16/05/2013

Eric Allard

ERIC ALLARD

Dix petits poèmes

A1.jpgVoici Eric Allard, un poète belge, né à Charleroi, la même année que moi, 1959. Il est professeur de mathématiques, revuiste, critique et il possède un beau blog, "Les Belles Phrases" dans lequel j'ai eu l'excellente surprise de trouver des élements de ma colloboration avec le photographe français Philippe Bousseau. Et, de cet Eric Allard que je connaissais un peu, je découvre ce matin, en flânant, une très belle suite datée du 14 mai et intitulée "Dix petits poèmes". J'en aime l'élégance décalée, l'apparent et savant nonchaloir, la finesse, la qualité d'esprit et le charme singulier des formules. De grandes petites pièces, pour le dire succinctement. Par ailleurs, ayant un peu parcouru le site, j'en recommande très vivement la patiente consultation.

http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/

Dans cette attente, je soumets à votre lecture ces dix petits joyaux.

DIX PETITS POÈMES

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La poésie

parfois la poésie coule de source
loin des fleuves du dire
dans les bocaux de la littérature
les poissons des mots flottent
entre deux phrases

parfois la poésie se couvre de prose
c’est qu’il va pleuvoir
toutes sortes de choses
c’est qu’il va falloir
rentrer sa muse

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c'est une maladie

c’est une maladie qui se refile
de père en fils
comme une épidémie
 
aucun médecin
aucun traitement
ne peut la contenir
 
sinon la mère
avec le sirop de ses seins
et le lait de sa folie
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dans les musées
 
dans les musées
les visiteurs
ne posent pas de questions
aux femmes explosées
en petits morceaux
de peinture
 
ils lèchent la peau
écaillée
en découvrant
toutes les réponses
que pose la nudité
à la beauté ensanglantée
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la piste
 
le ciel s’allonge dans mon lit
en déposant ses nuages 
sur l’oreiller
 
parfois
des avions légers
atterrissent au milieu de la nuit
 
je ne me lève pas
pour évacuer la piste
des rêves

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la traversée
 
d’une seule envolée
traverser l’azur
 
puis tomber amoureux
d’une terre sans espace
 
où la vue seule
aurait la vie sauve
 
tandis que court à sa perte
la ligne d’horizon

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les égalités
 
l’homme ne vaut pas le rat
la femme ne vaut pas la souris
à quoi bon alors
toutes ces histoires d’égalité
entre rongeurs ?

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ne pas jouir
pour ne pas
sortir
de la volupté
par la petite porte
du plaisir

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essais & terreurs
 
j’ai bien essayé de manger
mon père et ma mère
mais ce sont des légumes
et je suis un indéfectible carnassier
 
j’ai bien essayé de manger
un fantôme
mais c’est bien inconsistant
à part les draps, c’est du vent

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à l’enterrement
 
à l’enterrement
du soleil
 
pas un chat
à la ronde
 
pas une queue
de radis
 
pas une goutte
de pluie
 
on aurait dit
la fin du monde

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avant d’écrire
ne te prononce pas
tire au jugé
tue s’il le faut
pousse au crime
en silence
masque ton envie
de commettre un massacre

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14/05/2013

Mario Benedetti (poète uruguayen)

Ne te sauve pas

Ne reste pas immobile
sur le bord de la route
ne gèle pas la joie
n’aime pas à contrecœur
ne te sauve pas ni maintenant
ni jamais
                              ne te sauve pas
ne te remplis pas de calme
ne garde pas du monde
qu’un simple coin tranquile

ne laisse pas retomber tes paupières,
lourdes comme des jugements
ne reste pas sans lèvres
ne dors pas sans sommeil
ne pense pas sans sang
ne juge pas sans temps

mais si
                               malgré tout,
tu ne peux t’en empêcher
et que tu gèles la joie
et que tu aimes à contrecœur
et que tu te sauves maintenant
et te remplis de calme
et ne gardes du monde qu’un simple coin tranquille
et que tu laisses retomber tes paupières,
lourdes comme des jugements
et que tu te sèches sans lèvre
et que tu dors sans sommeil
et que tu penses sans sang
et que tu juges sans temps
et que tu restes immobile
sur le bord de la route
et que tu te sauves
                                      alors,
ne reste pas avec moi.

