30/01/2016

Célébration de Séverine Lenhard

Pour Séverine et Jacques, mes Arfeuillère favoris

P a r t i s a n

Célébration de la photographe Séverine Lenhard (avec quelques-unes de ses oeuvres)

http://silencenoir2.blogspot.fr/search?updated-max=2014-0...

Une illustration musicale :

https://www.youtube.com/watch?v=QBfFEpUyRO4

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Il pleut ce matin sur ma toute petite maison. J'ai tiré les rideaux. Je regarde les photographies de Séverine, un grand nombre d'entre elles, sur son espace personnel, ne peuvent être enregistrées ni reproduites. J'ai pourtant cœur et désir à les recueillir chez moi, dans l'ordre de mon vent personnel. La beauté afflue dans ce verger d'images, dans ces jardins suspendus, dans ces grands ciels tirés et poussés par des battements de cils enchantés. Il y a toujours un miracle à toucher la grâce du doigt, à l'effleurer, à récolter un peu de sa poudre. Je prends garde à ne pas déchirer ces tulles, ces vapeurs, ces tristesses de libellules, ces petites toiles de la vérité quotidienne, je marche sur des œufs de chardonneret. Comment font ces passants sales pour piétiner, pour écraser sous leurs semelles les friselis de la rosée qui se lave aux fleurs, la tintée des clochettes, la levée des cosmos ?

Je ne suis pas convaincu qu'il faille leur pardonner car je crois qu'ils savent ce qu'ils font.

Je regarde les entrechats des enfants graves, les violons de leurs épaules, les fusées de leur joie, le plomb d'or de leur bouderie, les toiles bercées de leurs rêves nus et blancs, je regarde la scène des champs, les coulisses fleuries. A la conque des images, j'entends des fables, des cascades et des contes, des coulées de lait, des étirements de paresse et les froufrous sauvages des grimpées aux branches, de petits ahans d'effort. Je vois le versant rose et bleu de la patience, les rubans de l'amour maternel, la lente alchimie de l'être et ses chapelets d'éclosions. Je sens, comme au fort de l'hiver, des vapeurs blanches porter les mots, et les emmitoufler de frissons. Je sens ma propre vie, les chemins de ma tribu, l'invention chez nous de la lumière. Comment font-ils pour poser leurs godillots sur ces mues de soie, sur ces tapis volants, comment font-ils pour laver leurs torchons sales à cette eau potable et bleue ?

Je ne suis pas convaincu qu'il faille leur pardonner car je crois qu'ils savent ce qu'ils font.

Je hume dans ces images des odeurs de livres, de savon, d'archet, de gant de toilette, de dentifrice, de rôties, de perlimpinpin et de confitures. Oh, les belles images et tendres et nobles et dignes ! On dirait le jour regardé dans le blanc de sa chandelle, dans son filigrane de sang tiède, dans chacune de ses notes subtiles. On dirait le jour lent ourlé au torse des arbres. Et dans les arbres, la présence annoncée d'un piano ou d'un violoncelle. On dirait la célébration du fil tendu et fragile du jour. On dirait quelque chose qui s'accorde au chant de l'être, à l'aventure d'exister. On dirait le libre passage d'une caravane devant une clôture de chiens domestiques. Être un chien domestique, une bête qui grogne et menace, c'est un engagement. Et si la vocation de chercheur de péchés ne naissait que dans les œufs sales ?

Je ne suis pas convaincu qu'il faille leur pardonner car je crois qu'ils savent ce qu'ils font.

Mais chez moi, les merveilleuses images imposent le silence aux chiens, aux godillots crottés, aux passants sales, aux œufs corrompus. Elles viennent et trouvent à flotter tout leur soûl. Elles s'étendent au ciel comme des nymphes au bouillon frais des ruisseaux. Chez moi, les magnifiques images trouvent à verser leur ivresse, à semer leur grain, à jouer avec leurs halos au discobole en fête. Chez moi, ces images-là infusent, percolent, enchantent. Elles s'asseyent comme des hôtes, des pèlerins lumineux, des passants bienfaisants, des offreuses de dentelle, des lucioles ingénues dans la nuit. Chez moi, le velours du regard féminin qui les inspire n'appartient qu'à l'art, à la liberté, au talent. Je ne veux pas, à la fenêtre, ni de ces mufles de gros chiens, ni de ces yeux exorbités et mélangés de fange. 

Je ne suis pas convaincu qu'il faille leur pardonner  car je crois qu'ils savent ce qu'ils font. 

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