25/10/2014

Arto Pazat

CINQ ICÔNES D’ARTO PAZAT

Le monde féminin de Pazat révèle, à travers un regard neuf et inspiré, un cosmos inédit. Dans son œuvre, les femmes sont singulières, inhabituelles, étranges, elles respirent, pensent, existent autrement. Elles vivent sur une scène d’ascèse, parmi des gris, des blancs légèrement bleutés, en un lieu plus proche de la cellule monacale que du boudoir ou du rutilant écrin. 

Les femmes de Pazat sont des sirènes établies dans l’eau de leur mystère, des oiseaux suspendus dans l’air de leur énigme. Mais, à parts égales, elles sont mythiques et humaines, légendaires et quotidiennes. Elles ont, dirait-on, vécu dans la proximité des tableaux et infusé dans leurs huiles. Elles accomplissent un prodige : elles vivent dans un ailleurs qui est devant nous, à portée d’œil. 

Image par image, enchanté, déboussolé, j’approche les femmes telles que Pazat les célèbre. Elles viennent, avec la décence des gestes posés dans l’intimité, prêter leurs orbes et leurs grâces, le dôme d’une épaule, le gable d’un sein, le tomber d’un voile, l’arrondi d’une hanche, la tension d’un muscle, la saillance d’un os, la coulée d’une chevelure, les traits d’un profil, un chapelet de vertèbres, elles viennent offrir de ténues merveilles à ces endroits pratiquement vides, elles habillent ces vides de leur nudité discrète, frêle et sublime. Voilà, Pazat a noué un lien entre le discret et le sublime. Il faut, pour décor, cette sobriété, cette austérité  afin que ces corps tout de nuances, de grâce, de pudeur et de fragilité y déposent leur presque diaphanéité. Afin que ces lignes subtiles trouvent une page où s’écrire, un support où être recueillies.

Ces femmes-là sont comme versées dans le lait frais, dans la chair d’aube de leur vénusté et n’entreprennent aucun jeu, elles ne sont pas en relation avec le monde ou avec quelque regardeur que ce soit. Elles vivent dans la grâce étrange, dans l’aisance limpide de leur solitude, dans la convulsion de leur beauté, dans la dimension poétique de leur songe, de leur lévitation, comme présentes seulement à elles-mêmes, involutées en elles-mêmes. Le photographe semble les rejoindre plutôt que de les appeler à lui.

Pazat a une autorisation et une clé pour entrer sans effraction,  - comme on entre dans les temples, les musées ou les bibliothèques -, dans l’univers étrange et fascinant des femmes, univers bizarre aussi, presque surnaturel parfois. Monde quelquefois saupoudré d’une pincée de fantastique. Lieu hypnotique, distingué, captivant.

Pazat sait qu’il y a une autre fascination féminine, autre chose que l’éblouissement frontal, quelque chose de plus aérien, de plus souterrain aussi, quelque chose de moins simple, de moins rustique, de moins rudimentaire, un magnétisme supérieur, enchevêtré, complexe. Il le cherche comme un graal. J’en trouve de merveilleux indices dans ses photographies.    

Un autre lien révélé par le photographe est celui qui relie ces corps pratiquement spirituels, livrés à la pensée, délicatement ensevelis dans l’intériorité, pâles, étrangers à la conquête ou à l’aguichage, qui relie ces corps singuliers donc à la beauté émouvante des lignes et des formes saisies avec la distinction et la délicatesse d’un esthète. Car voilà, ces femmes ne sont pas les fruits d’un esprit gagné par l’angélisme, l’idéalisme ou je ne sais quelle autre dérive de la candeur. Elles sont vraies, de chair et d’os, d’essence et de substance, cristallographiques et immatérielles, elles sont présentes et lointaines, elles sont éthérées et charnelles, littérales et figurées, physiques et métaphysiques. Elles sont fumée d’opium et porcelaine, encens et glaise. Matière et aura. Dans cette célébration originale de la féminité, le profane et le sacré s’entendent et entremêlent racines et halos. Le nu féminin de Pazat est un lieu d’humanité, un territoire du respect et de la louange de l’être. Le frisson qu’il convoque ne roule jamais sous la table. Mais il est là, curieux et bienfaisant, autre. Il y a, comme je l’ai laissé entendre déjà, quelque chose de chevaleresque chez Pazat.

Par quelle étourdissante et troublante alchimie ces femmes nous semblent-elles parentes à la fois de la beauté, de l’amour et de la mort ? Sont-ce ce dénuement, cette pâleur, cette fluidité, cette indifférence, cette solitude, cette sorte d’absence qui créent ce double pont, cet affolant oxymore photographique ? La photographie de Pazat est aussi le lieu d’un vertige. D’un trouble. Dans cette suite de cinq icônes et plus généralement dans son œuvre, il n’est jamais question d’images comestibles que l’on dévore d’un battement des paupières. Elles ne sont jamais immédiatement lisibles. Il faut, comme des poèmes, les approcher dans la lenteur, longtemps se pencher vers elles, les déployer, s’ouvrir à leur univers, à leurs tons, leurs silences, leur rythme. Il faut leur reconnaître comme un bienfait le droit de nous déconcerter, de nous ravir, de nous désorienter, de nous enchanter, de nous inquiéter. Toute création qui se borne à confirmer mon pas, ma direction, mon souffle : platitude. Pazat, lui, invite simultanément à l’altitude et à la profondeur.   

Pazat donne à voir des créatures intemporelles et universelles. Elles flottent, métaphoriquement et littéralement dans le temps et l’espace, elles sont médiévales et contemporaines, de nulle part et de partout, sans être jamais ni communes ni ordinaires. Sans renoncer jamais à leur distinction. Elles flânent, marchent, se recueillent et processionnent dans votre esprit, votre âme, votre corps, - non comme des idées fixes dont le propre est de demeurer crucifiées -, mais comme des pensées mobiles, riches, fluides, alertes, lentes et percolantes.

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20/10/2014

Marie-Lou Chatel

Marie-Lou Chatel

Colorisation et restauration
de photographies

Pour toutes les photographies de cet article © Marie-Lou Chatel

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Sans titre - We seem to be abord an aircraft Ford Trimotor (1929) - Photographer : Harris & Ewing collection - entre 1920 et 1935 - restored and colorized Mars 2013 © Marie-Lou Chatel

Voici une exquise et récente découverte : une artiste belge, namuroise, qui opère dans la discipline très spécialisée de la restauration et de la colorisation d’images (elle est aussi galeriste, ai-je lu). Pour moi, le charme a opéré immédiatement. Ce travail hautement technique et quasiment alchimique, tout en précision et en nuance, en tact et en doigté, en haute densité poétique,  cette entreprise de virtuosité m’a immédiatement séduit. Marie-Lou Chatel, annonce-t-elle dans son espace facebook, est fascinée par les vieilles photographies, elle aime à se figurer la façon dont les gens ont vécu et travaillé dans le passé. La colorisation et la restauration confèrent aux plus vieilles photographies une nouvelle vie et nous permettent de nous forger une idée de la vie à cette époque. Aucune image colorisée, affirme-t-elle, ne peut remplacer l’image originale en noir & blanc mais ce travail nous offre la perspective de découvrir le monde tel qu’il s’offrait au regard de nos grands-parents.

Je me représente qu’il y a vraisemblablement un vain débat autour de cette question. J’y échappe en me disant que la photo colorisée est une sorte d’aventure d’adaptation et de traduction. Traduttore, traditore, on connaît le cri d’effroi. Mais une adaptation experte, une traduction intelligente peuvent s’apparenter tout simplement à la création. Inutile d’opposer l’un à l’autre, le noir & blanc au colorisé, ils peuvent coexister comme les deux faces d’un astre, les deux versants d’une colline, les variations sur un même thème ou la transposition d’une œuvre musicale pour un nouvel instrument. L’important, l’indispensable tient en ceci : il faut qu’il y ait œuvre. Dans le cas qui nous préoccupe, il y a.

