03/07/2013

Muriel BOMPART

Muriel Bompart

L’essentiel : ce qui vibre

A1 Muriel B.jpgQuant à Muriel Bompart, c’est autre chose, une autre voie, un autre cheminement, une autre manière de célébrer, de rendre grâce. Un art de chanter la fleur dans la touchante et pertinente représentation de ses lignes essentielles. Un art de la métonymie souvent. Tout est là, dans une brièveté précise, sélective : le diamant tout entier rendu sensible, perceptible dans le choix judicieux de deux ou trois de ses éclats. J’observe chez Bompart une pertinence et une magie évocatoire extraordinaires.  

Muriel Bompart, collagiste, dessinatrice, graveur me fait songer à ces poètes doués qui parviennent à rendre dans la concision d’un vers chantant tout le crucial de leur pensée, la couleur particulière de leur âme, le grain singulier de leur voix. Dans la gravure, elle invente une ligne, un trait de la quintessence, cette manière de rendre toute l’effervescence en quelques bulles. Vertige. Mais un vertige agréable, séduisant.

Muriel Bompart a fondé un bel endroit où peuvent s’ouvrir et resplendir ses poèmes graphiques. Cette petite nudité au chaton sur la tête tient de la merveille : la beauté vit sur la tige fragile et bouleversante de quelques lignes, elle appartient au premier coup d’œil à l’évidence. C'est doux comme un coupon de soie, beau comme la jupe qu'on peut y tailler. Nous ne connaissions pas cette enthousiasmante déclinaison de la grâce et du charme avant de rencontrer l’œuvre de cette artiste. Muriel Bompart, c’est une autre calligraphie : un trait qui est le produit, le fruit de l’émotion même, un jambage qui contiendrait tous les sentiments d'un sonnet. Une alchimie opère : le trait est transmué sentiment, émotion, il éclot et se révèle en tant que tel. La simplicité, portée à ce niveau d’incandescence, d’efficace (comme est efficace un parfum qui trouble, une couleur qui fascine, une suite de mots qui émeut) a quelque chose de magique et d’exaltant. Cette pratique singulière de la gravure associe harmonieusement, heureusement, un je-ne-sais-quoi de la  fraîcheur de l’enfance à une assomption pleine et originale de la féminité, une saveur et un savoir. Oui, voilà aussi un des agréments de cet art : il est féminin, entièrement. C'est-à-dire ? Par féminin, j'entends ce que Nietzsche désigne ici : "La sottise chez les femmes, c'est ce qu'il y a de moins féminin". Féminin  ? Souple et résistant, aérien et terrestre, léger et dense, habile et volontaire, sensible et savant, stable et dansant, distinct et séduisant.

Ce qui m’apparaît à présent, dans le pouvoir suggestif de la ligne chez Muriel Bompart, dans ce qu’il déclenche en moi, ce sont ces tintements délicats et ces magnifiques mélodies d’une ampleur simple et imparable  que j’entends en écoutant son travail. (Il va de soi que l’on regarde, écoute, sent, éprouve, goûte une gravure, une peinture)  Il y a dans sa gravure une présence musicale qui me remémore les Gymnopédies ou les Gnossiennes de Satie. Quelquefois, je me surprends à entendre, au détour d'une gravure de Muriel Bompart, la magnifique et poignante voix de ma très chère et très précieuse Lhasa de Sela.  Par leur cisèlement délicat et original, ces petites icônes sont aussi, dans mon esprit, des images parentes de certaines chansons de Brassens. Je pense à Bécassine, à Margot, à ceci : si les fleurs, le long des routes, /Se mettaient à marcher, /C’est à la Margot sans doute,/ qu’elles feraient songer… Oui, le trait de Bompart s’associe, dans mon esprit, à la poésie de Prévert, de Jammes, d’Elskamp. A Eluard, parfois. A Odilon-Jean Périer. Il me fait penser aux vers concis, essentiels et fulgurants de Corinne Hoex.

Tu traces
une seule ligne
le cap
limpide
que tu suis

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Je respire bien au cœur de ces minuties claires et sensibles, je m’y attarde longtemps, c’est un univers qui me convient, qui me parle dans une langue que j’ignorais et que je comprends pourtant. C’est un art méticuleux qui tient de l’orfèvrerie et du jardinage, c’est un pont inédit entre l’humilité et le talent, la simplicité et la grâce, l’enfance et la maîtrise, le trait et la féminité. Selon moi, il ne s’accomplit ici, avec l’élégance un peu désinvolte d’une ballerine à la ville, que de beaux pas. Quelque chose danse dans l’œuvre, vous associe à un agréable tournoiement. Un ballet de lignes. Avec ceci que les créatures de Bompart ont à voir aussi avec les oiselles.

Et il y a cet amour immodéré (les autres sont négligeables) de Frida Kahlo et que l’œuvre célèbre sans cesse. Ce n’est pas le passage d’un fantôme qui vient hanter l’œuvre, c’est une présence qui l’habite et l’anime. C’est une flamme, on en sent la chaleur. C’est beau, cette braise ardente portée à même le cœur et qui engendre cette merveilleuse galerie. C’est ainsi, me semble-t-il, quand on aime, que l’on rend grâce. La passion crée des étincelles, des étoiles. Frida Kahlo est vivante chez Muriel Bompart. Elle habite là, d’épreuves en épreuves, de strophes visuelles en strophes visuelles. C’est une hôtesse choyée, dorlotée. Le blues mexicain de la belle Frida chante ici. Elle doit bien se sentir, Frida, à Toulouse, chez Muriel Bompart. Il y a un peu de Fée en Muriel Bompart, une Nymphe de la Garonne, un poétesse, une éleveuse de légendes et de papillons. 

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A5 Muriel B.jpgIl faudrait que je parle encore du collage chez elle, ouvrage toujours inattendu, insolite, gravé en surimpression et qui semble concevoir une nouvelle dimension, un nouveau rapport, un autre langage entre tatouage, maquillage, scarification, insertion, écriture physique (je pense au livre du corps). Ouvrage fondé sur la rencontre en profondeur de deux ou plusieurs surfaces. Bompart insère sa ligne dans des sélections photographiques qu’elle rend siennes, qu’elle s’approprie totalement en les jetant corps et âme dans son univers. Le collage chez elle ne tient pas dans la recherche d’un effet choc mais se pratique comme une des formes de la recherche esthétique de la ligne éloquente : celle qui dit l’essence, le charme, la vibration, le principal. Malgré la diversité de ses disciplines, Muriel Bompart est au cœur d’un seul univers, elle demeure dans le chemin de sa quête : faire scintiller, retentir, culminer l’essentiel. Et je n’aurais rien dit d’elle sans évoquer son rapport à la couleur, un rapport qui m’a émerveillé par sa luminosité, son oxygène et sa beauté, un rapport liquide et fluide à  la couleur dans une suite comme les Abstractions marines, par exemple. Ici encore, dans cette sorte d’aisance qui me charme, la simplicité rencontre la profondeur, le vertige, conçu comme s’il s’agissait d’un geste habituel, entre dans la composition de l’élégance. Bompart est entière, totalement présente et investie dans chacun des rendez-vous qu’elle nous fixe. Et c’est pourquoi, en écho de la palpitation qui fonde chacune de ses œuvres, on peut entendre la nôtre, enchantée et sonore. Bompart, selon moi, c’est celle qui cisèle simplement l’essentiel. 

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