09/03/2014

Virginie Dubois

a virgo dubs.jpgVIRGINIE    DUBOIS

La conquête du grand écran

Être une sirène

Virginie Dubois est une belle jeune femme belge, journaliste, enseignante, mère de famille, organisatrice d'événements, blogueuse, scénariste et cinéaste. C'est un être intense, passionné, loquace et à l'écoute, attachant, curieux du monde et de ses réalités, très habité, fourmillant de projets, toujours en quête. Elle a longtemps vécu au Maroc. Elle possède la double nationalité belge et marocaine. Auteure du scénario d'un long-métrage en instance de tournage et quelques fois différé déjà, elle a entrepris, via le court-métrage et pour assumer totalement son autonomie de créatrice, la conquête du grand écran. Ce sont les premières étapes de ce cheminement que je propose au visiteur de découvrir avec moi. Dans chacune de ses premières réalisations, la jeune cinéaste affirme une personnalité singulière, impertinente, poétique, drôle, insolente, poignante, centrée sur l'humanité des êtres et le rejet des entraves à leur liberté. Dans ces courts formats apparaissent en filigrane les germes de grands projets à venir. Ce petit poisson-là est conçu pour faire une sirène. C'est-à-dire : une voix, une persuasion, un chant, une nage, un vol, un parcours. Le tout, au-delà de l’exiguïté du bocal.

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D'entre les liens utiles que je recommande vivement au lecteur, commençons par la page facebook de l'artiste. Cet espace comporte un historique de tout ce qu'elle a accompli à ce jour :

https://www.facebook.com/VirginieHDuboisNaamani?fref=ts 

C o n n e x i o n

Procédons à présent à la recension de ses films en ligne. Le premier s'intitule Connection, elle en est la réalisatrice et la scénariste. Il a été tourné en quarante-huit heures, en France, à l'occasion du Festival Off Courts de Trouville en 2012. Dans une boîte de nuit, une jeune femme, absorbée par la musique, ne semble pas réceptive aux sollicitations. Un jeune homme l'aborde, il est amical et bavard. Je ne veux pas parler, lui dit-elle, je n'aime pas les gens qui parlent. De belles choses se disent furtivement. Un déclic s'opère. Rien n'advient que de subtil, de suspendu. Le regard vaut ici le mot. Une fleur de délicatesse naît parmi les décibels. Très court, à peine plus de deux minutes pour faire éclore un instant de grâce dans un lieu saturé de bruit.

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Scène de tournage de Connection. Au centre, la cinéaste exprime ses désirs à ses acteurs. A gauche, assise, l'actrice Hoda Safiah et l'acteur Omer Most. 

http://vimeo.com/54304337#at=0

A    C i v i l i z e d    S t o r y

Virginie Dubois est à nouveau au scénario et à la réalisation. Le film est plus long, il fait plus de six minutes. Ce court-métrage a été réalisé à Québec en soixante-seize heures, lors du festival Kinomada 2013. Ici, la veine est plus grand-guignolesque. On retrouve les dilections de la cinéaste pour Tarantino et les Monty Python, ce qui donne une veine étrange et hilarante. Sous la gaudriole de l'horreur, toutefois, une vilaine ruade est embusquée. Samuel de Champlain, fondateur de la ville de Québec et vampire depuis quatre siècles, se met en chasse par une froide nuit bleuie par la lune. Le prédateur, au-delà même de son goût immodéré pour l'hémoglobine, se choisit des proies mexicaines rétives aux effluves du capitalisme. Vampirisme politique, sanglante recrudescence d'une solution radicale ? Rire sans innocence. Du John Carpenter mais intelligent, insolite, sournois, méchant, ironique. Avec des invités assez inattendus, des répliques irrésistibles, une voix-off qui profère des vérités exorbitantes et un happy end inconcevable. Un joli camouflet, sonore et vif comme une giroflée à cinq feuilles. 

