13/03/2017

Manchester by the sea (Kenneth Lonergan)

MANCHESTER  BY  THE  SEA

D u   g r a n d   c i n é m a

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Encore un film de qualité. Lent. Douloureux. Éprouvant. Passionnant. Souligné par une bande originale étonnante, avec des bouffées parfois intenables en densité émotionnelle.

Lee Chandler est ouvrier d'entretien. C'est un type étrange, lent, détaché, presque somnambulique. Il est appelé en urgence, son frère Joe, atteint d'une maladie cardiaque, vient de faire un malaise. Quand Lee parvient à l'hôpital de Manchester, son frère vient de mourir. Lee va devoir affronter cette réalité sordide, il va être chargé de l'éducation de son neveu et il va renouer avec la tragédie de son passé familial.

Le film est très construit  par vagues de flash-back intimement serties dans le présent. Le rythme est lent. Le film prend son temps. L'image, même urbaine, est soignée mais demeure sobre, pleine pourtant de trouvailles, de vues touchantes. Mais l'image, dans la trame de l'histoire, ne cherche pas ou peu l'effet dramatique. La musique apporte souvent cette dimension de soulignement intense et soutenu. 

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Le film respire d'une façon oppressante, d'une oppression communicative et son atmosphère de tragédie ordinaire a quelque chose de plus, une intensité, une profondeur, une acuité rares. La vibration tient du début à la fin. A l'écart de la démonstration, ce film vaut par son désir, souvent exaucé, de toucher à l'essentiel, à l'âme enfouie des personnages, il vaut par sa volonté de chercher l'être et sa vérité (fût-elle fragile, aléatoire, changeante).

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Le film découvre progressivement, comme on lève un voile, l'ampleur terrible du séisme. Son étoilement. Ses séquelles.

Dans des décors modestes, dans la trame pénible de vies ouvrières simples, sur des vues de la petite cité balnéaire de Manchester, la musique produit des effets faramineux. Haendel, Albinoni, Massenet entrent ici pour insuffler de la dimension, pour attiser et dilater l'âme du film. C'est une réussite considérable. Comme en est une autre la musique hallucinante, hypnotique, dense et flottante à la fois de la compositrice et musicienne canadienne Lesley Barber. C'est aussi un grand atout de ce film.

https://www.youtube.com/watch?v=b9iKo5piMwk 

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Il y a le martyre d'un homme revenu à la source de sa tragédie. Il y a sa presque extinction et la façon pressante, urgente dont le monde l'appelle. Il y a son dénuement et les trésors qui sont exigés de lui. Il n'y a pas d'héroïsme, il y a l'ordinaire, le quotidien, la démesure insupportable de la vacherie du destin. Puis, affleurant par instants (des instants qui sont ici sublimes), on aperçoit subrepticement la beauté des êtres, leur sensibilité, leur fêlure. 

Il y a cet aboutissement fameux d'un cinéma qui réfute l'apparat, la pompe, l'artifice. Et des prestations splendides. Casey Affleck (virtuose), Michelle Williams (déchirante) et une formidable distribution.

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12/03/2017

Les Chroniques du Poisson Pilote n°32

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n u m é r o   3 2

Cette fois, un numéro ample, une enfilade de perles baroques, des fleurs violentes, des découvertes splendides, des rencontres heureuses. En philanthrope parfois grièvement sujet à un irrépressible dégoût de l'humanité, je ne retiens dans mes Chroniques que ce qui me charme, m'enchante, me bouleverse, me surprend, me déstabilise, m'aide à vivre. Le reste, - une abondante, une profuse diarrhée de croûtes molles, ne me sollicite désormais plus.  Et je vais, - chevelu, blanc, hirsute, un tantinet rebelle - en ligne directe à mes prédilections, en prenant garde, tout de même et malgré le bénéfice de chance que je pourrais en tirer, de ne pas fouler les étrons artistiques qui jonchent les rues, les salons, les galeries de notre monde en pénurie de pertinence. Il se pourrait, bien sûr, que je me trompasse quelquefois, que je fisse, en matière de goût, l'une ou l'autre faute, mais ces fautes et ces fautelettes, j'ai à cœur de les commettre seul, sans la bénédiction ou l'arbitrage de qui que ce soit. Il se pourrait que moi aussi je fisse de temps en temps les frais d'une carence de pertinence. Je le supporterai si j'ai pour consolation que mon impertinence demeure à l'abri de la panne. Deux choses (parmi d'autres) sont en moi inépuisables : l'enthousiasme forcené et la répugnance forcenée. Quand je me tâte (très honorablement s'entend), il m'apparaît quand même que j'aime aimer. En voici quelques preuves.