Marie-Lou Chatel aime à présenter son travail mais elle a aussi à cœur de rendre hommage à ces grands photographes du passé sans qui son travail n’existerait pas. C’est pour elle une question d’honneur et de respect de toujours mentionner leurs noms et les informations relatives à leurs photographies. Nous apprécions ces nobles dispositions.

Ce travail fascinant et méticuleux nous semble, à la réflexion, relever d’un nombre incalculable de catégories : de la haute couture à la peinture en passant par les savoirs du vitrailliste, de l’invention à la restitution en passant par l’archéologie et l’habillage, des techniques de la décoration, du maquillage ou de l’enluminure en passant par les trouvailles du coloriste.

Mais quelles que soient les prouesses qu’il faille exiger de la palette digitale et des techniques savantes mises en jeu, la nouvelle image obtenue s’impose par un charme délicat, un saut gracieux dans le temps, une subtilité exquise, un cachet ravissant et une sorte de magie allègre. J’éprouve une sorte de bonheur, une palpitation agréable dans la contemplation de ces icônes élégamment colorisées. Il me semble que le talent si particulier de Marie-Lou Chatel tient aussi dans la pertinence de ses choix : les photographies qu’elle colorise sont toujours d’une grande qualité graphique. 

On pourra admirer le travail de Marie-Lou Chatel en visitant son espace facebook :

https://www.facebook.com/Marielouisechatel
http://marielouchatel.com/
https://www.behance.net/MarieLouChatel

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Happy St. Patrick's Day. The beautiful Maureen O'Hara of Susan Boylan Griffin - Restored and colorized 2013 Mar © Marie-Lou Chatel

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Le Clown triste - Restored and colorized 2013 Mar © Marie-Lou Chatel

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New York - Times Square on a rainy day - Photographer : John Vachon (1914-1975) - Date : Mars 1943 - Restored and colorized 2013 Jan © Marie-Lou Chatel 

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Golf in bathing suits - Date : 1926 July 9 - Photographer unknown - Restored and colorized Decem 2012 © Marie-Lou Chatel

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Miss Mary Bay 1/29/24 - Photographer unknown - Restored and colorized 2012 Oct © Marie-Lou Chatel

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Four Women on the beach in the 50s LIFE - Restored and colorized 2012 Oct © Marie-Lou Chatel

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Farm woman beside the barn door - Photographer : Dorothea Lange (1895-1965) - Date 1938 Nov - Restored and colorized 2012 Oct © Marie-Lou Chatel

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Grand Central Terminal, New York City - Photographer : John Collier (1913-1992) - Date 1941 Oct - Restored and colorized 2012 Nov © Marie-Lou Chatel

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My Vendee Globe - Ruth E. Pember - Photographer unknown - Date 1901 - Restored and colorized 2012 Nov © Marie-Lou Chatel

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The stars onf the night - Thanksgiving snowstorm 1950 - Euclid Avenue at 4:15 p.m. on Nov. 26 looking west from 709 Euclid at the marquee of the Hippodrome (Cleveland News) - Thank you Panos Lambrou - Restored and colorized 2013 Jan © Marie-Lou Chatel 

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Pompompidou - Frances White - Photographer : Bain New Services GG Bain - November 19, 1917 New York - "Frances White" - Half of the vaudeville team Rock & White, Frances attained biref renown for a novelty tune called "The Spelling Song" -  George Grantham Bain Collection -  Restored and colorized 2013 Jan © Marie-Lou Chatel

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19/10/2014

Virginie DUBOIS

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V i  r  g i n i e   D u b o i s   d a n s   q u e l q u e s   r ô l e s   d e   c o m p o s i t i o n 

V I R G I N I E    D U B O I S 
T h e    H o t e l

Cinéaste, actrice, scénariste, monteuse, Virginie Dubois, dont je vous ai déjà longuement parlé, est de retour avec un court-métrage choc. The Hotel. Cinq minutes douze.

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http://vimeo.com/106398855

T  H  E      H  O  T  E  L

un film de Virginie Dubois
écrit par Hoda Safiah et Viriginie Dubois
Off-Courts production 2014

Pitch

Sous le regard inquiet de la détective d'hôtel penchée sur les caméras d'observation, un type ramène une jeune fille dans sa chambre. La détective s'inquiète. La jeune fille est-elle majeure ? Le directeur de l'hôtel, très complaisant avec le client, ferme les yeux. La détective veut savoir... Elle a rendez-vous avec le sordide.

AVIS

En cinq minutes, dans un crescendo angoissant et parfaitement maîtrisé qui conduit vers quelques halètements, quelques injures, quelques images d'une brutalité presque insoutenable, une petite aventure sexuelle nocturne tourne au cauchemar. L'homme tombe le masque et fait voir sa hure dégueulasse, son crapuleux besoin de dominer et de salir, son odieux et révoltant sentiment d'impunité. Dénonciation en forme d'électrochoc. Terrible efficacité.  Impressionnante virtuosité.  Mots implacables. 

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17/10/2014

Ida (film polonais)

I  D A

un chef-d'oeuvre polonais

a ida 1.jpgPologne, 1962. Alors qu' Anna, une jeune novice, se prépare à prononcer ses voeux, la Supérieure du couvent l'incite à sortir pour s'informer sur ses origines. Elle lui laisse une adresse, celle de sa tante. La jeune fille, recueillie dès sa plus petite enfance, ne connaît rien du monde extérieur et ignore son identité. Elle se met donc en route. Elle va connaître sa tante, apprendre qu'elle s'appelle Ida, découvrir progressivement les siens et la catastrophique origine de leur séparation.

Je viens de voir le film. Je réagis immédiatement. Transporté par le magnétisme de l'oeuvre. Atteint par sa douleur et son élévation. 

Le film est court.  Une heure vingt. Un souffle, m'a-t-il semblé. C'est un drame. Il est sorti en 2013 et est l'oeuvre du cinéaste Pawel Pawlikowski. C'est, pour mille raisons, un pur chef-d'oeuvre. Un joyau cinématographique. J'égrène ici quelques-unes de ces raisons qui, selon moi, font de ce film un diamant précieux. Sa lenteur, ses silences, ses cahots. Entre le mutisme du couvent, le bruit de la ville, le souffle des voix intérieures, le silence équivoque de la campagne troublé par le débarquement du jazz de Coltrane. Le contraste des personnages : la novice fervente et la femme socialiste déchue (déçue). La découverte progressive de tous les secrets qui fondent l'histoire. La quête, son déroulement, son labyrinthe doublé de l'errance intérieure et secrète des deux femmes. La richesse hypnotique du noir & blanc dans les mains d'un artiste. La beauté hallucinante de l'image. Une sorte de spiritualité sombre et lumineuse qui semble éclairer et obscurcir l'oeuvre. La qualité de la photographie. Le refus systématique du pathos. Chaque centimètre du décor, du paysage, des lieux traversés. La mise en scène sobre, intelligente, adroite, inventive et formidablement habitée : chaque scène est un tableau superbe, chaque instant est intense, ardent, parfois d'une acuité terrible. Le film brûle. Le cinéaste porte une vision. Et il y a le jeu époustouflant des deux actrices, deux merveilles en action, deux astres. Il y a la beauté singulière des deux actrices. Il y a deux là formidables rôles féminins, subtils, exigeants, profonds, deux rôles de grands formats. Ida est interprétée par Agata Trzebuchowska, Wanda est interprétée par Agata Kulesza. C'est un chef-d'oeuvre. 

