texte de Brogniet. Une puissante illustration de Daniel Pelletti orne la couverture.

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11/05/2017

Les Chroniques du Poisson Pilote n° 34

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n u m é r o    3 4

Les temps politiques sont durs, obscènes, écœurants. Les ruades du FN achèvent de les parfumer d'un authentique relent de merde. Macron, d'En Marche, n'a rien pour me plaire. Aucun sens social, la résolution de sacrifier le travailleur aux intérêts de l'entreprise, un zèle néolibéral rebutant ; rien pour me plaire. Mais le FN, c'est l'abjection en politique, et je pose qu'il faut tout faire pour proscrire le retour du fascisme, y compris voter en se pinçant les narines pour un bleu qui risque, dans des envols d'ego dont je le crois capable, de se tenir pour providentiel. Mais il n'y a pas d'être providentiel. Il n'y a ici qu'un pis-aller, un compromis un peu lamentable, un(e) regrettable faute de mieux ! Mais le FN, c'est un au-delà de la répulsion et du dégoût, le repousser, c'est refuser l'enfer, la bassesse, la puanteur en politique. Le FN, c'est la main d'oeuvre sale, la racaille au pouvoir domestique, la bourgeoisie sectaire, méphitique et méprisante et l'aristocratie dégénérée autorisées à piétiner, c'est le pouvoir injuste, c'est la morbidité en politique, c'est le dépeçage systématique des différences, c'est l'art assassiné, nazifié. Le FN, c'est le culte de l'autodafé. C'est la liberté en berne, son fiasco absolu. 

Bon, j'en appelle à la beauté, à la création, non pas pour oublier, ni pour oblitérer mais pour retrouver le goût de respirer, d'aimer , de découvrir, de s'étourdir et de partager. Pour retrouver le frisson d'agrément, la belle électricité qui vous traverse et vous hérisse délicieusement, pour renouer avec ce coup de peigne dans les idées, cette ondée sur le jardin de l'âme. 

Brett Walker

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/brett-walker/

C'est le photographe de l'intensité, de l'accentuation. ici, dans le splendide portrait d'une jeune beauté, il saisit à la fois le sauvage et le cristal de l'être. 

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Caroline van Sluijs 

https://www.instagram.com/carolinevansluijs/

Toute sa vie, Caroline van Sluijs, artiste hollandaise, a dessiné, peint et écrit. Elle est aussi l'amie des fleurs qu'elle photographie remarquablement, d'une façon presque intime, c'est une abeille, elle butine. Avec les couleurs, elle a créé des relations de compréhension mutuelle. L' année dernière, elle a réalisé, par déchirures, des collages intrigants et exaltants. Des collages qui vont de la composition à la création, avec un art de la variation formidablement abouti. C'est la poétesse de la déchirure, d'une déchirure inventive, esthétique, c'est une sorte de mosaïste raffinée. Entre paysage, abstraction et portrait, Van Sluis sublime le genre, y jette une science précise, une technique, une exigence et une maîtrise. Ici, dans l'oeuvre de la créatrice hollandaise, c'est l'univers du collage artiste. Une intelligence savoureuse habite ce travail, le dynamise, lui offre le possible d'une grande liberté. 

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Daniel Simon

Avec un peu de recul, que retirer des présidentielles françaises ? La peste ne s'est pas imposée ? C'est vrai. Mais quelque chose de plus mémorable, c'est ce beau poème de Daniel Simon.

Avant de voter

j'ai pensé à ma mère à la sienne

aux repas dans le silence

à la nuit soumise à la télévision

où la lune était belle

en noir et blanc et en musique

Avant de voter

j'ai fait une liste de ce que je voulais

et ne pouvais plus perdre

des phrases sans queue ni tête

des promesses en liasses

sous les sunligts en sang

Avant de voter

j'ai regardé la file où je vais

une nouvelle fois entre deux autres

hommes et femmes sombres

un autre plus loin appelle un ami

dans une langue de gorge

Avant de voter

mes mains ont tremblé si peu

je suis trop vieux pour que le corps

renâcle hésite ou se fâche

avant l'isoloir sans étourdissement

préalable aux dieux volatiles

Avant de voter

j'ai oublié un livre chez un ami

hier qui le sera peut-être encore

ce soir jusqu'à l'engouement funeste

mes enfants ont grandi des pantoufles

de fer aux pieds

Avant de voter

la femme que j'aime rira de moi

ce soir en disant c'est fini c'est fini

comme on fait aux enfants

enfiévrés et grincheux

mon chéri on va dormir

Avant de voter

je me conjure comme à Noël

à Pâques et à la Saint-Sylvestre

de ne plus m'inquiéter des migraines

du temps il en reste si peu

pour vivre encore encore juste

avant de voter

Savina Lombardo

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https://www.facebook.com/savina.lombardo/photos_albums

L'artiste (pastelliste, peintre, dessinatrice) Savina Lombardo est une ancienne de mes prédilections. Son genre raffiné et singulier, les états de grâce de son travail, ces mélanges aboutis et heureux de réaliste et d'angélique, de vrai et d'onirique, de hiératique et de léger m'ont séduit il y a longtemps. C'est un bonheur de recueillir aujourd'hui quelques œuvres de l'artiste italienne toujours et plus que jamais inspirée, originale et délicate.

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Enrico Robusti

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/enrico-robusti/

Le grand maître italien Enrico Robusti est là. Présence exorbitante, faramineuse ! Je l'ai écrit : je suis un inconditionnel de cette fièvre picturale, de ces hallucinations de vérité (quand la vérité apparaît à l'artiste dans l'état de ses déformations constitutives). C'est une grande rencontre, une oeuvre magistrale qu'il faut célébrer, acclamer et redouter. car, dieu merci, les artistes ne nous veulent pas que du bien. Il nous présente parfois des miroirs singulièrement offensifs, assassins, il représente l'humanité tordue, il la fixe dans l'exercice malsain où elle excelle, la torsion. 

