31/01/2015

LCPP n°11 Mimia Lichani - Lika Rusadze

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M I M I A     L I C H A N I 

Un souffle d'enthousiasme me ramène à Constantine dans le bel atelier où l'artiste peintre algérienne Mimia Lichani met sa prolifique aventure picturale en scène. Me ramène, oui, car j'ai déjà consacré un premier article à mon amie algérienne :

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/mimia-lichani/

On se rend ici compte de la quête sans fin, technique et esthétique, qu'est l'oeuvre picturale de l'artiste, on prend conscience de la foisonnante diversité de ses recherches. J'aime cette univers de patience et d’insatiabilité, de paix et de fièvre, cette édification d'un temple pictural, d'un sanctuaire. On s'en convaincra en visitant, sur la page fb de l'artiste, cet espace dévolu à son atelier :

https://www.facebook.com/mimia.lichani/media_set?set=a.59...

J'ai le goût de l'oeuvre vaste et complexe de Mimia Lichani parce qu'elle manifeste la présence d'un univers culturel tout autant que celle d'une liberté essentielle : Mimia Lichani prend pleinement possession de sa singularité dans ce mélange très original et fructueux de ses origines et de ses visions personnelles. L'oeuvre palpite d'une formidable sensibilité, d'une paix chaude et lumineuse, d'une féminité développée en arabesques gracieuses, mais elle témoigne aussi d'un monde tourmenté et contraint où les êtres sont traversés, relégués, déformés, raturés, tatoués d'écritures et de signes secrets. J'aime ces êtres-parchemins, ces mains qui hèlent, appellent, ces pharaonnes magnifiques et hiératiques, ces beautés suaves. J'aime que l'artiste puisse rendre le beau et la hantise, le suave et le terrible avec une conviction unie, une même authenticité. La vie est là, superbe et terrible, ouverte et enfermée, festival de couleurs et tragédie, grand large et asphyxie. Femmes accomplies et fantômes comme en douloureuse attente d'une vraie vie, d'un mouvement, d'un élan. Dans une manière très original, il me semble que Mimia Lichani atteint à l'universel, à ce fil fragile de la condition humaine. Quand bien sûr, une condition est possible.

La sinistre réalité est que, en dehors de la formulation littéraire des choses, une grande partie de l'humanité vit sous le seuil de toute condition, dans le chaos. Et j'essaie parfois, en prenant du recul vis-à-vis d'une perception européenne terriblement tronquée, de m'imprégner de cette monstrueuse évidence. Petite digression.

Ceci, tout de même, me porte à considérer que selon le lieu géographique où il est porté, l'art trouve des accueils fort différents, plus encore quand il est le fruit d'une femme. Les chapes religieuses et morales achèvent souvent d'asphyxier la liberté créatrice ou empêchent son essor, disqualifiant la quête artistique, l'aventure profane et excluant la femme du monde de l'art.

Rien ici toutefois pour m'empêcher de voir l'oeuvre de Mimia Lichani de Constantine, rien pour m'empêcher de le célébrer et de le juger profitable à ma traversée de l'existence. Salut fraternel, Mimia Lichani, d'un auteur belge qui a le goût de votre travail.   

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L I K A    R U S A D Z E

un véritable événement pictural

Lika Rusadze est une jeune artiste peintre de Tbilissi (Géorgie). Je ne dispose pas d'éléments biographiques. Attention, Rusadze, c'est énorme, c'est un choc, c'est une révélation. Voilà une artiste qui a trouvé un chemin ahurissant vers la grâce, un chemin chaotique, secoué, bousculé, mouvant, instable, tendu. Mais au bout du compte, chaque oeuvre est un instant de poésie intense, hypnotique. C'est naïf, brut, rudimentaire, tout ce qu'on voudra, c'est surtout une sorte d'opération alchimique, une transmutation, et d'une façon inédite, c'est à chaque fois touché par la grâce, par le frisson. Voici d'abord des liens pour entrer dans l'oeuvre :