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13/10/2014

Andreas Vanpoucke

Rencontre avec
Andreas Vanpoucke

Expo de pointes sèches à l’atelier Gorus à Anvers

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Ce samedi 11 octobre 2014, mon épouse, ma fille Nelly et moi étions à Anvers pour découvrir l’exposition des pointes sèches d’Andreas Vanpoucke à l’atelier Gorus, à la Vénusstraat. D’abord, pour la première fois, je rencontrais l’homme et nous avons pris le temps de parler un peu. Vanpoucke, graveur et peintre formidablement doué, m’est apparu un homme aimable, attachant, généreux, ouvert, humble et un professeur d’art intelligent et très impliqué. Oui, j’ai senti le pédagogue scrupuleux, soucieux, très investi, un homme que les années d’enseignement ont instruit, éclairé mais pas aigri. C’est un être paisible, posé, souriant, profond, très à l’écoute, curieux de l’autre. C’est un être lucide et bienveillant. J’ai vu le temps qu’il consacre à ceux qui viennent découvrir son exposition, à parler avec eux, à recueillir leurs propos et leurs impressions, à échanger. Il y a dans le visage de Vanpoucke, comme c’est le cas parfois chez les grands prophètes à barbe fleurie, un zeste de féminité rare et élégant, à peine esquissé mais plaisant et distingué. De la jeunesse, un rien d’enfance peut-être, s’attardent dans le visage de ce quinquagénaire alerte. Il a le physique, la stature d’un bûcheron canadien, l’allure d’un baba cool revenu en minibus Volkswagen fleuri de San Francisco, quelque chose d’un pâtre grec et, forcément, la dégaine singulière et magistrale d’un peintre flamand. Vanpoucke est à peu près ce que j’aurais aimé qu’il fût.

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Andreas signe son catalogue au vernissage de l'exposition à l'atelier Gorus (photographie Nora Mecibah)

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Marie Ange, épouse de l'artiste, (être exquis et raffiné, bienveillant, allègre et très hospitalier) et Andreas avec des visiteurs de l'exposition.

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Mon épouse et ma fille Nelly admirent les grands albums

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Louise et Nelly feuillettent délicatement

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La belle Marie-Ange parmi les magnifiques catalogues

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Andreas en conversation avec une visiteuse

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Andreas Vanpoucke et Denys-Louis Colaux. A gauche, l'artiste Omar Van Meervelde, propriétaire de l'atelier. A droite, Marie Ange.

L’exposition est très belle, outre les œuvres suspendues (que je connaissais à peu près toutes virtuellement), d’importants albums sont disposés sur des pupitres. Il faut longtemps les feuilleter pour découvrir toutes les merveilles qu’ils abritent. Moments superbes, précieux, comme suspendus. On retient son souffle, on le mêle à celui du papier feuilleté.

C’est un bonheur d’entrer en contact direct avec l’œuvre gravé, avec ces traits tantôt secs, précis, abondants et méticuleux, tantôt moelleux et chauds, tantôt amples et chorégraphiques, tantôt vaporeux et pris dans des estompements délicats. On sent ce qu’il faut de doigté, de virtuosité, de maîtrise pour parvenir à cette impressionnante qualité de rendu. On sent poindre Vanpoucke dans chacune de ses œuvres. Une grande humanité, un goût des autres, traverse et exhausse l’œuvre. Et cet art de la pointe sèche qu’une véritable vision soulève est le produit d’un grand nombre d’ingrédients qui s’harmonisent et concertent. Il y a chez Andreas, dans un désordre que l’art gouverne, une dentellière du cuivre, un moine enlumineur, un fakir qui fait danser le trait. Oui, et un souffleur de trait, un inventeur d’épingles et de papillons graphiques, un dompteur d’étincelles, un vitrailliste sur papier, un voluptueux calligraphe de l’émotion. Un chasseur d’ombres, un orchestrateur de lumières. Chaque œuvre m’apparaît comme une somptueuse forêt de traits, ou plus encore, comme cet arbre miraculeux, métaphorique entré en écriture pour dire la forêt de l’être. J’aime l’œuvre, je me sens bien, épanoui dans sa compagnie parce qu’elle me donne ce qu’il me faut de dense et d’intense, de nerveux et d’apaisé, de clair et d’obscur, de vif et de mesuré, d’inventé et de vrai, de visible et d’intérieur. Parce que l’art de Vanpoucke, comme venu de très loin dans le temps, comme demeuré amarré à ses lointaines origines, me rejoint aujourd’hui, dans mon époque, me saisit d’émotion, me soulève d’enthousiasme et m’entraîne vers l’avenir. Le désir de l’avenir.

L’expo est accessible jusqu’au 26 octobre 2014. Un magnifique catalogue paraît à l'occasion de cette exposition.

Quelques-unes des œuvres exposées

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15:58 Publié dans Andréas Vanpoucke | Lien permanent |  Facebook |

06/10/2014

Critiques & avis sur "Les Désirs de l'Esquimaude" de Denys-Louis Colaux

DES AVIS SUR L'ESQUIMAUDE

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(Recension en cours, work in progress)

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Les Désirs de l'Esquimaude, de Denys-Louis Colaux, est un texte raffiné, luxuriant, baroque, d’une intense saveur littéraire, d'une poésie rutilante, vouée passionnément à la femme, à l’amour, à la sensualité. L'écriture est flamboyante, d'une verve réjouissante, jubilatoire. Richesse, subtilité, originalité des images. Perfection de la langue. Une œuvre exceptionnelle, magistrale. 

Corinne Hoex, romancière, poétesse belge

http://fr.wikipedia.org/wiki/Corinne_Hoex
http://www.lesimpressionsnouvelles.com/auteurs/corinne-ho... 
http://www.antipode.be/blog/litterature/2012/03/le-raviss...
http://www.youtube.com/watch?v=dv03vrTqqUY

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J'en ai commencé la lecture et ton texte est à la hauteur de ce que j'en attendais, très rythmé, un découpage parfait, un envol lyrique qui m'a embarqué dès les premiers vers... Alain Adam, peintre belge, illustrateur du recueil

http://alainadampeintre.com/
http://alainadampeintre.com/autresartistes.htm

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Un préambule joliment romancé, ouvrant galamment l’intimité sensuelle, en toute délicatesse, les mots, tel un cœur épris, effleurent et caressent la transe de ce grand désir, mordant à bras le corps la chair de l’ivresse. Mimia Lichani, artiste peintre algérienne

http://www.artmajeur.com/fr/artist/lichanimimia
http://www.mimialichani.com/ 
https://www.facebook.com/mimia.lichani
http://www.djazairess.com/fr/elwatan/166222

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S’il n’y avait que le titre, je garderais une place à part à ce recueil : le livre de Denys-Louis Colaux n’est pas de celui qu’on promet à un avenir de tranche, pressée entre deux gros volumes indifférents. Il doit traîner là, et encore là, chuchotant sa promesse d’un amour oxymore, bruit exquis du désir qui se dit, du silence qui joue avec les allumettes. Mais il n’y pas que le titre ! Il y a tout le reste, tout ce reste qui lutte contre l’oubli du temps. Car voilà le livre embarqué, de ceux qui voyagent avec nous, bagage accompagné de la vie qui s’inquiète. Denys-Louis Colaux, cherche la phrase où il cherche la femme, interroge le mot quand il surprend l’émoi. Et dès les premiers vers plongés dans la chimie du discours amoureux, nous voici à accueillir comme autant de présents arrachés à l’absence, le rêve de femme qui se baigne au détour de la page, « la lune d’un poème drapée dans le rideau ». « Pour qu’elle naisse un instant », il faut que l’Esquimaude fasse résonner une correspondance heureuse ; alors, elle est là, désormais bien ancrée dans la mémoire du lecteur, habillant ses propres désirs des mots de l’écrivain. Nul doute qu’elle aura cette vitalité qu’aucun autre Attila ne saura empêcher de pousser hors du livre.  Jacques Arfeuillère,  professeur de lettres poitevin, rédacteur du journal "Le Peuple Citoyen". 

https://www.facebook.com/jacques.arfeuillere
http://www.agoravox.fr/auteur/arfeuillere

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Dans ces poèmes, la femme n'est vue que comme un corps au service des fantasmes de l'auteur. L'amour, l'intelligence, les émotions sont complètement absents de ce bouquin.  (extrait) Christine Beausson,  retraitée et chroniqueuse Babelio

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Les Désirs de l'Esquimaude : le titre suggère une langue de diamant, à la pureté des sons cristallins des poésies de Pouchkine ou Lermontov. Mais la comparaison cesse ici car Denys-Louis Colaux procède d'une magnifique synthèse. Ou comment amalgamer l'Orient et l'Occident, le verbe cru et la légèreté de l'aile, le chant et la scansion, l'histoire et le fait, la référence et l'intemporel,... il en ressort une danse des eaux, histoire d'Ô,  des volutes de verbes, des sons qui caressent et des mots qui saignent, des désirs tantôt voilés tantôt à vif, mais d'un vif de diamant, de l'unité singulière de la glace où tout se réverbère. Et puis une belle sauvagerie avec ça ! Chapeau l'artiste! Bruno Dugenest, lecteur, communiqué par mon éditrice, Françoise Favretto 

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Devant Les Désirs de l'Esquimaude, ce n'est pas pour te prendre l'hostie dans la bouche que tu t'mets à genoux. Mais plutôt pour recevoir en pleine tronche le luxe de la volupté.

