19/09/2016

The Free State of Jones

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a aa 1.pngTHE FREE STATE OF JONES

Une vérité moins plastique

Le film de Gary Ross, un drame historique, nous apporte un nouvel et terrible éclairage sur la guerre de Sécession. D'abord, la cruauté obscène des combats, sorte de 14-18 américano-américain, déchire l'écran. Des questions, souvent tues, jaillissent, pertinentes et troublantes : faut-il que les pauvres se sacrifient dans une guerre fratricide au profit des gros propriétaires ? Faut-il que nous soyons, nous, pauvres péquenots sacrifiés, des acteurs de l'injustice raciale, de l'esclavage ? Mais plus encore, le film s'oppose farouchement au kitsch de l'histoire, à l'embellissement crapuleux de l'histoire. Le cinéaste, qui réalise ici un film tiré de faits réels, en quelques mots, nous le donne à entendre dans une interview dont voici les références : 

http://cinema.jeuxactu.com/news-cinema-matthew-mcconaughe...

On traite d'une période que les Américains ont découverte dans leurs livres d'histoire dans le style :"la guerre est finie, l'esclavage est aboli et tout est résolu". Mais ce n'est pas ce qui s'est passé. A peine les esclaves ont-ils été affranchis qu'ils ont à nouveau été réduits en esclavage durant la Reconstruction. Ce n'est pas vraiment un sujet qui intéresse les Américains.

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Le grand acteur Mathew McConaughey, qui incarne Newton Knight - le personnage central - avec un talent et une conviction époustouflants, ne s'inquiète qu'à moitié du demi-succès rencontré par le film aux USA. Il sent que ce film bouscule l'imagier américain, il sent que ce film est une sorte de vent de vérité qui rattrape la légende. Il a une opinion bien claire sur cela, une opinion qui s'accorde bien avec celle du cinéaste :

C'est un film éminemment pertinent. Et cela même s'il n'a pas rencontré un énorme succès aux Etats-Unis. Tout comme Gary Ross, j'en tire une grande fierté. Il gagnera en notoriété avec les années. On peut se perdre en conjectures sur pourquoi le film n'a pas mieux marché. Mais bon, c'est un film dont le sujet est intense. Ce n'est pas un film léger sur lequel on discute en gobant du popcorn. C'est un film qui vous pousse à vous regarder dans le miroir. 

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Le film révèle, né d'un dégoût de l'exploitation de l'être et de la folie meurtrière des combats, un foyer de sédition gaucho-libertaire, égalitaire et coopératif. C'est Knight qui en est le fondateur. Il ne s'agit pas de l'instauration du paradis sur terre. Mais les choses éclosent lentement, douloureusement, comme au travers d'un grand chaos. Une lutte s'engage pour l'émancipation du prolétaire exploité, pour l'émancipation de l'Afro-américain, pour la propriété partagée. On s'en doute, ceci blesse aux entournures le spectateur lambada assis sur l'oeuf un peu rance de son rêve américain. Knight est là, figure laborieuse, humble, déterminée, meurtrie d'un défi qui sera écrasé et qu'on piétine aujourd'hui encore.

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Un grand film original

Après la mort violente de son neveu dans les tranchées, l'infirmier Knight, témoin privilégié de l'horrible boucherie, déserte et se réfugie dans le bayou. Il fonde, avec des fugitifs noirs comme lui cachés, une sorte de communauté à laquelle d'autres, Noirs et Blancs vont se rallier. L'ennemi commun, c'est le riche planteur du Sud. Knight s'éprend d'une jeune Noire avec qui il aura un enfant. Pour lui, tous les êtres sont égaux et doivent se comporter de façon solidaire. Chacun doit posséder sa part de terre et le fruit de son labeur. 

Le film de Ross se distingue de la geste hollywoodienne et de ses avatars. Il est filmé avec une certaine sobriété, un souci réaliste, il est surtout habité par une humanité poignante et pourtant se tient à l'écart de toutes les séductions faciles, de toutes les bassesses du genre. Il est soutenu par une équipe d'acteurs puissamment habitée par la qualité du projet cinématographique. Mathew McConaughy y est inspiré, brillant, personnel. Toute la distribution culmine, et, pour n'oublier pas quelques astres dans le ciel du film, je veux mentionner, dans le rôle de Rachel Knight, la très convaincante Gugu Mbatha Raw ou, dans celui de  Moses Washington, l'excellent Mahershala Ali. 

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Liens utiles :

BANDE SON

https://www.youtube.com/watch?v=J_22DoDBUhA

https://www.youtube.com/watch?v=chEyPzrHv8g

TRAILER 

https://www.youtube.com/watch?v=y_38WdArR20

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