https://www.facebook.com/likarusadzesart 
http://www.saatchiart.com/LikaRusadze

a lika 20.jpgD'abord, une personnalité puissante, tellurique, sauvage et savante règne sur l'oeuvre. Rusadze est une sauvage qui aime la peinture, la culture percole en elle sans altérer son geste, sa vision, son tempérament. Sa manière ? Tout dire, avec force, dans la tension, dans la puissance expressive, dans la grâce, avec un art qui semble rudimentaire. Dans un monde instable, mouvant, insoucieux de la perspective, dans des applications de couleurs chahutées, sur un mode qui évoque la façon de faire des enfants, Rusadze propose ce tableau avec enfants, une maison, une poule. Elle propose surtout une façon de regarder, de sentir, de rendre les choses, d'être au monde. Rarement un tableau ressemble comme celui-ci à une réalité traversée de part en part, de fond en comble par la poésie. Chaque centimètre de l'oeuvre vit intensément, chante, gargouille, hurle. L'enfant dans le monde, à la fois établi en un lieu et perdu dans une petite et fulgurante métaphore de l'immense, c'est cela. Ce petit qui vibre à l'échelle de l'humanité. Et, par miracle, la représentation élémentaire, la boue de couleurs vivent intensément, vibrent au diapason du monde, se subliment pour entrer dans une vision dynamique et contrastée du monde. Ici, le primitif entre en subtilité, l'embryonnaire semble dire la complexité du monde. Rusadze est une poétesse picturale qui a une accès rare au monde, à son épaisseur, à sa terrible et fascinante instabilité. Par des moyens qui lui appartiennent en propre (perspective, couleurs vivantes, salies, ornées par la vie, application violente de la couleur qui rend les spasmes du monde, le vent, la vie des choses, des végétaux, mélanges et rencontres marqués et visibles des couleurs, coups de pinceaux, frottements visibles, surprésence, rayonnement des êtres, manière presque grossière...), l'artiste géorgienne va à l'art qui bouleverse, qui capture et éberlue par des moyens primitifs, presque buissonniers. Tout témoigne de ce qu'elle veut rendre : cette peinture d'un jeune homme sur un banc est à des lieues de la rigueur technique. Mais elle rend à merveille le souvenir de quelqu'un, l'effet qu'il produit, la manière dont il marque sa présence, la façon qu'il a d'habiter un lieu et d'habiter en nous. Au-delà de la précision anecdotique, l'âme du type au pull rouge flotte sur la toile et sur les accidents, les agitations du lieu. Cet art rudimentaire ne dit que l'essentiel. Son regard, sa pose, sa géométrie, ses ectoplasmes sont inoubliables. Tout, là-dedans, est en vie, tout intrigue, hèle. La peinture représentant une jeune fille au chat dans son salon me stupéfie et m'enchante. Tout ce faux de la représentation est plus vrai que le vrai, plus sensible, plus poignant. Ah mais oui ! La dune du salon, inquiétante et paisible, la pose charmante, irrésistible de la femme, sa vitalité chromatique, l'impression de pente, la rupture d'équerre, l'éloquente difformité des choses, le regard du fauve domestique glissant sur le sable mouvementé du tapis, tout agit formidablement sur le regardeur. 

Je ne veux pas ici détailler chaque oeuvre. Celui qui a des yeux et sait s'en servir va sentir, j'ai bien écrit sentir, qu'il se passe quelque chose d'inhabituel, il va se sentir empoigné, désarçonné et charmé par cette volonté de rendre le sujet au-delà des apparences, de le traduire, d'en livrer des formes et aspects injectés d'âme, de trouble, de formidables condensations de vie. Quelques mots encore sur la jeune fille en robe rouge devant les arbres. Ceci n'est pas une photo d'album, ni une photo d'âme. C'est la captivante, la persistante perception de quelqu'un, de sa voix, son odeur, sa gestuelle, sa personnalité, ses craintes, ... Tout ce qui émane d'un être est ici et rencontre ce qui émane de l'artiste qui le peint. 