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Seigneur ! L'odieux Samuel de Champlain, l'insatiable vampire, s'en prend à la cinéaste qui, par pure coquetterie, a refusé de manger de l'ail et de porter un crucifix. A-t-on idée d'aussi peu se prémunir contre les maléfices ?  (Crédit photographique : Photobox Studio - https://www.facebook.com/photolibreservice ). 

http://vimeo.com/64671863#at=0

L ' E a u

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La cinéaste au montage

Ici, preuve de la virtuosité de l'artiste, nous voici devant un court et merveilleux poème cinématographique réalisé à quatre mains par Nicole Louzoun-Eisenstein et Virginie Dubois. Beauté formelle, bande-son superbe, intensité formidable. Un visage fervent, ému face à la mer. Un événement. La dispersion des cendres d'un défunt dans l'eau. "La fin n'a pas de sens". Un souvenir passe, une évocation. Les éléments se lient, se déploient, s'enchaînent comme les strophes d'un poème. Une coda merveilleuse. Ce petit film est enchanté. C'est une lanterne dans la nuit de l'être, une ode à la beauté lumineuse d'un geste. Vital, désaltérant. Il m'est revenu, en regardant le film le lointain souvenir d'un poème d'Odilon-Jean Périer que j'aime beaucoup. Je le place ici. Le poème, c'est sa magie, appelle le poème.

Je t’offre un verre d’eau glacée
N’y touche pas distraitement
Il est le prix d’une pensée
      Sans ornement
 
Tous les plaisirs de l’amitié
Combien cette eau me désaltère
Je t’en propose une moitié
      La plus légère
 
Regarde Je suis pur et vide
Comme le verre où tu as bu
Il ne fait pas d’être limpide
      Une vertu
 
Plus d’eau Mais la lumière sage
Donne à mon présent tout son prix
Tel, un poète où Dieu s’engage
      Et reste pris

Pour voir ce film intense, cette braise précieuse devant l'eau, cette sorte d'incandescence qui survit aux cendres, voici le lien.

    https://www.youtube.com/watch?v=8jsOqYM_T4E

O N E

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Omer Most - Hoda Sofiah

Réalisé et écrit avec Omer Most, mettant en scène Omer Most et Hoda Safiah (formant déjà duo dans Connexion), voici un nouveau fruit issu de la grande sensibilité de la cinéaste. Conçu par un homme et une femme, cet instant consacré à la rencontre d'un couple, au salut de l'un par l'intervention de l'autre est à nouveau tourné devant la mer. Il y a ici une sorte d'art poétique mais aussi l'évocation de ce qu'est un couple aux yeux de la cinéaste. La bande-son fait entendre la voix du large, un piano, un instant dévêtu de toute parole.  Il est ici question d'un art qui consiste à rendre dans l'intensité la présence de deux êtres l'un à l'autre. Intuition, échanges secrets, compréhension. L'une est au bout du naufrage de l'autre et de sa rédemption. Regards. Une longue étreinte. Une métaphore de l'union. Le film a été réalisé en quarante-huit heures pendant le Festion Off Courts de Trouville en 2013. On prend conscience des instants décisifs et ardents vécus l'année passée, en septembre à Trouville.

http://vimeo.com/81498055#at=0

A b s e n c e    1 0

a berou danseuse.jpgPour se rôder à toutes les disciplines du cinéma, pour être efficace dans chacune d'entre elles, Virginie Dubois signe ici le beau texte de la voix off du film de Lornea Felei. "Je suis là, j'ai toujours été là, il suffisait d'ouvrir. A quoi bon naître, si ce n'est pour danser". De la danseuse de la boîte à musique naît, dans la rotation, une vraie ballerine (incarnée par Noëlle Jouan). "N'être plus qu'un souffle qui s'élance, un espoir, une musique". La ballerine est passée d'un atelier exigu à la largeur d'une vraie scène. "Je suis toi, pourtant nous sommes séparés". Le texte acquiert une dimension, une profondeur, une fulgurance douloureuse. La ballerine est vue de loin, magnifique et petite sur la scène immense. Mise en abîme de la voix dans la voix, de l'être dans l'être. Introspection devant un corps qui exprime le mouvement. "Je suis en toi, souviens-toi". L'art de dire un vertige intérieur devant un corps formidablement équilibré et qui entre en grâce. 