Avec classe, charme et tendresse.

Je le comprends Colaux !

T'as pas envie d'y mettre le silencieux à ses désirs à l'Esquimaude ! Aux tiens non plus. Et ça va gicler ! Il le faut, d'ailleurs ! Aboule ta viande, tranquillement, avec confiance. Laisse-toi aller aux amours sauvages. C'est permis. L'enfer n'existe pas.

Mais après, tu passes au béguin, aux sentiments amoureux, à la tendresse. Tu en pinces pour Casque d'Or, tu l'as dans le sang. Tu l'aimes la petite.

T'en bouffes du X et de la passion.

T'en sortiras pas indemne, elle non plus, mais ça vaut la peine de s'enticher délicieusement.

Une vie sans bleus ni morsures ? Au diable !

Sandro Baguet, dessinateur, peintre, illustrateur, collagiste, revuiste.

https://www.facebook.com/pages/Sandro-Baguet/191044934260...
https://sites.google.com/site/sandrobaguet/sandro-baguet
http://www.dailymotion.com/video/x88ft9_sandro-baguet-cre...

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J'ai achevé "Les désirs de l'Esquimaude". Sensuel, sensible, une alchimie toute personnelle entre le froid et le chaud. (Communiqué par Françoise Favretto, éditrice de l'ouvrage – Claire, lectrice parisienne)

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Je ne sais si l'auteur a voulu ressembler à Georges Batailles (sic) dans une vaine tentative d'ajouter un côté "olé-olé" (sic) à ses désirs et ses perversions... Mais l'effet est vain ! (extrait) BookShellFairy, bibliothécaire par hasard (c’est sa formule et elle est heureuse) et chroniqueuse Babelio

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Je n'ai que de douces images en tête; à la lecture de ces mots, des évocations vaporeuses sous chacune des lettres, je lis et reconstruis les images aux couleurs troublantes, moi j'adhère à l'Esquimaude et à ses désirs ! Laurence Burvenich, artiste peintre, sculptrice, dessinatrice, infographiste, professeur d’arts plastiques.

http://www.laurenceburvenich.com/
http://users.skynet.be/regards/laurence-burvenich.htm
http://laurenceburvenich.skynetblogs.be/
http://www.artabus.com/french/burvenich/
http://burvenich1.rssing.com/chan-5038964/all_p1.html

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Amoureux des femmes, peut-être, mais avant tout amoureux de la langue. Pas seulement celle des femmes mais celle qui nous sert à exprimer – tant bien que mal – ce que nous avons sur le coeur, ce qui nous traverse l'esprit, les chemins tortueux du désir et l'estuaire du plaisir. Denys-Louis Colaux exprime mieux que bien toutes ces nuances du fantasme amoureux qui singularisent chacun(e) de nous. Car, dans « Les Désirs de l'Esquimaude », il est bien question de fantasme et non d'une relation amoureuse ancrée dans le réel et donc partagée. L'auteur ne laisse planer aucun doute à ce sujet lorsqu'il écrit :

« 5.
Aussi bien sûr
elle n'est rien
qu'un vague morceau d'être
errant devant le vide

qu'un ustensile humain
[...]

que la baudruche d'un phantasme
dans quoi j'insuffle tout le soûl
de mon harmonium affolé
[...] »

Que celle qui n'a jamais fantasmé lui jette la première pierre ! L'imagination des femmes ne se borne pas au chaste baiser du Prince Charmant, il suffit de lire des auteurs comme Anaïs Nin, Erica Jong, sans compter les témoignages de femmes recueillis par Nancy Friday, par exemple.
Une fois écartée cette peu pertinente accusation de misogynie, reste un recueil de poèmes ciselés, musicaux, élégants dans leur forme, qui font surgir des images oniriques auxquelles des notes d'humour viennent parfois se superposer de manière impromptue. Les illustrations d'Alain Adam confirment cette sensation onirique, suggérant la diversité des « esquimaudes » qui coexistent tant dans l'imaginaire de l'auteur que dans celle du lecteur. J'ai éprouvé du plaisir à lire ces poèmes et j'aurais trouvé déplorable que cette Esquimaude restât figée dans la glace de son igloo, de son frigo politiquement correct. Jo Hubert, poétesse, plasticienne, peintre, dessinatrice, collagiste. 

https://www.facebook.com/jo.hubert
http://johub.blogspot.be/

Le trait qui mène les petits nus d’Alain Adam entrait en correspondance intime avec  l’écriture des poèmes. Ils se parlaient à merveille. Ils communiaient, révélant quelques-uns des différents visages de l’Esquimaude. Denys-Louis Colaux

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Peut-être que si j'avais été un homme, j'aurais pu apprécier, mais voilà, je suis une femme...  Petit-Caillou, chroniqueuse Babelio et étudiante Bibliothécaire-Documentaliste. (Ce touchant aveu nous renseigne sur le sexe des graviers. Je n'ai, ici aussi, cité qu'un court extrait. Rendez-vous sur le site pour connaître l'intégralité des commentaires.)

Là, j’éternuais de contrariété. Je me sentais un vieil Apache gainsbourien mis en joue par trois nonnes frigides et armées, des censeurs féminins musqués aux fumées de l'autodafé, des Ernest Pinard du tribunal de la rue, les trois disgrâces, les trois filandières du Babelio aboli. Denys-Louis Colaux

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J'avoue être très surprise de lire des critiques sur un livre de Denys-Louis Colaux. Que certaines pensent qu'il faut être un homme pour "peut-être" apprécier les textes qui se trouvent dans ce recueil de poésie, me donne une terrible envie de leur dire: Je suis une femme et ce, jusqu'à preuve du contraire et OUI, j'ai aimé ce livre .. Va-t-on me brûler sur la place publique pour autant ??? 
D'autres ont dû se forcer à terminer ce livre .. Mon dieu .. Mais pourquoi se faire tant de mal?? Je vous le demande ? Quand un livre ne vous plait pas, inutile de vous forcer, fermez-le, brûlez-le si ça vous chante mais n'en dégoûtez pas les autres. Vous pensez que ce sont des "histoires de fesses imaginaires, couchées sur papier"?? Je ne vois là que dans la rancœur, une vie sexuelle mal vécue ou encore un manque évident de la compréhension de notre jolie langue qu'est le français .. A chaque problème sa solution: un bon dictionnaire ET l'œuvre complète du Marquis de Sade devraient, en effet, pallier tous ces petits problèmes. Angel sur Babelio (Je signe, je ne me cache pas derrière un pseudo)

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Il m'a fallu une semaine pour lire Les désirs de l'esquimaude (mon nom est synonyme de tortue), me jetant sur internet pour voir la définition des mots inconnus qui enrichissent désormais mes petits savoirs.L'esquimaude a réchauffé mon âme de femme à facettes, celle qui aime qu'on l'envoûte, qui dit oui à Don Juan, le mercredi, parce qu'elle est libre ce jour-là ! Et les retrouvailles avec Lhasa, le livre ouvert au hasard, esprit qui chante aux esprits, l'amour désespéré comme on l'adore.Qu'elle est rare la poésie qui sait parler de l'amour de la femme à la femme, dans son oreille vers son coeur, à sa compagne, assurée d'être aimée parmi toutes. La couverture me rappelle le corps nu photographié d'une de mes 4 soeurs partie jeune. Nous avons été modèles pour peintres et photographes en des temps lointains et les dames dessinées par Alain Adam font sourire les souvenirs de nos corps surpris par l'oeil de l'artiste. Conquise donc. Je ferai lire les textes dans mes cours de théâtre, où j'aime proposer un poète d'aujourd'hui. Je ris d'avance des yeux écarquillés des régents ou futurs bibliothécaires. Denys-Louis Colaux, un amoureux qu'on aime. Doroui - Babelio

25/11/2013

a allard 1.jpgLES DÉSIRS DE L'ESQUIMAUDE de Denys-Louis COLAUX (Atelier de l'Agneau, 2013)

Chair poèmes

On néglige trop les vertus érotiques des climats polaires ou de la saison hivernale, quand les corps corsetés, enlainés, sont soudain pris d’un besoin de se libérer de leur fatras de vêtements pour se livrer au frimas, à la neige, au risque de la pneumonie, de l’embolie poétique.