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20/01/2015

Sylvie CAIRON

SYLVIE CAIRON

A1.jpgCette artiste peintre française possède un site que je vous recommande très très très vivement : www.sylviecairon.com

Pour toutes les œuvres de cet article : © Sylvie Cairon

UNE VEINE NOIRE

Ah oui, voici un violent univers pictural que j’aime profondément, je l’aime pour sa puissance évocatoire, sa frénésie, son inquiétude, sa fureur, son théâtre noir, opaque, ses distorsions et ses convulsions. J’aime cette œuvre pour le cri effroyable, assourdissant et magnifique qu’elle pousse sans réserve, ce grand cri noir et cru, total. J’aime cette façon de tisonner les ténèbres intérieurs de l’être, d’ouvrir l’espace au hurlement. D’entrer dans une sorte de fantastique de la terreur intestine. J’aime cette expulsion du cri, cathartique sans doute pour l’artiste et ses regardeurs. J’aime cette sorte de rébellion noire. J’aime cet état d’affirmation. Toute œuvre entretient un rapport avec le non, ici, il est catégorique, il est décoché pour transpercer. J’aime tout ce noir ardent. Ce désespoir qui monte jusqu’au sommet de soi-même. Cette force. Cette protestation.

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LA VEINE COLORÉE

Dans l’œuvre de Cairon, où même le désespoir est tendu et physique, il y a une place centrale pour la vitalité, le mouvement, l’agitation, le démènement (néologisme utile, sans coquetterie). La couleur, ici, marque ces frénétiques étincelles de vie. Il y a cette puissante déclaration de vie, la violente électricité d’un principe de vie. Si l’œuvre prononce un grand non,  si elle est du côté d’une attitude qui aboie et hurle vigoureusement contre les entraves, les drames, les calvaires existentiels, elle est tout entière favorable à la vie, elle est avec elle, totalement engagée. Je note aussi qu’il y a chez l’artiste une formidable aptitude à la synthèse, aux traits essentiels, aux nervures même du dessin et de la peinture. Une redoutable efficace. L’art de rendre la chose au travers de ses systoles, son pouls, ses frémissements.

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 Mais un sentiment de grande mélancolie se lit dans l’œuvre et la hante. Une impression de solitude, d’isolement. Le poignant et très esthétique face-à-face (ou le dos-à-dos) de ces hautes créatures de couleurs avec leurs ombres sur des fonds ocre et brun en témoigne. Pourtant, ces êtres de couleurs jetés dans le sombre sont aussi une étrange affirmation de la beauté et d’une élégance inhabituelle. Oui, ces compositions plus paisibles mais très singulières ont un réel pouvoir d’envoûtement. Après les formes chahutées, révoltées, les traits en crise et en séisme, Cairon se ménage un espace dans le subtil, dans le nuancé,  dans le délicat. Les choses ici semblent infuser, luire doucement. Le pouls s’est alenti. Le souffle prend son temps. On perçoit un soupir peut-être. Une accalmie. Une grâce grave. Cairon crée un univers où la poésie picturale affirme tous ses états. Nous participons intimement aux flux et aux reflux de l'oeuvre, à ses rythmes.

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Mais nous l’avons dit, ici, dans cet univers, ça gueule, ça hurle, ça se démène, ça combat, ça ferraille sauvagement. L’être est dans ses ébullitions, dans ses fièvres. Déchirements et écartèlements. Quête frénétique. Je place sur ceci, parce que je pressens une parenté, le poème du bien-aimé poète louviérois Achille Chavée.

Je me De De

 

Je me vermine

Je me métaphysique

Je me termite

Je m’albumine

Je me métamorphose

Je me métempsychose

Je me dilapide

Je n’en aurais jamais fini

Je me reprends

Je me dévore

Je me sournoise

Je me cloaque

et m’analyse

Je me de de

Je m’altruise

Je deviens mon alter ego

Je me cache sous les couvertures

Je transpire l’angoisse

Je vais crever madame la marquise

 

Et dans ces violents afflux de couleurs, on est aussi aux quatre horizons des grandes catastrophes humaines, des grandes débâcles qui vont de la rixe préhistorique à Auschwitz en passant par Verdun : tout le fastueux génie inventif en matière de désastre est cité à comparaître. Ces gueules hurlantes et terriblement déformée par l'effroi sont un affolant miroir de notre catastrophique avancée.

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Il n’est pas dit que notre espèce soit conçue pour le triomphe. La façon dont Cairon nous en informe est subjugante. Et on n’a rien dit encore, à propos de son art violent, quand on n’a pas dit à quel point il atteint à la vibrante humanité. Oui, je l'aime aussi pour cette formidable raison, qu'il atteint, dans une puissante démesure, à cette vertu rare et sublime qu’est la compassion.

