06/12/2014

LCPP n°2 - décembre 14 - Sounya Planes, Mélanie Duchaussoy

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N  u  m  é  r  o     2

S O U N Y A    P L A N E S

a sou 11.jpgJe viens de découvrir une artiste éminemment intéressante. Elle s'appelle Sounya Planes, elle est née en Corée du sud et vit en France depuis 1994, artiste peintre, galeriste, poétesse, elle est la fille du peintre coréen Wondang. Elle peint depuis l'enfance. Voici d'emblée quelques références pour permettre au visiteur de progresser dans la découverte de l'oeuvre et de l'artiste:

http://www.sounya.com/
https://www.facebook.com/sounya.planes

Le très beau portrait de Sounya Planes, ci-contre, est l'oeuvre du pastelliste Jacques Perrodin. Pour le reste, tous les textes et oeuvres reproduits ici sont la propriété de Sounya Planes.

J'ai de suite été sensible à cette étonnante occupation spatiale, à cette manière singulière, convaincante de disperser la couleur, de la faire onduler, entrer dans une sorte de houle. J'y aime le signe, sa disposition mystérieuse, sa vitalité. J'aime la surprise que provoque en moi cet art. L'oeuvre est accompagnée d'un court poème. Tout opère dans un dépouillement étrange, mots et traits, mais tout semble augmenté, porté par un écho, une résonance, une profondeur. Des petites taches ou projections témoignent peut-être d'un geste chorégraphique et habitent l'espace comme des grains de beauté sur une peau, des trémas sur un mot. Ils ont une place, ils ont éclos là et l'oeuvre compose et respire avec eux. Tout ici est très délicat, subtil, tout marche et parle avec une légèreté d'oiseau, la volatilité d'une aune de soie. Lisez, regardez Pio, pio... ! Alors que je crois, très candidement, m'accoutumer à cet art, surpris, je découvre, oeuvre et mots, le superbe Orange. Ici se combinent la force et la danse, la puissance et la rotation, le formidable élan des traits et le semis de taches. Et la beauté feutrée des caractères. Je n'évoque pas, - avec la trivialité satisfaite que cela induit généralement -, un exotisme charmant. Non, pas du tout. Je parle d'une perception fine, étrange, fascinante, je parle de la découverte exaltante d'une conception graphique et poétique inconnue pour moi. Et grisante. C'est une très belle découverte pour le vieux chercheur de vapeurs d'or, c'est l'approche inattendue d'un grain de lumière liquide inconnu. Il contribue à mon plaisir d'apprendre, de humer des parfums inédits, des résines neuves, d'approcher de nouvelles sensibilités, une autre lecture du monde, une autre écriture du monde, une autre façon d'y résider. J'ai plaisir à partager cette merveille avec mes visiteurs, cette passionnante ouverture sur le vaste. Je les incite à approfondir la découverte de l'oeuvre. Quand ceci se trouve sur le chemin de votre journée, vous éprouvez une sensation de gratitude. 

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LE RÊVE SUCRE ...
 
Je voulais peindre la forêt. La mer jalouse a fait irruption en moi.
Je ne pouvais pas résister. Elle me sucrait plein de rêves.

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LA NUIT ...
 
La nuit d'insomnie
ravies de me retrouver
les étoiles s'illuminent

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CONSOLER LA LUNE
 
Toute la nuit
dans l'obscurité
j'ai consolé la lune
pâle
et
blanche

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PIO PIO... !
 
Les bourgeons de forsythia s'ouvrent
 
Sous la haie, un poussin
écarquille les yeux
 
Curieux,
"Maman, qu'est-ce que c'est ?"
Pio pio pio... !

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 ORANGE...
 
Au levé, les rayons orangés ont fait éclater mes yeux. Je ne savais comment apaiser la brutalité, la douleur de cette beauté. Aveuglée, trempée par le jus de soleil, je trébuchais je ne savais où.

Et je veux terminer (en vérité, j'aimerais reproduire des oeuvres encore de Sounya Planes, mais je juge plus utile de donner le goût de son oeuvre aux passants) par deux œuvres : d'abord, ce joyau de quelques traits, quelques coups de pinceaux et ainsi (merveilleusement) légendé :

Il va pleuvoir, Chéri ?

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Et enfin, ce très beau portrait de Hee Soune, une fille de dix ans, par Sounya Planes, accompagné de cette légende :

As-tu croqué une cerise ?
Tes lèvres sont rougies !