Il y a de cette folie, de cette déraison en prise directe avec une aspiration à se détacher des contraintes, stylistiques ici, dans Les Désirs de l’Esquimaude qui donne par ailleurs, à chaque poème, si ce n’est à chaque vers, le sentiment de réinventer la langue, et la femme. Non seulement une poésie claire et riche, sans afféterie mais non sans nuances, mais surtout une poésie qui inclurait toute son histoire dans le temps même où elle s’écrit. Une poésie qui ne craint pas de faire résonner les mots comme, entre autres, opale et épaule, canopée et copeaux, asphodèle et foulque, phlox et fauvette... Mots rares et beaux qui renvoient à de non moins délectables réalités. Allez voir la plaque frontale blanche de la foulque ou les fleurs délicates du phlox !

Une poésie qui lie amour et lecture, peau et page, qui se veut le mariage du gel avec le charbon.

Une poésie qui puise dans le lyrisme la matière concise de son verbe car le lyrisme est coupant comme le gel, il ne faut pas le garder longtemps sur la langue.

On peut lire de nombreuses formules troublantes dictées par la chair et l'âme féminines dont voici un échantillon, un raccourci forcément arbitraire: le temple des hanches ... l’aisselle en nage de Joyce Mansour ... le délicat danger de ton  visage ... le linge mouillé de son âme ... le sirop de sa salive ... les dunes lisses / de ses fesses... les ailes de tes yeux... le réchaud de ton ventre... la nuit ardente de ta chair / sur la forêt de mon poème...

Où on comprend que le poète – et son lecteur ? – n’a au fond besoin de rien d’autre que le corps nu sacré et musical / d’une femme pour établir toutes ses liaisons au monde.

Sont convoquées à cette fête des sens les figures de peintres et de musicien(ne)s, comme si l'Amoureux des Arts ne pouvait les laisser en dehors de la célébration : Modigliani, Dufy... mais aussi l’archet merveilleux de Jacqueline Dupré (sublime fée furtive/ bel orage de lait / et de mélancolie) ou Lhasa de Sela, trop tôt disparue, à la voix de laquelle est consacré toute une section du livre.

Les œuvres, fameuses, d’Alain Adam, qui font face et écho à la poésie de Colaux, sont, dirais-je, d’un expressionnisme discret, comme si les femmes, mesurées dans leurs expressions, et impudiques dans leurs positions, retenaient leurs désirs aux élastiques des vers.

Dans la préface, le terme de truculence est avancé à propos de l’auteur. Le mot générosité, même s’il est plus banal, vient aussi à l’esprit concernant Denys-Louis Colaux qui ne fait pas rétention de mots et d’enthousiasme pour parler des  artistes qu’il découvre et fait connaître sur ses différents blogs, où il démontre une activité rare pour un écrivain de sa réputation. D’habitude, les écrivains de cet ordre sont plus économes de leur production journalière, comme ces trop bons élèves qui cachent d’une main leur feuille jusqu’à la remise des copies...

Mais c'est comme si, pour Louys-Denis Colaux, les livres papier ne pouvaient contenir toute sa verve, son besoin de rendre compte de toutes les créations qu’il admire dans des domaines artistiques divers et qu’il se devait d'employer tous les moyens de diffusion mis à sa disposition.

Ainsi, pour ce présent recueil, qui est sa Centaine d’amour, on compte plusieurs sections, qui sont à elles seules des mini-recueils, agencées en une dramaturgie, en un opéra, comme c’est écrit en préambule. Justement, pour entrer dans ce livre fourmillant, on prendra soin de lire (avant, pendant ou après) la préface dense, signée Otto Ganz, bien à l’image du livre dont elle ouvre la voix.  

Éric Allard 

http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/archive/2013/11/25...

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Parce que l'ensemble, justement, est inventif, surréaliste, blasphématoire et terriblement tendre... un grand poème qui respire. Eric Brogniet, poète, directeur de la Maison de la Poésie de Namur, académicien.

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ric_Brogniet
http://www.mplf.be/auteurs/auteur.php?id_auteur=42
http://www.ecrivainsbelges.be/index.php?option=com_conten...

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Cher Denys, je suis émerveillée. Chaque phrase me coupe le souffle. Tant de beauté. Merci. Jack Ross, désarmante collégienne à l'école buissonnière de la vie.

https://www.facebook.com/messages/jack.ross.9849

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Je viens de recevoir le livre de poésie de Denys-Louis Colaux ... je dois avouer sincèrement que le langage de la poésie n'est pas ce que je préfère lire. Je l'ai feuilleté ... et de page en page ... j'ai savouré cette ode anacréontique dédiée à la femme, Denys-Louis m'a fait partager son univers .. un homme qui aime les femmes et qui par les mots les vêt de sensualité et de beauté. " Pendant que son cœur roule, elle penche sur moi sa gorge de gelée". Cette symphonie est illustrée par les dessins à l'encre de Chine d’Alain Adam et ces femmes très sensuelles, dénudées s'acclimatent... très bien avec notre belle Esquimaude … sincèrement, j'ai adoré ce livre.  Wendy Thibeaudeau, plasticienne, photographe, pop art icône parisienne.

 https://www.facebook.com/wendy.thibaudeau
 

Un article de Vincent Tholomé

Références : http://lacompagniedugrandnord.wordpress.com/author/vincen...

DES CORPS NUS, SACRÉS ET MUSICAUX (à paraître dans "Le Carnet et les Instants" n° 180)

a tholomé.jpgLes Désirs de l’Esquimaude ? Douze suites de poèmes, non pas « érotiques » mais d’amour. De volupté, même. Car, ici, les corps dénudés, le balancement des hanches, la chaleur des cuisses, « le plus beau cul que la terre eût conçu », ne sont que des prétextes. Des « véhicules » transportant le poète-narrateur ailleurs. Lui permettant de jeter « la vie / un instant / au-dessus de la canopée ». Lui permettant de se consoler « de la laideur / de l’univers / de (lui)-même / des hommes ». Se déroule alors devant nous un tapis sans fin de vers baroques, de métaphores improbables où tout se mêle et s’échange : l’animal et le végétal, le trivial le plus trivial et le précieux le plus précieux. C’est que la langue de Colaux est généreuse. Convie à la fête des corps la création toute entière, dirait-on. Qu’elle soit naturelle, picturale, musicale ou littéraire. Les Désirs de l’Esquimaude grouille de références. De mots rares. D’images poétiques fortes. Le but de tout cela ? Réenchanter. C’est que, malgré ses références indubitablement contemporaines ou modernes – on croise ainsi, au détour d’un vers, Jimi Hendrix, Raoul Duffy, Joyce Mansour et autres réenchanteurs –, il y a du poète ancien, très ancien, chez Colaux. Impossible, pour ma part, de lire ces Désirs sans penser aux textes sacrés. Cantique des cantiques en tête. Même envie, alors que l’amoureuse au fond « n’est rien / qu’un vague morceau d’être / errant devant le vide // qu’un ustensile humain », d’insuffler aux corps aimés « tout le soûl / de (son) harmonium affolé ». Même envie de joindre les expériences – réelles, vécues ou fantasmées – de l’extase et de la volupté à la poésie. Même envie de transporter. Par le plaisir des sens à mettre en bouche, à dire comme un chant. Pour faire entendre encore, à nos oreilles de chair et à nos corps tout en os, la douce musique des sphères.

