30/11/2015

Philippe Deutsch - Denys-Louis Colaux

Les Oléoduchesses (1/2)

photographies : Philippe Deutsch - textes : Denys-Louis Colaux

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Tu lèves dans la nuit

un pâle soupçon d'aile

je crois qu'un zeste de beauté

épice

ce qui est vain

Une pensée

se penche

au balcon de ton front

pour regarder s'éteindre

tout en bas de ta vie

les lucioles divines

et les lanternes

de la désespérance

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Alors que ma vie glisse

vers l'encrier noir de sa source

alors que je progresse

dans le métier de choir

les lointaines amarres

de tes gestes d'amour

viennent cribler d'oiseaux

les juchoirs de mes mots

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Tant qu'un visage

déposera

à la fenêtre

sous laquelle je passe

ce remède à l'éternité

je veux garder

le goût d'aller

et le désir de voir

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 Voilà ce que tu es

un instant recueilli

et cloué aux étoiles

et quelquefois je me demande

comment tu entreras

dans l'aube

Voilà ce que tu es

une femme éclose la nuit

à quelques lieues

de la réalité

et de ses dépotoirs

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 Tu es un siècle de lumière

et tu promènes dans la cave

où mes idées noires fleurissent

le fauve paisible du feu

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Vivre c'est admettre

que tout équilibre

est une invention

de chaque seconde

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Elle vit d'un élan

entre l'extension de ses ailes

et la force de ses épaules

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Ce n'est rien   un miracle

l'ébène d'une épiphanie

et le disque du monde

tourne sous un diamant noir

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Hissée tout en haut de sa force

elle dansait

dans les voilures

du chapiteau

et les anneaux de son effort

modelaient un corps de Vénus

dans le lait dense des lumières

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Bon   je m'approche de la mort

à une allure de croisière

ou ventre à terre

et sans encore apercevoir

que sais-je

l'aérolithe du destin

la fenêtre de l'hôpital

ou le sentier dans la campagne

devant quoi je soufflerai mon dernier cristal

Tout en marchant

je me souviens

instant d'eau fraîche

devant l'été

de l'enfance de mes enfants

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Et je rêve d'atteindre

comme on atteint

sous la chemise

le doux bénitier d'un nombril 

oui je rêve d'atteindre

juste avant mes obsèques

l'âge léger

la saison d'or

de mon humilité

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Désormais chaque soir

quelque part dans la marge de ma vie

sur sa margelle

à son aile ou à sa semelle

je laisserai

la trace d’un poème

Quelqu’un plus tard

mon fils mes filles

le passager d’un vol vers l’avenir

ou tout à l’heure

lira ces quelques mots

et le filigrane de vent

qui les traverse à tout jamais

Souffle soupir

et un doigt de présence

rien d’autre ne s’y trouve

c’est tout ce que j’y voulais déposer

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Je prends du recul

et je regarde

un instant de ma vie

serti dans un poème

Le poème n’a rien embelli

il n’a pas allégé non plus

il n’a pas magnifié les choses

il a simplement traversé l’instant

d’un clou de profondeur

et de mort infinies

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Malgré la pluie la rouille 

la chute lente des copeaux

l'absence définitive d'un axe

je trouve toujours

un soupçon d'or

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Désormais je distingue un peu

l'astre du vin

dans le nœud de la vigne

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Elle est passée

comme l'eau bleue

entre les planches de l'épave

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Je reviens un instant

au temps imaginaire

où tout me semblait lisse

et glisser comme l'aube

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C'est grâce

à son cœur de santal

à ses profonds rideaux d'attente

à la majesté de son pas

que la nuit s'avoue féminine

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Enfin moi j'avais repris une cigarette

