21/07/2017

Eric Brogniet - Tutti Cadaveri

Eric Brogniet

Tutti Cadaveri

L’Arbre à paroles, 2017

Brogniet Eric.jpgJe viens de lire l’ouvrage d’Eric Brogniet récemment paru à l’Arbre à paroles. A l’exact rebours des célébrations laborieusement sentimentales, à l’opposé de l’intolérable kitsch émotionnel ordinaire aux commémorations des tragédies considérables, Brogniet compose un puissant et pertinent réquisitoire contre l’abandon de l’être humain par le progrès centré sur le lucre. L’abandon, le sacrifice. Brogniet désigne avec une insistante clairvoyance les odieux et proliférants bubons d’un système totalement inscrupuleux et mortifère. Il montre la bête dans l’étoilement de ses tentacules. Il commente, dans une sorte de litanie fervente et implacable, la catastrophe du Bois du Cazier de juillet 56 et toute catastrophe où des hommes sont immolés, et désigne cette mafia du profit à tout prix, cette alliance, cette parenté orchestrée par l’avidité écœurante et ignoble, il nous fait sentir que rien n’est fait pour proscrire la prolifération de ces drames prévisibles, de ces dégâts collatéraux de la course vers la prospérité infirme et fermée sur soi. Il met le doigt sur cette sorte de complot du pire et sur cet aveuglement consciencieux qui gouverne sa pérennité.

Là-dedans, dans cette plaidoirie virile et inspirée, sensible et pleine d’humanité blessée, la voix de la douleur vient, mesurée, d’autant plus efficace, se faire entendre et retentir. Et nous tordre les viscères. J’aime encore, dans l’ouvrage de Brogniet, ce digne et rassérénant parti-pris pour l’homme. Il reste des poètes pour se dresser personnellement, singulièrement, à l’écart du larmoyant répertoire des trémolos, devant l’abject.  Et Angelo Berto, s’extrayant des entrailles de l’enfer après avoir cherché désespérément quelques signes de vie parmi les cendres et les fumées, continue à répéter son terrible : Tutti Cadaveri.

C’est ainsi que, selon moi, l’on commémore. En donnant du poing sur la table. En désignant la plaie béante. En considérant qu’elle ne se referme pas.  Et que c’est une calamité perpétuée.  

Le livre se compose de deux parties, la seconde constituant une traduction en italien (réalisée par Rio Di Maria et Cristina Panella) du texte de Brogniet. Une puissante illustration de Daniel Pelletti orne la couverture.

13:16 Publié dans Eric Brogniet | Lien permanent |  Facebook |

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