17/05/2013

Silence noir

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SILENCE NOIR

Séverine Lenhard

grelots & frissons

 

Avant tout, pour inaugurer mon article, je mets à la disposition du visiteur curieux, le seul au demeurant qui m'intéresse, quelques liens relatifs à l'artiste et à ses travaux. Petite recommandation esthétique : j'aimerais aussi conseiller au visiteur, pour feuilleter l'album de cet article, de s'en remettre, en illustration sonore, à la musique d'Erik Satie, Gymnopédies et Gnossiennes. 

https://www.facebook.com/silence.noir

http://silencenoir2.blogspot.fr/2013/05/bizarre-2.html 

La présence musicale de Satie:

http://www.youtube.com/watch?v=dtLHiou7anE

A4.jpgSilence noir, c'est Séverine Lenhard, une charmante photographe française née à Poitiers. Elle y vit. J'ignore pourquoi elle s'est ainsi nommée, ses photos ont une fraîcheur, une intensité, une lumière, une éloquence et une poésie absolument remarquables. Oui, ici pétille, triomphe, danse le grain effervescent de la poésie, ici, c'est le territoire des images charmantes, c'est l'enchantement maternel qui interprète ses comptines, ses berceuses et ses petits blues. C'est la profondeur abyssale de l'amour et de la célébration des siens. C'est fragile aussi, comme le cristal ou la chair des feuilles de trèfle. C'est beau, parfumé au coulis de printemps. C'est suspendu aussi. La vie est longue, une longue-vue n'en fait pas voir le bout... on verra. Il y a aussi la vérité du sang dans ces images. Une noblesse. Il y a de la noblesse dans la façon dont Séverine Lenhard capture les dansantes silhouettes des siens. Elle les saisit comme des bougies vitales dans le silence noir. Ici, attention, tout ceci est servi par une qualité remarquable comme on le verra. Un savoir-faire, un doigté, et la clé de l'élégance. A5.jpgCette maman n'arrive pas seulement avec de belles intentions, elle a un bagage, c'est du solide, du léché, de la très belle ouvrage. Voici quelques-uns de ses secrets: un merveilleux instinct maternel, une chaleur, une âme qui me paraît bleue avec ici ou là des soulignements rouges (un peu de mauve aussi, parfois), une complicité avec les jolis fruits de ses entrailles, une luciole dans l'oeil, une abeille musicale qui zonzonne dans le creux de l'oreille, une vraie classe photographique, la sensibilité d'un Guarnerius de Crémone, une justesse technique, des élans de tendresse à n'en plus finir. Ah, c'est beau, ici, il fait beau et bon dans les albums de dame Silence. Oui, on jubile au diapason de l'étincelle créatrice. Car cette étincelle, elle habite chez Séverine Lenhard, à Poitiers. Dans son coeur, sa tête, son imagier. Délicatesse de la soie poitevine. Avec Silence Séverine du Poitou, on s'établit sur les branches, dans la ramure, on saisit les trilles des oiseaux et des enfants, l'aile des elfes, le gluant délicat des escargots, on est dans la cabane de Robinson, on s'endort sur l'épaule solide
AAA1.jpgdu père, on n'en peut plus d'iode frais, on creuse le sable pour voir tout au fond l'autre bout du monde, on est dans la sphère des libellules, au pays des bouderies, des silhouettes fugitives, des fâcheries et des battements de coeur. On est un peu avec Doisneau, un peu avec Sally Mann, avec Prévert, avec les nymphes à qui Séverine Lenhard parfois fait penser, on est un peu dans la compagnie de gens un peu incomparables. On est bien. C'est un beau pré, un bel Eden, un verger de rêve avec, attention, le cadavre d'un poisson dans l'herbe. On est aussi, dans cet imagier formdiable, en prise avec le réel, le dur du quotidien. Dans ce grand et superbe album maternel, voici qui me réjouit et me touche, le père est là, présent, proche, complice, intime avec les siens. On verra aussi que Séverine Lenhard, décidement pleine de ressources, a de délicieuses inventions fondée sur la rencontre de voilages et d'effets lumineux et qui produisent des images magiques. Oui, ce mot lui convient, il y a de la magicienne en elle. En admirant les photographies de Séverine Lenhard, parmi les vers qui m'assaillaient littéralement, il y avait ceux-ci, venus d'univers différents et montés en un énorme bouquet enivrant. Le rayonnement de ces photos transperce les parois. Il y avait les parfums baudelairiens des Correspondances : Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants, / Doux comme les hautbois, verts comme les prairies ... et La Chanson des escargots de Prévert : A l'enterrement d'une feuille morte / Deux escargots s'en vont / Ils ont la coquille noire / Du crêpe autour des cornes... De Paul Fort, Le Bonheur : Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite. Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, il va filer... Et Les Mots qui font vivre d'Eluard : Il y a des mots qui font vivre / Et ce sont des mots innocents / Le mot chaleur et le mot confiance / Amour justice et le mot liberté / Le mot enfant et le mot gentillesse ... Et même Rémy de Gourmont avec sa chère Simone : Simone, le soleil rit sur les feuilles de houx / Avril est revenu pour jouer avec nous ... Et L'Art poétique de Queneau qui me semble tout à fait transposable à l'art photographique selon Séverine Lenhard. 

Prenez un mot prenez en deux
faites les cuire comme des oeufs
prenez un petit bout de sens
puis un grand morceau d'innocence
faites chauffer à petit feu 
au petit feu de la technique
versez la sauce énigmatique 
saupoudrez de quelques étoiles
poivrez et mettez les voiles 
Où voulez vous donc en venir ? 
A écrire Vraiment ? A écrire ?

Séverine Lenhard me fait l'amitié de m'apporter quelques précisions que j'ai plaisir à soumettre à l'attention du visiteur : « Je suis née à Toulouse, en 1975, mais je n'y ai vécu que 2 ans, donc ce n'est pas très important. Mon univers proche m'inspire beaucoup, je ne suis pas une grande voyageuse, d'une part parce que je ne conduis pas, d'autres parce que je suis nulle en langue étrangère et ça me terrorise un peu de partir sans pouvoir échanger avec les gens. Alors, je cherche autour de chez moi, des petits coins de paradis, je sais me contenter d'un petit bois, des arbres, des fleurs et de la lumière qui fait changer un environnement quotidien. J'essaie de capturer ces instants que je voudrais immortels. Il n'y a pas que le Poitou qui m'inspire mais aussi la Normandie (j'y retourne 5 à 6 fois par an), dans une maison de la famille de ma mère sans télé, sans Internet et certaines de mes photos ont été prises là-bas. Pour silence Noir : c'est le nom de mon blog, j'avais trouvé ce nom en pensant à une chambre noire et au silence d'une photographie. J'aimais bien les 2 mots ensemble parce que noir évoque le deuil de l'instant, qui s'éteint après chaque déclic et le silence aussi ».

http://silencenoir2.blogspot.fr/2012/12/un-voile-noir-sur...

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Voilà, quelques minutes intenses. Délectables. Une halte quelque part où l'air est respirable, où les choses, les gestes, les ambiances ont une lenteur profonde, une densité, une grâce, une histoire simple et parfaitement originale. Petits joyaux, ballets d'angelots, bulles irisées, moineaux et pinsons, hirondeaux en vol, tintements des grelots d'un brin de muguet. Merci à Severine Lenhard pour ce magnifique imagier.

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