 Anne-Marie Beeckman

(poétesse, éditrice, revuiste, elle fut la compagne du poète Pierre Peuchmaurd, l'un de mes poètes favoris, plusieurs fois cité dans mon ouvrage)

Quel joli livre et comme il donne du bonheur ! Des femmes inventées, cette Esquimaude ? On y croit bien souvent. Je veux croire à l'Esquimaude. J'aime superlativement les Accessoires métaphysiques. Seul petit bémol de tout l'ensemble : Orchestre de son corps que je trouve trop "voulu". Mais peut-être la clef de votre poésie est-elle dans les deux derniers vers de votre Dernier poème d'amour. Auquel cas il y a bien lieu de vouloir. Je vous remercie de croiser à plusieurs reprises la poésie de Pierre avec la vôtre. "Croiser" comme des chevaliers qui partent en croisade. Croisade d'amour, il va sans dire.

Mon vieil ami, le voyageur et musicien Marc Nacthergaele m'adresse cet aimable message : 

Cher Denys, avant de partir en Inde, je t'envoie un lien avec le morceau de musique que j'ai composé pour "Accessoires Métaphysiques " de ton très bon livre" Les Désirs de l'Esquimaude". J'espère qu'il va fonctionner. La musique n'est pas très longue mais c'est ce que j'ai ressenti en lisant ce passage du livre.

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J'aime énormément "les Désirs de l'Esquimaude", un vrai bonheur ! Toutes les femmes adoreraientqu'on leur parle comme cela ! Je voulais vous faire ici de "belles remarques" mais les mots memanquent !!!...je ne sais pas dire....... pardon ! Merci encore mille fois. Je me permets de vousembrasser amicalement .  Virginie Broquet (Voilà un avis qui me tient très à cœur, un avis, à mes yeux, très important, j'éprouve un grand bonheur à le faire figurer ici, comme une fragile apostrophe de grâce) -https://www.facebook.com/virginie.broquet.3?fref=ts

05/10/2014

Francis Denis

F r a n c i s    D e n i s

a fran a.jpgCe que son site nous dit à propos de l’artiste : 

Né le 30 janvier 1954 à SAINT-OMER, dans le Pas-de-Calais, Francis Denis est auteur et artiste peintre. Ses œuvres sont présentées régulièrement en France (Paris et province) et il a pu exposer à l’étranger à diverses reprises. Il est le co-fondateur avec le poète Régis Louchaert de la revue Lieux D'ëtres. Francis Denis participe également à la vie artistique de la région audomaroise puisqu’il a co-organisé, avec les Amis de la Cathédrale, le festival annuel d’Art Sacré Contemporain « Les Regardeurs de Lumière » en la cathédrale de Saint-Omer ( Pas-de-Calais ) de 2008 à 2013.Il a renoué depuis peuavec ses premières amours et n’a pas su résister davantage au plaisir de l’écriture. Ses deux premiers recueils de nouvelles: " Les Saisons de Mauve ou le Chant des Cactus " et " Le château des dieux " doivent être édités prochainement...Ses textes et illustrations paraissent régulièrement dans diverses revues papier et sur le net.( Le Chasseur Abstrait, Népenthès, Aéra zinc,BlueFifth Review, Ellipsis ( n°47, 2011/ USA ), Les Trompettes Marines, Le Capital des Mots, Squeeze, Voxpoesi, The Ilanot Review , Taj Mahal Review, Monolito, La Ira de Morféo, etc... ) .

a fran 33.jpgJe ne peins pas pour faire beau mais pour faire vrai. Francis DENIS, Octobre 2009

Voilà résumée en une seule phrase toute la sincérité artistique de cet artiste. Peintre de méditation, artiste ayant foi dans sa puissance expressive, Francis DENIS fait vivre la couleur dans ses compositions qui résument le motif à l’essentiel. La ligne, mise en forme avec simplicité, sublime le sujet dans une mise en scène axée sur l’harmonie des formes. Empreinte d’une certaine naïveté, cette peinture dégage à la fois puissance, sensibilité et sensualité, parfois imprégnées d’un certain mysticisme. Et puis, il y a le plaisir. Le mien, le vôtre, j’espère. Plaisir de voir, et bien sûr de rêver. Francis DENIS nous rappelle que l’art est en nous. Dans la vision que l’on a de ce qui nous entoure. Dans notre capacité à percevoir ce qui est original, éphémère et parfois éternel. L’émotion. Alain DURAND, 18 décembre 2009.

Quelques liens pour approcher l'oeuvre :

https://www.facebook.com/francis.denis.90
http://fr.upside-art.com/artists/008462-francis-denis
http://wizzz.telerama.fr/regardeurs 

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Ce que nous pensons de l’artiste :

a fran 36.jpgJ’évite, moi, de mettre en rapport l’art et la vérité. Avec ceci que la formulation « faire vrai » me laisse sur une petite odeur d’artifice. L’artifice, siège de l’art.  Passons. Francis Denis est un des peintres les plus bouleversants qu’il m’ait été donné de découvrir ces dernières années.  Je veux, pour rendre justice au talent que j’évoque, expliquer ce que j’entends par bouleversant. Car ici, tous les états du mot, toutes ses acceptions sont dynamiques : la peintre de Denis me trouble violemment, elle me met sens dessus dessous, elle me jette dans un grand désordre,  elle me déséquilibre et me fait tout entier verser dans des émotions extraordinaires. C’est à cette hauteur, à ce degré d’agitation, de fascination, d’inconfort et de magnétisme qu’on identifie les œuvres.

Je tenterai ici de dire pourquoi l’œuvre m’exalte à ce point. D’abord, par ce pont jeté et inventé entre Matisse et Rouault, entre la ligne et le magma, la découpe et l’agglomérat, l’unité et la masse, par ce passage entre des fenêtres sur le monde et des irruptions violentes dans les viscères du monde et des êtres.  L’œuvre va de l’espace architecturé à une sorte de difformité, de la paix à la convulsion, de la considération lointaine et distante des choses à une sorte d’atterrissage et de circulation sur leurs formes. Comme si les degrés de la passion se trouvaient représentés entre le regard énamouré et le désir de saisir, de pétrir et de dévorer. Une insatiable curiosité de tout, premier signe de l’intelligence, conduit l’œuvre. Son oeuvre, par ailleurs, ne néglige pas la citation, avec une originalité remarquable. L'art s'établit dans l'art.

Pourtant, après les électrochocs, l’idée qui, dans mon esprit en admirant l’œuvre, assoit une certaine prédominance, c’est, avec une sorte de géométrie poétique, une qualité d’air et de respiration, une présence bleue, une sérénité étrange. La géométrie poétique, ce serait une perception du monde découpée en strophes picturales, avec une vision du monde presque arrondie par la féconde hantise de la femme et du désir qu’elle fait naître et qu’elle connaît. Là-dessus, passe et glisse, - comme un habit, une chasuble, un chrême sacré et sensuel, une main amoureuse - ce bleu inédit, marin, respiratoire, céleste, bienfaisant et chaud. Chez Denis, on dirait que toutes les couleurs ont un accès à la chaleur. Qu’un équilibre permet la coexistence de ce qui est profondément charnel et de ce qui approche le mystique.

a fran 31.jpgPeut-être dois-je  comprendre l’idée de vérité dont parle Denis à travers, par exemple,  son visage de Christ en souffrance. Rien à voir avec ces visages diaphanes, extatiques, ni avec l’imagerie sulpicienne, le kitsch des Jésus en rayonnante et supranaturelle douleur, ici, le visage est tordu, enlaidi, buriné, défiguré par la douleur. C’est un Christ humain, réellement fait homme, descendu dans la chair souffrante de l’homme torturé par ses bourreaux.

A côté de cette face ensanglantée et terrible, ces bleus altiers et iodés des maternités, ces femmes célébrées dans leur maternité. Et ces autres, tenaillées la nuit par un désir impérieux. Voilà peut-être encore un des éléments de cette quête de vérité. Tous les états de l’être sont là, dans leur disparité, leurs apparentes contradictions, dans leur complexité. Sous ces bleus, cet ange-oiseau tombé, comme empalé sur un écueil amoureux et qui s’épuise à battre des ailes et qui agonise. Et tout ceci advient dans les couleurs. L’art, par cette foison de couleurs, entre dans le vrai, lui donne sa singularité, sa parure, ses éclats, ses fêtes, ses plaies.   

