13/10/2013

Avec Freddy Rapin - Blotti au hublot (2/3)

Blotti au hublot (2/3)

Photographies : Freddy Rapin
http://www.freddy-rapin.com/
Poèmes : Denys-Louis Colaux

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JOURS DE DEUIL ROUGE

1. SONGE GRAVE
 
Un jour vient où l'on se demande
si les fleurs le sommeil
les paupières de l'innocence
et le désir de guerre
n'ont pas toujours vécu
dans le puits où l'homme s'abreuve
 
2. MARÉE NOIRE
 
Un jour
devant Lempedusa
où les balcons
dansent parmi les fleurs
la Méditerranée
bercent les yachts
et les voiliers
Plus loin
grands poissons noirs sur l'eau
des cadavres balancent
dans la houle invariable

3. UNE VÉRITÉ 

La vérité
au torse nu
danse sur le sommier
des livres masculins
mais toute main tendue
ne rencontre jamais
qu'un membre de son corps

4. LES ROUGES DE RAPIN

Les rouges de Rapin
font le grand tour de l'être
et je peux y baigner ma peine
ils ont pour eux
le chaud intense de la chair
l'ivre tremblé du vin
le sel léger du sang
ce jour dans la chambre d'amour
ce pourpre lourd des couronnes de mort
et l'énigme de la liqueur

et l'énigme de la liqueur
hymne volant de l'âme
dague liquide
et lie du cœur

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VERS DE FEUTRINE

1.

Après tout le bruit de la vie
comme étaient bienvenues
l'écharpe de lumière
l'élan délicat de la nuque

2.

Et le monde se suspendait
à l'haleine des choses féminines
au paradis léger des formes
la voûte de l'aisselle
la ligne de l'épaule
le long vase des hanches

3.

Cependant que j'écris
j'ai souvenir soudain
de cette odeur de fleur mouillée
dans laquelle j’ensevelis
entre deux vœux d'oubli
les jambages du mot amour

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INSTANTS D'EXISTENCE
 
Je ne puis être ni léger ni lourd
mais simplement volatil et sujet
à la loi de la pesanteur
 
mais simplement 
volage et grave
subtil entre deux bûches
lueur
dans l'étau des éclipses
luciole
entre les doigts
d'un entomologiste 
 
mais simplement perdu
agile et décontenancé
sur le vertige
de ma boussole
 
mais simplement
avant la déception
un instant suspendu
comme le goût d'un fruit

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LA FEMME FATALE
 
Je ne pouvais la voir
sans dégainer ma lyre
sans rectifier ma raie
sans entrer en ébullition
sans prendre la foudre en plein front 
et aussitôt
à chaque fois
de bleus afflux de mots
des vols de papillons verbaux
prenaient mon silence en otage
 
Par l'effet d'un enivrement
qui me jetait à bas
du cheval de ma clairvoyance
le monde devant elle
soudain
ressemblait à une oeuvre
et elle
à la déesse assise
première
tout en haut des gradins
où sont assises les déesses
 
De la contempler me grisait
eussé-je alors
mâché
des poignées de bétel
fumé 
des sachets de haschisch
humé
de merveilleux nuages de chandoo
que mon égarement
n'aurait pas été plus complet
 
La terre
de la cave au grenier
le ciel entier
les étoiles les galaxies
et le moindre boson
s'affolaient avec moi
et tout était
aspergé d'étincelles
 
Et je tombais alors
(diagnostic des spécialistes à l'appui)
dans des agonies mauves
des accès d'entrechats
des quintes de culbutes   
des convulsions de serf en brame
et des tracas existentiels
 
Il s'en fallait même de peu
qu'un instant je perdisse
mon si précieux sang-froid

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