21/03/2014

9 mois ferme

La pépite de Dupontel

9    M O I S    F E R M E

K é s k e c é k e ç a ?

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MINI PITCH 

Une grande juge blonde quadragénaire un peu coincée, adepte de l'hygiène sportive, un peu stakhanoviste, un rien carriériste et promise à un grand avenir dans la magistrature, défiante à l'égard de l'homme, abstinente, retranchée derrière les remparts infranchissables de ses piles de dossiers criminels. Au soir de la nouvelle année, alors que, invariablement, elle consulte des dossiers, ses collègues l'entraînent à boire. Sans joie, elle y consent et s'enivre. Longtemps, on va croire qu'elle n'aurait pas dû. 

BON SANG !

a albert bob.jpgJe sors du film. Ébahi. Déconcerté. Hilare et incrédule. Hébété. Soufflé, admiratif. Albert Dupontel a affûté son art. Il sort là une superbe objet cinématographique, une mécanique implacable, quelque chose d'irrésistible. Mais pas seulement. J'y reviendrai. Irrésistible. Oui, la vraisemblance, comme toujours, il s'en fout un peu. La mesure ? Il la passe. La maboulerie est à nouveau reçue à bras ouverts. Il y a du cartoon et du Kafka, de l'impressionnisme allemand là-dedans, du Brassens, et rien de tout cela. Le drame existentiel rencontre Tex Avery. Les romans durs de Simenon croisent Will Coyote. Un fumet anar épice ce cocktail génial qui incendie la tuyauterie tout du long. Personne ne fait des choses pareilles. Cela n'existe pas. Conte, facétie, fait divers, brûlot, gauloiserie, attrape, fable, folie, pamphlet, gaudriole, délire, canular, complot, caricature, libelle, farce, satire, portrait-charge, diffamation, malice, direct au foie, bouffonnerie, la geste de Dupontel résiste à se laisser circonscrire. C'est un gros truc tonique, habile, furieux, décoiffant, tornade et typhon, blizzard, zéphyr, foudre, avec des embellies, des lumières. Et du subtil. De l'énorme. Souffle Dupontel. Le souffle Dupontel passe, décidément magistral. Le cinéaste-acteur va tailler une oeuvre (qui fera date dans le cinéma français) dans le matériau le plus improbable et sur le scénario le plus absurde qui soit. Et pourtant, ce truc, c'est inspiré. C'est une farce excellente. Oui, bon sang, ça tient sur une patte, mais formidablement. Ce coucou invraisemblable vole gracieusement. 

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DUPONTÉLIEN

En fait, on va le voir, mille choses contribuent à l'essor de ce vaisseau spatial vers les étoiles du cinéma français et international. L'image du film est superbe, le son est excellent. Le rythme est constant, pas de faiblesse, pas de baisse de niveau. Oui, on est embarqué, on ne descend, on n'atterrit que dans le générique de fin. Une enfilade de gags inattendus relance le rire, l'effet de surprise, la clownerie au cœur du drame. L'immoralité de la justice, la candeur de la culpabilité, la méchanceté des méchants, les voltes formidables qui s'en suivent font mousser la trame du récit. Ah, il y a de l'irrévérence, une veine anar et la vitalité de la vraie bouffonnerie. Rare. Presque unique. Tout épate et convainc. Dupontel lui-même en Bob Nolan, cambrioleur et formidable abruti lent, très lent à saisir les choses, remarquable de nullité et de désopilante hébétude dans ses hypothèses explicatives. Comment il se débrouille pour faire comprendre à la juge qu'il n'est ni globophage ni amputeur furieux ! L'effroi à la Dupontel, grand-guignolesque, déjanté, gore, insoutenablement drôle.

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LE TALENT & SANDRINE KIBERLAIN, UN PEU AU-DESSUS ENCORE

Tout ça, on le sent, mène doucement au film qui marche, au succès. Au travail de qualité. A la pépite, mes enfants. Car c'est de cela qu'il s'agit. On y ajoute quelques excellentes prestations - (Philipe Uchan, confondant dans le rôle du juge de Bernard, Nicolas Marié, faramineux en maître Trolos, Bouli Lanners, désopilant en surveillant graveleux, Philippe Duqesnes en écoeurant légiste, le docteur Toulate  etc.) - en fait, tout le monde s'ingénie à exceller dans cette production. Les petits rôles additionnent les perles de jeu. Formidable équipe. Le film court à la reconnaissance. Ce qui en fait une oeuvre totale, c'est Sandrine Kiberlain. Comment fait-elle ? Je ne sais pas. Elle a la grâce. Elle est au rendez-vous du rôle. Elle excelle. Elle mêle à son jeu comique des instants tragiques, une douleur, une déception, une hystérie, une vérité, une incrédulité à la torture, un trouble totalement contagieux. Elle cède en beauté. Elle émeut. Elle persuade. Elle envoûte, elle ensorcelle par la façon qu'elle a de se débattre dans ses empêtrements, d'ajuster ses petites lunettes, de se découvrir dans ses errements nocturnes avec une sidération phénoménale, de perdre pied avec une certaine raideur doublée d'une grâce de nymphe. Sa qualité de jeu fascine. Perle de l'année, perle fastueusement baroque.

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Un césar couronne méritoirement ce délicieux et formidable exploit d'actrice. Elle invente ici une manière d'être drôle, imparablement, avec un supplément. Sa façon d'entrer dans l'univers de Dupontel, avec une plume au chapeau, est exquise. Elle va à son rôle, elle l'endosse, lui injecte une électricité personnelle. Dans le calvaire désopilant de cette magistrate, on dirait d'une claveciniste renommée contrainte de jouer du mirliton. Ce qu'elle nous fait au mirliton ? Le Rappel des oiseaux, de Rameau. Très beau. Superbe. Tout cela mis bout à bout donne cette farce fulgurante, cet astre inattendu et anguleux, cette oeuvre farfelue, insolite, allumée par les deux bouts. 

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Le réalisateur et acteur Albert Dupontel, Sandrine Kiberlain 

http://www.canalplus.fr/c-cinema/c-ceremonie-des-cesar-su...

11:12 Publié dans Coups de coeur | Lien permanent |  Facebook |

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