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Otto Ganz

https://www.facebook.com/otto.ganz.90/photos?lst=10000349...

L'écrivain et peintre (dessinateur) Otto Ganz persiste pour l'instant (comme un mineur enragé, et prisonnier de son acharnement, qui dépèce un filon fantastique) dans sa veine d'encres, gouaches, acrylique, café, liquides organiques sur papier. Il a raison, les trouvailles sont fameuses, impressionnantes. Des pépites jonchent le sanglant tamis de papier. Un univers humain oppressant, sensible, sinistre, poétique, dévasté, terrible, ambigu, attendrissant se constitue pièce après pièce. Une sorte d'apocalypse du petit quotidien terrible. Un passage dans une intériorité ouverte à la vallée de la mort et au gouffre de la vie. Ganz semble s'être engagé dans une impasse prolifique. C'est sa manière d'être, sa signature à l'opinel. Lui qui n'est qu'oxymore. Lui qui est l'incarnation poétique, littéraire et picturale de l'oxymore. 

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Margot Buffet

http://margotbuffetpeintre.blogspot.be/

Voici ce que l'artiste française, peintre de papiers, dit à propos de son travail : C'est au cours de mes études de design à Saint-Etienne que j'ai orienté mon travail autour du papier, celui qu'en général on ne voit pas. Partenaire quotidien, matériel millénaire et pourtant si dynamiquement contemporain. Je travaille particulièrement avec des papiers trouvés, abandonnés. Discrète matière souvent négligée. Réemployer des papiers riches d'une première histoire, mais aussi sélectionner des textures spéciales à fibres issues des techniques industrielles ou artisanales. Médium exceptionnel capable de se convertir à l'infini.

Les œuvres engendrées par cette démarche singulière et maîtrisée sont littéralement époustouflantes. Ce sont des éclosions baroques saisissantes, des parures fastueuses et redoutables, elles sont à la fois captivantes et apparentées au genre fantastique, elles sont accidentées, suturées et pourtant elles ont pour elles une sorte d'harmonie inédite et inquiétante. Elles fascinent, elles accrochent.  Ce sont des hantises, des spectres et des fantômes de Mary Shelley. Ce sont des masques punk surpris en pleine nostalgie romantique, des suaires, des divas livrées à leurs fièvres et à leurs excès, des maquillages baudelairiens. Ce sont des contraires convertis à l'entente, au chœur. C'est l'iconostase d'aujourd'hui, fuie par l'absence de dieu, habitée par le goût de lui. C'est l'humanité défigurée par des siècles de progrès. C'est la décadence nouvelle, sublime et effroyable, le martyre heureux et difforme du 21ème siècle. Au bout de tout, il y a toujours l'inachèvement, l'incomplétude, le fiasco merveilleux. Cette oeuvre me fait songer à une immense flotte d'épaves grandioses, de vaisseaux fantômes lyriques et enivrants.

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10/05/2017

Assunta Genovesio : l'apparition d'une nouvelle merveille

On sait mon goût pour l'oeuvre de l'artiste peintre française Assunta Genovesio. J'ai découvert hier soir une nouvelle oeuvre qui a produit sur moi un effet considérable. L'étrange pouvoir de fascination des couleurs et des contrastes, quelque chose qui tient d'une singulière harmonie, le pouvoir de présence et de captation du sujet, la force et l'équilibre de la composition, l'hallucinante qualité d'intensité et d’intériorité de l'instant . Ce qui est saisi et rendu ardemment, c'est "ce presque rien nu", cette seconde de somnambulisme et d'onirisme, cette humanité qui fait un instant boucle en elle-même. C'est le précieux fragile et délicat de l'être humain. Le pratiquement ordinaire transcendé par la magie d'un regard et d'une traduction picturale. Et j'écoute, je goûte, je savoure l'état de suspension dans lequel m'élève l'oeuvre.  

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12/04/2017

Paterson de Jim Jarmush

PATERSON

de Jim Jarmush

avec Adam Driver et  Golshifteh Farahani

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Paterson vit à Paterson et conduit un bus à son nom, un bus de Paterson. A Paterson sont nés William Carlos Williams ou Allen Ginsberg, des poètes. Bud Abbott, l'humoriste qui faisait duo avec Lou Costello, est aussi originaire du coin. A Paterson, New Jersey, on trouve poètes et humoristes. Paterson, lui aussi, bien que n'ayant rien édité encore, est poète, il se ménage des temps d'écriture, il vit avec sa femme, Laura, très amoureuse, éprise de son talent poétique, pleines d'initiatives farfelues et charmantes. Ils ont un bouledogue capricieux et malveillant, Marvin. Paterson écrit des poèmes dans un carnet. Nous assistons à la naissance de ses poèmes, à leurs prises d'élan, à leurs balbutiements, à leurs envols. Nous entrons dans le rythme lent, répétitif, appliqué de leur conception. Nous entrons dans le rythme distinct, étrange, insolite, alenti de la conception des poèmes. Nous vivons une semaine avec le couple, nous passons sept strophes avec eux. L'écran est lui aussi une sorte de carnet sur lequel les poèmes se déposent dans une belle police de caractère. Le bus de Paterson est un grand miroir qui boit les images de la ville, les place dans des positions originales, c'est une chambre d'échos qui reçoit les commentaires drôles, touchants, ingénus des passagers. C'est un théâtre poétique du quotidien qui roule à travers la vie de la ville. Sept jours, sept strophes, la merveille sans cesse toute proche de l'ordinaire, le circuit habituel toujours orné d'une perle, d'un instant de rire, d'une émotion, d'un rire sur le dos d'un drame échoué. Le soir, lorsque Paterson va promener son bouledogue anglais, il fait un petit détour par le bar pour prendre une bière, discuter avec un ami, une amie. Il laisse son chien à l'extérieur, comme un poète mis à l'écart de la cité. 