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Patricia Eloy-Veltin, poème visuel

M É L A N I E   D U C H A U S S O Y

http://www.k1leditions.com/meacutelanie-duchaussoy.html
http://www.portfolio2.com/melanieduchaussoy/
https://www.facebook.com/melanie.duchaussoy.1

a duc a.jpgJe découvre cette artiste dans les dispositions d'une stupéfaction admirative. Je me sens heureusement déconcerté. Chaque composition m'enthousiasme, me surprend, m'invite à m'aventurer dans un espace insolite, bizarre, un peu fantastique, dans une dimension où mon imaginaire prend un furieux galop. Je ne sais comment je pense à Michaux, à Ghelderode, à Jarry aussi, à Kafka, au pays des merveilles autant qu'à la cour des miracles, je pense, en peinture, à Yeronimus Bosch, à Redon et au surréalisme ... ce ne sont pas des parentés réelles, c'est le formidable pouvoir de suggestion de ces monotypes qui secoue ma mémoire, dilate le moindre indice de ressemblance qui traîne dans ses tiroirs, c'est le magnétisme puissant de ces portraits qui sollicite ma mémoire, l'alerte, lance entre ses îles des ponts de corde et jette dans sa cour un vrai vent de folie, de désordre. C'est la force évocatoire de ces œuvres qui me met en marche et en fièvre. Quelle galerie étourdissante, je suis gagné par le tournis, embarqué, tourneboulé. Je nage soudain entre le Moyen Âge, le roman d'anticipation, l'art, le rêve et le cauchemar. Ces personnages me semblent des livres, des êtres mélangés, indécis. Ils sont une histoire davantage que l'instant arrêté d'un être. Ils sont pratiquement la rencontre visible du sens propre et du sens figuré.

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Voyons, à partir de l'espace des éditions K1L, ce que nous pouvons apprendre sur l'artiste et sur son travail. Le monotype, nous dit-elle, est une technique d'impression située à mi-chemin entre la peinture et l'estampe.Il s'agit d'un dessin non gravé, exécuté dans l'encre, "a fresco"* puis passé sous presse. L'apparition façonnée dans l'effacement, c'est le principe contradictoire du monotype. Il sert mon propos. Par ce biais, j'écris un visage et j'écris son histoire. Mon parti pris est d'évoquer une présence, un être. Dans l'encre, une personnalité émerge, son regard nous touche, on se voit. Détournant certains codes plastiques du portrait, je trouve le point de bascule entre l'humain et l'hybride.

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Il me semble que le processus de leur conception, la façon dont ils viennent au monde, la façon dont ils apparaissent à leur créatrice, la façon même dont la rencontre entre l'artiste et son sujet a lieu ("son regard nous touche, on se voit"), le rapport affectif, maternel qui s'établit s'inscrivent profondément dans l'oeuvre et génèrent cette sympathie immédiate du regardeur, cette sensation de présence intense, cette perception que la difformité ne dévie ni n'altère. Ces êtres ne nous révèlent pas une physionomie mais une intimité. Ce n'est pas leur forme que nous distinguons, mais leur fond, pas leur substance mais leur essence. Notre secret intime, à tous, c'est l'hybridité, notre vérité (une part d'elle) relève de l'hybridité. Oui, c'est pour cela sans doute que ses portraits nous sont si proches, si intimement ressemblants, qu'ils nous alertent et s'aventurent aussi aisément dans nos cryptes.

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D'un point de vue formel,poursuit Duchaussoy, ces portraits traversent l'histoire par emprunts stylistiques.Libérés des conventions, ils se croisent à l'infini.

Oui, ils sont issus de toutes les époques, ils portent témoignage de l'art à travers le temps. Ils sont nous, ces monstres, c'est-à-dire étymologiquement, ceux qui valent d'être montrés. Née en 1970, Mélanie Duchaussoy vit et travaille dans les Ales de Haute-Provence.

* dans le frais

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Patricia Eloy-Veltin

S O P H I E    D E    B R A E K E L E E R

http://www.sophiedebraekeleer.com/

Je découvre cette photographe belge assez étonnante. J'aime ses niveaux de lumière, ses atmosphères singulières. Elle a un genre un peu pastel, légèrement feutré, un sens étrange de la présence dans ses paysages. Un goût pour l'insolite. Pour les sites en perdition. Où elle sait recueillir une ambiance, des spectres, une âme, un désarroi dans l'air. Elle ne cherche pas ce qui éblouit, ce qui aveugle, il y a une sourdine de sagesse qui tempère chacune de ses images, les équilibre. Il y a chez elle quelque chose d'une curieuse contemplative un peu intriguée par l'inaccoutumé, le buissonnier. J'aime encore sa façon de regarder les arbres et de les recueillir.

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