30/11/2015

Philippe Deutsch - Denys-Louis Colaux

Les Oléoduchesses (1/2)

photographies : Philippe Deutsch - textes : Denys-Louis Colaux

a deu 1.jpg

Tu lèves dans la nuit

un pâle soupçon d'aile

je crois qu'un zeste de beauté

épice

ce qui est vain

Une pensée

se penche

au balcon de ton front

pour regarder s'éteindre

tout en bas de ta vie

les lucioles divines

et les lanternes

de la désespérance

a deu 2.jpg

Alors que ma vie glisse

vers l'encrier noir de sa source

alors que je progresse

dans le métier de choir

les lointaines amarres

de tes gestes d'amour

viennent cribler d'oiseaux

les juchoirs de mes mots

a deu 3.jpg

Tant qu'un visage

déposera

à la fenêtre

sous laquelle je passe

ce remède à l'éternité

je veux garder

le goût d'aller

et le désir de voir

a deu 4.jpg

 Voilà ce que tu es

un instant recueilli

et cloué aux étoiles

et quelquefois je me demande

comment tu entreras

dans l'aube

Voilà ce que tu es

une femme éclose la nuit

à quelques lieues

de la réalité

et de ses dépotoirs

a deu 5.jpg

 

 

 

 

 

 

  

 Tu es un siècle de lumière

et tu promènes dans la cave

où mes idées noires fleurissent

le fauve paisible du feu

a deu 7.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

  

Vivre c'est admettre

que tout équilibre

est une invention

de chaque seconde

a deu 8.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle vit d'un élan

entre l'extension de ses ailes

et la force de ses épaules

a deu 10.jpg

Ce n'est rien   un miracle

l'ébène d'une épiphanie

et le disque du monde

tourne sous un diamant noir

a deu 9.jpg

Hissée tout en haut de sa force

elle dansait

dans les voilures

du chapiteau

et les anneaux de son effort

modelaient un corps de Vénus

dans le lait dense des lumières

a deu 11.jpg

Bon   je m'approche de la mort

à une allure de croisière

ou ventre à terre

et sans encore apercevoir

que sais-je

l'aérolithe du destin

la fenêtre de l'hôpital

ou le sentier dans la campagne

devant quoi je soufflerai mon dernier cristal

Tout en marchant

je me souviens

instant d'eau fraîche

devant l'été

de l'enfance de mes enfants

a deu 22.jpg

Et je rêve d'atteindre

comme on atteint

sous la chemise

le doux bénitier d'un nombril 

oui je rêve d'atteindre

juste avant mes obsèques

l'âge léger

la saison d'or

de mon humilité

a deu 12.jpg

Désormais chaque soir

quelque part dans la marge de ma vie

sur sa margelle

à son aile ou à sa semelle

je laisserai

la trace d’un poème

Quelqu’un plus tard

mon fils mes filles

le passager d’un vol vers l’avenir

ou tout à l’heure

lira ces quelques mots

et le filigrane de vent

qui les traverse à tout jamais

Souffle soupir

et un doigt de présence

rien d’autre ne s’y trouve

c’est tout ce que j’y voulais déposer

a deu 28.jpg

Je prends du recul

et je regarde

un instant de ma vie

serti dans un poème

Le poème n’a rien embelli

il n’a pas allégé non plus

il n’a pas magnifié les choses

il a simplement traversé l’instant

d’un clou de profondeur

et de mort infinies

a deu 13.jpg

Malgré la pluie la rouille 

la chute lente des copeaux

l'absence définitive d'un axe

je trouve toujours

un soupçon d'or

a deu 16.jpg

Désormais je distingue un peu

l'astre du vin

dans le nœud de la vigne

a deu 19.jpg

 

 




 

 

 

 

 

Elle est passée

comme l'eau bleue

entre les planches de l'épave

a deu 20.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je reviens un instant

au temps imaginaire

où tout me semblait lisse

et glisser comme l'aube

a deu 21.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est grâce

à son cœur de santal

à ses profonds rideaux d'attente

à la majesté de son pas

que la nuit s'avoue féminine

a deu 23.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin moi j'avais repris une cigarette

et lentement

je soufflais par volutes

mon poison bleu

à la barbe des étoiles

a deu 24.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

  

Elle avait un air de poème

quelque chose

de plus préoccupé

par le retentissement

que par le son 

a deu 25.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Garde peut-être

dans ton bagage

avec tes livres tes photos

tes fragments d'âmes

tes vêtements

garde peut-être

en prévision

des passages de la famine

une aune de désespérance 

Les commentaires sont fermés.