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Ce film, construit comme un poème (les poèmes de Paterson sont libres, non versifiés) est savoureux, délicat, pudiquement sensuel. Ce film rit et charme, il touche aussi au tragique mais avec l'élégance étrange, le tact farfelu d'un clown de talent. Sa lenteur est bienfaisante et hallucinante, un bercement. Sa lenteur est habitée, inspirée. Le film est délectable, savoureux comme les gâteaux artistiques que Laura prépare avec minutie, comme les robes ou les rideaux qu'elle peint, comme son désir candide et ravissant d'apprendre la musique folk avec une méthode et une guitare qu'elle acquiert pour deux cents dollars.C'est une oeuvre sur l'écoute de sa propre singularité, de ses voix intérieures, sur la disponibilité à l'autre, sur la capacité à reconnaître l'attrait de l'autre, son talent. C'est une oeuvre sur la sérénité, tout à fait distincte du cinéma américain par ses moyens et ses propos. C'est un semis de poésie sur une ville moribonde. Un ville qui produit soudain des fleurs, de somptueuses images d'eau, des poèmes, des rencontres extravagantes. Il y a une harmonie possible, même lorsque le réel est cerné de vestiges, même lorsqu'une immense déconvenue survient.

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Le film de Jarmush nous propose de respirer à son diapason et lorsque l'on y consent, c'est une fête pour le corps et pour l'esprit. Pour l'âme, ai-je envie d'écrire. Le pouls qui assure les battements du film (coeur et ailes) laisse une enivrante impression de fièvre délicieuse, de frisson et d'humanité sensible. 

Adam Driver, à l'abri de tout sens de l'exploit, crée un personnage de poète captivant et poignant, habité et distrait, présent et presque absent, disponible à la culture de son jardin secret. Golshifteh Farahani, la somptueuse iranienne, crée un rôle féminin inaccoutumé, poétique, délicat, tendre, volontaire et, dans un rassérénant sens du partage et de l'équilibre, à l'écoute de son conjoint et à l'écoute de ses propres rêves.

Sans doute Jarmush nous rappelle-t-il que l'écran de cinéma peut être, lui aussi, un lieu où la poésie est déposée, où elle peut être reçue, où elle peut vivre.

Voilà une pépite, deux heures liquides sur lesquelles celui qui possède un voilier dans sa tête pourra naviguer.

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02/04/2017

Chroniques du Poisson Pilote n°33

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Pour le moment, mettant la dernière main à un recueil de courtes nouvelles, je me suis abstenu de toute activité parallèle. Mais promouvoir ce que j'aime reste pour moi une aventure essentielle, vitale. Une aventure pratiquement indépendante des effets qu'elle produit. Une aventure dans laquelle, sans être totalement replié sur moi-même, je me sens parfois, en toute humilité, une sorte de Jean des Esseintes qui se met à l'abri du monde derrière un rempart d’œuvres. 

L N    A F T E R

https://www.facebook.com/hellen.halftermeyer?fref=ts

Je voudrais d'abord revenir sur une artiste dont j'avais adoré et signalé comme une émergence importante l'apparition des premiers éléments de l'œuvre. Elle montrait peu. Ce qu'elle montre aujourd'hui, peu encore, confirme la formidable singularité d'un talent exceptionnel. Un univers troublant, profond, original, puissant, poétique par la manière dont il traite l'estompement et la presque évanescence de l'être, se construit progressivement. Dans un magistral jeu de nuances, on voit cohabiter force et distance, solitude et hantise, souffrance et silence, appel et mutisme, présence et dilution. Je suis épaté par la façon dont l'artiste (qui utilise au demeurant les couleurs avec une pertinence rare) accentue l'effet de présence par les premiers signes de son abolition. Je pense à une oeuvre vaste, riche, étrange, inspirée par le thème de l'oeuvre humaine menacée d'extinction.

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H É L È N E    B É N A R D E A U

à mon amie Christiane Mégel

Le 5 février 2017, Hélène Bénardeau est morte. Après plus d'une décennie de lutte contre le cancer, la belle sirène de la Loire (mère, enseignante et écrivaine) s'est absentée. J'avais assez récemment fait la connaissance d'Hélène mais son départ m'a profondément bouleversé. Je suis d'avis qu'il faut la retenir, qu'il faut capturer son souvenir, son imagier, ses mots, ses fleurs et les perpétuer comme on le fait quand on aime quelqu'un, quand on est sensible à son esprit, sa lumière, sa beauté. Voilà pourquoi, dans mon espace internautique, j'ai à cœur (par affection, par goût de l'esprit, par fidélité) de semer des traces d'Hélène. De faire jardin parmi ses fleurs. De recueillir ce précieux qu'elle dispensait. J'ouvrirai sous peu un nouvel article consacré à cette magnifique Passante. 

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/helene-benardeau/

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A L A I N    L A B O I L E

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/alain-leboile/

Je lui ai consacré de nombreux articles. C'est un artiste immense. Un enchanteur. Il n'a plus besoin de soutien, il vole, son oeuvre est reçue et célébrée. Nous, par contre, nous continuons à désirer la bienfaisante présence de son oeuvre poétique, son talent inventif, ses clichés habités, sa manière de considérer le monde, sa vision, ses merveilles, sa façon inédite de capturer la beauté et la grâce des siens. Cette façon et cette qualité de regard enchantent. 