ASSUNTA GENOVESIO

On sait l'admiration immodérée que m'inspire l'oeuvre de l'artiste peintre Assunta Genovesio. (C'est un nom majestueux, je m'en rends soudain compte Il est conçu pour entrer dans la légende). J'ai beaucoup écrit sur elle, elle fera partie de ma prochaine navigation littéraire et artistique (Chercheur d'art chez JF Editions en mars 2017), elle a un pied-à-terre dans mes Chroniques, chaque nouveau tableau d'elle que je découvre me surprend et m'étreint le cœur. Chaque fois, je suis confronté à ce surcroît étrange, ce supplément où force, grâce et persuasion s'entendent. Chaque fois, la foudre se répète, chaque fois, une longe fréquentation, une patiente observation de l'oeuvre sont heureuses et bienfaisantes. Chaque fois, un bienfait est au rendez-vous. Une magie opère. Chaque fois, le sentiment est alarmé. Ici, la stupéfiante création de la lumière, la qualité de l'obscur, une atmosphère étourdissante, un ciel qui d'emblée entre dans mon intimité, des tons affolants. Il y a, avec le savoir-faire et le savoir-inventer, un parfum d'oeuvre, une dimension, une signature, une ampleur. Une respiration. Et j'entends un violoncelle. 

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JEAN-CLAUDE SANCHEZ

Il est ici chez lui. Mes espaces sont riches d'albums de Jean-Claude Sanchez. J'ai multiplié avec lui les collaborations. Je le connais un peu, désormais. Je sais notamment cette sorte d'adoration qu'il voue à la beauté asiatique. Et pourtant, à chaque fois, la nouvelle oeuvre me surprend et me subjugue. Un vrai talent exclut qu'on s'habitue à lui. Ici, une majesté étourdissante et singulière, avec des drapés d'une perfection sculpturale. Mélange heureux, sublime de densité et de légèreté, de dissimulation et de révélation. Les épaules sont superbes, le vase du corps et la perfection formelle confèrent à la femme un subtil et cohérent mélange de profane et de sacré. 

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a ass a.jpgELISA RETAILLEAU

http://elisa-arts.fr/

https://www.facebook.com/elisa.retailleaubureau

Artiste plasticienne, (peintre, dessinatrice, photographe), son travail est centré autour de la représentation du corps féminin et du mouvement, une démarche fondée dans la pratique de la danse. Elle est, - quelqu'un merci ! - un peu folle. Ses magnifiques photographies patiemment et artistement mises en scène, insolites et séduisantes, l'attestent. Dans son entreprise picturale, le trait est nerveux, rapide, frénétique, électrique et maîtrisé, il combine aussi quelque chose de délié, un goût inspiré, esthétique de la boucle, une rencontre harmonieuse de l'arrondi et des angles. Il y a une griffe, une patte. Les couleurs sont esquissées, parfois intenses, ardentes, souvent hypnotiques. Les couleurs aussi dansent et s'agitent, vivent en effervescence. Il y a là une grande liberté de ton, de sujet, une oeuvre audacieuse, une féminité orgueilleuse, séductrice, rayonnante, un mélange détonant d'ingénuité et de malice. Cette oeuvre me fait songer à une écriture pleine et lyrique. Ses photographies sont originales, allègres, poétiques, drôles, parfois, elles établissent des rapports sensibles et heureux, inspirés avec la peinture. L'oeuvre est complexe et indépendante, très personnelle, pleine de nuances, d'humeurs, de saveur, de caractère. 

