06/10/2016

Les chroniques du Poisson Pilote n°29

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n u m é r o   2 9

D'abord, je reçois deux de mes absents. Je les place invariablement parmi mes coups de cœur, mes exaltations. Je les retiens affectueusement. Bon, d'abord, il y a Alain Adam, mon ami peintre. Lui, il est de toutes mes chroniques puisque l'illustration est de lui. Mais je ne veux pas d'une présence automatique. Je veux repartir à la recherche, reprendre contact avec toute l'oeuvre, souvent. Je reviens à son Balzac qui m'avait si profondément ému, qui me paraît si intensément vraisemblable.

A l a i n    A d a m

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P a t r i c i a    E l o y - V e l t i n

Je me souviens d'elle avec tendresse. C'était un mail-artiste toujours occupée à créer des ponts, des échanges d'art fragile. C'était aussi, bien qu'elle en parlât rarement, une femme bouleversée par son veuvage. La maladie a eu finalement raison d'elle. Elle m'écrivait de petits messages, des messages poignants, inspirés, sensibles et délicats, pratiquement jusque dans ses derniers jours, des messages qui s'allégeaient, s'évaporaient parfois jusqu’à ne plus faire que quelques syllabes. Mais elle tenait le contact. J'étais ému par sa beauté singulière, sa résistance à la maladie, sa volonté inflexible de créer, de semer de petits signes. Aujourd’hui, j'en ai,  de ces petits signes. Et je leur fais place. Et je m'aide d'eux pour songer à la présence des autres.

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Puis, il y a mes nouvelles découvertes, quelques émotions artistiques que je souhaite partager. Mais d'abord, je reviens un instant, pour assurer un suivi dans mes prédilections, à la photographe française Nadia Wicker dont l'oeuvre, - par son inventivité, son sens de la couleur, son formidable travail autobiographique, sa maîtrise technique, ses trouvailles formelles, son charme irrésistible, sa poésie affolée et affolante, son glamour inspiré et noble, sa quête architecturale, son sens du baroque - me tient en hypnose. C'est pour moi un bonheur de m'avancer dans ses collections somptueuses et, d'un peu de bonheur, il faut toujours témoigner. Il faut témoigner inlassablement. Je crois d'ailleurs que l'oeuvre de Nadia Wicker est de plus en plus reconnue et célébrée, je crois qu'elle commence à trouver les échos auxquels sa qualité la destine. Moi, je recueille dans mon tamis une merveilleuse suite de paillettes d'or.

N a d i a    W i c k e r

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Geneviève  Van  Der  Wielen

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http://www.gvdw.be/

http://genevievevanderwielen.blogspot.be/

Une oeuvre qui met sens dessus dessous

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a gene 11.jpgArtiste peintre belge, né à Verviers en 1954. Elle a fait entre 72 et 75, ses études à l'Institut Supérieur des Beaux-Arts Saint-Luc de Liège.  Elle dessine, peint à l'huile, à l'acrylique, elle travail au pastel ou pratique le monotype linéaire en noir et blanc. Le trait, bel et fluide, simple, les formes comme synthétisées, les couleurs tranchées ont une espèce de candeur saine en même temps qu'une signature originale. L'oeuvre a une facture très dessinée, avec une ligne presque claire mais, à y regarder de plus près, le travail pictural est présent et savant. Il y a là-dedans une combinaison singulière de bande dessinée, de dessin allègre et rond, de gravure, de peinture qui forme un art très original, nouveau, plein de vitalité et de ressort, pétri d'une sorte d'amabilité insidieuse. Cet art, bien sûr, n'affiche une sorte de grâce bienveillante que pour masquer sa truffe de loup. De louve. Il y a, sous l'invention, des réminiscences de Balthus, de Labisse, d'Enki Bilal, de l'art sacré avec des visages d'anges à qui, en toute inconscience, on donnerait le bon dieu et toute sa vaisselle (calice, ciboire, burettes) sans confession. Car oui, la joliesse de la manière, les éléments d'enchantement propres à la manière, cette sorte de sensualité débonnaire ne sont là que pour nous abuser, nous apprivoiser avant de nous harponner comme des mammifères marins. Oui, l'oeuvre de Van Der Wielen, c'est autre chose. Autrement plus audacieux. L'oeuvre s'aventure partout, dans un sentiment de très grande liberté, avec une force inaccoutumée, une pure férocité parfois. L'oeuvre fouette et pince, emboutit, l'oeuvre sourit aimablement, flagelle, attache ou s'amourache de la mort, l'oeuvre se dénude, défonce un mythe, répand de violentes bouffées d'érotisme, l'oeuvre provoque, l'oeuvre marche sur Lesbos d'un pas délicieux, l'oeuvre se pend au fond d'une chambre sombre, l'oeuvre a des résonances ropsiennes, l'oeuvre satanise, l'oeuvre dévoile l'odieux, l'oeuvre caricature, l'oeuvre perfore, pénètre, l'oeuvre fait voir des maternités étranges ou inquiétantes, des encornages insoutenables, des étreintes ferventes, des passes putassières, l'oeuvre navigue dans l'eau trouble des phantasmes, l'oeuvre cingle à des vitesses de drakkar, l'oeuvre songe voluptueusement ou éventre et arrache le cœur, l'oeuvre frappe les totems, malmène l'homme ou le chérit ardemment, le regarde sans complaisance, l'aime, l'oeuvre regarde l'enfance sans enfantillage, l'oeuvre exhibe des corps débités, l'oeuvre est gracieuse, l'oeuvre rend visite aux instincts, l'oeuvre joue avec les tabous, les limites, l'élégance, la volonté de destruction. l'oeuvre séduit, se moque, se fout de nous, nous ravit, joue avec les mots et les images, les symboles, l'oeuvre est exquise, perfide, incontrôlable, libertaire, l'oeuvre éveille un frisson, une fragrance, l'oeuvre frappe au visage. L'oeuvre est dangereuse, périlleuse, incendiaire, blasphématoire, sacrilège, indomptable. L'oeuvre a la dimension des créations ambiguës, dérangeantes, gênantes aux entournures, vernies au vitriol. L'oeuvre est d'un dynamisme forcené. L'oeuvre est subtile, habile, savante. L'oeuvre a du souffle, de l'envergure, de l'opiniâtreté, du tonus. L'oeuvre est admirable. L'oeuvre transgresse. L'oeuvre est si abondante, si riche, si plantureuse, si infatigable, si chatoyante que je suis au désespoir d'en montrer aussi peu, d'en recueillir aussi peu. Mais j'en ai, je crois, recueilli assez pour éveiller la curiosité des amateurs d'art. Les deux liens que je mets à leur disposition leur permettront d'avancer dans la découverte de l'oeuvre. Que les autres, incapables de regarder, aillent se faire voir ailleurs. 

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