 

Mario Benedetti

19:49 Publié dans Choix de poèmes | Lien permanent |  Facebook |

12/05/2013

John Keats

JOHN KEATS

ici repose celui dont le nom était écrit dans l'eau

A1.gifJohn Keats est un poète anglais, un poète définitivement jeune. Il est né en 1795 et, après une existence souvent pénible, a succombé à la tuberculose en 1821. J'ai lu quelques poèmes de lui, des poèmes romantiques et qui m'ont touché.

 

Bright Star (Étoile Brillante)

Brillante étoile ! Que ne suis-je comme toi immuable,
Non seul dans la splendeur tout en haut de la nuit,
Observant, paupières éternelles ouvertes,
De la nature le patient ermite sans sommeil,
Les eaux mouvantes dans leur tâche rituelle,
Purifier les rivages de l'homme sur la terre,
Ou fixant le nouveau léger masque jeté
De la neige sur les montagnes et les landes -
Non - mais toujours immuable, toujours inchangé,
Reposant sur le beau sein mûri de mon amour,
Sentir toujours son lent soulèvement,
Toujours en éveil dans un trouble exquis,
Encore son souffle entendre, tendrement repris,
Et vivre ainsi toujours - ou défaillir dans la mort.

Il y a aussi, dans ma lecture de l'oeuvre, ce vers (pour en saisir un, car mille trouvailles m'ont plu) qui m'a beaucoup enchanté : A thing of beauty is a joy for ever - Un objet de beauté est une joie pour l'éternité (toujours)

Mais ce que j'admire le plus chez lui, ce qui me renverse et m'étourdit, c'est l'épitaphe qu'il a composée pour lui. Je la trouve vertigineuse et sublime :

Here lies One whose name was writ in water - Ici repose celui dont le nom était écrit dans l'eau

A un rossignol (Ode)

Mon coeur se serre et une torpeur douloureuse
Me prend comme si j'avais bu à longs traits
La cigüe, ou bien quelque morne opium,
Et coulé à l'instant au fond du Léthé :
Non que j'envie ton heureuse fortune,
Mais je me réjouis trop de ta félicité, -
Qu'ainsi, dryade aux ailes légères,
Dans un mélodieux bouquet
De hêtres verts et d'ombres innombrables,
A plein gosier tu incantes l'été.

O que je boive une gorgée d'un vin
Rafraîchi dans les abîmes de la terre,
Fleurant bon Flore et la verte campagne,
Danse et chant de Provence, allégresse solaire !
O la chaleur du Sud à plein cratère
Où rougit l'authentique Hippocrène,
Son chapelet de bulles pétillant
A la bouche tachée de pourpre ;
O que j'en boive ! et quitter, ignoré, le monde,
M'évanouir avec toi dans la forêt profonde :

M'évanouir au loin, me dissoudre, oublier
Ce qu'en ta frondaison tu ne connus jamais,
L'ennui d'ici, la fièvre, le dégoût
Des humains occupés à s'écouter gémir ;
Où la paralysie ne laisse tressaillir
Que l'ultime poil gris, triste, clairsemé,
Quand, devenue d'une pâleur de spectre,
La jeunesse diaphane se meurt ;
Où toute pensée n'est plus rien que douleur
Et désespoir aux yeux vides ;
La Beauté même en perd son regard lustral,
Et le nouvel Amour languit, sans avenir.

Au loin ! Au loin ! Je volerai vers toi,
Non sur le char aux léopards de Bacchus,
Mais sur les ailes invisibles de la Poésie,
Tout encombré pourtant de mon cerveau infirme :
Avec toi, déjà ! Tendre est la nuit,
Et il se peut que sur son trône la Reine Lune
Se drape d'un essaim féérique d'étoiles ;
Pourtant ici nulle lumière,
Sinon ce qui nous vient des cieux avec les brises
Et court sur les chemins moussus, dans les ténèbres.

Je ne puis distinguer ni les fleurs à mes pieds,
Ni l'encens délicat flottant dans la ramure,
Mais dans l'obscur embaumé je perçois chaque effluve
Que répand alentour la saison opportune,
Sur l'herbe, le hallier, les baies sauvages,
La blanche aubépine et l'églantier pastoral,
Et l'éphémère violette sous les feuilles ;
Et sur la fille aînée du mois de Mai,
La rose musquée qui déborde de rosée enivrante,
Annonçant les soirées bourdonnantes d'été.

