29/06/2014

S Lenhard (photographe) - DL Colaux (poèmes)

F r i s s o n s   e t   s i l e n c e s (2/4)

Photographies : Séverine Lenhard  -  Poèmes : Denys-Louis Colaux

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D I E U
 
Alors
vivre était léger comme la poussière
à l'aile du hibou
Dieu sagement veillait
au renouvellement de l'aube
à la constance du malheur
au désarroi des siens
et au passage du soleil
dans l’œil mort du vitrail
Mais des harpes quand même
de longs troupeaux de harpes
du savon des caresses
des tartines de confiture
mêlaient à l'étrange coulée des jours
le pollen bleu des fées
et les empreintes des nutons

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L E   M Ê M E
 
A présent que j'ai l'âge
de la mort de mon père
je laisse dans les îles
autour des eaux où je navigue
des spectres des fantômes
des arbres inédits
de grands orchestres blancs
La mer est irréelle
où je m'avance seul
elle sent le parfum
de ces fleurs incertaines
vénéneuses un peu
insolites sacrées
qui éclosent parfois
sur les bords de mon rêve
A présent je serais
un enfant façonné
au cheval de la vie
je serais un enfant flâneur
qui se répète sur sa tige
comme une ivraie au vent
A présent je serais
le même enfant
apaisé

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E M B E L L I E
 
La beauté passe
non comme un aliment
ni comme une nécessité
elle vient va et passe
au temps furieux
des avions
des satellites 
comme une aile de soie
sans but
portée seulement
par l'accident de la grâce
Elle vient va et passe
sans bruit
furtive
avec
quand même
dans le doux souffle qui la suit
la promesse de la musique
La beauté passe
comme un clair instant victorieux
comme un brin de triomphe
en toute absence d'ennemi
La beauté passe
comme une vapeur d'art

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A L L É G É
 
et pour longtemps peut-être
(il ne faut jamais dire
ni jamais ni toujours)
je laisse les romans
je laisse les nouvelles
sur le seuil de l'automne
et
je m'assois dans le pré
d'une page exiguë
où je pose par brins
mon désir allégé
de respirer parmi les mots

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