09/10/2015

Aphorismes

Au rendez-vous de la mort

Illustrations : Félicien ROPS 

Mourir n’est pas un problème, c’est à la portée du premier venu.

Pierre DESPROGES

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Chaque fois que j’étrangle la mort, je sens mon cœur se serrer.

Sans jamais applaudir, en évitant d’agiter des drapeaux, je tolère assez bien la mort des gens que je déteste.

Je reconnais l’éternité à son odeur de charogne.

Ressuscité après quelques jours de décomposition, Lazare faisait un lépreux très présentable.

Rien comme un dos humain ne me fait songer à une stèle.

L’idée du suaire ne m’emballe guère.

L’agonie est un genre de toboggan sans joie.

A la vitesse où les choses progressent, bientôt la vie et la mort seront vaincues.

La mort n’a pas plus d’avenir que l’humanité.

Les arbres, voilà des gens qui savent mourir.

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La mort est ce remède universel qui vient à bout de toutes les maladies.

Mitterand était en avance sur son temps, dès la cinquantaine, il avait une vraie tête de mort.

La plupart d’entre nous mourront avant que tout ne soit mort.

La mort est essentiellement un aliment.

Refusez la mort, mangez des animaux vivants.

La leçon de philosophie que ce serait de prendre son repas sur une table d’autopsie.

A mon enterrement, je ne veux être suivi que par des morts.

Il n’y a de sage-femme que la faiseuse d’anges.

Plus même un fantôme, le poète désormais est un intermittent du spectral.

La mort est une façon d’aérer la durée.

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Je suis favorable à la torture et à l’exécution de la peine de mort.

On peut, si on s’applique, mourir d’amour mais on meurt plus aisément d’un infarctus.

La Belgique est la traduction géographique de l’agonie, la mort sera son point culminant.

Il paraît qu’au Panthéon, on hésite à passer l’aspirateur.

En Italie, pays foutrement drôle, on peut lire à la fenêtre du corbillard : pericoloso sporgersi.

Ce sont les souliers vernis qui remplissent le mieux la fonction de pompes funèbres.

Il y a des jours où l’on mourrait très volontiers.

Pourquoi sceller la bière, le locataire ne risque pas de fuir.

Personne ne résiste à la pelle du fossoyeur.

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Sans un insistant problème de myopie, j’aurais fait un très honnête tueur à gages.

Quand on comprend combien on se fait chier sur les rives de l’éternité, on hésite à s’y baigner.

Le sarcophage précède de quelques millénaires l’invention de la boîte de conserve.

La mémoire est une main qui tâtonne sous l’enseveli.

C’est une grande preuve de courtoisie de ne pratiquer l’autopsie que sur des gens morts.

Rien comme la layette ne fait songer au linceul.

Les dieux puent le bûcher, les viscères ouverts, l’explosif artisanal et la bombe atomique.

La publication de mon faire-part de décès se limitera à un prière d’incinérer.

Par un formidable effet d’aimantation, les chrysanthèmes attirent les cadavres.

De son vivant, François d’Aix était déjà connu sous le nom de père Lachaise.

Je comprends mal qu’on assassine si peu d’huissiers.

L’histoire de l’humanité nous apprend que partout et en tout temps l’homme est un étron pour l’homme.

Un grand nombre de personnes rechignent à mourir.

Résistez, je vous prie, et jusque dans la mort, à la détestable tentation de l’honorabilité.

Quand la fumée est blanche, c’est que le pape est bien sec et se consume sans problème.

Le cimetière est la cantine des asticots.

Mon grand-oncle comparaît toujours son veuvage à la libération de Paris.

Dieu est mort, affirme Nietzsche, Nietzsche est mort, ne puis-je m’empêcher de rétorquer vainement et moi-même, je ne me sens pas très bien.

Mourir, c’est  prendre rendez-vous avec rien ni personne, c’est un peu la vie qui se perpétue.

Pour en finir avec la mort, je voudrais être inhumé dans un livre de Jean Giono.

L’autre jour, errant dans le cimetière de Francfort, je tombe sur cette inscription hilarante : In Memoriam Alois Alzheimer.

Aujourd’hui, en raison de l’inconfort de la position, même les plus fervents catholiques hésitent à mourir crucifiés.

Daesh lave plus rouge.

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Tout n’est qu’illusion, la mort seule ne se dément jamais.

Laissons l’accident se produire avant de déterminer la place du mort.

Les paons meurent en public.

Aux Etats-Unis, il faudrait contraindre le flic blanc à porter la cagoule du KKK.

Sans être irrémédiablement attaché à la vie, je préfère l’omelette norvégienne à la roulette russe.

Pour éprouver la loyauté des parents et des proches, je bâtirais tous les cimetières en haut du Golgotha.

Michel Dardenne est mort, ce n’est pas un scoop de première fraîcheur mais ça reste une excellente nouvelle.

Très entiché de porte-bonheur, je préfère les pendus aux noyés.

Tous les morts entrent dans le néant par la même absence de porte.

Je suis prêt à parier que le soldat inconnu savait qui il était.

Il y a des deuils sous lesquels on s’affaisse.  

Ci-commence à gésir, hélas sans hâte, Jean d’Ormesson, horrible pipelette du PAF. 

Cette année, le championnat du monde de suicide ne sera plus accessible aux malades mentaux.

Mozart dans une fosse commune ordinaire et André Rieu toujours vivant et applaudi ! 

Je ne suis pas résolument hostile à la nécrophagie mais je veux choisir moi-même mes aliments.

Quand je m’assois, je regarde toujours si la chaise n’est pas électrique.

Ce jeudi, pas même un poisson à l’enterrement de la mer Morte.

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Vaincu par la passion du jeu, je signe désormais  les éloges funèbres de personnes que je ne connais pas.

Je voudrais pas crever sans avoir relu Vian.

La crémation est une preuve qu’on ne rétrécit pas qu’au lavage.

On peut avoir été un vrai con toute sa vie et faire un honorable fossile.

Comment, quand comme moi on ne pratique pas le langage des signes, faire comprendre à un sourd-muet qu’il est mort ?

Etre incinéré ? Je ne suis pas très chaud, mais cuit au court-bouillon, je ne dis pas non.

Qu’il en aille désormais des auteurs comme des livres : pas de clients, au pilon !

Avant de mourir, il paraît qu’on devient furtivement l’archéologue de ses propres vestiges.

Une illusion, quand elle meurt, pourrit et empeste au fond de l’âme.

J’aimerais qu’on dispersât mes cendres dans les lacets du mot ruisseau.

Laissons un beau testament blanc.

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12:30 Publié dans Inédits | Lien permanent |  Facebook |

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