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SABINE DELAHAUT

Sabine Delahaut est une artiste graveur que j'admire énormément et dont j'aime publier des œuvres dans mon espace. Je reviens toujours à sa technique minutieuse, aux  envoûtantes atmosphères de poésie, de mystère et de merveille de son travail. J'y reviens inlassablement. Sabine est dans l'actualité immédiate, elle expose à Liège, voir la superbe affiche en bas.

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SUZY COHEN et SUZETTE ALANIS

ne sont qu'une (part de la multiplicité de cette femme)

http://suzy-alanis.skynetblogs.be/

https://www.facebook.com/cohen.suzy

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a cohen suzy 7.jpgVoici un être étonnant. Une Suzy tout à fait inhabituelle. Distincte. Remarquable. Salomé, dit-elle, pour parler d'elle. Oui, Juive, fille d'Hérodiade, oui. Coupeuse de tête (elle ne coupe point, se contente d'exiger qu'on coupe) dont, retour de flammes !, la tête sera prise par le froid sur un plateau de glace. Salomé des peintres et des auteurs soulevant la tête du baptiste. Elle se sent Salomé, Suzy Cohen. Suzy Cohen est, au physique, une femme plantureuse, une Fellinienne (à mi-chemin d'Anita Ekberg et de Sandra Milo), une divinité à la rotondité exemplaire, Héra qui jetant son lait invente la voie lactée, une voluptueuse ample et fragile, un phantasme qui rit, aussi, une pin-up qui ragaillardit le marin en haute mer, au front, quelque part où il est penché sur l'icône. Elle a, disons, une bouche pour dire les Fleurs du mal. Des lèvres à cocktails épicés. Les yeux laissent songeur. Elle est du côté, dirait-on, à la voir, du sensuel, du suave, du voluptueux. Elle vit, exotique, très loin, à l'autre bout du monde. Il y a la mer, des pirogues. Un énorme décalage horaire. Et sa plénitude allongée sous le soleil exactement. Elle fait penser à la transformation, l'heureuse alchimie du marbre en moelle. Elle a des regards, des sourires mutins, enchanteurs. Du jazz est autour d'elle. C'est une belle joueuse. Insolente. Renversez-là, de grâce (avec son consenetment, nécessairement) sur un Steinway et qu'elle nous chante, décolletée et lente, I'll string along with you. Oh l'ample Sassie blanche, la diva qu'elle serait. Ecoutez ceci pour comprendre ce à quoi je pense.

https://www.youtube.com/watch?v=0ssAb-wJ3T4

Il se pourrait qu'elle ne chantât pas ou faux. On est disposé à tout lui remettre. Suzy Cohen, sûrement, - et dans mon esprit au moins - des gens viennent de très loin pour entendre (et enregistrer ses gémissements). Brame de jument licorne, geignement de sirène.  

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Mais non, ce n'est pas exactement de cela que nous parlent les poèmes de lady Cohen. Il parle de cela aussi mais assez peu. Ils sont plus graves, plus douloureux que l'icône que nous esquissons. Ils sont plus profonds. Ils sont d'une veine existentielle.chargée, marquée au fer rouge de la vie. Ils ont une intensité plus acérée, plus pointue. Ils ont des angles, des tranchants, des arêtes, des dérives. Ils sont blessés, vivants, ils palpitent, ils tremblent. Ils remuent ceux qui les lisent. Ils font affleurer des frissons. Ils s'écartent du léger, naviguent dans une geste sombre. En voici.

feuillets de corde et temps de glace: le tps qui reste

il est quatre heures du matin

elle le sent, elle ne va pas se rendormir

c est le printemps dans ce satané pays, il a encore neigé..

hier soir, elle a mal tiré les occultants , ainsi,  elle peut encore  apercevoir, par l interstice, un petit bout de ciel de nuit, livide, où se détache le squelette d un arbre nu, comme un présage..