Oui, dans une étreinte exaltée, exaltante, le sacré et le profane se touchent, la passion se joue dans ses multiples accessions. Il y a un rendez-vous de tous les troubles, de toutes les convocations de l’être, une foi et un amour, une humanité hélée par le haut et par elle-même. Il y a un état de consomption amoureuse. L’œuvre est ardente. Sereine, étrange, ardente. Art épatant des conciliations.

a fran 34.jpgLe trait ici peut être beau comme une ligne de littérature, comme un élan à la fois clair et lyrique, simple et chorégraphique. Les formes sont à la fois ce qu’elles sont et des métonymies, des symboles, des histoires. Il y a toute une symbolique de laquelle il faut s’approcher lentement, chercher à s’entendre avec elle, à nager avec elle dans l’huile de l’œuvre. L’imaginaire est convoqué en ces eaux étranges, odorantes, belles et sauvages parfois, il y a invitation au voyage, au dépaysement, à la désorientation. A l’introspection. Le tableau fait irruption dans le spectateur. Il l’invite à voir comment s’organise son salon intérieur, sa chambre secrète, son grenier caché. Le tableau, avec ses énigmes, regarde à l’intérieur de celui qui regarde le tableau. Vases communicants de l’art. Une dynamique est en marche. Cela opère. Magie. 

Denis me semble inventer un ordre, une organisation de l’espace,  un état de la création où la convulsion, la paix, l’humanité, la transcendance, la pesanteur et la chute, le secret et le limpide, le trait et le trémulation, la couleur et la nuit, la sérénité et la tenaille du désir rompent les antagonismes et entrent dans la représentation cohérente, dynamique, artistique et originale d’un destin humain.

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20:20 Publié dans Francis Denis | Lien permanent |  Facebook |

02/10/2014

Joseph Reuben

a reu 1.jpgJ O S E P H    R E U B E N

My  Very Dear  Friends  
I  Order  You  To  Listen  To  This

http://josephreuben.com/

Voici un jeune compositeur, musicien et chanteur et producteur anglais établi entre Londres et New York (attention, ce pourrait être l'océan). Je le découvre actuellement au travers de quelques titres. Il a composé des bandes originales pour le cinéma, le ballet et le théâtre. C'est ce que m'apprend sobrement sa courte biographie. Ce que j'entends me plaît beaucoup, je parle plus précisément de cette quête aboutie de la rencontre d'éléments de musique électronique et de greffons sonores avec les cordes ou les cuivres ordinaires à la musique classique. Il y a une signature singulière et exaltante, une atmosphère prenante. Mais Reuben est un artiste complexe, multiple. Les prestations publiques à la Petersham House (voir plus loin) font découvrir une dimension acoustique passionnante, bien équilibrée, des orchestrations délicates et sensibles, raffinées et un poignant sens de l'interprétation. Cette musique est matièrée, nerveuse, elle possède une force, une vitalité, une élévation, une énergie, une noblesse et fond ses multiples ingrédients en une coulée cohérente à laquelle je ne résiste pas. Je vous présente Joseph Reuben : un musicien raffiné, élégant, un compositeur doué, un arrangeur intelligent, un interprète original. Dans sa musique exigeante et accessible, les velours des salles de concert rencontrent les arbres et les gens des rues, les plafonds à moulure naviguent dans le ciel, des tutus dansent devant des murs tagués, les partitions distinguées volettent avec les mésanges. Quelque chose de masculin et d'allègre, de grave et de profond,  de cultivé et de savant, quelque chose de dansant et de léger fait tourner le majestueux moulin de cette musique insouciante des classifications et vouée à un vrai destin. 

D'abord, avant toute chose, voici les liens qui vous permettront d'approfondir votre connaissance de l'artiste anglais. Une première vidéo (enregistrement en live) sur youtube :

http://www.youtube.com/watch?v=VRfOLlDqxpc

Voici à présent l'espace facebook de Reuben:

https://www.facebook.com/pages/Joseph-Reuben/153231261370...

Avançons nous à présent dans les espaces musicaux du site de l'artiste pour en découvrir les richesses et les formidables atouts :

L A   M U S I Q U E   D E   R E U B E N

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http://josephreuben.com/music

Quatre excellents titres en studio sont suivis d'une remarquable prestation publique de Joseph Reuben (voix et piano) et son quartet de cordes au Petersham House le 4 mai 2013. On sent là un artiste doué, talentueux, inspiré et irrévocablement voué à la reconnaissance. Une voix très expressive au timbre original, très juste et alerte, sensible, des mélodies convaincantes, limpides, singulières, ouvragées, lyriques, des orchestrations soignées et raffinées.

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L'espace est également enrichi de quelques vidéos et notamment des enregistrements du concert au Petersham House.

http://josephreuben.com/video/

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16:06 Publié dans Joseph Reuben | Lien permanent |  Facebook |

Resa Rot

R E S A    R O T

l'art de toucher à l'essentiel ou de l'inventer

Avant de découvrir le travail de l'artiste Resa Rot, découvrons-là d'abord représentée par quelques collègues talentueux.

Quatre portraits de Resa Rot

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Anja Zenker - Michel Picard - Victoria Knobloch - Victoria Knobloch

Où donc ai-je eu vent de Resa Rot ? Là-bas, dans les eaux de Nicole Fily et François Rommens, orpailleurs en pépites de lumière.

Chez Resa Rot, j'aime l'esprit d'aventure, l'originalité, cette présence de la fenêtre et de l'obscurité. La présence et l'isolement, ensemble, presque, comme deux oiseaux sur la même branche. L'appel du large et le recroquevillement. La tension comme signe d'urgence et de vie. J'aime ces femmes au miroir, fenêtre ouverte sur soi.

L'univers de Rot, très centré sur l'individu seul, essentiellement la femme (mais pas seulement) est extrêmement habité. Il s'y joue, - sans démonstration, avec un art élaboré et très discret de la mise en scène -, toutes les scènes des grands drames existentiels. Et la vie dans ses terribles variations : son âpreté, ses dangers, ses tourments, ses émissions de lumière, sa grâce, son perpétuel sablier rotatif, l'enfer derrière la porte, un rendez-vous au paradis. Je vois cela dans les galeries de Rot. Nous ne sommes pas dans le lieu de l'anecdote ou du joli, nous entrons dans un univers intense, ardent, total. 

J'aime aussi, chez Rot, ces femmes qui fument avec majesté et désinvolture. Peu d’œuvres, pas dirai-je, ont la beauté physique et métaphysique d'une femme qui fume. Et là-dessus, la désinvolture est la forme suprême de l'élégance, son taffetas. 

Moi, j'ai cessé de fumer, presque. Le geste me tente encore, la prière, l'émission d'encens. Ces icônes de fumeuses en grâce me ravissent. Foutez, pour le spectacle d'une beauté qui fume, tous les couchers de soleil par-dessus bord. Clichés sordides devant l' ampleur de l'oeuvre d'art. 

Il y a cette rotation de l'être dans l'image, ce cercle qu'il opère dans l'espace comme la métaphore de son errance et/ou de sa quête, la métonymie de sa marche. Et dans ce mouvement, comme les lumières sont essentielles. Il y a ici, - dans la capture de la lumière et dans son rendu, dans son cisèlement -, des merveilles qui me tirent des sourires de ravissement et de contentement. Je regarde, ému, enchanté, j'opine, je dis : "oui, vraiment, une sorcellerie sublime ! ". 

Le genre de nostalgie capturée par Rot, - une nostalgie pleine, tendre, qui frémit dans le silence, dans l'absence peut-être - me plaît. Je reste longtemps dans la contemplation de ces femmes pensives et mélancoliques et puis soudain, un sourire splendide apparaît. Il y a ici un tour des sentiments, un tour des éclairages intérieurs, un tour du visage promu phare, un tour du monde de l'être. 

