01/03/2015

Paula Modersohn-Becker et Hélène Schjerfbeck

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PAULA MODERSOHN-BECKER et HELENE SCHJERFBECK

Il y a deux artistes, deux pionnières de la peinture contemporaine, que j'aime particulièrement. Elles sont un peu partout dans mes albums, je crois. Ici, je recentre un peu en regroupant des œuvres de l'une et de l'autre.

Commençons par l'artiste expressionniste allemande. Je prélève quelques éléments biographiques dans l'espace consacré au musée Modersohn-Becker (Brême, Allemagne) dont voici les références :

http://www.museen-boettcherstrasse.de/francais/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mus%C3%A9e_Paula_Modersohn-B...

P a u l a   M o d e r s o h n - B e c k e r

a apaul 1.jpgPaula Modersohn-Becker vient au monde à Dresde en 1876, et part pour Brême avec sa famille en 1888. Après une formation d’enseignante, elle s’inscrit dans une école de peinture et de dessin de Berlin. En 1898, elle s’installe à Worpswede, un village au nord de Brême, pour poursuivre ses études auprès de Fritz Mackensen, peintre et fondateur de la colonie d’artistes de Worpswede (Künstlerkolonie Worpswede). Elle y fait la connaissance d’Heinrich Vogeler, de Clara Westhoff, de Rainer Maria Rilke, ainsi que d’Otto Modersohn, peintre qu’elle épouse en 1901. L’année 1900 est marquée par son premier voyage à Paris. Les séjours dans la capitale française façonneront son coup de pinceau neuf, remarquable et imposant. Si les travaux de Paul Cézanne, de Paul Gauguin et des Nabis (membres du mouvement postimpressionniste Nabi) l’influencent tout particulièrement, Paula Modersohn-Becker n’en reste pas moins fascinée par l’Antiquité et les œuvres des maîtres anciens qu’elle découvre au Louvre. Elle s’installe même dans la capitale française de février 1906 à mars 1907, avant de retourner à Worpswede, où elle décède d’une embolie en novembre 1907, juste après avoir donné naissance à sa fille.

Paula Modersohn-Becker est sans nul doute une précurseure de l’art moderne en Europe, ses derniers travaux témoignant en effet d’une simplicité unique dans les formes. À cela s’ajoute la texture singulière de ses œuvres, fruit d’un modelage en relief et d’un raclage de la peinture fraîche destinés à lui donner une nouvelle consistance. Dès le début de sa carrière, elle représente les paysages du village de Worpswede dans un style très personnel et remarqué. Ses natures mortes se distinguent par l’intensité de leurs couleurs, et Rainer Maria Rilke les mentionne dans son requiem: « […] les fruits dans leur plénitude. Tu les posais sur des coupes devant toi, tu en évaluais le poids par les couleurs. » Cependant, c’est l’Homme qui caractérise son œuvre, et elle se tourne principalement vers des enfants, des femmes âgées et des paysannes des environs pour réaliser ses portraits et ses tableaux. Là, comme dans ses paysages, elle se détourne des codes, pour développer son propre langage pictural et donner à voir la personnalité de ses modèles.

Proposons encore d'autres références qui permettent de découvrir l'artiste :

https://www.youtube.com/watch?v=eMtQ1celR8g 
http://www.artcyclopedia.com/artists/modersohn-becker_pau...

Compact, matiéré, rudimentaire, massif, presque lourd, l'art de Modersohn-Becker atteint pourtant au sensible, au vibrant, à l'âme de l'être représenté. Dans la masse de l'oeuvre, dans les belles couleurs souvent hâlées vers le sombre (mais qui peuvent aussi brûler superbement), une flamme sublime vacille et chauffe, un bienfaisant bouleversement se répand, une émanation subtile, volatile s'impose. Modersohn-Becker, c'est l'oxymore en peinture. C'est un oiseau de pierre qui vole. Et la tendresse, une tendresse profonde et désarmante, naît de cette geste solide. La peinture de Modersohn-Becker est une sorte de résine que le regard allume et qui se met à diffuser une formidable, une hypnotique lumière parfumée d'humanité. Le vrai, l'intense, le désarmant, l'ardent prévalent ici sur le beau, ils se substituent à lui, ils le devancent ou le réforment.

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H é l è n e    S c h j e r f b e c k 

Voilà l'autre pionnière. Nous prélevons dans l’espace Voici la Finlande quelques éléments biographiques sur l’artiste. Voici les références de cet espace :

http://voicilafinlande.fi/Public/default.aspx?contentid=2...