et lentement

je soufflais par volutes

mon poison bleu

à la barbe des étoiles

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Elle avait un air de poème

quelque chose

de plus préoccupé

par le retentissement

que par le son 

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Garde peut-être

dans ton bagage

avec tes livres tes photos

tes fragments d'âmes

tes vêtements

garde peut-être

en prévision

des passages de la famine

une aune de désespérance 

28/11/2015

Assunta Genovesio

ASSUNTA GENOVESIO

Désormais, je cherche moins, je cherche encore, mais moins, j'ai fait des trouvailles et j'ai le goût de les entretenir, de les approfondir, mais plus encore, plus essentiellement, de vivre dans leur compagnie. Dans mes préférences, il y a cette peintre française sur l'oeuvre de qui je m'attarde souvent. Je note, dans le travail d'Assunta Genovesio, une particularité un peu vertigineuse : elle est capable, dans un étonnant effet de mimétisme, de créer une mise en évidence, capable de faire éclore, dans un bain chromatique uni, une fleur distincte, un joyau presque tranché, de valoriser un élément dans une atmosphère d'unité et de cohérence. Je suis de même, dans sa peinture, sensible à ce mariage abouti entre l'impétuosité (de vraies frappes au pinceau, des touches brutales et décidées, des applications franches) et une finesse, une habileté impressionnantes qui fondent à la fois une participation au lieu, une inscription du sujet dans l'âme du lieu et une présence singulière et remarquable. Cela me laisse sur une réconfortante et double impression d'appartenance et d'individualité, de moi harmonieusement présent au monde mais sans s'y dissoudre.

Genovesio, c'est la noble et inventive poursuite de l'inépuisable impressionnisme féminin initié par des artistes considérables comme Morisot, Cassatt, Gonzalès ou Bracquemond. Genovesio est une héritière de ces pionnières, elle est dans la relève de ces glorieuses que l'histoire a longtemps et impardonnablement mises sous l'éteignoir. Pourtant, ces femmes perpétuaient l’essentiel dans leurs œuvres : l'enfance, les relations avec l'enfance, les gestes de la tendresse, la grâce, l'être, le rapport de l'être avec la lumière, le jardin, la réalité quotidienne traversée par l'art, le caractère et le tempérament, la traduction visuelle de la poésie, ... Si bien que, dans mon esprit, ce qualificatif de féminin appliqué à l'impressionnisme résonne comme un hommage et une distinction. Une réparation aussi.

Genovesio se distingue aussi par un tempérament, une force, un caractère et une liberté d'approche. Et si elle existe de toute évidence dans une filiation, une haute filiation, elle est en même temps très éprise de cette liberté créatrice (elle n'est pas enfermée dans un système, on peut notamment l'observer dans la variété de ses jeux de couleurs) qui est une des recettes de son originalité artistique. Son tableau est davantage une atmosphère sertie dans un événement pictural : il s'agit moins pour l'artiste de représenter que d'exister dans les alchimies de son art, les effets de la lumière, le travail des couleurs avec des reliefs qui sont parfois d'un ordre expressionniste. Et pourtant, l'oeuvre a une profondeur humaine interpellante, une densité saisissante. Les autoportraits de l'artiste disent ces deux perspectives : ils sont des aventures picturales fondées sur les trésors de rencontres et d'invention entre le sombre, la couleur et la lumière et la forme et ils sont aussi des affirmations catégoriques, volontaires, incontestables de l'assomption orgueilleuse de la vocation artistique. Lorsqu'elle se peint, Genovesio peint intensément une femme qui s'affirme artiste. Et cette affirmation convainc et emporte l'enthousiaste adhésion du regardeur. 

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24/11/2015

Laurence Burvenich s'expose à la Réunion

Durant le vernissage de son exposition, l'artiste peintre Laurence Burvenich est immortalisée par la photographe française Marie-Pierre Manecy

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21/11/2015

Laurence Burvenich réalise le somptueux portrait de Sophie Jiang

LAURENCE BURVENICH A L'OEUVRE

Mon amie Laurence Burvenich m'envoie, de la Réunion, son dernier portrait en date. Une merveille vivante, allumée, éclairée de l'intérieur, une magnifique et poétique luciole humaine. Il s'agit du portrait de Sophie Jiang (60x60, temepra et huile sur bois). Très exalté, je n'ai rien de plus pressé que de partager cette oeuvre lumineuse et délicate. Voici une nouvelle perle dans la précieuse collection de l'artiste peintre belge. Délicatesse, beauté, fascinante concentration sur le cœur du visage, sur le triangle somptueux que font les yeux, le nez, la bouche. Géométrie vertigineuse qui fait danser ce triangle dans la rondeur du visage. Autour, un valse de couleurs avec des bleus enivrants. Passionnante fleur de féminité. Et, supplément de grâce, ce flouté soyeux, sensuel qui n'appartient qu'à elle.

