25/09/2013

Avec Séverine Lenhard (Silence noir) (5/7)

L’enfant et le verbe (5/7)

Photographies : Séverine Lenhard
https://www.facebook.com/silence.noir
http://silencenoir2.blogspot.fr/
Poèmes : Denys-Louis Colaux

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ENFANCE DES CHEVALIERS
 
Je voudrais par-devant
tout en haut
voir éclore 
de l'azur
de grands espaces tartinés d'azur
de longues piscines d'azur
de lourdes et lentes marées d'azur
où nageraient ensemble
les oiseaux les poissons les naufragés
les nymphes les dauphins
les théâtres perdus
les voiliers les balcons
le souffle des aérostats tombés
les grappes de glycines
et les gens envolés

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Et dans tout ce chapiteau bleu
comme un peintre de fête un lanceur de couteaux
pour que la vie palpite
je sèmerais de la couleur
par pincées
par brassées
par élans enthousiastes
je sèmerais
les roues solaires
les cerceaux d'or
des hélianthes
je sèmerais
comme un Pollock en joie
des nichées de chats noirs filant
vers de lourds bols de lait
traits de nuit attirés vers la vasque de l'aube
je sèmerais
la flèche du martin-pêcheur
cinglant vers l'eau
je lèverais
des boutons de printemps
et des cageots d'été
des palettes d'automne
des roux d'écureuil de renard et de faon
le spasme superbe de la truite arc-en-ciel
ardent le rouge-à-lèvres
des baies et des baisers
le rouge sauvage des jours nouveaux
je lancerais au ciel
cette pluie d'étincelles
qui naît dans la nacre des conques
j'épinglerais aussi
au tout premier souffle du vent
le frisson vert des trembles
et leur chant clair d'eau qui pétille
et là-dedans
je ferais s'encourir
nerveux et musical
sentant la boue la betterave 
un peloton de cochons gras et roses
car c'est joli le rose
au cuir velu des truies
aux chapelets de leurs mamelles 
aux mufles mouillés des gorets voraces
et c'est joli aussi
le rose
au chiffon doux des fleurs
à l'épaule des filles
au tout début du crépuscule
à la couronne imaginaire
d'un sentiment d'amour

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Et pour brasser la douce odeur de fille
de l'aube qui s'éveille en étirant ses brumes
je planterais de hauts moulins
au sommet des collines
des arbres éoliens 
aux versants des coteaux
Pour asperger la terre
je ferais naviguer
sur les lignes de l'horizon
de longs convois de canadairs
tout enflés de parfums liquides
et de soupirs de fleurs
Dans les soufflets les forges
les tuyaux d'orgues
d'où les grands vents s'élancent
je glisserais 
comme une plume à un chapeau
des gousses de vanille
des feuilles de patchouli frais
des rhizomes d'iris
et des bouquets de menthe

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Afin que le monde fût doux
à l'écorce à la glaise
à l'âme de nos doigts
je déroulerais sur les villes
des tapis de lichen
des édredons de nénuphars
des chevelures de naïades
j'y étendrais des nappes de musique
des poèmes de Saint Pol Roux de Benjamin Péret
de Léopold Sedar Senghor  
et j'y ferais descendre
des eaux de sources
les volutes sonores 
de Chet Baker de Bill Evans
des essaims d'agnelets
les chansons de Lhasa
son air de fée qui fume
et expulse des alizés
la voix la bouche
la perle de sueur
sur la gorge de bronze
de Sarah Vaughan en concert
oui je ferais descendre
sur la ville et partout
des grappes de baies rouges
la flamme intacte de l'enfance
ce drôle de pétale ardent
cent choses douces et usées
la liqueur tendre du regret
pour les fautes commises
les fautes à commettre
et puis comme un nappage
sur le repas fumant
je verserais l'ouate molle
des oreillers de brume
et des années qui dorment
dans les bras de nos souvenirs

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Ce serait là ma terre
mon théâtre municipal
et libre
mon choix mon torse mon peuple
mon musée ma bibliothèque
mon alcôve mon hydravion
ce serait l'île de ma vie
mon lieu ma balancelle
mon sceptre mon archet
simple roseau sur tous les lacs
les violons de l'univers
ma pépite d'encens devant
le groin gourmand de la nuit prolongée des temps
mon odorant grain de poussière
pris dans la ruée du pollen
vers l'or du miel terrestre

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