28/02/2015

Didier Goessens

D I D I E R    G O E S S E N S

dessinateur, illustrateur, peintre, enchanteur né en 1962

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a go a.jpgPITIÉ POUR MES VIEUX OS

Il y a un type que j'apprécie depuis un certain. Je l'apprécie beaucoup. Tellement que j'étais convaincu de lui avoir déjà aménagé une estrade dans mon panthéon personnel, un pan de mur, une galerie. Eh bien, non, il n'y est pas encore et c'est la preuve d'un terrible manque de vigilance de ma part ! La preuve que je n'ai plus vingt ans (et que je m'en fous comme d'un noyau de cerise).

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Mais Goessens, oui, il faut l'admettre, le chanter, rendre justice à l'élan de son trait, à ses arrondis, à la grâce de ses femmes, à son infatigable et enthousiaste et contagieux éloge de la féminité. Oui, ça tourne en diable, c'est élancé et rond, passé, oint d'un peu de couleur chaude, c'est un alphabet voluptueux, une calligraphie suave, il y a quelque chose d'élégamment japonisant, là-dedans, une légèreté dense, une giration troublante. Oui, une rencontre de l'écriture et du dessin, une dimension littéraire, allègre, majestueuse de la représentation. Tout cela joue, danse formidablement, opère comme un charme, une sorcellerie. Les femmes de Goessens sont belles comme des prouesses de luthiers : violons, violoncelles, contrebasses. Des luthiers qui auraient greffé la science des ballerines dans les ploiements de leurs bois précieux. Oui, parfois, ces femmes ont aussi, la couleur des violons de Crémone. Le son, ai-je envie de dire, le souffle. J'ai tendu l'oreille, j'ai entendu leurs pépiements et emportements lyriques. Oui, je sentais des japonaiseries mais aussi, parvenu jusqu'à Goessens, je sens l'élan des déesses grecques, leur rotondité altière, et la présence rêvée des muses et l'épice cristallisée de cette féminité singulière qui donne du goût à la vie. Tout artiste, à sa manière, invente ce qui nous est indispensable. Goessens accomplit cette tâche supérieure, avec la liberté d'un homme seulement sujet de sa liberté de création. Et ses plantureuses créatures me ramènent aussi à la Géante de Baudelaire. 

a go 6.jpgDu temps que la Nature en sa verve puissante
Concevait chaque jour des enfants monstrueux,
J'eusse aimé vivre auprès d'une jeune géante,
Comme aux pieds d'une reine un chat voluptueux.

J'eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
Et grandir librement dans ses terribles jeux,
Deviner si son cœur couve une sombre flamme
Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux,

Parcourir à loisir ses magnifiques formes,
Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
Et parfois en été, quand les soleils malsains,

Lasse, la font s'étendre à travers la campagne,
Dormir nonchalamment à l'ombre de ses seins,
Comme un hameau paisible au pied d'une montagne.

(Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal)

Relisez ce poème à la lumière des beautés de Goessens, vous sentirez les "correspondances". Elles sont aussi, ces créatures d'encre, les muses, éloquentes, poétiques, érotiques, élégantes et souples, pastorales, célestes. Elles sont encore fées, fleurs, élans végétaux, bourgeons en attente d'accomplissement, lettrines d'un poème amoureux.

L'oeuvre s'éclaire de petits suppléments poignants et cet éden féminin (paradis des courbes, des arbres femelles et des fruits de la passion) est aussi parfumé, saupoudré d'une sorte de tendresse chaleureuse. Il y a dans la composition, produit de la maîtrise, quelque chose de savant qui paraît simple, fluide, comme coulé.

Parfois, dans certaines séries, ces somptueux nœuds de courbes viennent flirter avec l'abstraction, une abstraction chaude, attirante.

Corolles, anneaux, boucles, voilà une de mes cursives favorites. J'y nage d'aise. J'y reviens comme à ces poèmes dont la consultation régulière n'épuise pas le magnétisme.

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