elle enfonce sa tête dans l oreiller de plumes, relève ses couvertures et caresse automatiquement son corps nu, lui aussi comme cet arbre qui refuse de bourgeonner en ce faux printemps, son corps enfoncé définitivement dans un  hiver létal

la peau est encore tannée par le soleil des iles et douce, son corps , elle le connait parfaitement, c est un sac de coutures

elle le connaît si l’on peut dire, sous toutes ses coutures

le ventre est un peu replet et doux, elle arrive au pubis qu elle a voulu glabre, le caresse doucement jusqu' à la béance qui libère des arômes célestes, enivrants de vie

elle jette un autre coup d’oeil dehors où se remettent à tomber des flocons anesthésiants de volupté sur ses blessures qui ne se refermeront jamais

bientôt des pluies de l au delà du monde, des pluies venimeuses viendront ruisseler à travers un azur dément sur l’étendue malade de son esprit

le médecin lui a affirmé : "un mois, maximum"...

elle sait, donc.

elle continue de se parcourir doucement sous  la chaleur bienfaisante de son édredon

le temps qui reste, elle va l occuper à transformer ce mécanisme branlant en sensations divines, en fulgurances

demain elle appellera M, il ne saura rien de son drame

il continuera à l aimer, à la célébrer, à transformer ce corps de douleur en manne de plaisir

alors, elle oubliera, elle l’aimera aussi comme on aime un alchimiste, elle aimera aussi ce corps à l’histoire impitoyable

elle se dira, pour se rassurer que DIEU existe,  qu’il y a des ailleurs plus cléments

pensera tout bas "DIEU je ne dis pas que tu n es pas, je dis juste que je ne suis plus"

le dénouement sentira la chair à plein nez

il sentira la fête, la célébration rayonnante de la complémentarité entre le souffle ultime de la chair et la respiration haletante de la pensée

un jour, un jour à la fois

laissez-moi la résurrection de la chair, l’esprit se libère à l’approche de l inéluctable

le temps qu’il me reste

je veux l arracher définitivement au vertus rassurantes de la raison, mourir folle comme j ai vécu

le temps qu’il me reste se comptera en caresses, en tango des peaux

elle pense à deux phrases si similaires et si opposées

"je compte les jours"

"mes jours sont comptés"

elle sourit

le jour se lève

 

mais voir un ami...

il y a eu notre première rencontre

tu m’as lorgnée impitoyablement, au-dessus de tes petites lunettes de stakhanoviste

et j ai su, au premier regard , que nous allions vivre quelque chose d’inclassable

t avais l’air d un animal blessé

la lumière semblait trop intense pour toi car je crois que tu la voyais au travers des souterrains du sommeil

 

et puis , nous avons décidé de changer d’endroit

le café versailles avait ses limites

ta démarche ressemblait à une fuite interminable

tu semblais vaciller, perdu dans un abîme de grisaille

 

tu m’as appris le goût de la chimay bleue

ton visage accidenté ressemblait à une toundra

tu parlais, tu riais, tu buvais, tout était dans la démesure

 

il faudra comprendre la leçon du chagrin

qu’un geste suffit à écarter

il faudra comprendre le corps qui s’éteint comme muni d un rhéostat

 

il faudra comprendre le frisson

que nous mettons chaque jour de côté

sans savoir s’il annonce

ou abrège le souffle d autres vies

 

Il faudra réapprendre à aimer st gilles

 

just before

tu nous attends, de pied pas tout à fait ferme

dans cette petite maison blanche

impersonnelle mais  totalement adaptée à l’inconfort physique

 

je regarde ton visage

je le reconnais de moins en moins

tant il est bouffi

la  démarche devient mécanique

et bizarre

tu me fais penser à un playmobile

qui ne veut rien perdre de sa superbe

 

hier toutes tes forces restantes

ont servi à m’engueuler

à me donner une leçon de vie

ironie bizarre de la fin

 

B.

s’endort dans le fauteuil

comme un chat près du poêle

je vous regarde

et  me sens infiniment seule

infiniment triste

un nuage de vie qui passe

dans un ciel sombre

 

je vais finir par haïr la chimay bleue

 

sois sage ô ma ...

