06/04/2013

Jacques IZOARD

POÈMES THORACIQUES

Comment dénigrer le sens?
Comment exaspérer les mots?
Comment fuir toute image?
Comment plonger au cœur du néant vif, et du bonheur?
Pulvérisons ensemble
raisons et déraisons.

On n'a plus le temps de siffler
ni d'avaler la langue
ni de creuser le puits
d'où sort la vérité.
Mais on peut toujours toucher
sexe de l'un, sexe de l'autre.

Tu t'enfonces à présent
dans d'inintelligibles abois;
ne t'effraient plus le langage,
ni ses scories, ni ses amers dévoiements,
et qu'importent ceux qui croient
que muette est l'absence!
 

C'est que la loutre est sourde
et nous n'avons pas les moyens
de déjeuner sur l'herbe.
Il s'en faudrait de peu
qu'éclate un casque de castor.

Ne suivre aucun chemin.
Briser discours et rêves.
Trouver l'os, le cœur, la pierre.
Et s'humilier soi-même,
oublier sa propre peau.

La voix n'est que la mince peau
que le silence effleure
ou n'est qu'un roulis sourd
qui fait trembler le cœur.
gardons-la pour nous-même,
ne la libérons pas!

Ressasse à voix base
tourments, désirs, vicissitudes.
Les lèvres sont de neige,
disent douceur, disent pâleur.
Mais la voix toujours présente
apaise corps et cœur.

Énumère, autour de toi,
noisetiers, seringas, pommiers.
Que tu sois ici, au centre,
n'étonne ni tes proches ni toi-même
car le tourbillon ne cesse
d'entraîner tes fièvres
d'éloigner tes poèmes.

Nu sans âge n'est que nuage
qu'un nuage avala.
Toute la peau frémit
car la langue avait effleuré
mille mots pour ne rien dire.

De la douceur volée à la cendre.
De la dure langue au sel pur.
de la femme évanouie à la chevelure.
Et du cheval battu qui fuit
jusqu'au bout de la nuit…
Que de liens serrés qui serrent
nos frêles membres engourdis!

Bascule en moi le rêve
qui me fait tomber de sommeil,
qui m'emporte au-delà
des plus lointaines frontières.
Boire à même la fièvre!
vivre à cru pour t'aimer.


Énumère ou inventorie
chuintements, cris et rages
pour mieux cracher le feu
que tu gardais pour l'ombre.
L'ironie aussi a ses complots.

Nuages… et le caravansérail
devient d'une légèreté accrue
et le souffle que ta paume soupèse
rend le corps transparent.
Il est déjà temps d'écrire
le seul mot de «transhumance»

 

Jacques IZOARD

11:27 Publié dans Choix de poèmes | Lien permanent |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.