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RACINE D'UN ART

Je ne puis mettre un terme à ce petit article sans chanter, sans célébrer, sans louer à nouveau, dans un enthousiasme inlassable, les vertus, les agilités et l’éloquence du trait de Sylvie Cairon. Ce trait dynamique, cette façon de happer et de rendre l’essentiel me comble de joie. C’est à la fois rudimentaire et d’une sophistication épatante. Ingénieux comme un éventail replié qui évoquerait la lumière, la palpitation, la chaleur d’une journée d’août. Mettre la forêt dans l’arbre, toute la forêt dans la silhouette d’un arbre. Cette habileté, ce sens poétique m’enchantent. Ces virgules, ces apostrophes, ces jambages humains ont quelque chose à voir avec une calligraphie de la pensée.  Et c’est par la puissance évocatoire de cette formidable ponctuation humaine que Sylvie Cairon peint de grandes pages, de très grandes pages que je feuillette avec les précautions et les égards dus aux œuvres.

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09:36 Publié dans Sylvie Cairon | Lien permanent |  Facebook |

14/01/2015

Elena Bovo

E L E N A    B O V O

Elena Bovo est née en 1983 à Venise, en Italie. Ayant achevé un cycle de formation de cinq ans en Art, elle obtient un graduat en Peinture à l'Académie des Beaux-Arts de Venise. Avec un ensemble d'artistes, elle fonde en 2011 le collectif NOMOI. Elle multiplie les expositions individuelles et collectives. Elena Bovo est aujourd'hui peintre et photographe. C'est une grande portraitiste. En photographie, elle travaille le noir et blanc avec l'inventivité et les nuances d'une coloriste. Elle apporte quelque chose de très personnel et d'admirable à ces deux disciplines, un mélange d'onirisme, de réalisme poétique, de maîtrise technique et de profondeur, une rencontre dynamique et heureuse du classicisme et de l'art contemporain. Oui, il y a des époques qui se télescopent pour générer ici un présent original. Il faut noter encore l'intelligente subtilité de ses mises en scène photographiques. J'ai vu passer, avec respect et distinction, la chère ombre de l'éphémère Francesca Woodman. Ses portraits, en peinture, ont une vitalité exceptionnelle, une qualité de présence presque hypnotique. Ils sont établis dans une dimension accidentée, matiérée nerveuse, captivante, vivante. La couleur chaude les enfièvre et des éléments froids viennent créer des tensions, des contrastes. Il y a dans cet art pictural la conjonction impressionnante d'une énergie presque sauvage et d'une vraie maîtrise. Une puissante impression de vie et de présence jaillit des huiles. Ses portraits nous fixent avec une intensité rare qui démultiplie l'intensité électrique de la rencontre. C'est un réel événement frontal. Elena Bovo vit et travaille à Venise.

http://www.elenabovo.com/

https://www.facebook.com/ElenaBovo4

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22:56 Publié dans Elena Bovo | Lien permanent |  Facebook |

07/01/2015

LCPP n°10 Charlie-Hebdo, Iryna Yermolova, Elena Bovo, Jacky Terrasson, Sarah Jane Morris, ...

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n  u  m  é  r  o     1 0

Si je comprends quelque chose à des matières comme le désarroi, la détresse, l'effroi (etc.), je ne peux résolument pas comprendre les gens rassasiés, blasés, incurieux, je ne peux pas comprendre l'ennui, la dérive inerte, l'insensibilité à l'aimantation dynamique de l'art. L'insensibilité au désarroi des autres, à leur déveine, leur catastrophe, leur naufrage. 

M a n i f e s t o n s   n o t r e   é c o e u r e m e n t 

Le refus d'inhumer un nouveau-né rom victime d'une mort subite décrété par le maire de la commune française de Champlan est une décision qui m'écoeure, qui empeste la salauderie et la crapulerie. Cette décision infâme prise par un magistrat de la République inspire la honte. Nous ne pouvons pas nous habituer à cela. Ni nous voiler la face sur ce que cela induit. Cet événement est une tache indélébile sur notre présent. Ceci est le signe d'une pensée ignoble contre laquelle nous devons nous dresser de toutes nos forces. Nous ne pouvons supporter l'intolérable sans nous disqualifier nous-mêmes. 

