31/08/2016

Les chroniques du Poisson Pilote - Alain Laboile - Jean-Claude Sanchez

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Les quelques photographes que je vais évoquer dans les semaines qui viennent sont des artistes à qui je suis indiscutablement fidèle. Je commence par deux d'entre eux/elles.

A L A I N    L A B O I L E

Il y a toujours une grande fête poétique dans le prodigieux imagier de l'inimitable Alain Laboile. Un élan qui m'emporte. Une intensité bienfaisante. Une ligne esthétique sur laquelle se perchent des papillons, des poissons volants, des sirènes ailées. C'est un bonheur ému d'évoquer son travail. Je ne m'en éloigne jamais vraiment.

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/alain-leboile/

Chacune de ses images est chaude comme le lait fraîchement trait, chacune est savante et simple, chacune a un goût de petit éden au bout de la prairie. Chacune a la dignité chaleureuse de l'oeuvre portée et conçue par un artisan. Par un artisan (l'homme qui possède son art sur le vrai bout de ses doigts et jusqu'au fond secret de son âme) et un père, l'un étant lié à l'autre comme le sont les vases communicants. Chacune embaume la malice, l’habileté. Le frisson est avec les images de Laboile comme le parfum avec les fleurs. Laboile sait l'aviateur, le grutier, l'oiseau, le phoque, le conquistador, le miracle, l’indécrottable aborigène, le poids de chair et de charme, le goût du jeu, la graine de folie, l'épice du tendre qui unit et distingue ses enfants. Ses albums réhabilitent les cordes tendues, musicales, fragiles du tendre. Le tendre, tout ce dont le monde aujourd'hui manque si cruellement, si douloureusement. Le délicat. Et le magnifique à portée de main. Et le farouche, l'élan sauvage, l'impétuosité de jardin. Quelque chose ici touche à l'essence. Au corail existentiel. Au vent comme bienfait contre la géhenne. Ici, harmonie si rare, la part d'art s'entend avec la part d'humanité, un lien les noue l'une à l'autre, de façon vitale, comme des siamoises. Il y a les mots d'amour. Il se pourrait qu'il y eût ici des images d'amour. Des images telles qu'on peut les lever en calicots, en oriflammes. Mais je ne les range pas, ces belles images, du côté de l'innocence ou de la candeur ou de la cueillette. Je les place du côté de l'art, de la création, du fruit transmué en vin majestueux. J'ai parlé de vin, de vin noble parce qu'une ivresse contagieuse ruisselle de ces images. Ne dites pas : "Ce sont des photos d'enfants". Cela n'a aucun sens, la formule est d'une odieuse injustice. Pensez, je vous y engage, à elles, à ces photographies, comme à des œuvres d'art, des icônes profanes non pas ornementales mais justifiées par les appels les plus profonds, les plus généreux, les plus sensibles, les plus élevés qui couvent en nous et souvent ne trouvent pas à éclore, à sortir de leurs bogues serrées et solides. Voilà, ces photographies ont à voir avec les bougies, avec les petites flammes qui célèbrent, qui tremblent devant l'obscurité impassible et la traversent, la vainquent un instant. Cela est considérable. C'est ainsi, aussi intensément que cela, que j'aime les photographies de Laboile, l'univers unique, vrai, inventé, incomparable, sans cesse créé, vécu, d'Alain Laboile.

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JEAN-CLAUDE SANCHEZ

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L'autre, c'est Sanchez. Jean-Claude Sanchez. J'aime comment ce type amerrit dans l'eau étrange des sirènes. Comment il va, pacifiquement, sans l'idée de dérober jamais quoi que ce soit, à la chasse au satin des femmes, à la nudité des femmes, à l'étoffe des femmes, j'aime comme il se met en quête de l'amplitude arrêtée de leur natation dans l'eau, dans l'air, au ciel, sur les planches de la scène. Souvent, chez Sanchez, les femmes ont à voir avec les proues, les lanternes, les mystères, les poèmes. Elles sont, oui sans doute, d'une matière, d'une sorte de marbre pur et effervescent, elles sont d'un lait solide et demeuré liquide.  

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29/08/2016

Misty Dubateau

M    I    S    T    Y

modèle et photographe

https://www.youtube.com/watch?v=V1lEZ5k6Rhs

En préparant mon papier sur Misty Dubateau, je me suis souvenu (ce qui ne m'arrive pas souvent) d'un poème que j'avais écrit pour l’Intranquille de Françoise Favretto en décembre 2013. Je lui ai trouvé, très subjectivement, une sorte de parenté avec la quête de la jeune photographe. Je l'ai donc placé en incipit. Par goût du dialogue avec les artistes que j'apprécie. Juste sous l'immense version de Chet Baker et Stan Guetz de l'inoubliable Misty