Plus de soixante ans après sa mort, la place de l’œuvre d’Helene Schjerfbeck (1862-1946) est plus considérable que jamais. L’artiste eut un parcours qui préfigura et accompagna l’émergence du modernisme, entre les scènes de village réalistes qu’elle peignit en France et en Cornouailles, à ses débuts dans les années 1880, et le point culminant de sa créativité, pendant la Seconde Guerre mondiale, où elle réalisa une inoubliable série d’autoportraits proches de l’esprit des bandes dessinées.

a hele 1.jpgLa cote internationale de Schjerfbeck n’a cessé d’augmenter depuis une rétrospective décisive qui lui fut consacrée il y a vingt ans à New York. Ses œuvres ont atteint en vente aux enchères des niveaux de prix jamais encore enregistrés pour des artistes finlandais, comme par exemple quasiment 4 millions d’euros pour son tableau intitulé Dancing Shoes, vendu par Sotheby’s Londres. 

En 2012, plusieurs musées marquent le cent cinquantième anniversaire de sa naissance par une exposition, la plus importante d’entre elles ayant lieu au Musée Ateneum d’Helsinki, tandis que d’autres musées, comme à Tammisaari sur la côte sud ou à Vaasa sur la côte occidentale, participent eux aussi à l’hommage.

A l’Ateneum, la plus vaste rétrospective jamais organisée autour du travail de Schjerfbeck présente près d’un tiers des quelques mille tableaux que peignit l’artiste au cours de sa vie ; l’exposition réunit par ailleurs des œuvres de peintres qui furent inspirés par Schjerfbeck. Enfin, pour la première fois, les tableaux de l’artiste seront présentés aux côtés d’œuvres originales du Greco, le maître espagnol du 17ème siècle qui eut une influence marquante sur elle.

 « Bien entendu, Schjerfbeck fut aussi influencée par d’autres artistes, mais leur impact sur son œuvre est plus difficile à déterminer, dès lors qu’elle passait toutes ces influences à travers une sorte de filtre, jusqu’à obtention d’un style qui lui était personnel », observe Vesa Kiljo, conservateur du Provincial Museum of Western Uusimaa, plus connu sous son sigle EKTA. Situé dans la petite ville côtière de Tammisaari, dans le sud-ouest de la Finlande, là même où vécut la peintre entre 1918 et 1941, ce lieu abrite une exposition permanente à la fois relativement modeste et riche de sa tonalité intimiste.

« Le respect grandissant qui lui est porté avec les années, tant en Finlande qu’à l’étranger, tient à la reconnaissance de son originalité », souligne Kiljo.

L’atelier de Schjerfbeck a été partiellement reconstitué par le musée : y sont exposés son chevalet ainsi qu’un fauteuil à bascule présent dans un grand nombre de ses toiles, tandis que des films, photos et lettres invitent à se familiariser plus avant avec l’univers de l’artiste. A noter aussi qu’Anne Ingman, une comédienne originaire de Tammisaari qui a incarné Schjerfbeck à l’écran et qui officie par ailleurs en tant que guide du musée, sera sur place le 10 juillet 2012, date de la naissance de l’artiste ; à cette occasion, l’entrée sera libre et le public se verra proposer une collation.

Je prélève aussi, pour édifier le visiteur, un article rédigé par Nedjma Van Edmond. Il est issu de l’espace fluctuat.première.fr et en voici le lien : 

http://fluctuat.premiere.fr/Expos/News/Expo-Helene-Schjer...

a hele 21.jpgOn ne connaissait pas ou presque, en France, cette peintre finlandaise, Helene Schjerfbeck adulée sur ses terres. C'est désormais chose faite avec une rétrospective au Musée national d'art moderne. 125 peintures, dessins, aquarelles et documents y témoignent d'une vie singulière à l'écart du monde et d'une oeuvre exceptionnelle, qui évolua peu à peu du naturalisme à l'épure et fit la part belle aux autoportraits dans un glissement bouleversant de la vie vers la mort. 

Il y avait bien eu, ici même, cette exposition collective "Visions du Nord", en 1998. Et ceux qui l'ont vue se souviennent encore des quelques autoportraits d'Helene Schjerfbeck (1862-1946). Mais pourla première fois, une rétrospective d'envergure lui est dédiée, pour laquelle le Musée d'art moderne s'est associé avec la Hamburger Kunsthalle et le Gemeentemuseum de la Haye. Voilà donc l'injustice réparée. Car si, contrairement à son pays d'origine et au-delà la Scandinavie, la France connaît peu l'artiste, l'artiste elle, a bien connu la France et l'a aimée. Elle y a vécu, étudié dans des ateliers libres-parmi les rares alors ouverts aux femmes-, peint et exposé en 1889, dans la section finlandaise de l'exposition universelle. En Europe, elle a aussi découvert l'Angleterre, la Russie et l'Italie. Surdouée du dessin et de la peinture, entrée aux Beaux Arts d'Helsinki à 11 ans, marginalisée par son refus du romantisme national, Helene Schjerfbeck travaillait inlassablement. "Inspiration, ce mot est trop fortpour moi. Je dis seulement: la volonté de peindre", clamait-elle ainsi. Destin singulierToute son oeuvre peut se lire à l'aune d'un destin singulier et tragique. Blessée dans une chute d'escalier à l'âge de 4 ans, elle en garda une forte claudication toute sa vie, et était de santé fragile. "Une constitution faible m'empêche de beaucoup travailler (...). Je travaille en cherchant la nature mais en ne la trouvant pas", écrit-elle dans une lettre à la Revue moderne des arts et de la vie, en novembre 1923. Issue de milieu modeste, elle perdit nombre d'êtres chers (deux frères et soeurs, son père) et vit sa vie amoureuse chargée de déceptions: des fiançailles avec un peintre anglais rompues brutalement (en 1885), un amoureux secret fiancé à une autre (en 1919).