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F R E D D Y   R A P I N

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Un autre de mes hôtes. Rapin, avec qui j'ai collaboré, m'avait déjà saisi avec une création rouge. Celle-ci, lorsque je l'ai découverte, m'a procuré un grand sentiment de ravissement. Dans cette seule photographie, des poèmes entiers et rouges sont contenus. J'écrirais volontiers un roman pour m'en faire une illustration de couverture.

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M I C H E L    F E R R A N D

http://ferrand.wixsite.com/michel-ferrand/

Nos amis sont toujours les plus mal servis. Je m'aperçois, éberlué et confus, que je ne possède rien de Michel Ferrand dans mes espaces.  Pourtant il y a à dire sur cet homme touchant, délicat, profond, singulier, attachant et loyal. Il y a à dire sur son exploration soutenue des âmes semées dans la nuit, sur les hantises qu'il explore à la lampe noire de son talent. Sur l'inquiétude qu'il approche comme un animal sauvage que l'on ne veut pas effaroucher, sur l'humanité secrète, embusquée, désolée dont il rend compte avec un impressionnant sens du frisson et une sensibilité qui me bouleversent. Ferrand est là, derrière le masque conventionnel des êtres et ses encres - tags et fresques poétiques chaulés et charbonnés sur les parois de la nuit, comme des loups à la face cachée de la lune, hurlent. J'aime cette faune humaine à l'écart des rangs et de la lumière, établie dans sa propre et nouvelle leçon de ténèbres.  Car oui, j'entends dans l'oeuvre des voix d'anges, des voix douloureuses, nocturnes, blessées, perforantes. J'aime avec tendresse ces terribles et déchirantes fleurs de lune qui s'ouvrent tandis qu'une partie du monde se ferme et ferme les yeux. Je suis happé par ces yeux noirs ou absents, ces yeux de nuit. 

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13/03/2017

Manchester by the sea (Kenneth Lonergan)

MANCHESTER  BY  THE  SEA

D u   g r a n d   c i n é m a

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Encore un film de qualité. Lent. Douloureux. Éprouvant. Passionnant. Souligné par une bande originale étonnante, avec des bouffées parfois intenables en densité émotionnelle.

Lee Chandler est ouvrier d'entretien. C'est un type étrange, lent, détaché, presque somnambulique. Il est appelé en urgence, son frère Joe, atteint d'une maladie cardiaque, vient de faire un malaise. Quand Lee parvient à l'hôpital de Manchester, son frère vient de mourir. Lee va devoir affronter cette réalité sordide, il va être chargé de l'éducation de son neveu et il va renouer avec la tragédie de son passé familial.

Le film est très construit  par vagues de flash-back intimement serties dans le présent. Le rythme est lent. Le film prend son temps. L'image, même urbaine, est soignée mais demeure sobre, pleine pourtant de trouvailles, de vues touchantes. Mais l'image, dans la trame de l'histoire, ne cherche pas ou peu l'effet dramatique. La musique apporte souvent cette dimension de soulignement intense et soutenu. 

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Le film respire d'une façon oppressante, d'une oppression communicative et son atmosphère de tragédie ordinaire a quelque chose de plus, une intensité, une profondeur, une acuité rares. La vibration tient du début à la fin. A l'écart de la démonstration, ce film vaut par son désir, souvent exaucé, de toucher à l'essentiel, à l'âme enfouie des personnages, il vaut par sa volonté de chercher l'être et sa vérité (fût-elle fragile, aléatoire, changeante).

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Le film découvre progressivement, comme on lève un voile, l'ampleur terrible du séisme. Son étoilement. Ses séquelles.

Dans des décors modestes, dans la trame pénible de vies ouvrières simples, sur des vues de la petite cité balnéaire de Manchester, la musique produit des effets faramineux. Haendel, Albinoni, Massenet entrent ici pour insuffler de la dimension, pour attiser et dilater l'âme du film. C'est une réussite considérable. Comme en est une autre la musique hallucinante, hypnotique, dense et flottante à la fois de la compositrice et musicienne canadienne Lesley Barber. C'est aussi un grand atout de ce film.

https://www.youtube.com/watch?v=b9iKo5piMwk 

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Il y a le martyre d'un homme revenu à la source de sa tragédie. Il y a sa presque extinction et la façon pressante, urgente dont le monde l'appelle. Il y a son dénuement et les trésors qui sont exigés de lui. Il n'y a pas d'héroïsme, il y a l'ordinaire, le quotidien, la démesure insupportable de la vacherie du destin. Puis, affleurant par instants (des instants qui sont ici sublimes), on aperçoit subrepticement la beauté des êtres, leur sensibilité, leur fêlure. 

Il y a cet aboutissement fameux d'un cinéma qui réfute l'apparat, la pompe, l'artifice. Et des prestations splendides. Casey Affleck (virtuose), Michelle Williams (déchirante) et une formidable distribution.

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12/03/2017

Les Chroniques du Poisson Pilote n°32

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Cette fois, un numéro ample, une enfilade de perles baroques, des fleurs violentes, des découvertes splendides, des rencontres heureuses. En philanthrope parfois grièvement sujet à un irrépressible dégoût de l'humanité, je ne retiens dans mes Chroniques que ce qui me charme, m'enchante, me bouleverse, me surprend, me déstabilise, m'aide à vivre. Le reste, - une abondante, une profuse diarrhée de croûtes molles, ne me sollicite désormais plus.  Et je vais, - chevelu, blanc, hirsute, un tantinet rebelle - en ligne directe à mes prédilections, en prenant garde, tout de même et malgré le bénéfice de chance que je pourrais en tirer, de ne pas fouler les étrons artistiques qui jonchent les rues, les salons, les galeries de notre monde en pénurie de pertinence. Il se pourrait, bien sûr, que je me trompasse quelquefois, que je fisse, en matière de goût, l'une ou l'autre faute, mais ces fautes et ces fautelettes, j'ai à cœur de les commettre seul, sans la bénédiction ou l'arbitrage de qui que ce soit. Il se pourrait que moi aussi je fisse de temps en temps les frais d'une carence de pertinence. Je le supporterai si j'ai pour consolation que mon impertinence demeure à l'abri de la panne. Deux choses (parmi d'autres) sont en moi inépuisables : l'enthousiasme forcené et la répugnance forcenée. Quand je me tâte (très honorablement s'entend), il m'apparaît quand même que j'aime aimer. En voici quelques preuves.

