04/02/2014

Marion Tivital

M a r i o n    T i v i t a l

a r t   &   a l c h i m i e

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Voilà une oeuvre d'une singularité rare. Pour l'écrire sommairement, affectivement, d'une première incursion dans les galeries virtuelles de Tivital, je sors épaté. Sujet à un charme. Enchanté. Et cet enchantement persiste, s'intensifie lorsque j'y reviens, lorsque je m'attarde. Tivital crée l’improbable et fascinante intersection entre hyperréalisme et poésie. (Je pensais à une interprétation très originale et singulière du réalisme magique). Et le prodige tient. Il est extrêmement fécond. Il crée une dimension étrange et hypnotique dans laquelle les choses sont à la fois ce qu'elles sont et tout à fait autre chose, des essences, des esprits d'objets, des lieux sujets à une hantise, élevé à la condition d'étrangeté par une espèce de solitude chaude et froide. Oui, commençons ainsi. Les objets, les caravanes, les édifices de Tivital sont froids, lointains, précis, propres et abandonnés, seuls. Mais ils exhalent aussi quelque chose, une spiritualité inconcevable et saisissante, des ectoplasmes étranges, des vapeurs et des parfums. Un fifrelin d'âme volette à leurs contours. Une présence, une onde infime, une émanation, le début de quelque chose s'esquissent dans la solitude immobile. Ces objets inanimés émettent, rayonnent. Ils sont autre chose que des objets usuels, autre chose que des plastiques inertes. Autre chose que des bibelots industriels, l'art les assoit dans la dignité de la nature morte, une nature morte dans laquelle un pouls léger est perçu. Ces babioles utilitaires, interprétées par l'artiste, acquièrent une dimension esthétique, le plastique accède à la plastique. Ceci ne signifie pas que le plastique ait une grâce, une autonomie vertigineuse. Je veux dire que le prodige appartient tout entier à l'artiste qui fait naître une effarante parenté entre ces fûts et récipients industriels et les vases antiques, les cruches anciennes ou les objets ornementaux des natures mortes. L'intervention de l'artiste est cause d'un vertige : l'utilitaire, le banal, l'ordinaire, l'inerte dépassent leur condition pour entrer dans une sorte de musée scandaleux (c'est une formidable hérésie de conjoindre le trivial et l'artistique, de permettre au premier d'atteindre le second) et fascinant. Ou bien n'est-ce pas plus tôt, chez Tivital, le sacré du geste artistique qui est magnifiquement célébré ? L'objet n'est rien. Mais c'est ici l'objet vu, rendu, revisité, interrogé par l'artiste. Le regard que l'artiste porte sur l'objet est le ferment sublime de l'art. C'est la vision de l'artiste, le fruit même de sa vision qui crée et fonde l'art. L'artiste inscrit dans sa vision l'étonnement ou le charme que l'objet, sa forme, sa singularité, sa beauté accidentelle, ses lignes, son étrangeté provoquent en elle. Mais l'artiste aussi met en scène les objets, elle les invite sur la scène poétique de son art, elle les dirige comme un metteur en scène conduit ses comédiens. Elle compose aussi, dispose, place, rêve comme un architecte libre. L'oeuvre témoigne de la façon dont l'objet, dans la perception poétique que l'artiste en a, acquiert une autonomie, se dégage de sa fonction et opère une magie, l'objet devient une sorte de scénario, le début d'une histoire, un poème, une ambiance, une émotion. Le lieu, l'édifice, le site industriel deviennent une énigme, une embarcation en route sur la ligne de l'horizon, l'usine est un steamer, les choses se découvrent des fantômes, des échos, des légendes ...  Ce site industriel présente une inédite ressemblance avec un chapiteau circassien entouré de ses caravanes... Ce qui fonde la dignité du sujet, sa puissance de captation, c'est le regard de l'artiste. Et il n'est pas innocent que Tivital fasse jaillir la poésie visuelle à travers la représentation de bibelots, d'objets courants ou de sites industriels. L'artiste peut transmuer le plastique en objet d'art, la caravane en sujet époustouflant, l'usine en vaisseau fantôme.  Et cette démarche, je la vois aussi assez bien comme une variation subtile et passionnante de cette mission que Baudelaire impartit au poète : changer la boue en or. De chaque chose, extraire la quintessence. L'inventer peut-être. Replacer l'artiste devant son devoir d'(al)chimiste et d'âme sainte. "Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or". Tivital, l'alchimiste picturale, crée de l'extraordinaire, du beau, de l'insolite, de l'envoûtant, du fantastique avec des matériaux communs. Elle réenchante notre monde. 

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