29/04/2013

David Scheinert

Une enfance perdue


Avec tes yeux neufs, tes mains curieuses et ton pas indécis, avec ton gazouillis, tes mots roux et innocents, tes mines rieuses, tes grimaces de chat, toute la musique malicieuse.

Avec tes soupirs et tes cris, tes gestes tendres et maladroits, avec ta voix qui chante une chanson que personne ne connaît, sauf toi, avec ta peau vulnérable et tes châteaux forts, avec ta chair ferme et fragile, sans passé, sans aurore.

Avec tes malheurs énormes et insoupçonnés, avec ton pouce bien-aimé, ton cheval de bois, ta défense nue et ton coupable quoi, car rien ne t'a frôlé de ce qui déchire ce temps, innocent insoumis, traître attendrissant.

Tu trébuches à côté de famines, de génocides, d'apocalypses, soufflant dans une trompette, tapant dans un tambour, transporté, ravi par le sifflet d'un agent, puis soudain t'arrêtant pour appeler maman.

Enfant sur le chemin, que seras-tu demain, infirme, responsable, cul-de-jatte, bourgeois, ou un fou dansant de vingt ans, trente ans, avec ton âme dans tes pieds ou, plus rare, tendant les mains vers le monde devenant ?

Que seras-tu, bonhomme, à l'aube de l'avenir, pareil à ces parents qui filent ce qui se fait, vivant pour leurs sous, assis sur leurs biens, la tête farcie de choux, ou bien un homme fait de fleurs et de froment, un libre moissonneur semant ses lendemains?

Entre nos deux vie, il y a la distance d'un voyage sans retour, et rien ne nous unira, étrangers l'un à l'autre, moi, le vieux païen à la vie traversée, et toi, petit serin blond, au yeux d'un blond serein, d'un bleu infini, dont je ne connais pas le sens, puisque c'est le sens silencieux de la mort.

David Scheinert

10:08 Publié dans Choix de poèmes | Lien permanent |  Facebook |

Claude Bauwens

Mon jardin d’oiseaux (extrait)

À Danielle.

Ils niaient les évidences mais ne démordaient pas d’une seule : je n’étais pas des leurs. Je fus exclu, reclus. Enfin, ma maison commença de me rejeter comme un corps étranger.

Détaché.

Seuls mes oiseaux récupéraient ce détachement.

Je m’étais accoudé à la table de cuisine, qui m’avait longtemps servi « d’écritoire » du temps où ma plume fixait et épinglait les papillons des mots entre des journaux froissés et malodorants, rassemblant des épluchures de pommes de terre, les feuilles de la salade, du chicon ou du chou, que coiffe le marc de café. Parfois, je brandissais une feuille marquée du sceau de mon génie et d’une immense tache de graisse.

J’appartenais de plus en plus à l’extérieur qu’à l’intérieur ; au monde des oiseaux que je découvrais par la porte-fenêtre davantage qu’à mon chez-moi où je me trouvais aussi mal à l’aise qu’un blanc qui a renié sa race et brûle de partager la vie des Indiens.

Une nuée d’oiseaux aux prises avec le pain que je venais de rompre, attira, aimanta, assimila mon regard, mon attention, ma rêverie et je ne sais quelle substance intérieure, capta la plus grande part de mon être, ma subsistance.

Mon dernier forfait : nourrir les oiseaux au-delà de la date prescrite au risque de mettre en péril les semis des alentours. Sous les huées. Depuis la mort du chat qui les effrayait malgré lui et ne les chassait plus depuis longtemps, les oiseaux, au fil des mois et insensiblement, avaient peuplé le jardin jusqu’au pied de ma porte. Pendant quatre ans, ils se sont rassemblés comme à la dérobée.

Un jour, je découvre l’importance de leur migration en mon jardin, l’ampleur de son repeuplement ailé que je favorise à force de pain émietté et de graines en mangeoire, sous de hautes, multiples, triangulaires formations de mouettes étincelantes par la grâce de la lumière basse.

D’abord vinrent des moineaux et des merles, un rouge-gorge au seuil de l’hiver, quelques mésanges, une nuée d’étourneaux par un coup de froid, une ribambelle de tourterelles, une bergeronnette, puis peut-être des bouvreuils, des pinsons et des troglodytes... Ensuite, dépassée ma science limitée des noms d’espèces, je ne sais quels oiseaux bibliques ou féeriques.

Par la fenêtre ouverte de l’étage et dans le vague de la chambre, on entrevoyait, en chemisier grenat, la mystérieuse voisine. 

Elle côtoyait la glace de son armoire et on dissociait mal sa réalité et son reflet. Ce dédoublement provoquait un trouble et un malaise profonds mais un éclat de lumière effaça les deux apparitions ; le fer de ma bêche réfracta cette clarté qui m’aveugla. 

Auparavant le chagrin m’avait saisi, le regret violent de l’été passé, à la contemplation des végétaux vestiges desséchés d’un jardin florissant et totalement épanoui dans la chaleur dont je ne ressentais à présent que les premiers souffles poignants, espacés dans l’air encore froid.

Le jardin vide d’oiseaux me déconcerta et je m’empressai de rentrer pour leur rendre l’espace. Les oiseaux ne chantent ni ne crient : ils mettent en garde leurs semblables ou leur progéniture ; ils les avertissent du danger, de la menace humaine.

Pourtant, à la fine pointe de l’aube et tout péril banni, le merle siffle, semble rêver, laisse rêveur, retarde le redoutable jour.

Dans l’éden parental, il advenait que l’orage arrachât au sapin géant, un nid si bien tressé que sa chute ne l’avait pas détérioré, un nid et ses trois oisillons, le bec ouvert. Ce nid reposé à hauteur d’enfant, trop fréquenté, objet de trop d’attention, ne recevait plus la visite des parents. Chaque fois, j’espérais, à force de mies de pain, sauver les sinistrés.

Toujours, ils mouraient. 

 L’arc-en-ciel rappelait ma promesse non tenue. 

À présent, malgré la quiétude du jardin, qu’ils semblent ignorer, les oiseaux n’élaborent pas davantage de nids dont je feins de ne rien savoir.

Une arche d’oiseaux, un jardin d’ailes et chaque feuille à l’unisson. Nid de duvet sur le vent du jardin. J’octroie à chaque oiseau le pouvoir du phénix. Feux d’aube trop tardifs pour alerter.

Il neige sur les oiseaux plus que sur le jardin. Ils brilleront à la lune de gel.

Claude Bauwens - http://temporel.fr/Poesie-Claude-Bauwens,106

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28/04/2013

Chevaux de trait - 28 avril 2013

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26/04/2013

Crépuscule du 25 avril, aube du 26 avril 2013

Quelques photographies :

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25/04/2013

26 avril, aube, à l'extrême limite du jour

Une photo de la série :

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La série :

http://www.facebook.com/media/set/?set=a.321077234685330....

22/04/2013

Aube du 21 avril (suite et fin)

Quelques photographies de la dernière série de cette aube :

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La série : 

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Weillen dans l'aube (mon village natal)

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Aube dans la Forêt - 21 avril 2013

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Pastels d'aube - entre 06.00 et 08.00 - 21 avril 2013

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20/04/2013

Quinze heures en avril 2013

Quatorze photographies inédites

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