ASSUNTA GENOVESIO

On sait l'admiration immodérée que m'inspire l'oeuvre de l'artiste peintre Assunta Genovesio. (C'est un nom majestueux, je m'en rends soudain compte Il est conçu pour entrer dans la légende). J'ai beaucoup écrit sur elle, elle fera partie de ma prochaine navigation littéraire et artistique (Chercheur d'art chez JF Editions en mars 2017), elle a un pied-à-terre dans mes Chroniques, chaque nouveau tableau d'elle que je découvre me surprend et m'étreint le cœur. Chaque fois, je suis confronté à ce surcroît étrange, ce supplément où force, grâce et persuasion s'entendent. Chaque fois, la foudre se répète, chaque fois, une longe fréquentation, une patiente observation de l'oeuvre sont heureuses et bienfaisantes. Chaque fois, un bienfait est au rendez-vous. Une magie opère. Chaque fois, le sentiment est alarmé. Ici, la stupéfiante création de la lumière, la qualité de l'obscur, une atmosphère étourdissante, un ciel qui d'emblée entre dans mon intimité, des tons affolants. Il y a, avec le savoir-faire et le savoir-inventer, un parfum d'oeuvre, une dimension, une signature, une ampleur. Une respiration. Et j'entends un violoncelle. 

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JEAN-CLAUDE SANCHEZ

Il est ici chez lui. Mes espaces sont riches d'albums de Jean-Claude Sanchez. J'ai multiplié avec lui les collaborations. Je le connais un peu, désormais. Je sais notamment cette sorte d'adoration qu'il voue à la beauté asiatique. Et pourtant, à chaque fois, la nouvelle oeuvre me surprend et me subjugue. Un vrai talent exclut qu'on s'habitue à lui. Ici, une majesté étourdissante et singulière, avec des drapés d'une perfection sculpturale. Mélange heureux, sublime de densité et de légèreté, de dissimulation et de révélation. Les épaules sont superbes, le vase du corps et la perfection formelle confèrent à la femme un subtil et cohérent mélange de profane et de sacré. 

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a ass a.jpgELISA RETAILLEAU

http://elisa-arts.fr/

https://www.facebook.com/elisa.retailleaubureau

Artiste plasticienne, (peintre, dessinatrice, photographe), son travail est centré autour de la représentation du corps féminin et du mouvement, une démarche fondée dans la pratique de la danse. Elle est, - quelqu'un merci ! - un peu folle. Ses magnifiques photographies patiemment et artistement mises en scène, insolites et séduisantes, l'attestent. Dans son entreprise picturale, le trait est nerveux, rapide, frénétique, électrique et maîtrisé, il combine aussi quelque chose de délié, un goût inspiré, esthétique de la boucle, une rencontre harmonieuse de l'arrondi et des angles. Il y a une griffe, une patte. Les couleurs sont esquissées, parfois intenses, ardentes, souvent hypnotiques. Les couleurs aussi dansent et s'agitent, vivent en effervescence. Il y a là une grande liberté de ton, de sujet, une oeuvre audacieuse, une féminité orgueilleuse, séductrice, rayonnante, un mélange détonant d'ingénuité et de malice. Cette oeuvre me fait songer à une écriture pleine et lyrique. Ses photographies sont originales, allègres, poétiques, drôles, parfois, elles établissent des rapports sensibles et heureux, inspirés avec la peinture. L'oeuvre est complexe et indépendante, très personnelle, pleine de nuances, d'humeurs, de saveur, de caractère. 

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SABINE DELAHAUT

Sabine Delahaut est une artiste graveur que j'admire énormément et dont j'aime publier des œuvres dans mon espace. Je reviens toujours à sa technique minutieuse, aux  envoûtantes atmosphères de poésie, de mystère et de merveille de son travail. J'y reviens inlassablement. Sabine est dans l'actualité immédiate, elle expose à Liège, voir la superbe affiche en bas.

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SUZY COHEN et SUZETTE ALANIS

ne sont qu'une (part de la multiplicité de cette femme)

http://suzy-alanis.skynetblogs.be/

https://www.facebook.com/cohen.suzy

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a cohen suzy 7.jpgVoici un être étonnant. Une Suzy tout à fait inhabituelle. Distincte. Remarquable. Salomé, dit-elle, pour parler d'elle. Oui, Juive, fille d'Hérodiade, oui. Coupeuse de tête (elle ne coupe point, se contente d'exiger qu'on coupe) dont, retour de flammes !, la tête sera prise par le froid sur un plateau de glace. Salomé des peintres et des auteurs soulevant la tête du baptiste. Elle se sent Salomé, Suzy Cohen. Suzy Cohen est, au physique, une femme plantureuse, une Fellinienne (à mi-chemin d'Anita Ekberg et de Sandra Milo), une divinité à la rotondité exemplaire, Héra qui jetant son lait invente la voie lactée, une voluptueuse ample et fragile, un phantasme qui rit, aussi, une pin-up qui ragaillardit le marin en haute mer, au front, quelque part où il est penché sur l'icône. Elle a, disons, une bouche pour dire les Fleurs du mal. Des lèvres à cocktails épicés. Les yeux laissent songeur. Elle est du côté, dirait-on, à la voir, du sensuel, du suave, du voluptueux. Elle vit, exotique, très loin, à l'autre bout du monde. Il y a la mer, des pirogues. Un énorme décalage horaire. Et sa plénitude allongée sous le soleil exactement. Elle fait penser à la transformation, l'heureuse alchimie du marbre en moelle. Elle a des regards, des sourires mutins, enchanteurs. Du jazz est autour d'elle. C'est une belle joueuse. Insolente. Renversez-là, de grâce (avec son consenetment, nécessairement) sur un Steinway et qu'elle nous chante, décolletée et lente, I'll string along with you. Oh l'ample Sassie blanche, la diva qu'elle serait. Ecoutez ceci pour comprendre ce à quoi je pense.