J'écoute sombrement ; c'est vrai que souvent,
A moitié amoureux de la Mort consolante,
Dans plus d'un vers rêveur je l'ai nommée tendrement,
Qu'elle emporte dans les airs mon souffle apaisé ;
Maintenant plus que jamais, mourir semble une fête,
Cesser d'exister, sans douleur, à minuit,
Au moment même, Rossignol, où en pareille extase
Tu donnes libre cours à ton âme !
Et toujours tu chanterais, mais vainement,
Ton haut requiem  au gazon de ma tombe.

Toi, tu n'es pas né pour mourir, Oiseau immortel !
Nulle avare génération ne t'a foulé aux pieds ;
Cette voix que j'entends dans la nuit  fugitive
Aux temps anciens berçait souverains et bouffons :
Ce même chant, qui sait, avait trouvé la voie
Du triste coeur de Ruth privée de sa patrie,
Debout, en larmes, parmi la moisson étrangère ;
Le même qui maintes fois enchanta
Des croisées par magie ouvertes sur l'écume
De mers dangereuses, au pays sans retour des fées.

Sans retour ! C'est un glas qui résonne en ces mots,
M'arrache à toi, me livre à ma solitude.
Adieu ! Car malgré ce qu'on dit, les chimères
Ne peuvent tout à fait nous abuser, -  elfe joueur,
Adieu ! Adieu !  ton  hymne plaintif s'évanouit,
Court sur le pré voisin et le ruisseau tranquille,
Jusqu'au sommet de la colline ; le voilà enterré
Tout au fond, sous l'herbe du val proche :
Etait-ce une vision ? ou un rêve éveillé ?
La musique envolée, suis-je avec elle en songe ?

( traduction nouvelle : A.PRAUD,  juin 2010 )

(Sources du poème Ode à un rossignol : http://hyperion21.blog.lemonde.fr/2010/06/15/john-keats-a...)

Voir aussi, pour se familiariser un peu avec l'époque, la situation et l'oeuvre du poète, "Bright Star" le très beau, l'ardent film (2009) de Jane Campion consacré à l'amour entre John Keats et Fanny Brawne. Avec, pour incarner Keats, Ben Whishaw et, dans le rôle de mademoiselle Brawne, la remarquable Abbie Cornish.

A1.jpg   A2.jpg

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02/05/2013

Roland Giguère

AMOUR DÉLICE ET ORGUE

Amour délice et orgue
pieds nus dans un jardin d'hélices
hier j'écrivais pour en arriver au sang
aujourd'hui j'écris amour délice et orgue
pour en arriver au cœur
par le chemin le plus tortueux
noueux noué
chemin des pierres trouées
pour en arriver où nous en sommes
pas très loin
un peu à gauche de la vertu
à droite du crime
qui a laissé une large tache de rouille
sur nos linges propres tendus au soleil
pour en arriver où
je me le demande
pour en arriver à l'anti-rouille
amour délice et orgue
ou pour en arriver au cœur tout simplement ?

tout simplement.

Roland Giguère
Forêt vierge folle, 1949

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29/04/2013

David Scheinert

Une enfance perdue


Avec tes yeux neufs, tes mains curieuses et ton pas indécis, avec ton gazouillis, tes mots roux et innocents, tes mines rieuses, tes grimaces de chat, toute la musique malicieuse.

Avec tes soupirs et tes cris, tes gestes tendres et maladroits, avec ta voix qui chante une chanson que personne ne connaît, sauf toi, avec ta peau vulnérable et tes châteaux forts, avec ta chair ferme et fragile, sans passé, sans aurore.

Avec tes malheurs énormes et insoupçonnés, avec ton pouce bien-aimé, ton cheval de bois, ta défense nue et ton coupable quoi, car rien ne t'a frôlé de ce qui déchire ce temps, innocent insoumis, traître attendrissant.

Tu trébuches à côté de famines, de génocides, d'apocalypses, soufflant dans une trompette, tapant dans un tambour, transporté, ravi par le sifflet d'un agent, puis soudain t'arrêtant pour appeler maman.