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/champlan-le-refu...

Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste.Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique. Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester.  MARTIN NIEMÖLLER

Mais je persiste à cueillir des merveilles dans le jardin du monde. Non par optimisme mais par appétit, par ce que, dans ce foutoir effarant, des fleurs étranges, des oiseaux singuliers, des gens remarquables continuent à croître, à nidifier, à semer des indices d'art. Voici les fruits de ma dernière récolte :

La magnifique voix de Sarah Jane Morris

a sarah.jpghttp://en.wikipedia.org/wiki/Sarah_Jane_Morris_%28singer%29

Quinze minutes en compagnie de la diva anglaise (Southhampton, 1959) :

https://www.youtube.com/watch?v=WrKdp4-dHxU&app=desktop
https://www.youtube.com/watch?v=x13lDf1p-c0

L'album Cello Songs - Sarah Jane Morris et Enrico Melozzi (arrangement et direction d'orchestre) - est une merveille :

https://www.youtube.com/watch?v=Xvl7pCrtIdg
https://www.youtube.com/watch?v=7xFQlsXyskE
https://www.youtube.com/watch?v=K7vgQ3AHR24

a sar.pngUne variation du très grand pianiste jazz Jacky Terrasson

Mon ami Eric Allard signale cette pièce. Je la recueille avec mille précautions, c'est une perle sublime. Terrasson est déjà dans mon orchestre idéal :http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/index-21.html

Ici, je transpire d'aise à l'écoute de cette magnifique, de cette époustouflante, de cette ahurissante reprise du Jardin d'hiver :

https://www.youtube.com/watch?v=DcsUAZjITKU

Je suis épaté par les couleurs du morceau, par sa fluidité et ses syncopes, sa soie sonore, ses subtilités et son électricité. Il y a décidément des bonheurs et des voluptés qu'on ne trouve que dans le jazz. 

La vénitienne Elena Bovo

La photographe et peintre Elena Bovo est déjà dans mon choix d'artistes.

http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/elena-bovo/

Je trouve d'elle cette oeuvre que je juge admirable (on sent ici qu'Elena est à la fois peintre et photographe) et que je souhaite partager avec le visiteur :

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Iryna Yermolova

Voici une jeune peintre ukrainienne (établie en Angleterre depuis 2005) que je viens de découvrir. Quelques liens pour faire sa connaissance :

http://www.irynayermolova.com/
https://www.facebook.com/iryna.yermolova 
https://www.pinterest.com/margotegan/art-by-iryna-yermolo...

Je suis ici frappé par la sensibilité, la prestesse, l'élégance, une sorte d'alternance entre le plein et le vide, les belles petites accentuations dans des éléments plus suggérés que représentés, une fluidité charmante, la vigueur des couleurs, la façon de les aplatir et de les appliquer, les reliefs crées entre précis et imprécis, proche et distant, j'aime les effets de transparences, les gammes de rouges, mais plus généralement l'exploitation très originale de la couleur, la façon dont les éléments, les êtres semblent baigner agréablement dans la couleur. Mais j'aime surtout ces féminités délicates, ces présences féminines que la lumière frôle et éclabousse, ces grâces à quoi la lumière des lieux s'accordent comme le pollen aux fleurs ou le nénuphar à l'eau, ces êtres presque mimétiques que de très fins ourlets détachent et font vivre. Tout ceci palpite. Et tout est si bien assorti, chaque élément méticuleusement répandu dans le tout, que je songe à de merveilleux poèmes transcrits sur papier encre.

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 N O M    D E    D I E U   !

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Je n'attends pas d'avoir digéré cette horrible actualité pour la commenter. Elle ne peut être digérée. Il ne faut jamais se résigner à l'insoutenable. Toutes ces vies, ces talents détruits, anéantis. Quelle honte, quelle douleur insupportable, quelle colère immense, quelle consternation, quelle abomination ! Une violence inouïe. 