http://vimeo.com/74488424#at=0

La    d e r n i è r e

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encore la très belle et talentueuse Hoda Safiah

Oeuvre collégiale résultant de la coopération de Hoda Sofiah (actrice dans le film), Bob Levasseur, Christian Laurence, Fanny Bergmann et Virginie Dubois. A la suite d'un instant de tendresse qui tourne court, deux amants se satisfont chacun de leur côté. Soulagé, il la surprend. Il s'ensuit une conversation vertigineuse, crue, libre, brutale, franche. On trouve ici un très curieux et éprouvant point de rencontre entre la sincérité et la prise de distance. Le couple se scinde pour la cause avouée de phantasmes divergents. (Moi, j'écris toujours phantasme, avec ph. J'ai l'impression que ça confère une noblesse à la chose). Les désirs ont cessé d'être mutuels. Ils cèdent à d'autres aimantations. Le fil est rompu. Les corps se désunissent, des secrets les séparent. Les jeunes amants s'avouent qu'il faut aller séparément désormais. La rupture, - qui comporte une douleur -, n'entre pas dans la tragédie. Ici, le secours des mots est important. Les mots claquent. Vrais, tranchants. Un chat est appelé un chat. Ce film est un choc. Insouciance de la jeunesse, courage et lucidité de la jeunesse, superficialité, chirurgie orale et précision chirurgicale, honnêteté sentimentale, bravade, oeuvre consciencieuse, mise à bas des masques de la bienséance, déroute de l'hypocrisie, débâcle de la candeur, nouvelle geste amoureuse ? Je laisse percoler la chose. Mais c'est sûr qu'elle m'a frappé durablement.

http://vimeo.com/81415980#at=0

L a   P i s c i n e

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Hoda Safiahhttps://www.facebook.com/safiahhoda

Une fillette (Lucille Gold), sa poupée barbie et une femme (Hoda Safiah) sont autour de la piscine. Toutes les trois en maillot de bain. S'étant saisie d'une chaise, la fillette va s'asseoir aux côtés de la femme. La petite regarde les seins de la femme adulte et calque son comportement sur elle. Une conversation amusante, féminine, drôle commence sur le sujet des seins. "Comment t'a fait pour en avoir ?" demande la gamine. Curiosité insatiable et directe de l'enfance, malaise de l'adulte. Les questions mènent à l'hilarité. Serviable, désireux de faire progresser le débat, un de ces navrants séducteurs de piscine s'approche et mate la poitrine de la femme. Au bout du film, malicieuse cerise sur le gâteau, un gros plan sur la poitrine de la poupée barbie. Spirituel, dirai-je. Virginie Dubois travaillait ici au scénario.

http://vimeo.com/81498270#at=0

Deux films que j'ai vus ne sont pas encore en ligne. Le Paternel (film sur la famille, la différence, l'accueil de la singularité au sein d'une tribu, l'ébranlement des repères) et L'Angoisse du Chevalier (un film hilarant, tourné à Bouillon, en Belgique, dans le château de Godefroid, un film totalement irrespectueux, hérétique et réjouissant sur le sens profond des Croisades, un pamphlet sur la foi qui soulève les montagnes, dissimule la cupidité et tourneboule les intestins). Ces films seront en ligne sous peu et je les annexerai à cet article.

Pour clôturer cette rétrospective hélas incomplète, je propose une très intéressante interview de la cinéaste réalisée en septembre 2013 à Trouville.

http://www.dailymotion.com/video/x14l43o_claude-duty-2-fe...

Voilà, nous saisissons ici une carrière à l'aube de son assomption. Un poisson à l'orée des fonds abyssaux. Un exocet qui entame la négociation avec l'essor et l'altitude. Un oiseau au pied du mur du son. Avec la certitude pleine d'affection que quelque chose va s'accomplir. 

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13:14 Publié dans Virginie Dubois | Lien permanent |  Facebook |

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