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17/11/2015

Luttez contre le terrorisme, mettez de l'art au centre de votre vie

LUTTEZ CONTRE LE TERRORISME, METTEZ DE L'ART DANS VOTRE VIE

Luttez contre le terrorisme, lisez, écrivez, pensez, peignez, photographiez, sculptez, dansez, sortez, jouez et écoutez de la musique, allez au théâtre, au concert, au cinéma, tendez l'oreille au hurlement du monde, portez secours, vivez, riez, pleurez, tressaillez, offrez, mettez du beau, du libre, du spirituel, du fou, du décapant, du corrosif et la présence de l'autre dans votre vie. Mettez de l'art au centre de votre vie. Ouvrez la galerie de votre vie.

Voici que j'en appelle à mes artistes favoris pour faire rempart avec leurs œuvres contre l'ignoble mais surtout pour faire toit et maison, foyer contre les violentes intempéries du vide et pour l'accueil des pèlerins de la grande curiosité. Ce lieu fait aussi tremplin et perchoir par-dessus l'ordinaire des choses.

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Adlane Samet - Alain Adam -  Alain Gegout

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William Wray - Philippe Bousseau

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Victorine Follana - Sylvie Lobato - Laurence Burvenich

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Stéphanie Chardon -  Annette Marx

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Alain Laboile - Aurore Lephilipponnant

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Betina La Plante - Sophie Herniou

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Brett Walker -  Sophie Favre - Ca Mille

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Savina Lombardo -  Sandro Baguet

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                Chris Falaise - Sabrina Gruss

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Christine Lentzou Selzer -  Corinne Héraud - Sabine Delahaut

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Diane Paquin - Ruta Jusionyte

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Dy Lay - Pat Dumez -  Edwige Blanchatte

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Nadia Wicker - Elena Shumacher - Myrtille Henrion Picco

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Elisabeth Gore - Moché Kohen - Mimia Lichani

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Ellen Owen - Michal Lukasiewicz - Emmanuelle Simonet

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Marie-Pierre Manecy -  Enrico Robusti

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Marie-Odile Vallery - Francis Campiglia

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Marie Palazzo - Frédérique Fenouil - Marie Nouri

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Gesine Imhof - Marie Morel 

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Irina Tihonova - Artefact Usw. -  Isabelle Vialle

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Koen Pattyn - Isabercée Di-Puglia - Karine Krynicki 

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Ja Ya Su - Karien Deroo

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Alain Beauvois - Zsuzsa Freund

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Catherine Amathéu - Witold Wyrwa - Andreas Reh

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Andreas Vanpoucke - Vincent Descotils

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Anne-Marie Cutolo - Véronique Mangin - Antoine Monmarché

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Valérie Dumont-Sudre - Arto Pazat

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Sylvie Cairon - Assunta Genovesio - Svetlana Kurmaz

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Freddy Rapin - Sophie Thouvenin

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Béatrice Fortin -  Béatrice Terra

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Séverine Lehnard - Behnaz Houshmandi

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Robert Varlez - Chantal Roux

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Sandra Garanca - Carmen De Vos

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Resa Rot - Christine Spierings - René Peccolo

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Denitsa Toshirova - Jean-Claude Sanchez

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Renaud Poillevé - Didier Goessens - Renata Vogl

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Didier Hamey -  Pierre Leblanc

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Elena Bovo -  Philomena Famulok

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Emili Bermudez - Philippe Ollivier

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Emilie Teillaud - Philippe Deutsch - Erka