Pauvres crétins en arme, porte-flingue de la misère intellectuelle, pitbulls d'un livre triché, trahi, renié, rats et petit personnel du fascisme religieux, vous êtes sans dieu, sans morale, sans conscience, nus, vides et sanglants : votre guerre est morte à toute spiritualité, à toute transcendance, vous êtes des bouchers immondes. Allah (ni personne) n'exige ceci de vous. Allah pleure et saigne de votre salauderie. Allah a honte de vous. Vous êtes indignes de lui. Et de Dieu et des athées, des hommes, de la culture, de la pensée et des consolantes vierges promises qui serrent déjà les genoux à l'idée de votre approche. Oui, vous êtes des hommes, des hommes perdus, ignares, dressés, formatés, radicalisés, infectés, enflés, gavés de rage, aveugles à vos semblables. Vous êtes des exécutants : vous chiez, dégueulez, flinguez là où et comme l'on vous dit de faire. Vous êtes la caricature grotesque, offensante, outrageante, blasphématoire de Mahomet.

Nous, notre dignité est aussi dans le rire, dans l'acide brûlant de l'ironie, dans l'insoumission, la résistance, le goût de la liberté. Ce sont les insolents, les réfractaires, les anars, les audacieux, les inflexibles, les alliés du rire, les bouffons talentueux, les surdoués de l'arrogance que l'on vous a désignés et vous les avez pris pour cible. Vous avez fusillé à bout portant des gens assis, un feutre, une feuille de papier ou un stylographe à la main. On ne peut mieux culminer dans la lâcheté ignoble. Vous êtes des recordmans du monde de la lâcheté. Vous n'avez pas pu commettre ces actes infâmes au nom de qui ou de quoi que ce soit de grand. A l'altitude audacieuse, vertigineuse de l'humour, du rire libératoire, du rire protestataire, vous avez répondu par la bassesse, la kalachnikov, le dépeçage.

Et nous sommes affligés, consternés, abrutis de tristesse devant ces dépouilles terribles.  

04/01/2015

LCPP n°9 - Paule Lagacé

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n  u  m  é  r  o     9

P A U L E    L A G A C É

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http://www.paulelagace.com/
https://www.facebook.com/paule.lagace?fref=ts

Aujourd'hui, à titre exceptionnel, je consacre la chronique à une seule artiste, une peintre québécoise sur qui mon amie la très talentueuse Claire Bienvenue a eu l'excellente idée d'attirer mon attention.

Voici ce que dit Lagacé dans son espace personnel à propos de sa peinture : 

La peinture, pour moi, c’est la recherche de la vie actuelle. L’important c’est beaucoup l’expression de mes personnages, ce qu’ils dégagent, leur émotion, leur personnalité, leur actualité.  Ils vivent aujourd’hui et avancent avec moi à travers la vie.  A 20 ans mes personnages étaient ”fleur bleue”, depuis ils ont traversé et traversent encore toutes sortes d’étapes.  Ils sont arrivés à Montréal en même temps que moi en 1979, enfant en 1981, sensualité, bonheur, passion, malheur, tristesse, voyages…   En fait, la peinture c’est la poursuite de la vie.  L’important c’est d’avancer et de toujours chercher plus loin. 

a alg 10.jpgLagacé, sur qui je ne sais à peu près rien, m'a d'emblée paru une artiste exemplaire. Son art campe une synthèse de la geste picturale actuelle : peinture, vitesse, sauvagerie et maîtrise, impétuosité et savoir-faire, gestes brusques et tendresse, jaillissements bruts, coulées, éclaboussures, présence du hasard et de l'aléatoire, tags, techniques mixtes, une exploitation de la couleur parfois vive et acidulée, toutes les influences du jour combinées à une mémoire de l'art sont ici présentes, brassées et comme alchimisées, sublimées pour constituer une geste picturale originale et tranchante, souvent poignante, douée d'un charme puissant, différent comme, jadis on en observa chez Modersohn-Becker ou Hélène Schjerfbeck, pour mentionner quelques-unes de ces femmes supérieures qui avaient compris que pour camper durablement son temps, il faut le signaler à travers soi, à travers sa propre singularité, sa difformité parfois, son émotivité, sa façon singulière d'être au monde et de le ressentir, de le penser, de le traverser. Il faut le rendre dans l'hallucination où il nous apparaît. Ici, l'esquisse atteint à la durabilité, le geste nerveux comprend l'écoulement du temps, je présume qu'il le traversera. Je le pressens. Lagacée prend l'image de la femme contemporaine, se l'approprie, la traite selon ses recettes et ses savoirs, la jette dans des lumières et des opacités, visite ses mondes intérieurs et la fait entrer dans l'histoire de l'art.

