07/12/2015

Philippe Deutsch - Denys-Louis Colaux

Les Oléoduchesses (2/2)

photographies : Philippe Deutsch - textes : Denys-Louis Colaux

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Alors

réfléchies les yeux clos

les choses retrouvaient

le sauvage des bêtes

qui n'ont jamais vu de clôtures

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Il me reste

sous un fouillis de ronces

derrière un haut mur de dégoût

le rempart de quelques moineaux

et l'amour des gestes de neige

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Je vais

éveillé à l'invraisemblable

je danse par mont et par vase

de jour en jour

plus proche de la mort

et laissant toujours impuni

le meurtre de la vérité

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Venez comme vous êtes

en cheveu et parmi vos plumes

et qu'un soupçon d'instinct

dans le voyage au sein de votre livre

vous serve de signet

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Mettez un clown

sous la trappe de votre tragédie

et que pour renflouer

votre trou de mémoire

il souffle des essaims de bulles

des élans de légendes

et des oiseaux assis

sur leur rêve d'apesanteur

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Le divin est léger

fragile évanescent

lié à l'humain

comme à la pluie

le parfum de la fleur

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Je n'ai pour vrai

pour rêve

que le nu de l'instant

que ce qui est

déposé aujourd'hui

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Oh juste tinter bruire

faire franchir la porte

aux rumeurs de la vie

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Mais

les vies sans nerfs

je veux dire les vies sans haine

sans remous sans caresse

et sans déséquilibre

les vies absentes

à la fièvre et à la colère

à la désinvolture

les vies déshabillées

de toute chute

et de toute fleur de pavot 

oui les vies mesurées

les vies dictées aux vies

par le taureau d'arène

de la morale des autres

par le hongre de l'équilibre

les vies tractées

par le moteur puant de la raison

passent sous mon balcon

comme la nuit

dans les rues de la ville

près des poubelles

quelques renards dénaturés

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Et puis

tout à la cime de l'étreinte

et puis après voir lentement recueilli

la fleur de sel

à la bonde de son bassin

je jouissais à son orée

comme un Indien à qui

on vient de restituer l'Amérique

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Un instant

son regard me revient

comme à vau-l'aube

comme entrevue

parmi le linge tendu des bouleaux

la flèche mimétique

d'une licorne

et le miracle tient

une seconde

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Moi

puisqu'elle aimait

se baigner dans l'eau de l'étang 

je l'avais appelée

Nénuphar 

J'eusse préféré

m'écrivit-elle

le surnom d'Ophélie

Je m'épris

de ce passé deuxième forme

et

de ses épaules de naïade

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