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Pavel Papardelle - Fabien Queloz - Paule Lagacé 

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Francis Denis - Pascal Briba - Harald Calle

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Olivier Leroy - Hélène Desplechin - Muriel Bompart

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Moultozor Moult - Hélène Lagnieu - Michel Suppes

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Isabelle Cochereau - Maud Dardenne

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Jack Montgomery - Martial Rossignol

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Marion Tivital - Marine Daubersies

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Jean Kiboi -  Marie-Lou Chatel

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Jérôme Delépine - Marie-Françoise Hachet de Salins

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Jo Hubert - Maricarmen Villasana Carrillo - Marc von Martial

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Joanna Flatau - Lucie Coulombe

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Magdalena Lamri - Johanna Fassbender - Julienne Rose

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Luc Peters - Juliette Lemontey

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Linda Fry - Jyoti Sackett

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Katia Poulin - Lena Kap

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Priska Lorane - Diane meunier - Catherine réalland

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LN After - Angélique Fragnier - Stéphane Wancquet

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Patricia Eloy-Veltin - Emmanuel Gonnet 

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Mansoureh Hosseini -  Vincent Lignereux

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Pierre-Antoine Moix - Bernadette Leclercq

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Sandrine Maia - Peter Frans

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Lika Rusadze - Iryna Yermolova 

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Pascal Renoux -  Thierry Mesquita

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Souny Planes -  Raymond Berbiguier

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Mélanie Duchaussoy - Sophie de Braekeleer 

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Jean-Michel Uyttersprot - Elisabeth Bronitz

16/11/2015

Karine Burckel - Paris saigne

Les triptyques de Karine Burckel

P A R I S    S A I G N E

avec ceux que l'absence déchire

Il y a du sang plein Paris. Je l'apprends, épouvanté. Je n'allais plus dans Paris. Attiré, pris dans mes bois, mes chemins, hélé par la fine aiguille de mes chevreuils, la flexion des cimes au vent. Mais il y a du sang plein Paris et je me sens touché, frappé en plein torse. Je porte la main vers mon torse et c'est douloureux au toucher. Et l'évier de mes beautés se vide, et mes mains sont rouges. J'aimerais que ce ne fût pas le cas, j'aimerais pouvoir détourner les yeux, fermer les yeux sur l'Angola, sur la Syrie, la Turquie, la mer alourdie de cadavres, que sais-je, tout ce monde que la violence troue, lacère ou ensevelit. Mais le sang douloureux de Paris et du monde m'appelle. Et, insignifiant, sans foi, je réponds à cet appel impérieux, impérieux comme la vie et la désespérance. Il y a du sang plein Paris et je réponds par le mal que cela me fait de savoir une femme couchée sur le flanc, au bord d'un trottoir, au plein mitan de Paris, je réponds par l'effroi que cela me cause de savoir que, dans la salle de concert, des corps perforés se chevauchent, inertes, des corps blessés, des corps indemnes s'entremêlent dans la terreur et le sang. Des âmes hurlent dans Paris et ce hurlement passe au-dessus de mes forêts et se pose dans mon jardin, sur la fenêtre de ma chambre. Et j'aime désespérément des inconnus, des disparus. Je vais retourner bientôt dans Paris, je vais retourner voir Paris, l'entendre, la humer, prendre son frisson, sa musique, son halètement de fièvre. Je me retournerai sur les gens dans la rue, je regarderai les gens dans la rue, précieux, indispensables passants, je regarderai passer les Parisiennes, les Irakiens, les Africaines, ce gros Amerlaud pesant, cette troupe de couillons en liesse, je regarderai, sapée d'un foulard, la Musulmane qui passe, cheveux au vent la belle Marocaine. Je regarderai, en tendant peut-être les mains vers sa braise, ce cœur chaud de la France, ce cœur multiple. Je regarderai avec l'avidité d'un orpailleur qui vient de récolter une étoile d'or liquide. Je regarderai comme on regarde un mont menacé d'effondrement, une toile magistrale dont le vernis s'écaille périlleusement. Je regarderai comme fasciné on voit, droit sur son perchoir, le phénix à qui on ne la fait pas. Je reviendrai voir ce bateau qui tient tête aux flots, au malheur. Je vais retourner dans Paris, bientôt, avec ma fille, lui montrer cette monstrueuse et sublime fleur de pierre, ce pays de vraie chair, ce jardin du monde qu'une terrible laque de sang vient de remettre au milieu du grain de poussière de ma vie.