Certaines photographies de Rot affirment. Elles sont catégoriques, concises, presque frontales : "Je suis là, je veux être là !". Et plus encore : "Je suis un sujet présent, singulier, unique !". Il me semble même qu'elles déclarent : "Je te vois !". Oui, il y a souvent une densité formidable de la présence. C'est troublant, c'est beau, délectable et précieux. Il y a une once de magie qui opère. 

Il y a de l'expressionnisme ici, et puis, dès que j'ai écrit cela, je renonce à identifier des sources tant tout me paraît singulier et original. C'est l'être dans tous ses états, de l'abandon au tressaillement de joie que je reconnais et que j'adopte dans l'oeuvre. De la présence affirmée, rayonnante ou tragique à la presque disparition. De l'évidence à la presque évaporation.

Je me sens ici parfaitement à l'aise, dans un espace subtil, intelligent et exigeant. Parfois secoué par des images sismiques, brutales. L'univers de Rot me laisse sur une impression de poésie et de force, une sensation d'humanité frémissante, un zeste de désespoir, une étincelle de fête, il me laisse aussi sur une rassérénante impression de culture.

J'ai vu ici des visages qui sont comme des présences au hublot de ma vie, de petits astres humains descendus à ma fenêtre pour favoriser mon questionnement sur l'autre et sur moi. Pour me rappeler aussi que l'image de l'autre, c'est une présence précieuse, fragile, pour me remettre en mémoire que l'image de l'autre, lorsqu'elle est ainsi conçue, c'est aussi le témoignage de quelque chose de sacré. 

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Vous pouvez approfondir votre connaissance de l'oeuvre en découvrant le passionnant espace facebook de la photographe : https://www.facebook.com/ResaRotFotografie 

Je suis, en fin septembre 2014, de retour dans les albums de Resa Rot (ce nom si sonore est conçu pour être mémorisé). J'y reviens avec bonheur et je fais des découvertes superbes. Les jeux spéculaires sont ravissants et profonds, ils embaument la sonate et le poème, ils donnent l'impression une lenteur ample qui est celle de l'art. J'insisite pour qu'on aille voir toutes les photographies que Resa Rot dépose dans l'espace Sensual Photography :

http://www.sensual-photography.eu/portfolio-uk-resa-rot-1...

En revoyant mon papier au moment de rédiger une extension, je m'aperçois que je n'ai pas pris en compte les couleurs de Resa Rot. C'est un oubli regrettable car on va voir qu'il y a des pastels et des couleurs superbes, languides, mélodieuses. Oui, à nouveau, la parenté entre la photographie et la musique m'apparaît. Et les parfums sont là, tout prêts à s'offrir subtils et vaporeux. Conçus avec le sens de la composition d'un peintre, certaines œuvres semblent nager dans le temps. Les ambiances feutrées, traversées de voiles (la femme au loup, par exemple, deuxième de notre nouvelle sélection) semblent former les jeux de dimensions d'une émotion qui apparaît et s'ajuste lentement. Dans les couleurs, j'aime cette invention d'un presque mimétisme entre la femme et le lieu, tout le génie tenant dans ce presque, petite merveille pleine de nuances, de premiers plans délayés laissant une empreinte feutrée de couleur. J'ai été ravi, séduit par un magnifique visage de femme aux yeux clos (cinquième photographie) et constellé de grains de lumière. Etat supérieur de la photographie. Je prends le temps d'évoquer l'une ou l'autre photographie mais, en les sélectionnant, en les recueillant, je me perdais, pour chacune d'entre ces images, en longues et agréables rêveries. Avec cette certitude qu'un être doué, comme l'est Resa Rot, ne cesse de vous surprendre, de vous conquérir par de nouvelles trouvailles, de nouvelles approches, mais surtout, par la formidable richesse, les ressources infinies et subtiles de son nuancier. Ici, le gros plan ou le plan large opèrent avec magie : le gros plan est épanoui, traversé par des ponctuations originales et heureuses, des combinaisons de haute couture, les plans larges aux décors soignés sont des merveilles écloses avec le secours de l'art autour d'une fleur centrale idéalement disposée. Ici, dans ce lieu de création fécond et raffiné, un peu de divinité reste prise après les femmes. 

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01/10/2014

Anna-Maria Cutolo

A N N A - M A R I A    C U T O L O

l e   m a c a b r e   p i c t u r a l

Quelques papiers encore - Décrépitude, misère et agonie

Il ne faut pas, dans mon esprit, faire abstraction de ce qui en soi joue et hèle la mort, de ce qui en soi calmement ou terriblement établit son règne. Moins encore de ce qui, autour de soi, dans l'autre, pose les fers de la mort. Là, j'ai un coup de coeur pour une suite d'Anna-Maria Cutolo, une suite qu'elle a négligemment appelée "Quelques papiers encore". Depuis longtemps déjà, je suis sensible à l'art sombre et terrible de la peintre française. Ici, j'ai cédé devant ces douloureux visages de la décrépitude et de l'agonie, ces faces éplorées et terribles de la misère. Il faut qu'elles soient avec nous, qu'elles nous hantent. Il faut à la lune qui nous éclaire ces cratères noirs. Ces têtes de mort et de mourants. Il faut que cela soit parmi nous, avec les autres évidences. Et moi, je crois à la nécessité des prophètes de malheur, des semeurs d'ombres, des empêcheuses de valser en rond. Au moins des sourdines à l'assourdissant bonheur du monde, ses déflagrations, ses victimes mutilées. Il me faut, pour atteindre au déséquilibre qui fonde en l'être l'humanité, le beau, l'abîme, tout. Les pestiférés de Cutolo sont là pour, avant sa vraisemblable extinction, obscurcir le soleil. Ils sont là, les laissés pour compte, les miroirs désobligeants, les gueules noires de la mine de vivre, ils viennent faire voir leur effondrement, leur décomposition. Ils font entendre, du fond du monde, leur mugissement de détresse, comme à notre oreille balnéaire la mer, dans une conque, se donne à entendre. Ils crissent comme des ongles sur le tableau noir du monde. J'aime leur discourtoisie. La noire impolitesse de leur désespoir, quand rire n'a plus de raison d'être, quand toute la mer tient dans l'aiguille d'une arête. Le vaste océan, un évier parfois. Il y a des peuples entiers pour qui l'Oceano Nox de Victor Hugo ne vaut pas même une flaque de pisse. L'homme qui vient a parfois tellement été embouti par le destin qu'il n'est plus qu'une fracture qui saigne, une gueule dont les yeux ne cessent de se défenestrer. Dirait-on pas que nous avons du mal à éprouver quelque chose qui ne transite pas par nos entrailles. Patience dans l'azur et dans l'azote, un jour, nos boyaux seront de la partie, mis à sévère contribution, ils se feront une place dans les tableaux opaques. Hommage à Anna-Maria Cutolo qui échafaude une grande et sombre, une insoutenable et indispensable, une virulente et saine oeuvre qui nous assène le boucan abominable et les images sordides de l'apocalypse : celle des autres, celle qui nous pend au nez comme une morve. Ecce homo. 

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Mais étourdi par les nouvelles créations d'Anna-Maria Cuotolo, par cette geste terrible, fascinante et magistrale, je juge indispensable d'inaugurer une extension à la galerie que je lui consacre. Avec des œuvres qui ont un souffle baudelairien et la virulence d'une diatribe de Léon Bloy. C'est enlevé, terrible, noir, profond, apocalyptique. L'artiste jette son oeuvre féroce en écho des monstruosités qui ont jalonné l'histoire de l'humanité. Je suis époustouflé par ces fleurs terribles, sépulcrales, ces œuvres serties dans les ténèbres tout autant, dirait-on, que dans la tragédie intime ou dans l'imagier fantastique. Je suis impressionné par la terrible puissance du cri qui traverse l'oeuvre et celui qui la regarde. Ici, ce sont les fosses et les fossés du destin, ses sordides envers que l'artiste exhibe dans des chorégraphies picturales macabres et inoubliables. Anna-Maria Cutolo atteint à une rare et vertigineuse intensité noire. 

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