22/02/2014

Rue des Brasseurs - Denis Riguelle

a brasseurs a.jpgRUE DES BRASSEURS

Je termine, sur une impression favorable, la lecture du premier roman de Denis Riguelle, Rue des Brasseurs, paru chez Weyrich, dans la collection Plumes du Coq. D’emblée, je fais peu de cas de la veine régionaliste de ce thriller, c’est à mes yeux une simple anecdote. Je dépose de suite ce qui, sans tout à fait me dissuader de poursuivre ma lecture, m’a déplu : des irrégularités de style, parfois une prééminence du détail et de l’anecdote, de vaines digressions qui parasitent parfois la dynamique de l’ouvrage, une agaçante pluie d’onomatopées. Pour le reste, le thriller est assez bien troussé. La mécanique se donne sans effet au démarrage mais je me sens, par je ne sais trop quel cheminement, dans le bâtiment d’un labyrinthe qui me rappelle l’excellent Short Cuts de Robert Altman. Cela doit tenir au principe de la construction. Les choses se mettent en place. Habilement, elles sont d’abord placées dans le quotidien, elles se vivent sans relief particulier. Mais insidieusement, un poison altère le goût des choses et la nature des relations, génère des emboîtements, des convergences et des leurres, il y a une réelle habileté du scénario, les personnages émergent. Franz, le professeur épié et sauteur en longueur, Marc, le veuf qui épie et moucharde, la jeune historienne de l’art en pantalon rouge que Franz heurte avec son véhicule, le père flic de cette femme, son frère, les proches et les collègues de chacun d’entre eux…se livrent, s’évitent, s’ignorent, se rencontrent par courts épisodes  C’est un ouvrage sur la suspicion, la rumeur. Fenêtre épiant une fenêtre, délire d’interprétation. C’est un ouvrage sur le délire insinué dans le cours de vies ordinaires. Le malheur, la solitude, l’obsession pathologique de la pureté ont rendu un homme dangereux. Le crescendo est conçu avec talent. La toile d’araignée qui lie les protagonistes est serrée et génère un savant jeu d’influences. Là, indiscutablement, la sauce prend. L’ouvrage, dans une belle accélération, est mis sur orbite, le lecteur entre dans le mouvement. Tout converge vers la Rue des Brasseurs. D’une fenêtre l’autre, du délit au salut. Dégâts collatéraux. Plus question de reposer l’ouvrage avant la dernière ligne.  La tension dramatique n’est pas liée à l’identification d’une culpabilité mais aux effets d’un trouble psychique. Le personnage de Marc Barbot, le veuf, me paraît, dans sa singulière conception, - à l’écart des stéréotypes -, constituer la force motrice de ce thriller. J'ai en outre noté, en couverture, une très belle photographie de Sarah Joveneau.

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