Les triptyques de Karine

Maintenant, pour vivre, pour tenir, pour tremper d'un peu d'humanité sensible, pour apaiser d'une once de beau la blessure de mes yeux, je veux un peu de grâce. Je veux qu'un peu d'étrange m'assaille, saisisse mon attention. Je veux des diamants solubles, je veux de l'invention mêlée de vrai, de la légende si proche qu'on dirait du linge au fil, des êtres qui passent dans l'espace singulier du rêve. Je veux le savoir-faire, le savoir-vivre de l'art après toute cette crapulerie exorbitante. Je veux le génie, la neige étrange de cette féminité selon Karine. Je veux de cette paix qui fait sonner le pouls comme un tocsin de paix. Je veux la grâce devant l'ignoble, le baume du beau sur la plaie. Je veux le jazz de ces trinités profanes et chaudes comme un restant d'été celé en soi, bien profond et définitif, inaltérable. Je veux que l'on me rende le courage de croire en l'inaltérable. Je veux jeter l'affront du beau à la barbe de ces poux. Je veux le nom de la grotte, l'adresse de la crypte où les femmes réinventent l'oiseau bienfaisant, pacifique de la nudité. La colombe enfiévrée de la nudité. Je veux de cet alphabet de chair par quoi réapprendre à écrire, toucher, effleurer, par quoi revenir au mystère inépuisable de l'autre. Je veux la suspension, le cessez-le-feu, la plume d'après l'ouragan, l'imagier essentiel. Je veux ce jeu à nouveau de la volupté transcendante, légère comme un entêtant parfum, je veux à nouveau le théâtre  de ces habits nus qui réconcilient avec la vie.

TROIS FOIS LA GRÂCE

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L'oiseau de la nudité

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Oui, vêtez pour que rien ne l'évente la vasque où vivent les idées, les songes, les poèmes et laissez au vent tout le pays de la sphinge, tous les lieux où monter et descendre, tous les endroits où sentir le présent sensible de la vie.

Capuche et pays de la sphinge

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Le temps est là aussi de redescendre en soi, en sa cave, de reparaître au frontispice de son propre roman fermé, de revenir à ses secrets, de se laisser hanter et infuser par eux. De s'asseoir en bas du gouffre. Le temps est venu de descendre s'interroger tout en bas, très profondément et dans la perspective d'une nouvelle brèche vers la lumière, d'un nouveau filon d'elle.

Filon de lumière

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11:57 Publié dans Karine Burckel | Lien permanent |  Facebook |

