28/06/2015

Comme un avion - Bruno Padalydès

C O M M E   U N   A V I O N

Vénus, absinthe et ukulélé 

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a aapod 3.jpgComme un avion de Bruno Podalydès : objet cinématographique parfaitement atypique. Pour l'argument : un informaticien épris d'aviation, sensible au vertige, s'amourache de la forme d'un kayak, semblable au corps d'un coucou privé d'ailes et palindrome parmi les palindromes. Ce navigateur, un type très assis, une allure presque sérieuse, quinquagénaire peut-être un rien titillé par la lente approche de la péremption, arrimé dans le virtuel, assujetti à la cigarette, désinvolte d'une façon originale, pas sportif pour un sou, pas rimbaldien mais sensible à Gérard Manset ou à Alain Bashung, rêve de descendre en kayak un ruisseau jusqu'à la mer. Il se suréquipe, s'entraîne d'une façon indécidable, à mi-chemin du grotesque et du poétique. Oui, c'est un des filons de ce joyau : l'art de rendre mitoyens le grotesque et le poétique, de créer entre eux des courants heureux et féconds. Contraint, il finit par avouer son projet à son épouse. Bienveillante, elle le mettra à l'eau (plus profondément qu'il ne le pense), avec les précautions attentives, un brin amusées d'une cane qui veille sur son caneton malhabile à l'instant de son essor nautique. Cette femme à double fond est interprétée par la lumineuse Sandrine Kiberlain. Revenons-en à notre navigateur en eaux presque vives. Un aventurier sommeille chez ce nouveau rond-de-cuir étrange et attachant. Le jeu de Bruno Padlydès (héros et cinéaste), lent, flottant, inédit, l'oeil malicieux, l'air presque placide, désinvolte maladroit, désinvolte malgré lui, gracieusement maladroit, ressemble réellement à une formidable invention cinématographique. Soignés, assez inattendus, sobres avec quelques belles acrobaties, les dialogues font mouche, ils relaient une suite de gags filmés et joués d'une façon qui les rend hilarants et imprévisibles.  Le cinéma de Podalydès est déconcertant, drôle, émouvant, irrésistible, c'est une sorte de perle baroque. Improbablement situé (amusons-nous) entre Aguire ou la colère de Dieu, les aventures d'Indiana Jones, le Délivrance de John Boreman, Les Dieux sont tombés sur la tête de Jamie Uys, Huit et demi de Fellini, les univers de Tati, de Pierre Etaix, d'Otar Osseliani, c'est-à-dire en un lieu, un no man's land où le cinéma n'a généralement pas cours. Le film m'a épaté, charmé. L'esprit y est parfumé d'air frais, de tendresse et d'humour, les femmes y sont magnifiques, touchantes, escortées d'un pollen de grâce, - le somptueux et inattendu nu composé de la très estimée et captivante Agnès Jaoui, très vénusienne, doit être un des plus beaux de l'histoire du cinéma français -, chaque personnage apporte son fétu à la meule. Il y a la belle Mila (Vimala Pons) que la pluie, liée à une amour malheureuse, fait pleurer. Il y a Christophe et Damien,(Vuillemoz et Brouté) les peintres fous qui repeignent tout en bleu, y compris une poule de passage et qui chaque matin affirment une fastueuse activité sexuelle (on se demande avec qui, chacun de son côté sans doute, une pitié pour ces affolés  du pinceau). Les eaux mènent à un lieu étrange mouillé, imbibé d'absinthe, un lieu de perdition et de salut, de poésie et de péché, de beauté et de danger, un lieu de délice et de lucidité. Avec Sandrine Kiberlain, Agnès Jaoui, Vimala Pons, Bruno, Denis Podalydès, Michel Vuillemoz, Jean-Noël Brouté et Pierre Arditi en pêcheur irascible. Vénus, absinthe, ukulélé et un grain de génie, un autre de folie ! Ce retour à l'eau (et au spiritueux, - mélange qui sans doute confère au film son caractère si spirituel), à l'air frais et aux arbres est surtout un retour aux gens et cette échappée millimétrique, cette expédition de poche s'impose comme une grande et belle aventure humaine que l'humour merveilleusement grise.  

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