01/10/2014

Anna-Maria Cutolo

A N N A - M A R I A    C U T O L O

l e   m a c a b r e   p i c t u r a l

Quelques papiers encore - Décrépitude, misère et agonie

Il ne faut pas, dans mon esprit, faire abstraction de ce qui en soi joue et hèle la mort, de ce qui en soi calmement ou terriblement établit son règne. Moins encore de ce qui, autour de soi, dans l'autre, pose les fers de la mort. Là, j'ai un coup de coeur pour une suite d'Anna-Maria Cutolo, une suite qu'elle a négligemment appelée "Quelques papiers encore". Depuis longtemps déjà, je suis sensible à l'art sombre et terrible de la peintre française. Ici, j'ai cédé devant ces douloureux visages de la décrépitude et de l'agonie, ces faces éplorées et terribles de la misère. Il faut qu'elles soient avec nous, qu'elles nous hantent. Il faut à la lune qui nous éclaire ces cratères noirs. Ces têtes de mort et de mourants. Il faut que cela soit parmi nous, avec les autres évidences. Et moi, je crois à la nécessité des prophètes de malheur, des semeurs d'ombres, des empêcheuses de valser en rond. Au moins des sourdines à l'assourdissant bonheur du monde, ses déflagrations, ses victimes mutilées. Il me faut, pour atteindre au déséquilibre qui fonde en l'être l'humanité, le beau, l'abîme, tout. Les pestiférés de Cutolo sont là pour, avant sa vraisemblable extinction, obscurcir le soleil. Ils sont là, les laissés pour compte, les miroirs désobligeants, les gueules noires de la mine de vivre, ils viennent faire voir leur effondrement, leur décomposition. Ils font entendre, du fond du monde, leur mugissement de détresse, comme à notre oreille balnéaire la mer, dans une conque, se donne à entendre. Ils crissent comme des ongles sur le tableau noir du monde. J'aime leur discourtoisie. La noire impolitesse de leur désespoir, quand rire n'a plus de raison d'être, quand toute la mer tient dans l'aiguille d'une arête. Le vaste océan, un évier parfois. Il y a des peuples entiers pour qui l'Oceano Nox de Victor Hugo ne vaut pas même une flaque de pisse. L'homme qui vient a parfois tellement été embouti par le destin qu'il n'est plus qu'une fracture qui saigne, une gueule dont les yeux ne cessent de se défenestrer. Dirait-on pas que nous avons du mal à éprouver quelque chose qui ne transite pas par nos entrailles. Patience dans l'azur et dans l'azote, un jour, nos boyaux seront de la partie, mis à sévère contribution, ils se feront une place dans les tableaux opaques. Hommage à Anna-Maria Cutolo qui échafaude une grande et sombre, une insoutenable et indispensable, une virulente et saine oeuvre qui nous assène le boucan abominable et les images sordides de l'apocalypse : celle des autres, celle qui nous pend au nez comme une morve. Ecce homo. 

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Mais étourdi par les nouvelles créations d'Anna-Maria Cuotolo, par cette geste terrible, fascinante et magistrale, je juge indispensable d'inaugurer une extension à la galerie que je lui consacre. Avec des œuvres qui ont un souffle baudelairien et la virulence d'une diatribe de Léon Bloy. C'est enlevé, terrible, noir, profond, apocalyptique. L'artiste jette son oeuvre féroce en écho des monstruosités qui ont jalonné l'histoire de l'humanité. Je suis époustouflé par ces fleurs terribles, sépulcrales, ces œuvres serties dans les ténèbres tout autant, dirait-on, que dans la tragédie intime ou dans l'imagier fantastique. Je suis impressionné par la terrible puissance du cri qui traverse l'oeuvre et celui qui la regarde. Ici, ce sont les fosses et les fossés du destin, ses sordides envers que l'artiste exhibe dans des chorégraphies picturales macabres et inoubliables. Anna-Maria Cutolo atteint à une rare et vertigineuse intensité noire. 

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