11/11/2015

Jack Montgomery

JACK MONTGOMERY

http://www.jackmontgomeryphotography.com/

J'ai déjà évoqué le passionnant  travail de ce photographe américain. Je trouve, en consultant ses galeries, tant d'occasions de m’exalter que le désir de commenter et de faire découvrir son oeuvre s'empare à nouveau de moi. Fabuleux technicien, homme de l'immédiateté, metteur en scène, compositeur d'images, coloriste, dompteur de lumière, Montgomery invente et ressasse et invente. Fidèle à une formidable exigence de style, il surprend sans cesse, il rit, il vénère la grâce, il l'iicônise, il la picturalise, il cherche de l'éternel, du délicat, il  trouve des filons de tulle et de soie, il capte le faon dans l'adolescente, l'étincelle de cristal ou le début de menuet dans la nymphe, il recueille un bond dont il est sûrement le chorégraphe, il reconnaît Peter Pan dans un angelot. Montgomery s'enfonce ensuite dans le temps, au cimetière des sorcières, là où se devinent des fantômes et des hantises, des arbres dotés de pouvoirs, des clartés étranges. Cet organisateur, ce préparateur d'images peut aussi saisir à l'improviste, au débotté, avec une précision épatante. La seconde suffit à son œil expert. Les photographies de Montgomery ne se laissent pas épuiser en quelques regards. Elles réclament du temps, de la patience, de la subtilité et elles sont toujours, elles sont invariablement, en raison de leur magnétisme étrange et insistant, exaucées. Elles ont, les photographies de cet artiste, une facture presque classique, toujours une classe immense, un parfum d'art. Et parfois elles se moquent, font des farces. Comme Degas, Montgomery aime les ballerines, leurs poses, leurs déliés splendides, cet art qu'elles ont de mettre leurs mouvements au repos sans gommer en eux un indice d'élan. Montgomery sait disposer la femme dans l'espace, la sertir dans l'espace, la mettre en heureuse relation avec la lumière, il y a quelque chose d'un peu mystique là-dedans et il y a de l'adoration. J'ai découvert chez lui deux ou trois photographies d'un combat de boxe. Forcément, elles aussi valent la peine d'être vues et admirées. J'ai senti là un mélange de danse et de lourdeur, de musique et de forge et je me suis dit, bon sang !, il sait faire ça aussi. Il avait réussi, là aussi, un sacré tour avec la lumière. Un type qui a du talent peut sauter pas mal de barrières. Le talent est un passe-partout. Dans une foule, il va cueillir un regard différent, chargé de quelque chose, un charme, une électricité. C'est un vigilant. Son noir et blanc est habité, profond, historique et contemporain. Il menuise dans l'excellence, Jack Montgomery.

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Tout lui est décor, il exploite les lieux, une palissade, une ligne, une porte à dorure, la croisée d'une fenêtre, un détail avec un génie rare, tout lui fait écrin. Un drap, un morceau de linge. Il alchimise la chose, elle prend une ampleur sublime, elle participe à l'oeuvre. Quand il y a une once de grâce, une pincée de pollen de grâce, il la recueille et la saupoudre en pleine lumière.  J'ai parlé de Degas. Mais quand on aime, on ne compte pas, il y a un peu de Diego Velázquez dans certains de ses portraits. Disons qu'il y a un savoir, une connaissance. Un amour de l'art dont sa photographie profite. Il y a dans l'humanité de Montgomery quelque chose qui me réjouit profondément : il regarde un être souvent comme s'il s'agissait d'une oeuvre d'art. Cette recette humaniste produit des miracles.  Bien sûr, c'est le lieu pour le dire, la bonne volonté ne suffit pas. Le talent est indispensable, et un œil, une sensibilité, un angle, une vibration. Dans une vraie photo, aussi immobile soit-elle, une vibration, un frisson sont perceptibles.  Les photos de Jack Montgomery sont sophistiquées aussi, précieuses, ciselées. Cette sophistication, c'est la courtoisie due à la grâce. Jack Montgomery est un virtuose par nécessité, par égard pour ce qu'il fixe, les belles, les elfes. Dans le visage d'une vieille Asiatique, il va cueillir une fleur de grâce. Il cherche la grâce comme le jazzman la blue note, il la trouve, évanescente, sublime. Sa quête est sans frontière, sans cloison, tirée par un cheval libre, altier, nourri aux quatre horizons. 

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06/11/2015

Laurence Burvenich à la Réunion

L A U R E N C E    B U R V E N I C H

Tout son être, substances et essences, palpite dans son art. La peinture la dévore et la nourrit. Peindre, selon elle, c’est célébrer. La fièvre est avec elle.