https://www.youtube.com/watch?v=0ssAb-wJ3T4

Il se pourrait qu'elle ne chantât pas ou faux. On est disposé à tout lui remettre. Suzy Cohen, sûrement, - et dans mon esprit au moins - des gens viennent de très loin pour entendre (et enregistrer ses gémissements). Brame de jument licorne, geignement de sirène.  

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Mais non, ce n'est pas exactement de cela que nous parlent les poèmes de lady Cohen. Il parle de cela aussi mais assez peu. Ils sont plus graves, plus douloureux que l'icône que nous esquissons. Ils sont plus profonds. Ils sont d'une veine existentielle.chargée, marquée au fer rouge de la vie. Ils ont une intensité plus acérée, plus pointue. Ils ont des angles, des tranchants, des arêtes, des dérives. Ils sont blessés, vivants, ils palpitent, ils tremblent. Ils remuent ceux qui les lisent. Ils font affleurer des frissons. Ils s'écartent du léger, naviguent dans une geste sombre. En voici.

feuillets de corde et temps de glace: le tps qui reste

il est quatre heures du matin

elle le sent, elle ne va pas se rendormir

c est le printemps dans ce satané pays, il a encore neigé..

hier soir, elle a mal tiré les occultants , ainsi,  elle peut encore  apercevoir, par l interstice, un petit bout de ciel de nuit, livide, où se détache le squelette d un arbre nu, comme un présage..

elle enfonce sa tête dans l oreiller de plumes, relève ses couvertures et caresse automatiquement son corps nu, lui aussi comme cet arbre qui refuse de bourgeonner en ce faux printemps, son corps enfoncé définitivement dans un  hiver létal

la peau est encore tannée par le soleil des iles et douce, son corps , elle le connait parfaitement, c est un sac de coutures

elle le connaît si l’on peut dire, sous toutes ses coutures

le ventre est un peu replet et doux, elle arrive au pubis qu elle a voulu glabre, le caresse doucement jusqu' à la béance qui libère des arômes célestes, enivrants de vie

elle jette un autre coup d’oeil dehors où se remettent à tomber des flocons anesthésiants de volupté sur ses blessures qui ne se refermeront jamais

bientôt des pluies de l au delà du monde, des pluies venimeuses viendront ruisseler à travers un azur dément sur l’étendue malade de son esprit

le médecin lui a affirmé : "un mois, maximum"...

elle sait, donc.

elle continue de se parcourir doucement sous  la chaleur bienfaisante de son édredon

le temps qui reste, elle va l occuper à transformer ce mécanisme branlant en sensations divines, en fulgurances

demain elle appellera M, il ne saura rien de son drame

il continuera à l aimer, à la célébrer, à transformer ce corps de douleur en manne de plaisir

alors, elle oubliera, elle l’aimera aussi comme on aime un alchimiste, elle aimera aussi ce corps à l’histoire impitoyable

elle se dira, pour se rassurer que DIEU existe,  qu’il y a des ailleurs plus cléments

pensera tout bas "DIEU je ne dis pas que tu n es pas, je dis juste que je ne suis plus"

le dénouement sentira la chair à plein nez

il sentira la fête, la célébration rayonnante de la complémentarité entre le souffle ultime de la chair et la respiration haletante de la pensée

un jour, un jour à la fois

laissez-moi la résurrection de la chair, l’esprit se libère à l’approche de l inéluctable

le temps qu’il me reste

je veux l arracher définitivement au vertus rassurantes de la raison, mourir folle comme j ai vécu

le temps qu’il me reste se comptera en caresses, en tango des peaux

elle pense à deux phrases si similaires et si opposées

"je compte les jours"

"mes jours sont comptés"

elle sourit

le jour se lève

 

mais voir un ami...

il y a eu notre première rencontre

tu m’as lorgnée impitoyablement, au-dessus de tes petites lunettes de stakhanoviste

et j ai su, au premier regard , que nous allions vivre quelque chose d’inclassable

t avais l’air d un animal blessé

la lumière semblait trop intense pour toi car je crois que tu la voyais au travers des souterrains du sommeil

 

et puis , nous avons décidé de changer d’endroit

le café versailles avait ses limites

ta démarche ressemblait à une fuite interminable

tu semblais vaciller, perdu dans un abîme de grisaille

 

tu m’as appris le goût de la chimay bleue

ton visage accidenté ressemblait à une toundra

tu parlais, tu riais, tu buvais, tout était dans la démesure

 

il faudra comprendre la leçon du chagrin

qu’un geste suffit à écarter

il faudra comprendre le corps qui s’éteint comme muni d un rhéostat

 

il faudra comprendre le frisson

que nous mettons chaque jour de côté

sans savoir s’il annonce

ou abrège le souffle d autres vies

 

