16/09/2015

Les Chroniques du Poisson Pilote n°15

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n u m é r o    1 5

Dans ces temps odieux, ces temps de grands flux migratoires, de désastres humains, ces temps d'une générosité qui à peine annoncée se rétracte, ces temps de corps éteints jonchant les plages face à des touristes que tant d'impudeur indispose, ces temps d'abois fascistes et de vociférations religieuses, ces temps sinistres où le premier imbécile (un frère, un semblable, en quelque sorte) se sent autorisé à vomir sa bile en guise d'opinion, je reste dans cette idée que le faible et le menacé doivent être secourus, qu'il n'y a aucune dignité dans le rejet même si l'on sait que l'hospitalité ouvre aussi la porte aux rats. C'est et cela a été ainsi de tout temps, il a toujours été plus facile de duper un homme de bonne volonté qu'une crapule. Je reste, à l'écart de l'angélisme et des exaltations chronométrées, un fervent adepte de la bonne volonté. Le monde des uns se déchire, est piétiné, saccagé, celui des autres est en proie au doute, d'autres mondes encore se recroquevillent  et cognent ou ignorent et folâtrent. Un fait les relie : des menaces, lourdes comme des enclumes, s'accumulent au-dessus de nos têtes, qu'on se voile la face ou qu'on ouvre les yeux, nous entrons tous dans des ères très problématiques, dans des temps convulsifs dont nous ne sortirons pas indemnes. Mais rien n'est en mesure de m'écarter de ma quête artistique. Ma curiosité est plus sensible, plus éveillée que jamais.

D I A N E    M E U N I E R

Je commence à découvrir lentement son oeuvre. Je laisse d'abord une adresse pour lui rendre visite :

https://www.facebook.com/diane.meunier.5

Je suis emporté dans ses abstractions aériennes, originales, fluides, festives et folles. Ses fragiles et superbes édifices de vent et de lumière me touchent et m'enchantent. Calicots, bannières, ficelles, tout un monde de légèreté altière, enivrante. La couleur y vit en essaims intenses, allègres, poétiques. J'aime l'allégresse du trait, sa nervosité adroite, son empressement habile. Un univers de dédales et de labyrinthes pavés de couleurs qui se chevauchent achève de nous désorienter heureusement, de nous égarer pour notre bien. J'aime les poèmes-affiches et celui-ci, qui dit assez bien, l'univers de l'artiste. 

J'ai besoin
j'ai envie
d'un monde lointain
inconnu et perdu
d'un monde mystérieux
fantastique
harmonieux
exquis et
inexploité

Je reviendrai sous peu dans l'univers bienfaisant de cette femme arc-en-ciel, femme ruche oxygénée à l'haleine des fleurs et des papillons inventés.

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C a t h e r i n e    R é a l l a n d

Voici un formidable coup de coeur et de foudre. La première oeuvre aperçue, de la série des Mamacitas, m'a cueilli comme une fleur, tendrement, imparablement. J'ai le goût de cette rare simplicité, de cet accès à la poésie picturale, de ce raccourci vers l'essentiel. Autant de délicatesse, autant d'humanité, autant de tendresse, Catherine Réalland fait resplendir l'humilité. Elle lui donne un visage avenant, irrésistible. Donnons, pour l'amour de l'humanité comme dit Don Juan, quelques accès à l'oeuvre de la peintre française : 

https://www.facebook.com/realland.art?pnref=story
https://vimeo.com/77293037

Je vous recommande de visiter l'oeuvre, c'est un recueil rare où la bienveillance et la beauté sans fard se rencontrent et s'entendent. J'aime les paysages peints à l'huile essentielle de paysages, ces natures mortes enflées de vie et, superbe événement poétique, la merveilleuse série des Mamacitas.

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G i a n n i    P o n t i r o l i

Je tombe sur ce merveilleux portrait du Chilien considérable, Pablo Neruda, que j'aime et que je trouve ici merveilleusement représenté. Je suis ému en rencontrant sous cette forme, dans ces couleurs célestes, l'auteur du Chant Général et des Vingt Poèmes d'amour et une chanson désespérée. Pour découvrir l'oeuvre du peintre italien :

https://www.facebook.com/gianni.pontiroli

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Je prends congé, je rentre 
chez moi, dans mes rêves,
je retourne en Patagonie
où le vent frappe les étables
où l'océan disperse la glace.
Je ne suis qu'un poète 
et je vous aime tous,
je vais errant par le monde que j'aime :
dans ma patrie 
on emprisonne les mineurs
et le soldat commande au juge.
Mais j'aime, moi, jusqu'aux racines
de mon petit pays si froid.
Si je devais mourir cent fois,
c'est là que je voudrais mourir
et si je devais naître cent fois
c'est là aussi que je veux naître 
près de l'araucaria sauvage,
des bourrasques du vent du sud
et des cloches depuis peu acquises.

Qu'aucun de vous ne pense à moi. 
Pensons plutôt à toute la terre, 
frappons amoureusement sur la table.
Je ne veux pas revoir le sang
imbiber le pain, les haricots noirs,
la musique: je veux que viennent
avec moi le mineur, la fillette,
l'avocat, le marin
et le fabricant de poupées,
Que nous allions au cinéma, 
que nous sortions 
boire le plus rouge des vins. 

Je ne suis rien venu résoudre. 

Je suis venu ici chanter
je suis venu
afin que tu chantes avec moi. 

( extrait du Chant Général)   

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