a lau a.JPGNée en 1973, Laurence Burvenich est une artiste peintre belge. Elle est aussi sculpteur, graveur, illustratrice, infographiste, photographe. Plus secrètement, presque intimement, elle est musicienne et chanteuse. Elle se signale à nous par une amoureuse curiosité du monde, un frisson dans le feu de ses couleurs, le bonheur frémissant de peindre, de tressaillir par la peinture. Spécialiste du nu et du mystère magique du nu, elle invente des nus habités de nudité, animés de nudité, des nus vrais, des nus vraisemblables qu’un verni d’âme accentue, des corps charnus et oints d’âme. Elle crée une chair spirituelle où la matière, l’impondérable, l’instant et la durée s’ajustent. Elle peint des paysages qui pensent et rêvent, flottent, tremblent, hurlent, dansent, lieux et arbres animés, envoûtés de vie, de tourments, des marines sauvages et sublimes comme les versions picturales d’une vie intérieure contemplative et sismique. Elle aime la mer sauvage, en furie, la mer qui bombent ses flots sombres et battus en neige, la mer écartelée et fastueuse et elle aime les longues baies paisibles aux tons chauds. Elle crée des dimensions où l’abstrait et le figuratif franchissent ensemble, l’un vers l’autre, les frontières qui les distinguent. C’est un être de la célébration par la couleur et la matière, elle se réalise toute entière dans l’impétuosité gestuelle, dans l’affrontement à la toile et dans le cisèlement délicat, la caresse, c’est une danseuse au pinceau, parfois, je l’ai regardée lorsqu’elle peignait, ses gestes chorégraphiques, ses gestes d’elfe mais aussi, ses brutalités de tailleur de pierre ou de tanneur de peau. C’est un être de l’enthousiasme, de la communion aux choses, de l’ouverture aux autres, c’est un artiste fervent qui sait, dans une union de plus en plus aboutie, de plus en plus délivrée de tout calcul,  accorder sa fièvre à ses qualités de maîtrise. Elle a trouvé, ce qui lui permet de livrer toutes ses virtualités, le lieu en elle où l’intellectuelle et la manuelle communient, cet état où la main peut rendre le subtil et l’intense de l’émotion et de la pensée. Avec le bagage de ses rouges, ses bruns, ses beiges, toutes ces chaleurs qui sont sa forge stable, sa vitesse de combustion, sa couleur existentielle, elle entre comme envoûtée, possédée et avide dans la magie des couleurs où elle investit tout ce qu’elle est : son odorat affûté et sensible, son sens raffiné et gourmand du toucher (manège de grain, de lisse, de pollen, de sillons et d’adjonction de matières inattendues), son goût de l’aventure, de la route, du large, des panoramas ouverts, sa citoyenneté mondiale, son infatigable attrait pour la texture humaine, ses inépuisables provisions d’ivresse, ses hallucinations et illuminations, sa réjouissante et exaltante savouration des choses. 

Quelques œuvres toutes récentes, pas sèches encore

FALAISES, MARINES, PLAINE DE SABLE

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Deux œuvres en cours - scènes de vie

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02/11/2015

Sylvia Plath

 

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Miroir

Je suis d’argent et exact. Je n’ai pas de préjugés.
Tout ce que je vois je l’avale immédiatement,
Tel quel, jamais voilé par l’amour ou l’aversion.
Je ne suis pas cruel, sincère seulement —
L’œil d’un petit dieu, à quatre coins.
Le plus souvent je médite sur le mur d’en face.
Il est rose, moucheté. Je l’ai regardé si longtemps
Qu’il semble faire partie de mon cœur. Mais il frémit.
Visages, obscurité nous séparent encore et encore.
 
Maintenant je suis un lac. Une femme se penche au-dessus de moi,
Sondant mon étendue pour y trouver ce qu’elle est vraiment.
Puis elle se tourne vers ces menteuses, les chandelles ou la lune.
Je vois son dos, et le réfléchis fidèlement.
Elle me récompense avec des larmes et une agitation de mains.
Je compte beaucoup pour elle. Elle va et vient.
Chaque matin c’est son visage qui remplace l’obscurité.
En moi elle a noyé une jeune fille, et en moi une vieille femme
Se jette sur elle jour après jour, comme un horrible poisson.
 
Traduction Valérie Rouzeau, dans Sylvia Plath, Œuvres, Quarto Gallimard, 2011

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