12/02/2014

Lucie Coulombe (2) - Collaboration Coulombe-Colaux

LA LAMPE ECRITE

Photographies : Lucie Coulombe

Poèmes : Denys-Louis Colaux

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LA PLUME ET LE SOL
 
1.
Le poème rêve du vol
rêve de l’effort de voler
du long et passionnant calvaire
des pionniers de l’aviation
Le poème
rêve que jamais les boeings
ne verront le jour
Le poème rêve de voler
leur rêve de voler
aux oiseaux encagés
Le poème
connaît l’affre
d’un oiseau retenu

2.

Le poème rêve de s’asseoir
pesamment sur l’argile
d’enfoncer ses jambages
bien profond dans la glaise
d’amarrer son âme de laine
aux troncs lourds des sycomores
Le poème
gît dans les sillons
de son fossile en vie

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LA FORÊT 
 
Je vais la nuit
désespéré
parmi les arbres
m’asseoir
et retenir
leurs frissons d’agonie
 
j’y demeure longtemps
j’y demeure
avant qu’il ne nous faille
recueillir tout entière
la forêt disparue
dans le fossile d’un rondin
 
avant qu’il ne nous faille
pour nous souvenir de nous
faire un tragique effort de mémoire

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TOTEM DE BOIS
 
J’ai pour bateau
le coffre couché et comble
de ma bibliothèque
 
Je vis dans une religion
de la parole
une religion
sans dieu
volatile
- folle ivraie qui vole-
et incrustée
dans les rosées de mon sang
dans les voiles de mon âme
sans dieu
sans confiance
et libre
comme un navire
qui peut à tout instant
rompre
avec l’obligation de flotter

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NATURE VIVE
 
J’ai vu dans ce corps de bois
l’instrument dont je suis joué
les lignes où je danse
le halo beige de ma vie
 
Cela
c’est moi violoniste
gitan et manchot
archer à la corde rompue
peintre aveugle dans l’aube
 
Cela
c’est moi
ce sont mes nervures
mes chansons digitales
le bois lavé dont je me chauffe
 
Cela
c’est moi
bateau longtemps perdu
échoué et vainqueur
chair de luthier à nouveau

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VIE UN INSTANT SILENCIEUSE
 
La femme ferme les paupières
elle songe au bord du fleuve
parmi les prés étranges du fleuve
elle s’endort sur les lauriers du fleuve
comme l’on descend le couvercle
sur le clavier
comme l’on joint enfin les mains
pour entendre frémir  son piano intime
pour sentir l’ombre frôler son fleuve intérieur
pour contenir en soi l’élan nerveux des mots
 
En accord avec un zeste de vent
la femme ferme les paupières
afin que ses cheveux
flottent aussi
sur l’eau légère
de son visage posé sur les algues

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NATURE APAISANTE & VERTIGE D’ÊTRE 
 
Quelque chose très lentement
s’élève vers votre œil
ce vieil œuf d’avant l’oiseau
cet étrange baiser végétal
et la grande coquille de la vie
et du vide qui va
 
quelque chose vous charme aussi
et qui formule en une image
le vertige d’être
assis un instant
au bas de son trapèze

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EAU VIVE
 
Appartenir aux algues
ce lieu entre la terre et l’eau
entre l’encre et le mot
ce palimpseste humide
qui fait en même temps
et l’ardoise et l’éponge
 
le silence et le chant
 
le désir d’air et de pierre
 
et sur le ténu fil de l’algue
au ténu fil de l’eau
établir sa présence
et poser son portrait
geste parfait

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COSI NATURALI
 
Je sens éclore cette idée
de l’os d’un arbre
et cette idée d’un livre
qui lui serait une autre écorce
 
il y a aussi
ce fatras de brindilles
qui seraient ces doigts
qui n’ont trouvé
ni leur page
ni leur hache
ni le goût du feuillettement
ni celui du bûcher
 
Et tout est là
lavé pur et peut-être mort
Tout persiste
dans son fantôme
 
Tout poème
est un fantôme
hanté

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LE LICHEN L’OS ET L’ART
 
Comme un champ de décombres
au cœur d’un cimetière
 
au pied d’un landau blanc
le lourd placenta bleu
 
porteurs d’encre et de chant encore
des mots disloqués sur la page
 
des débris faisaient sens
disséminés sur le théâtre du sol
 
*
Une œuvre se forme
dans la chose détruite
et le cycle de l’art
fait circuit dans les ères
 
Deux os   une pierre
quelques algues
mettent en joue et en joie
le beau cadavre blanc de la vie

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D’ASSEMBLAGE ET DE HASARD
 
Il y avait ce vœu
à mi-chemin du désir
et du songe
de créer
lentement
avec le rabot de la plume
les conditions
de l’accident
d’une forme heureuse
 
cette utopie
d’envoyer le hasard
dans les mines du réel
 
cette occasion d’entendre
dans une pierre
fluer des fleurs de sang
 

"LES COULOMBRES"

Capture d'ombres et de lumières

Saisir et fixer l'étrange, le fantasque, l'insolite, le merveilleux, l'inquiétant ballet des ombres et de la lumière. Oscillation verlainienne entre le précis et l'imprécis. Rencontre passionnante, dans le sillage des expériences surréalistes, entre l'abstrait, la nature morte et les étonnants surgissements figuratifs. Curieuse et exaltante danse de l'immobile.

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Galerie

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Autoportrait

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07:53 Publié dans Lucie Coulombe | Lien permanent |  Facebook |

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