Enfant sur le chemin, que seras-tu demain, infirme, responsable, cul-de-jatte, bourgeois, ou un fou dansant de vingt ans, trente ans, avec ton âme dans tes pieds ou, plus rare, tendant les mains vers le monde devenant ?

Que seras-tu, bonhomme, à l'aube de l'avenir, pareil à ces parents qui filent ce qui se fait, vivant pour leurs sous, assis sur leurs biens, la tête farcie de choux, ou bien un homme fait de fleurs et de froment, un libre moissonneur semant ses lendemains?

Entre nos deux vie, il y a la distance d'un voyage sans retour, et rien ne nous unira, étrangers l'un à l'autre, moi, le vieux païen à la vie traversée, et toi, petit serin blond, au yeux d'un blond serein, d'un bleu infini, dont je ne connais pas le sens, puisque c'est le sens silencieux de la mort.

David Scheinert

10:08 Publié dans Choix de poèmes | Lien permanent |  Facebook |

Claude Bauwens

Mon jardin d’oiseaux (extrait)

À Danielle.

Ils niaient les évidences mais ne démordaient pas d’une seule : je n’étais pas des leurs. Je fus exclu, reclus. Enfin, ma maison commença de me rejeter comme un corps étranger.

Détaché.

Seuls mes oiseaux récupéraient ce détachement.

Je m’étais accoudé à la table de cuisine, qui m’avait longtemps servi « d’écritoire » du temps où ma plume fixait et épinglait les papillons des mots entre des journaux froissés et malodorants, rassemblant des épluchures de pommes de terre, les feuilles de la salade, du chicon ou du chou, que coiffe le marc de café. Parfois, je brandissais une feuille marquée du sceau de mon génie et d’une immense tache de graisse.

J’appartenais de plus en plus à l’extérieur qu’à l’intérieur ; au monde des oiseaux que je découvrais par la porte-fenêtre davantage qu’à mon chez-moi où je me trouvais aussi mal à l’aise qu’un blanc qui a renié sa race et brûle de partager la vie des Indiens.

Une nuée d’oiseaux aux prises avec le pain que je venais de rompre, attira, aimanta, assimila mon regard, mon attention, ma rêverie et je ne sais quelle substance intérieure, capta la plus grande part de mon être, ma subsistance.

Mon dernier forfait : nourrir les oiseaux au-delà de la date prescrite au risque de mettre en péril les semis des alentours. Sous les huées. Depuis la mort du chat qui les effrayait malgré lui et ne les chassait plus depuis longtemps, les oiseaux, au fil des mois et insensiblement, avaient peuplé le jardin jusqu’au pied de ma porte. Pendant quatre ans, ils se sont rassemblés comme à la dérobée.

Un jour, je découvre l’importance de leur migration en mon jardin, l’ampleur de son repeuplement ailé que je favorise à force de pain émietté et de graines en mangeoire, sous de hautes, multiples, triangulaires formations de mouettes étincelantes par la grâce de la lumière basse.

D’abord vinrent des moineaux et des merles, un rouge-gorge au seuil de l’hiver, quelques mésanges, une nuée d’étourneaux par un coup de froid, une ribambelle de tourterelles, une bergeronnette, puis peut-être des bouvreuils, des pinsons et des troglodytes... Ensuite, dépassée ma science limitée des noms d’espèces, je ne sais quels oiseaux bibliques ou féeriques.

Par la fenêtre ouverte de l’étage et dans le vague de la chambre, on entrevoyait, en chemisier grenat, la mystérieuse voisine. 

Elle côtoyait la glace de son armoire et on dissociait mal sa réalité et son reflet. Ce dédoublement provoquait un trouble et un malaise profonds mais un éclat de lumière effaça les deux apparitions ; le fer de ma bêche réfracta cette clarté qui m’aveugla. 

Auparavant le chagrin m’avait saisi, le regret violent de l’été passé, à la contemplation des végétaux vestiges desséchés d’un jardin florissant et totalement épanoui dans la chaleur dont je ne ressentais à présent que les premiers souffles poignants, espacés dans l’air encore froid.

