23/08/2013

Dialogue Jean-Claude Sanchez - Denys-Louis Colaux (3/6)

LES ENCRES MODÈLES (3/6)

Photographies : Jean Claude Sanchez
lien : http://www.jeanclaudesanchez.com/fr/accueil.html
Poèmes : Denys-Louis Colaux
lien :http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/ - http://denys-louiscolaux3.skynetblogs.be/
 
UN TABLEAU

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Quoi ...
une pièce d'Elgar
le concerto pour violoncelle ?
la sonate de Brahms ? 
celle de Debussy ?
je ne sais pas
je suis tout entier occupé
à regarder
deux visages posés
sur l'autel de leurs gestes
deux âmes descendues
dans ce  foyer intime
où la forêt du monde
se chauffe
à la braise de l'être
et je n'entends
en cet instant 
qu'avec les yeux
 
DITES, SANCHEZ

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Il ne peut pas être tout à fait malhonnête
dites Sanchez
celui qui aime les danseuses
et capte leur élan
de mot en route pour le chant
Dites Sanchez
il ne peut pas
celui qui devine l'astre et l'oiseau
l'hymne de lignes
en elles
non il ne peut pas celui qui
saisit en elles
cette once de divin
une pincée subtile
à quoi la mort de dieu
ne saurait causer préjudice
Il ne peut pas être tout à fait malhonnête
dites Sanchez 
celui
que cet ange réel
émeut
celui qui le recueille
et retient dans son geste
le songe et le joyau
qui s'y trouvent sertis
Celui-là ne peut pas
non c'est certain
être tout à fait malhonnête
et son regard
de leçons en leçons 
s'est éveillé
à la joaillerie
liquide
des corps de femmes
 
VIEILLE SŒUR

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J'ai souvenir de vous
o vieille nonne
vous sentiez le vinaigre
la bougie morte
et le vieux fauteuil solitaire
Jésus sur votre vieille épaule
faisait peser
l'enclume
de son calvaire
Au fil de votre voix brisée
biscuit sec et sonore
ainsi qu'à une corde à linge
je voyais sécher des silences
j'entendais frémir de longs blancs
Et lointain le tremblement de vos mains
fanées et jaunes
m'étreint encor le cœur 
 
O VOLUPTÉ

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Tu es le sujet de la majesté
o rose son apothéose
Tu es ce qui infuse
dans la vapeur nocturne
d'un rêveur inspiré
par la locomotive de ses songes
Tu es 
la forme matérielle
du parfum de jasmin
Tu es une chaise de pluie sur l'eau
un long bocal liquide
posé devant ma vie
Tu es 
dans la même javelle
le geste la trace de lait
la caresse et la senteur du savon
Tu es sur l'aube
la peau tiède de la buée
Tu es
la forêt qu'attendrit
l'appel nerveux d'un loup
Tu es
le rouge allé
avec le bleu s'étreindre
Tu es le doux et l'édifice de pétales
le violoncelle taillé
dans l'arbre à moelle  
Tu es celle par qui
la mort dans la salle d'attente
longtemps patiente
et 
maudit sa proie
 
AINSI VIT-ELLE

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Ainsi vit-elle
d'aile de soie de laine
et la lumière est avec elle
La vie descend et danse
au piano blanc de ses mains
et la nuit tremble et bêle
devant ses flocons de flanelle
Ainsi vit-elle
d'aile de soie de laine
et la lumière est avec elle
La vie fleurit de lierre
le fuseau de sa robe
et la nuit louvoie devant elle
entre louve et agnelle
Ainsi vit-elle
d'aile de soie de laine
et la lumière est avec elle
La vie la saisit et l'enlace
comme l'amour l'objet de son désir
et la nuit dans son lit
la reçoit ainsi que la mer un fleuve
Ainsi vit-elle
d'aile de soie de laine
et la lumière est avec elle
La vie s'étant penchée
vient se mirer en elle
et la nuit longuement
se réchauffe à sa fièvre
Ainsi vit-elle
d'aile de soie de laine
et la lumière est avec elle

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