Il faudra réapprendre à aimer st gilles

 

just before

tu nous attends, de pied pas tout à fait ferme

dans cette petite maison blanche

impersonnelle mais  totalement adaptée à l’inconfort physique

 

je regarde ton visage

je le reconnais de moins en moins

tant il est bouffi

la  démarche devient mécanique

et bizarre

tu me fais penser à un playmobile

qui ne veut rien perdre de sa superbe

 

hier toutes tes forces restantes

ont servi à m’engueuler

à me donner une leçon de vie

ironie bizarre de la fin

 

B.

s’endort dans le fauteuil

comme un chat près du poêle

je vous regarde

et  me sens infiniment seule

infiniment triste

un nuage de vie qui passe

dans un ciel sombre

 

je vais finir par haïr la chimay bleue

 

sois sage ô ma ...

partout , il y a la douleur

persistante comme une pluie d’automne

comme la litanie des morts

 

dans mes rêves, dans mes artères

dans l’humidité des saisons

dans chacune de mes pensées

chacune de mes sensations

 

partout, il y a cette vrille

mouvement qui me précède

va –et-vient perpétuel

entre le monde et moi

et qui repousse les limites

de ma résistance

 

mon sismographe fonctionne

24h sur 24

et de secousse en secousse

je me lézarde un peu plus

(Sources : http://suzy-alanis.skynetblogs.be/)

NADINE BOURGNE

https://www.facebook.com/nadine.bourgne

http://www.nadine-bourgne.odexpo.com/

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En une formule très succincte, Nadine Bourgne évoque subtilement son art pictural : "Je réconcilie l'ordre et le désordre, la couleur et ses résonances, mais ma peinture restera tendrement agressive et follement solitaire". Je lisais, tout à l'heure, que cette artiste doute, qu'elle marche sur la falaise du désarroi. Ce sont toujours les artistes que le talent n'épargne pas, les artistes que le talent étreint au point de les faire suffoquer qui sont en proie au doute, à la détresse. Ici, chez Nadine Bourgne, il y a une oeuvre importante, originale, ardente. L'imagier brûle, grouille comme en force. Ces tableaux ont aussi des âmes de vitraux mis en joue par le soleil. Il y a une force, une solidité, une orchestration du chaos, une puissance de séisme ordonné. Une énergie faramineuse. Le fantôme du Cobra hante le travail singulier et personnel de Nadine Bourgne. Il y a un état d’ébullition dans ce travail pictural. Des éléments figuratifs habitent de grands orages abstraits. En même temps, ces intempéries vivent dans une sorte d'intimité, comme un monde intérieur et ses agitations révélés au regard de l'amateur d'art. Un univers intestin retranscrit dans ses états de nerfs, de fièvre, de rêve, de colère, de cauchemar, ses résurgences, ses saillies du passé, sa santé même. Comme la carburation de l'être mise à jour. La percolation de la vie en lui. Sans doute s'agit-il moins de lire que d'éprouver, de ressentir ce qui est montré.

Allez sur l'espace facebook de Nadine Bourgne, regardez l'oeuvre, rendez-lui justice, célébrez-la, partagez-la comme elle le mérite. Ne laissez pas un tel talent succomber au désespoir.

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11/03/2017

Fences (Denzel Washington)

F  E  N  C  E  S

C h e f - d' o e u v r e

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Je n'ai pas envie de faire le tri dans mes sensations, mes sentiments, mon désordre, de faire ouvrage de critique. Je veux rendre compte d'un état d'ébullition. Je veux, comme à la volée, noter par traits les impressions et les sentiments sur lesquels me laisse le film. Entre les crétins qui décrètent l'oeuvre trop bavarde et ceux qui considèrent que Washington se mire dans son oeuvre, il n'y avait guère d'encouragements ou d'incitations à regarder le film. Dieu merci, ces sinistres cancres et ces sordides minables ne sont pas parvenus à m'en dissuader.

Le film se passe à Pittsburgh, USA, dans les années 1950. Maxon est un ouvrier noir qui ramasse les poubelles. Il est affecté à la charge à l'arrière du camion. Les Noirs se sont pas autorisés à conduire le véhicule...  Les espérances du père n'ont pas abouti parce qu'il est noir. Avec une rigueur implacable, malade, obnubilante, le père veut mettre les siens à l'abri du rêve. Lui, l'intransigeant, le dogmatique qui cédera pourtant à l'incartade. L'amour, l'autorité, le délire, le monologue, le réel, le passé nouent ensemble l'histoire de cette famille.

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C'est un chef-d'oeuvre noir et un chef-d'oeuvre tout court de Denzel Washington (réalisateur/acteur) d'après la pièce éponyme d'August Wilson (Washington et Davis avaient tenu les rôles à la scène). C'est une tragédie noire, imbibée de l'esprit blues, de l'esprit jazz, habitée par le calvaire de l' histoire noire américaine, une tragédie déchirante, terrible, un film disert, ample, étouffant sur la condition humaine noire dans les années 50, sur un être blessé (Troy Maxon, éboueur noir et père de famille), despotique, obsessionnel, baseballeur empêché, croit-il, en raison de sa couleur de peau, égocentrique et profondément inquiet du destin des siens, embourbé dans la poisse et les désastres du sien, égaré, consciencieux, sentimentalement invalide, et qui fait voir le meilleur et le pire en lui.

C'est un film construit, intelligent, loquace où la parole soulage et envenime, ouvre et engendre des rotations folles. C'est un film sur la différence au sein de la même tribu, sur les ressemblances cachées, secrètes. Cela tourne jusqu'à l'ivresse, l'ébriété, le vertige. 

C'est un film sur l'amitié, l'intensité de l'amitié, les embûches qui la guette, la menace. 

C'est une attrapade avec la mort, avec l'obsession de la mort et de ses sordides métaphores, sur la mégalomanie et la fragilité ensemble, sur l'impossibilité des guérisons et sur le salut quand même.

