17/05/2013

Leila Riselvaltes

Leila Riselvaltes

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Portrait de l'artiste par l'excellente photographe Lamaari Nacera, présente dans nos favorites

Les informations que l’artiste nous transmet sur elle :

Leïla-Marie Daquin Laamari

18 ans, née le 19/05/94

A1.jpgJe dessine depuis toute petite. Mes parents ont une association d’arts plastiques née la même année que moi. J’ai eu la chance alors, de m’exprimer très tôt, car j’ai été baigné dans ce monde artistique. Mon père est dessinateur, et je pense qu’il a participé à mon envie grandissante de dessiner à mon tour. Je dessinais tout le temps, petite. Et encore jusqu’à aujourd’hui. J’ai véritablement commencé la peinture à mes 16 ans, mais c’est vers septembre 2012 que j’y ai consacré tout mon temps. Je voulais progresser, et m’approprier la matière au maximum. Que je puisse ainsi la faire répondre à ce que j’attendais. Je ne la maitrise pas encore, je m’aventure, je cherche, j’essaye d’atteindre au mieux. Mais c’est le début d’une longue quête… 

Tout part d’abord de mes dessins. J’ai longtemps dessiné sur des feuilles volantes, ce que j’ai regretté (ça se perd, s’éparpille, s’abîme) Alors j’ai commencé quelques petits carnets. Associant aux dessins des textes que j’aimais (ou que j’écrivais moi même.) Des extraits de poésie, ou de chanson française. Car oui, j’adore la chanson française. Elle m’inspire beaucoup. Que ca soit Ferré, Brel, Barbara… Des voix et des textes qui me touchent.

Je n’ai toujours dessiné que des personnages, les visages, les regards ont toujours été ce qui m’intéresse le plus.

Les corps s’expriment, s’installent, se figent. Toujours humains, mais pas tout à fait, ils sont l’expression humaine de l’idée de douleur, de crainte du monde, et de quête. Je cherche à atteindre une justesse et une vérité dans mon travail. La peinture apporte à mon sens, à la fois une réponse ainsi qu’une nouvelle question : C’est la quête de soi, à travers la matière.

Ce que nous écrivons à propos d’elle :

AAA2.jpgOui, nous assistons sans doute ici à la naissance d’une artiste. Moi, qui déteste les armes, qui n’en use jamais, j’ai pour agréable de tirer des plans sur la comète. Je vois un essor à ce curieux et bel oiseau. Il y a chez elle une approche fichtrement originale, une contagieuse inquiétude, un univers et des personnages inédits, une audace mêlée à une sorte d’effroi, une sensualité et une sorte de chair froide et frigide, une blancheur presque virginale, une hébétude blême, hagarde ou cette complexion pâle des vampires. Il y a là quelque chose d’indécidable. On se sent à l’orée d’un monde fantastique et les amants exsangues qui le peuplent  sont des créatures ambiguës, des êtres imprécis qui semblent à la fois prédateurs et proies, consentants et distants. Il m’arrive, en regardant les œuvres de Riselvates, de penser à une île de Lesbos accostant soudain sur les plages de l’Angleterre victorienne. Ou à une île de Lesbos polaire. A un dépaysement, un exil peut-être de la sensualité, de la fièvre amoureuse sur les lichens froids de la toundra. Oui, ces femmes nivéales, amoureuses et froides, se livrant et inaccessibles, sont des oxymores incarnés. Ses personnages, souvent, me semblent des fantômes hantés, oui, tentés, oui cédant à la tentation mais pourtant comme suspendus, presque absents. Lunaires. Oui, pas réellement humains, peut-être. La peinture de Riselvaltes inquiète, interroge, déstabilise. On renoue ici avec une des vocations essentielles de l’art : déconcerter, suspendre, rompre le ronron de l’harmonie, jeter le doute. Je marque un très profond intérêt pour cette toile où une très jeune fille pâle, robe noire, cheveux noirs et nattés, tenant un chaton entre ses bras sourit candidement devant un couple qui s’étreint curieusement. La jeune fille elle-même, incarnation peut-être piégée de la candeur, a pourtant les yeux très cernés d’une amoureuse fourbue ou d’une malade, d’une insomniaque. Les yeux cernés, noircis par les cernes sont une constante de l’œuvre. La fille équivoque ne voit pas le couple, le couple s’étreignant ne prête pas attention à la fille. Elle et eux sont presque dans des dimensions différentes. Le propos n’est pas de trouver une très aléatoire clé à ce qui est un mystère davantage qu’une énigme. Le propos, c’est d’interroger, de questionner notre trouble qui est, au demeurant, peut-être apparenté à celui de l’artiste.

A19.jpgJe voudrais évoquer encore, pour asseoir cette idée d’un mystère omniprésent, la présence tranchante, dans certaines œuvres, de corps obscurs, corps actifs, entreprenants qui ont la couleur de l’ombre chinoise, de la nuit, de l’opacité. Est-ce le charbon qui cherche à conquérir la neige, est-ce le phantasme de l’être blafard qui se manifeste sous la forme d’une ombre obsédante, envahissante, est-ce la page blanche et angoissée qui reçoit la visite de l’encre, est-ce, concevant douloureusement leur complémentarité, le yin qui accueille le yang ?

Il m’apparaît, en considérant l’œuvre de la jeune artiste, que cette sorte de mystère de la froideur et de la volupté, de la distance et de l’étreinte, du désir et de la crainte est en fait un lieu de fertilité qui engendre une multitude de questions et qui nous rappelle comment, en nous tous, les sensations, les sentiments, les désirs et les refus continuent à errer, irrésolus, à graviter autour d’astres instables.

Il se pourrait enfin que ces gens indécis, indéfinis, non finis, étranges, humains et pas tout à fait humains nous incarnent dans nos ambivalences, nos fuites, nos peurs, dans ce qui, en nous, demeure indécidable.

Je n’ai jamais pour autre prétention, en rédigeant un écho à une œuvre, que de communiquer assez sommairement le goût que j’en ai, un peu du plaisir que je prends à sa fréquentation, un peu des effets qu’elle produit sur moi. J’ai sans doute aussi le désir (oh, raisonné, un peu tiédi par la conscience et l’expérience) de favoriser, parce que, très subjectivement, je la crois bénéfique, la rencontre lente et patiente du visiteur avec l’œuvre. De susciter chez lui le désir de se laisser affecter par l’œuvre, le désir de courir le risque de la rencontre. Ici, j’annonce une œuvre qui trouble, une œuvre qui dérange, qui démet le rang, qui descelle les emplâtres, qui vient au fond de nous remuer et agiter des sables demeurés mouvants malgré nos épuisants efforts à les immobiliser. Irrésolue peut-être, l’artiste emboutit notre irrésolution.

 

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Toutes les oeuvres reproduites ici sont la propriété de Leila Riselvaltes. Les reproductions sont tantôt des oeuvres, tantôt des détails d'oeuvres.

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