14/09/2016

Nelly Kaplan - Entrez, c'est ouvert (autobiographie, L'Âge d'Homme, 2016)

NELLY KAPLAN SE LIVRE

Entrez, c'est ouvert - Autobiographie - L'Âge d'Homme - 2016

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Voilà que dans une toute récente autobiographie, la cinéaste et romancière Nelly Kaplan parcourt la surface jusqu'à présent accomplie de sa vie. Et nous la découvrons entre son enfance argentine et aujourd'hui, à l'instant même où elle rédige les dernières phrases de son récit autobiographique. La Flibustière est en forme, elle est inspirée, elle conçoit un récit haletant découpé en petits épisodes denses et alertes. La lecture du récit est savoureuse, émouvante, libre. Le courant vous emporte et vous chahute, vous trouble, vous émeut. Tout est là, la fillette originale, un peu fugueuse, rebelle à l'autorité, aimée des siens mais souvent incomprise, parfois redoutée. La jeune fille, bonne étudiante, est avide de lectures. Elle dévore la bibliothèque paternelle. L'ouvrage de Breton et Soupault, Les Champs magnétiques, qu'elle découvre en espagnol, la passionne. Une autre passion la dévore : le cinéma. Les origines juives sont racontées, avec les angoisses. Advient l'heure du départ à bord du Claude Bernard pour la France d'une très jeune femme résolue, d'une aventurière téméraire sans argent et qui ne parle pas le français. La dêche dans Paris. Les petits boulots. L'apprentissage accéléré de la langue avec la radio et la presse. Les immenses rencontres. Gance, Soupault, Fraenkel, Mandiargues, Breton, Picasso, Masson, les collaborations superbes. Et l'aventure de la création : écriture, cinéma. Et les amours libres, foudroyantes, libres, fiévreuses, libres ! Les succès, les échecs, le caractère tranché, volontaire d'une Piratesse qui ne s'avoue jamais vaincue. L'histoire des films, des livres est racontée avec malice, intensité et cet accent d'orgueil taquin et désarçonnant qui n'appartient qu'à l'artiste et que nous aimons sans modération. Le ton est enlevé, léger, hilarant, grave, profond, tragique, une sensibilité troublante traverse l'oeuvre, l'exhausse. Mais la sorcière est rebelle, aucun bûcher ne lui convient, l'artiste est libertaire, insolente, inflexible. Elle peut connaître des colères rougeoyantes, en venir aux poings pour défendre une oeuvre. Elle ne s'attarde pas au ressentiment, une élévation d'esprit préside au récit, une dignité, une noblesse. Et le goût immodéré de l'énormité, de la provoc. Et Nelly Kaplan est une travailleuse obstinée, parfois jusqu'au vertige. L'ouvrage a sa lucidité pour lui, son absence de complaisance. Les obstacles ont été nombreux, il a fallu ferrailler souvent. Mais le sens vital de la liberté n'a jamais cédé, le désir inextinguible de créer non plus. l'audace n'a pas renoncé. Au final, un livre original, singulier, passionnant au diapason de l'oeuvre atypique et audacieuse et déjà historique de Nelly Kaplan. Car oui, sa place est faite dans l'histoire du cinéma français. Nous sommes dans l'attente d'un nouveau défi.

Petite promenade dans une grande oeuvre

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