Un film sur le désir, l'oxygène, la faute, un film sur la folie, le délire, le vertige. Un film sur les murs entre les êtres, sur les barrières qui protègent et qui enferment, sur la porosité invisible entre les êtres. 

Oh, c'est filmé, savamment, généreusement, chacun y a sa place, tout rôle - au-delà de et malgré l'attitude tyrannique de Troy Maxon - y trouve une place pour établir sa présence, fût-elle péniblement accessible, difficilement tenable, périlleuse. 

C'est une réflexion abyssale sur l'hérédité, la transmission, la construction d'un être. C'est un grand film sur l'amour, le tourment, la débâcle existentielle, le salut, le pardon.

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Un film sur la générosité et la sanction, sur l'échec, sur le refus de renoncer, sur la passion.

Autour du despote aux pieds de cristal, chacun des personnages existe et étouffe, adore et suffoque, se perd ou se fraie un chemin. Une parole abondante, ivre, féroce mène et noie le film, l’égare et le légende, le propulse.

Je n'en veux pas dire grand-chose d'autre. C'est trop tôt. Je suis épuisé, admiratif, épaté, bouleversé. L'oeuvre - difficile, dérangeante, captivante - est interprétée supérieurement par des acteurs totalement investis dans leurs rôles, des rôles pénibles, brillants, ambigus, puissants, tordus, marqués, meurtris, aimants, haineux, perdus. Viola Davis est époustouflante. Comme acteur et comme réalisateur, Denzel Washington réussit un coup de maître. Toute la distribution étourdit par son implication.

Je dis ceci : ce film noir, doublement noir et qui s'ouvre à la lumière, est à mes yeux une grande chose. Je me fous de ne pas faire l'unanimité et je conchie l'avis des clercs (petites têtes dispensées de l'impression de tournis ou d'enivrement) qui réprouvent laconiquement, misérablement l'excès de mots, de paroles,de saveurs, de minutes, qui n'y pressentent ni l'intense, ni l'ardent, ni le feu qui cherche périlleusement à dire l'essence, l'existence.

L'art noir place, avec Fences, un nouveau joyau à sa couronne. L'art tout court bénéficie de son éclat. 

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Le film est encore servi par une bande originale exceptionnelle. Détails prélevés sur youtube, au lien mentionné ci-dessous. Fences (2016) Original Motion Picture Soundtrack composed by Marcelo Zarvos. The Soundtrack consists of thirteen original songs by Zarvos along with others by Gene de Paul, Don Raye, Dinah Washington, James Cleveland, Sammy Cahn, Axel Stordahl, Paul Weston, Little Jimmy Scott.

https://www.youtube.com/watch?v=N7jXfzhWVbw

En guise de synthèse, un film époustouflant, historique, servi par des acteurs inspirés, engagés. Le talent et la présence des deux acteurs (Davis et Washigton) m'ont subjugué. J'ai la certitude qu'ils sentaient tous les deux qu'ils ne faisaient pas simplement un film mais qu'ils accomplissaient un pas dans l'histoire du cinéma.

00:28 Publié dans Coups de coeur | Lien permanent |  Facebook |

18/02/2017

Susanne Abbuehl

Susanne ABBUEHL

A1.jpgSusanne Abbuehl est une compositrice et chanteuse suisse née en 1970. C'est une des plus belles voix jazz que je connaisse. Elle vient de la musique baroque et jouait de la harpe. Elle est professeur aux universités de musique de Lucerne et Lausanne. On consultera son beau site et son projet en instance, la parution de son troisième album, "The Gift", prévu en mai de cette année.

http://www.susanneabbuehl.com/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Susanne_Abbuehl

http://www.universalmusic.fr/susanne-abbuehl//discographie/

Quelques titres de la belle artiste :

http://www.youtube.com/watch?v=2PHaAQUlc30

http://www.youtube.com/watch?v=Ys8Xcs40Rfk

http://www.youtube.com/watch?v=3joBWeAqAPc

http://www.youtube.com/watch?v=6Yld6QfQcdQ (très beau, présentation de la collaboration avec le pianiste Stephan Oliva) 

http://www.youtube.com/watch?v=JsMNzo-1qLI (une merveille, la chanteuse en compagnie de Matthieu Michel)

http://www.youtube.com/watch?v=Ys8Xcs40Rfk 

https://www.youtube.com/watch?v=hBY0dslTN20

https://www.youtube.com/watch?v=FC6MLeJGf8g

https://www.youtube.com/watch?v=ldAEE5UqMK8

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09:41 Publié dans Voix de femmes | Lien permanent |  Facebook |

Blues session (4)

Canned Heat

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https://www.youtube.com/watch?v=qRKNw477onU

Fred and the Healers

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https://www.youtube.com/watch?v=SyJUIizmhXA

Bobby Radcliff

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https://www.youtube.com/watch?v=AJD4bFJtOSQ

Buddy Guy

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https://www.youtube.com/watch?v=KRihhTQik2k

Howlin' Wolf

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https://www.youtube.com/watch?v=_CRdD2-8kUY&list=PLw5...

T-Bone Walker

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https://www.youtube.com/watch?v=T5lokLq6fY4

Luther Allison

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https://www.youtube.com/watch?v=fN2iB_99-hs

George Thorogood

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https://www.youtube.com/watch?v=97ECZMvbLxg

Taj Mahal

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https://www.youtube.com/watch?v=AyPfQQonYy4

Robben Ford

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https://www.youtube.com/watch?v=XGzibVH-YCA&list=PLv_...

Tampa Red

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https://www.youtube.com/watch?v=atG0vsVmID8

Deitra Farr

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https://www.youtube.com/watch?v=tcN_2QpzuGw

09:18 Publié dans Blues session | Lien permanent |  Facebook |