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Paule Lagacé rend son temps, elle rend surtout la féminité contemporaine, ses représentations, la quête de son type, ce partage d'aujourd'hui entre l'esthétique, la fashion, le look et une idée de la beauté, elle saisit l'essence de tout cela et en fait oeuvre. Une oeuvre profonde, qui séduit et bouleverse, Elle réussit surtout à rattacher au mythe (sans doute contesté mais passionnant comme tous les mythes) de l'éternel féminin la femme du début du vingt-et-unième siècle, beauté sensible à sa propre image, caractère, aventurière de l'art, femme à l'oeuvre, mère de famille. Mais avant tout, elle dresse un portrait bouleversant, direct et essentiel de ce qu'est la femme du vingt-et-unième siècle. Son oeuvre constitue un exceptionnel recueil pictural, une superbe galerie poétique consacrée au présent et à la présence de la femme. Dans l'avenir, cette oeuvre magnifique portera témoignage. Je reviendrai plus longuement sur cette artiste de l'autre bout du monde. Mais j'étais pressé de partagé cette formidable découverte.

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03/01/2015

Pierre Puvis de Chavannes

PIERRE PUVIS DE CHAVANNES

J'ai toujours éprouvé le plus grand respect, la plus profonde estime pour l'oeuvre de cette figure de proue du symbolisme français. Puvis de Chavannes (1824-1898) est un artiste considérable qui va réussir le pari d'à la fois puiser dans l'antique et de générer un art nouveau. J'aime son hiératisme élégant, sa solennité gracieuse et fluide, les indices d'une spiritualité doublée de charme, d'une religiosité presque sensuelle, j'aime ces couleurs douces, cette mélancolie méditative, une sorte de tristesse attendrie et de profondeur poétique. Personne, comme lui, n'a associé intimement la noblesse et l'agrément, le réalisme et le rêve.

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Le Rêve

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L'Espoir

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L'Hiver

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Le pauvre pêcheur

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Jeunes filles au bord de la mer

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Mes photographies

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02/01/2015

Jacques Izoard, Pierre Reverdy, Jacques Prévert

LYRE LIRE

Jacques Izoard

Le bleu pâlit, touche la cuisse, plus vif entre la jambe et la hanche.
Entre les seins, le bleu exulte; autour des seins, je le vois grossir, enfler comme une bonne bête à dieu.
Le voici jeté sur la vitre où la tête apparaissait.
Quelle hécatombe bleue!
Quels bleus dégâts, quelles scissions parmi tant de franchises !
De haut en bas, la limite est tracée, rapace, chenille bleue, pour assouvir le papier, l'œil élu.
Du temps où le bleu était pur, dirons-nous désormais.
Un gris léger touche le regard, lui donne un poids de navire ou de fruit.
Que sais-je de ce que je devine?
Que sais-je du goémon, de l'écrasement que les jambes cachent?
Entre les jambes déferle l'innocence.
Et je comprends de moins en moins la lutte infirme du corps avec lui-même, la sagaie sous le crachat toujours bleu de la vie.
Les jambes en haleine, le papier les a nourries.
Léger.
J'ai.
Dans les mains, le vin caresse les veines.
Grumeaux de rouge en relief sur cet épais papier où tu passes ta vie.
L'haleine à givre est en voie de disparition.
Ils sont assis, remuent à peine, sont ensemble, assis dans leurs jambes, et leurs corps sont piqués de rouille et de bleu.
Un long bras descend vers la jambe où nul sexe n'entretient l'illusion.
Entorses et blessures, coups de toutes sortes, visages mangés de brouillard bleu montrent bien qu'ils peuvent à peine répondre aux questions sans ronces, aux questions les plus
simples.