Eclipse, terre, cendre et étoile comme genre complexe à venir  

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Après

la valse est lasse et la valise lourde

et le chemin n’entre plus nulle part

l’âme sait désormais

le poids qui leste son épaule

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Après

l’étoile est pâle dans la flaque

le ciel perd son odeur d’encens

très doucement tout se délaie

et l’encre de la pluie

écrit des lettres

que personne ne lit 

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Après

les trains très loin

audibles seulement

par leurs appels désespérés

descendent sans nous vers le sud

quand tout en haut

vers le sommet de la colline

le cimetière des licornes

 nous hèle

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Après

le grand Nègre qu’on est

s’avance tout nu dans la neige

le lait chaud de ses songes

lève un peu de vapeur encore

et s’absente dans l’aube 

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Après

le Gitan de qui l’aile

laisse un moignon à notre épaule

s’assoit dans l’herbe du fossé

et  regarde verser

l’épave de sa caravane

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Après

l’Inuit enseveli en nous

monte s’asseoir parmi les ombres

et le charbon bleu de sa vie

s’allonge sous les litres noires

puis s’endort au verso du rêve 

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Après

le cœur est presque nu

le cœur reste tenu

dans un cercle de cœurs

car avec le vinaigre

l’éponge du cœur absorbait

l’âme mêlée de sang

des bien-aimés 

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Après

tout le lointain n’est plus qu’un drap

un oiseau noir occulte la fenêtre

la chambre penche

comme une chute d’échafaud 

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Après

lorsque le silence a semé

sa belle blancheur inféconde

les indices et les gestes d’amour

-  leurs silhouettes 

comme des naufragés

s’en viennent battre la surface

des grosses eaux tumultueuses

qu’on laisse derrière soi

DENYS - LOUIS  COLAUX

G  A  L  E  R  I  E

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PRÉSENTATION DE L'ARTISTE

a mis 1.jpgMisty Dubateau, Misty Orchid, Misty l'Orchidée, la Fleur mystificatrice,  Misty, passagère et armatrice d'un bateau ivre qu'elle a conçu à son image, Misty le singulier oiseau d'Asie et d'Ailleurs, Misty l'orchidée sauvage, Misty la perle de jazz, est une jeune femme qui a été et est, notamment, le modèle de mon ami photographe Martial Rossignol. Pertinente et impertinente, farouche, brutale, pétulante, séduisante, merveilleusement expressive, belle et robuste, audacieuse, provocante, rebelle, offensive, canaille, fielleuse, douée d'un tempérament puissant, orageux, insolant, complexe, elle est aussi d'une nature extrêmement sensible, raffinée, très artiste, esthète, inventive et inspirée. Cette créature est un barbare, une Amazone, une fée, un geste de soie, une strophe lyrique, une solide gifle, un nuage de vanille, un haïku feutré, un hurlement. Elle occupe chacun de ses quatre points cardinaux. Quand j'ai appris que cette émouvante fauvesse s'essayait à l'autoportrait, je me suis rendu dans son espace. J'ai été bien inspiré. Nous sommes à l'aube d'un vrai talent. La femme ici se décline très personnellement, ce qui est révélé ici - un peu à l'écart du modèle, mais sans rupture définitive avec son travail - est subtil, poignant, élégant, original, touché par la poésie. L'initiative qu'elle prend d'exister ailleurs que dans le regard de l'autre est heureuse et féconde. C'est une voie de liberté qu'elle s'ouvre, une voie où dire son originalité, un lieu où nous émouvoir et nous charmer, nous surprendre. La femme, dirait-on, entre dans sa propre forêt. Nous sommes à la lisière de quelque chose. L'artiste intègre ses autoportraits dans un espace imparti à Misty Orchid et sous la signature de Sova Lova, qu'elle présente comme un personnage fictif. Lucidité foudroyante, ironie, cynisme ? Le labyrinthe est à la mesure de la personnalité de Misty. En cela, il est parfaitement autobiographique. Ce qui tend vers la vérité, vers le mythe de la vérité est nécessairement multiple et polymorphe. Quelques pépites apparaissent dès les premiers essais. Quelques pièces m'ont littéralement enchanté. Ici commence, dans cette quête autobiographique, une chorégraphie troublante, un étonnant ballet sur le damier de soi-même. 

 https://www.facebook.com/MistyOrchidPhoto/

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Peintres : Mariano Otero

M A R I A N O    O T E R O

http://www.galerievuesurmer.com/fr/artiste.php?intIdArtis... (pour l'essentiel de l'iconographie)

http://www.galerievuesurmer.com/fr/artiste.php?intIdArtis...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mariano_Otero

a ot 19 petite.jpgPeintre espagnol né en 1942 et établi en France et plus spécialement à Rennes depuis 1956. Son père, Antonio Otero Seco, journaliste et auteur, fuyait le régime franquiste. Artiste décrit comme militant, il reste un ardent promoteur de la culture espagnole et tient à maintenir présent le souvenir de la guerre civile espagnole. Il est le peintre de la représentation des femmes et du tango.

Oui, les baigneuses enjouées, flexibles, reformées à l'échelle de leur bien-être, de leur réjouissance, vastes, larges, imposantes, superbes, les monumentales preneuses de soleil, oui, j'aime cela, c'est un étonnement bénéfique, bienfaisant, cette disproportion magnifique, ces anomalies splendides, oui, la langoureuse passion du tango, la célébration du tango, de l'étreinte, oui, cela me plaît, mais rien ne me ravit, chez Mariano Otero, comme ces portraits de femmes égarées, presque absentes, absorbées dans leurs pensées, ces femmes aux sentiments cachés, masqués, ces créatures splendides pratiquement indifférentes à qui les peint et qui vivent à l'écart, tout près, dans un temps singulier, une minute individuelle, dans le lieu de leur propre respiration. Il y a là, peut-être, une étrange, nouvelle et subtile compréhension de l'être féminin. Beauté étrange, fascinante et dont le magnétisme curieux et insolite excède de très loin les grâces formelles. Un voyage pictural qui ne fait pas fi de l'agrément plastique mais s'aventure beaucoup plus loin, beaucoup plus avant que les poncifs, les images superficielles, le kitsch lassant des roucoulades. Bousculant les ressassements stériles et masculins de l'éternel féminin, voici peut-être un regard, masculin lui aussi, sur l'étrange présent féminin. Et le peintre, s'oubliant soi-même, s'est totalement dissous dans l'art de regarder et représenter l'autre. 

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