29/08/2016

Misty Dubateau

M    I    S    T    Y

modèle et photographe

https://www.youtube.com/watch?v=V1lEZ5k6Rhs

En préparant mon papier sur Misty Dubateau, je me suis souvenu (ce qui ne m'arrive pas souvent) d'un poème que j'avais écrit pour l’Intranquille de Françoise Favretto en décembre 2013. Je lui ai trouvé, très subjectivement, une sorte de parenté avec la quête de la jeune photographe. Je l'ai donc placé en incipit. Par goût du dialogue avec les artistes que j'apprécie. Juste sous l'immense version de Chet Baker et Stan Guetz de l'inoubliable Misty

Eclipse, terre, cendre et étoile comme genre complexe à venir  

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Après

la valse est lasse et la valise lourde

et le chemin n’entre plus nulle part

l’âme sait désormais

le poids qui leste son épaule

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Après

l’étoile est pâle dans la flaque

le ciel perd son odeur d’encens

très doucement tout se délaie

et l’encre de la pluie

écrit des lettres

que personne ne lit 

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Après

les trains très loin

audibles seulement

par leurs appels désespérés

descendent sans nous vers le sud

quand tout en haut

vers le sommet de la colline

le cimetière des licornes

 nous hèle

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Après

le grand Nègre qu’on est

s’avance tout nu dans la neige

le lait chaud de ses songes

lève un peu de vapeur encore

et s’absente dans l’aube 

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Après

le Gitan de qui l’aile

laisse un moignon à notre épaule

s’assoit dans l’herbe du fossé

et  regarde verser

l’épave de sa caravane

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Après

l’Inuit enseveli en nous

monte s’asseoir parmi les ombres

et le charbon bleu de sa vie

s’allonge sous les litres noires

puis s’endort au verso du rêve 

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Après

le cœur est presque nu

le cœur reste tenu

dans un cercle de cœurs

car avec le vinaigre

l’éponge du cœur absorbait

l’âme mêlée de sang

des bien-aimés 

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Après

tout le lointain n’est plus qu’un drap

un oiseau noir occulte la fenêtre

la chambre penche

comme une chute d’échafaud 

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Après

lorsque le silence a semé

sa belle blancheur inféconde

les indices et les gestes d’amour

-  leurs silhouettes 

comme des naufragés

s’en viennent battre la surface

des grosses eaux tumultueuses

qu’on laisse derrière soi

DENYS - LOUIS  COLAUX

G  A  L  E  R  I  E

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PRÉSENTATION DE L'ARTISTE

a mis 1.jpgMisty Dubateau, Misty Orchid, Misty l'Orchidée, la Fleur mystificatrice,  Misty, passagère et armatrice d'un bateau ivre qu'elle a conçu à son image, Misty le singulier oiseau d'Asie et d'Ailleurs, Misty l'orchidée sauvage, Misty la perle de jazz, est une jeune femme qui a été et est, notamment, le modèle de mon ami photographe Martial Rossignol. Pertinente et impertinente, farouche, brutale, pétulante, séduisante, merveilleusement expressive, belle et robuste, audacieuse, provocante, rebelle, offensive, canaille, fielleuse, douée d'un tempérament puissant, orageux, insolant, complexe, elle est aussi d'une nature extrêmement sensible, raffinée, très artiste, esthète, inventive et inspirée. Cette créature est un barbare, une Amazone, une fée, un geste de soie, une strophe lyrique, une solide gifle, un nuage de vanille, un haïku feutré, un hurlement. Elle occupe chacun de ses quatre points cardinaux. Quand j'ai appris que cette émouvante fauvesse s'essayait à l'autoportrait, je me suis rendu dans son espace. J'ai été bien inspiré. Nous sommes à l'aube d'un vrai talent. La femme ici se décline très personnellement, ce qui est révélé ici - un peu à l'écart du modèle, mais sans rupture définitive avec son travail - est subtil, poignant, élégant, original, touché par la poésie. L'initiative qu'elle prend d'exister ailleurs que dans le regard de l'autre est heureuse et féconde. C'est une voie de liberté qu'elle s'ouvre, une voie où dire son originalité, un lieu où nous émouvoir et nous charmer, nous surprendre. La femme, dirait-on, entre dans sa propre forêt. Nous sommes à la lisière de quelque chose. L'artiste intègre ses autoportraits dans un espace imparti à Misty Orchid et sous la signature de Sova Lova, qu'elle présente comme un personnage fictif. Lucidité foudroyante, ironie, cynisme ? Le labyrinthe est à la mesure de la personnalité de Misty. En cela, il est parfaitement autobiographique. Ce qui tend vers la vérité, vers le mythe de la vérité est nécessairement multiple et polymorphe. Quelques pépites apparaissent dès les premiers essais. Quelques pièces m'ont littéralement enchanté. Ici commence, dans cette quête autobiographique, une chorégraphie troublante, un étonnant ballet sur le damier de soi-même. 

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