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TARD DANS LA VIE

Pierre Reverdy 

Je suis dur
Je suis tendre
Et j'ai perdu mon temps
A rêver sans dormir
A dormir en marchant
Partout où j'ai passé
J'ai trouvé mon absence
Je ne suis nulle part
Excepté le néant
Mais je porte caché au plus haut des entrailles
A la place où la foudre a frappé trop souvent
Un coeur où chaque mot a laissé son entaille
Et d'où ma vie s'égoutte au moindre mouvement

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Citroën

Jacques Prévert

À la porte des maisons closes
C’est une petite lueur qui luit…
Mais sur Paris endormi, une grande lumière s’étale :
Une grande lumière grimpe sur la tour,
Une lumière toute crue.
C’est la lanterne du bordel capitaliste,
Avec le nom du tôlier qui brille dans la nuit.

Citroën ! Citroën !

Le lampion du bordel capitaliste, 1933
Lanterne du bordel capitaliste, 1933

C’est le nom d’un petit homme,
Un petit homme avec des chiffres dans la tête,
Un petit homme avec un sale regard derrière son lorgnon,
Un petit homme qui ne connaît qu’une seule chanson,
Toujours la même.

Bénéfices nets…
Millions… Millions…

Une chanson avec des chiffres qui tournent en rond,
500 voitures, 600 voitures par jour.
Trottinettes, caravanes, expéditions, auto-chenilles, camions…

Bénéfices nets…
Millions… Millions…Citron… Citron

Et le voilà qui se promène à Deauville,
Le voilà à Cannes qui sort du Casino

Le voilà à Nice qui fait le beau
Sur la promenade des Anglais avec un petit veston clair,
Beau temps aujourd’hui ! le voilà qui se promène qui prend l’air.

Il prend l’air des ouvriers, il leur prend l’air, le temps, la vie
Et quand il y en a un qui crache ses poumons dans l’atelier,
Ses poumons abîmés par le sable et les acides, il lui refuse
Une bouteille de lait. Qu’est-ce que ça peut bien lui foutre,
Une bouteille de lait ?
Il n’est pas laitier… Il est Citroën.

Il a son nom sur la tour, il a des colonels sous ses ordres.
Des colonels gratte-papier, garde-chiourme, espions.
Des journalistes mangent dans sa main.
Le préfet de police rampe sous son paillasson.

Citron ?… Citron ?… Millions… Millions…

Et si le chiffre d’affaires vient à baisser, pour que malgré tout
Les bénéfices ne diminuent pas, il suffit d’augmenter la cadence et de
Baisser les salaires des ouvriers

Baisser les salaires

Mais ceux qu’on a trop longtemps tondus en caniches,
Ceux-là gardent encore une mâchoire de loup
Pour mordre, pour se défendre, pour attaquer,
Pour faire la grève…
La grève…

Vive la grève !

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23:29 Publié dans Choix de poèmes | Lien permanent |  Facebook |

LCPP n° 9 Rafa Chevira, Anna Maria Cutolo

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R A F A    C H E V I R A

Je présente ici, en guise de première publication de l'année, quelques-unes de mes toutes récentes exaltations. D'abord, le peintre espagnol Rafa Chevira dont j'aime l'art de la découpe, de la réorganisation du monde, le sens de la forme, de l'association des droites et des courbes, les couleurs chaudes et savantes. Il s'inscrit de façon originale dans la lignée des Juan Gris, Georges Braque et Pablo Picasso. Pour approfondir votre connaissance de l'oeuvre, voici quelques liens :

 http://rafachevira.blogspot.com.es/
https://www.facebook.com/pages/Rafa-Chevira/1442195079377...

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A N N E - M A R I E    C U T O L O

J'aime son macabre terrible, hallucinant, grandiose. Je lui trouve une puissance exceptionnelle. Je l'ai écrit avec conviction et ferveur.

http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/archive/2013/05/1...

La fascination se maintient, s'intensifie, dirais-je, devant l'édification de cette oeuvre étrange, folle et inédite où le conte, le fantastique et le macabre concertent. Et j'aime jusqu'à cet enlisement, cette inhumation des formes dans l'argile de la presque abstraction comme un énorme poème funèbre. Le rêve et le cauchemar s'accouplent pour engendrer des monstres prodigieux. J'aime le souffle qui soulève et enfonce cette oeuvre. Ce regard sur l'humanité, cette vision artistique me captivent et m'impressionnent. 

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