partout , il y a la douleur

persistante comme une pluie d’automne

comme la litanie des morts

 

dans mes rêves, dans mes artères

dans l’humidité des saisons

dans chacune de mes pensées

chacune de mes sensations

 

partout, il y a cette vrille

mouvement qui me précède

va –et-vient perpétuel

entre le monde et moi

et qui repousse les limites

de ma résistance

 

mon sismographe fonctionne

24h sur 24

et de secousse en secousse

je me lézarde un peu plus

(Sources : http://suzy-alanis.skynetblogs.be/)

NADINE BOURGNE

https://www.facebook.com/nadine.bourgne

http://www.nadine-bourgne.odexpo.com/

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En une formule très succincte, Nadine Bourgne évoque subtilement son art pictural : "Je réconcilie l'ordre et le désordre, la couleur et ses résonances, mais ma peinture restera tendrement agressive et follement solitaire". Je lisais, tout à l'heure, que cette artiste doute, qu'elle marche sur la falaise du désarroi. Ce sont toujours les artistes que le talent n'épargne pas, les artistes que le talent étreint au point de les faire suffoquer qui sont en proie au doute, à la détresse. Ici, chez Nadine Bourgne, il y a une oeuvre importante, originale, ardente. L'imagier brûle, grouille comme en force. Ces tableaux ont aussi des âmes de vitraux mis en joue par le soleil. Il y a une force, une solidité, une orchestration du chaos, une puissance de séisme ordonné. Une énergie faramineuse. Le fantôme du Cobra hante le travail singulier et personnel de Nadine Bourgne. Il y a un état d’ébullition dans ce travail pictural. Des éléments figuratifs habitent de grands orages abstraits. En même temps, ces intempéries vivent dans une sorte d'intimité, comme un monde intérieur et ses agitations révélés au regard de l'amateur d'art. Un univers intestin retranscrit dans ses états de nerfs, de fièvre, de rêve, de colère, de cauchemar, ses résurgences, ses saillies du passé, sa santé même. Comme la carburation de l'être mise à jour. La percolation de la vie en lui. Sans doute s'agit-il moins de lire que d'éprouver, de ressentir ce qui est montré.

Allez sur l'espace facebook de Nadine Bourgne, regardez l'oeuvre, rendez-lui justice, célébrez-la, partagez-la comme elle le mérite. Ne laissez pas un tel talent succomber au désespoir.

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11/03/2017

Fences (Denzel Washington)

F  E  N  C  E  S

C h e f - d' o e u v r e

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Je n'ai pas envie de faire le tri dans mes sensations, mes sentiments, mon désordre, de faire ouvrage de critique. Je veux rendre compte d'un état d'ébullition. Je veux, comme à la volée, noter par traits les impressions et les sentiments sur lesquels me laisse le film. Entre les crétins qui décrètent l'oeuvre trop bavarde et ceux qui considèrent que Washington se mire dans son oeuvre, il n'y avait guère d'encouragements ou d'incitations à regarder le film. Dieu merci, ces sinistres cancres et ces sordides minables ne sont pas parvenus à m'en dissuader.

Le film se passe à Pittsburgh, USA, dans les années 1950. Maxon est un ouvrier noir qui ramasse les poubelles. Il est affecté à la charge à l'arrière du camion. Les Noirs se sont pas autorisés à conduire le véhicule...  Les espérances du père n'ont pas abouti parce qu'il est noir. Avec une rigueur implacable, malade, obnubilante, le père veut mettre les siens à l'abri du rêve. Lui, l'intransigeant, le dogmatique qui cédera pourtant à l'incartade. L'amour, l'autorité, le délire, le monologue, le réel, le passé nouent ensemble l'histoire de cette famille.

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C'est un chef-d'oeuvre noir et un chef-d'oeuvre tout court de Denzel Washington (réalisateur/acteur) d'après la pièce éponyme d'August Wilson (Washington et Davis avaient tenu les rôles à la scène). C'est une tragédie noire, imbibée de l'esprit blues, de l'esprit jazz, habitée par le calvaire de l' histoire noire américaine, une tragédie déchirante, terrible, un film disert, ample, étouffant sur la condition humaine noire dans les années 50, sur un être blessé (Troy Maxon, éboueur noir et père de famille), despotique, obsessionnel, baseballeur empêché, croit-il, en raison de sa couleur de peau, égocentrique et profondément inquiet du destin des siens, embourbé dans la poisse et les désastres du sien, égaré, consciencieux, sentimentalement invalide, et qui fait voir le meilleur et le pire en lui.

