11/10/2013

Avec Freddy Rapin - Blotti au hublot (1/3)

Blotti au hublot (1/3)

Photographies : Freddy Rapin
http://www.freddy-rapin.com/
Poèmes : Denys-Louis Colaux

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SQUAW PARISIENNE
 
A cette époque dans Paris
juste avant la chute du ciel
et des astres qu'il contenait
je connus une femme étrange
un genre de squaw chevauchant
le rêve indien d'un hippocampe
Elle était rose pour moitié
comme la chair des violons
ou la pelure des oiseaux
et le reste d'elle était rouge
de ce rouge qu'on sent fluer
quand on y pose son oreille
à la poitrine du silence
Et sous elle Paris semblait
l'étang qui porte un nénuphar

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LA POUSSIÈRE ESSENTIELLE
 
Ce qui importe c'est le pont
le pas
la laisse qui longtemps
entre l'événement et sa mémoire
reste tendue
Ce qui importe c'est le goût
de la chose en allée
tel qu'il infuse encore
quand le désir d'oubli
hésite sur le seuil

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PERLE PERDUE
 
Elle fléchit 
pour regarder
le lieu penché
de son désastre
L'eau n'est plus bleue
la soif se meurt
les mains vont seules
la nuit prend froid
le cœur perd pied
Au hublot où elle pose
le vase éteint de son visage
toute la mer
semble arrêtée
La seule image
d'une goutte qui tombe
traverse son esprit

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ESPÉRANCE 
 
Un jour être un astre
visible à l’œil nu
un caillou lancé
qui valse au hasard
Un jour désormais
n'être qu'un détail
quelques mots à peine
au sein d'un grand livre
Un jour n'être plus
que la conque nue
un instant de vent
sur un grain d'ivraie
Un jour une vie
tenir tout entier
dans une pincée
de sel étanché

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LA BELLE MADAME HULOT
 
Madame Hulot
la vie
vous regarde passer
comme au cadran
le frisson délicat
de la trotteuse
qui tourne
Madame Hulot
le piano écoute
tinter tout bas
le goutte-à-goutte
de vos pas que le matin feutre
Madame Hulot
la fenêtre regarde
l'écho de votre élan
comme une main glisser
sur le galbe d'un dos
ou le drap d'une absence
et la musique
madame Hulot
dont l'aile vous emporte
entend
au loin
cogner
ces bruits de quais
et d'un train qui s'égare

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COQUILLE D'UNE VIE
 
L'océan est hanté
l'opéra de son ventre
est enflé de colère
de grands vaisseaux le hersent
des harpons de foudre le frappent
des ciels noirs s'y abreuvent
 
Et les fleuves traversent
les fantômes de la forêt
puis la détresse sinueuse
où les villes s'asseyent 
 
On voit aux bénitiers
d'où les ruisseaux jaillissent
s'agiter les insectes 
et la terre montrer ses dents
 
En tout instant toujours
je veux sentir les bords
du monde de ma vie
et je désire
n'en rompre jamais l’œuf
ni la tiédeur
de pluie intime

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FEMME ROUGE SUR FOND ROUGE
 
Humez au sol
ces pans de ciel perdus
tombés
chargés encore
de l'odeur inventée
des anges
 
Scellez
dans l'opale
de la lune
un grand cercle de paons
 
Laissez
dans la transparence de l'eau
et dans le lait de l'aile
infuser un pinceau de sang
 
Puis enivrez la vigne
de votre goût du vin
 
Et que s'élève tout en haut
du chapiteau du monde
l'oiseau rouge
de l'ivresse

07:12 Publié dans Avec Freddy Rapin | Lien permanent |  Facebook |

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