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Sans doute cela a-t-il contribué à une forme de tristesse qui se lit dans ses tableaux. Hélène Schjerfeck vécut longtemps, toujours à l'écart du monde. Ses seuls sujets sont alors son environnement proche. Des enfants, une couturière, de vieilles dames. Qui lisent, rêvent, se reposent sur de larges fauteuils à bascule, les mains jointes. Là, tout n'est que calme et méditation. Une sérénité mélancolique affleure. Un temps, entre 1915 et 1919, quand elle croit un amour possible avec son ami -et grand spécialiste de son oeuvre- Enar Reuter, sa peinture prend un tour nouveau: la brume claire laisse place à des couleurs chaudes, vives. Les corps se dénudent. Les chevelures des femmes sont rousses, les décors jaunes. C'est l'ère de la sensualité. Qui ne durera pas. Revenue à sa solitude, l'artiste renoue avec l'exploration des paysages ("Le morne automne est une puissante communion"). On les découvre dans les vastes espaces aux murs blancs du musée d'art moderne, sur des supports variés, huile sur toile et sur carton, fusain et aquarelles. Ou sous forme de dessins et lithographies dans cette petite pièce aux murs parme, cabinet de curiosités qui mêle oeuvres et documents propices à une plongée dans l'intimité de l'artiste: photos de familles, lettres et livres...Autoportraits glaçantsEnfin, elle se peint elle-même, retirée à Ekenäs. On touche à l'essence de son oeuvre, la partie la plus magnifique, la plus bouleversante. Toute sa vie, Helene Schjerfbeck aura pratiqué l'autoportrait. Mais leur forme change au fil du vieillissement du modèle. Confrontée à sa propre décrépitude, elle en dresse un constat sans concession. Au tout début (1884), les traits sont précis, le teint rosé, les joues rondes, la chevelure blonde. Elle esquisserait presque un sourire. Peu à peu, la forme évolue. Il y a d'abord ce regard, mêlé de stupeur et d'effroi -le même en vérité que celui qu'on lui découvre sur une photo en noir et blanc accrochée dans une des salles de l'exposition-. Ces yeux qui s'écarquillent de plus en plus, ces traits qui se cernent. Et puis surtout la figuration, qui laisse peu à peu place à l'épure. La peintre gratte, frotte, racle pour enlever toute trace de trop plein. Ses derniers autoportraits, qu'on découvre dans une salle intitulée "Les dernières années" sont glaçants : les orbites se creusent ({Autoportrait à la tache rouge}, 1944). Sur l'un d'entre eux, en lieu et place d'un visage reconnaissable, cinq trous noirs pour les yeux, le nez et la bouche; les traits s'abîment et rapprochent un peu plus l'artiste de son rendez-vous avec la mort. Son titre? "{Autoportrait d'une vieille artiste peintre}".

https://fr.pinterest.com/explore/helene-schjerfbeck/ 

Dans le portrait et plus encore dans l'autoportrait, Schjerbeck parvient à la quintessence, à l'huile essentielle de l'être au travers d'elle-même. C'est prodigieux, effarant, unique. Fragilité et beauté de l'être, ensemble,subtilité du geste pictural. Il y a chez Schjerfbeck, un doigté de ramasseuse de pollen, de cueilleuse de bombyx et de mercière ourlant les nuages.  Il y a aussi des traits terribles comme des coups de sabre. Il y a un être qui sait l'éclosion de la fleur humaine et son estompement progressif. Une artiste qui peut le dire dans un genre épuré, ramené à un souffle, au passage d'une aile, qui peut s'assombrir. Son parcours semble la mener du presque opaque à la presque neige, mais l'un et l'autre duvetés assez délicatement. De plus en plus délicatement. Avec une ponctuation de couleurs, de traits de couleurs. Schjerfbeck, - la secrète, la distance, la retirée du monde -, approche l'être, le peint, le rend de la presque présence à sa presque disparition, en quelques lignes, et le flétrissement se dit en deux soulignements noirs, en une ligne tremblée, terrible. Parfois aussi par une soudain accentuation noire. Pratiquement absente au monde, Schjerfbeck écrit, dans sa formidable geste picturale, une histoire de la lente glissée vers l'évanescence, un histoire compliquée par des espèces d'affirmations graphiques, échos de mouvements psychologiques.

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