C'est un film construit, intelligent, loquace où la parole soulage et envenime, ouvre et engendre des rotations folles. C'est un film sur la différence au sein de la même tribu, sur les ressemblances cachées, secrètes. Cela tourne jusqu'à l'ivresse, l'ébriété, le vertige. 

C'est un film sur l'amitié, l'intensité de l'amitié, les embûches qui la guette, la menace. 

C'est une attrapade avec la mort, avec l'obsession de la mort et de ses sordides métaphores, sur la mégalomanie et la fragilité ensemble, sur l'impossibilité des guérisons et sur le salut quand même.

Un film sur le désir, l'oxygène, la faute, un film sur la folie, le délire, le vertige. Un film sur les murs entre les êtres, sur les barrières qui protègent et qui enferment, sur la porosité invisible entre les êtres. 

Oh, c'est filmé, savamment, généreusement, chacun y a sa place, tout rôle - au-delà de et malgré l'attitude tyrannique de Troy Maxon - y trouve une place pour établir sa présence, fût-elle péniblement accessible, difficilement tenable, périlleuse. 

C'est une réflexion abyssale sur l'hérédité, la transmission, la construction d'un être. C'est un grand film sur l'amour, le tourment, la débâcle existentielle, le salut, le pardon.

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Un film sur la générosité et la sanction, sur l'échec, sur le refus de renoncer, sur la passion.

Autour du despote aux pieds de cristal, chacun des personnages existe et étouffe, adore et suffoque, se perd ou se fraie un chemin. Une parole abondante, ivre, féroce mène et noie le film, l’égare et le légende, le propulse.

Je n'en veux pas dire grand-chose d'autre. C'est trop tôt. Je suis épuisé, admiratif, épaté, bouleversé. L'oeuvre - difficile, dérangeante, captivante - est interprétée supérieurement par des acteurs totalement investis dans leurs rôles, des rôles pénibles, brillants, ambigus, puissants, tordus, marqués, meurtris, aimants, haineux, perdus. Viola Davis est époustouflante. Comme acteur et comme réalisateur, Denzel Washington réussit un coup de maître. Toute la distribution étourdit par son implication.

Je dis ceci : ce film noir, doublement noir et qui s'ouvre à la lumière, est à mes yeux une grande chose. Je me fous de ne pas faire l'unanimité et je conchie l'avis des clercs (petites têtes dispensées de l'impression de tournis ou d'enivrement) qui réprouvent laconiquement, misérablement l'excès de mots, de paroles,de saveurs, de minutes, qui n'y pressentent ni l'intense, ni l'ardent, ni le feu qui cherche périlleusement à dire l'essence, l'existence.

L'art noir place, avec Fences, un nouveau joyau à sa couronne. L'art tout court bénéficie de son éclat. 

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Le film est encore servi par une bande originale exceptionnelle. Détails prélevés sur youtube, au lien mentionné ci-dessous. Fences (2016) Original Motion Picture Soundtrack composed by Marcelo Zarvos. The Soundtrack consists of thirteen original songs by Zarvos along with others by Gene de Paul, Don Raye, Dinah Washington, James Cleveland, Sammy Cahn, Axel Stordahl, Paul Weston, Little Jimmy Scott.

https://www.youtube.com/watch?v=N7jXfzhWVbw

En guise de synthèse, un film époustouflant, historique, servi par des acteurs inspirés, engagés. Le talent et la présence des deux acteurs (Davis et Washigton) m'ont subjugué. J'ai la certitude qu'ils sentaient tous les deux qu'ils ne faisaient pas simplement un film mais qu'ils accomplissaient un pas dans l'histoire du cinéma.

00:28 Publié dans Coups de coeur | Lien permanent |  Facebook |