Le jardin vide d’oiseaux me déconcerta et je m’empressai de rentrer pour leur rendre l’espace. Les oiseaux ne chantent ni ne crient : ils mettent en garde leurs semblables ou leur progéniture ; ils les avertissent du danger, de la menace humaine.

Pourtant, à la fine pointe de l’aube et tout péril banni, le merle siffle, semble rêver, laisse rêveur, retarde le redoutable jour.

Dans l’éden parental, il advenait que l’orage arrachât au sapin géant, un nid si bien tressé que sa chute ne l’avait pas détérioré, un nid et ses trois oisillons, le bec ouvert. Ce nid reposé à hauteur d’enfant, trop fréquenté, objet de trop d’attention, ne recevait plus la visite des parents. Chaque fois, j’espérais, à force de mies de pain, sauver les sinistrés.

Toujours, ils mouraient. 

 L’arc-en-ciel rappelait ma promesse non tenue. 

À présent, malgré la quiétude du jardin, qu’ils semblent ignorer, les oiseaux n’élaborent pas davantage de nids dont je feins de ne rien savoir.

Une arche d’oiseaux, un jardin d’ailes et chaque feuille à l’unisson. Nid de duvet sur le vent du jardin. J’octroie à chaque oiseau le pouvoir du phénix. Feux d’aube trop tardifs pour alerter.

Il neige sur les oiseaux plus que sur le jardin. Ils brilleront à la lune de gel.

Claude Bauwens - http://temporel.fr/Poesie-Claude-Bauwens,106

10:01 Publié dans Choix de poèmes | Lien permanent |  Facebook |

20/04/2013

Tristan Tzara

la grande complainte de mon obscurité deux

regarde mes cheveux ont poussé les ressorts du cerveau sont des lézards jaunis qui se liquéfient parfois

le pendu

troué

arbre

le soldat

dans les régions boueuses où les oiseaux se collent en silence chevalier astral

tapisseries fanées

acide qui ne brule pas à la manière des panthères dans les cages le jet-d’eau s’échappe et monte vers les autres couleurs

 

tremblements

souffrance ma fille du rien bleu et lointain

ma tête est vide come une armoire d’hôtel

dis-moi lentement les poissons des humbles tremblent et se cassent

quand veux-tu partir

le sable

passe-port

désir

et le pont rompre à tièrce résistance

l’espace

policiers

l’empereur

lourd

sable

quelle meuble quelle lampe inventer pour ton âme

septembre de papier gaz

dans l’imprimerie

 

je t’aime les citrons qui gonflent sur la glace nous séparent ma mère mes veines le long du seigneur

ma mère

ma mère ma mère tu attends dans la neige amassée électricité

fabuleux

discipline

 

les feuilles se groupent en constructions d’ailes nous tranquillisent sur une île et monte comme l’ordre des archanges

 

feu blanc

 

Tristan TZARA

12:32 Publié dans Choix de poèmes | Lien permanent |  Facebook |

Victor HUGO

Demain, dès l'aube...

 

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

 

Victor HUGO

12:27 Publié dans Choix de poèmes | Lien permanent |  Facebook |

18/04/2013

Pablo Neruda

Le Chant général (extrait)

Je prends congé, je rentre 
chez moi, dans mes rêves,
je retourne en Patagonie
où le vent frappe les étables
où l'océan disperse la glace.
Je ne suis qu'un poète 
et je vous aime tous,
je vais errant par le monde que j'aime :

dans ma patrie 
on emprisonne les mineurs
et le soldat commande au juge.
Mais j'aime, moi, jusqu'aux racines
de mon petit pays si froid.
Si je devais mourir cent fois,
c'est là que je voudrais mourir
et si je devais naître cent fois
c'est là aussi que je veux naître 
près de l'araucaria sauvage,
des bourrasques du vent du sud
et des cloches depuis peu acquises.

Qu'aucun de vous ne pense à moi. 
Pensons plutôt à toute la terre, 
frappons amoureusement sur la table.
Je ne veux pas revoir le sang
imbiber le pain, les haricots noirs,
la musique: je veux que viennent
avec moi le mineur, la fillette,
l'avocat, le marin
et le fabricant de poupées,
Que nous allions au cinéma, 
que nous sortions 
boire le plus rouge des vins.

Je ne suis rien venu résoudre.

Je suis venu ici chanter
je suis venu
afin que tu chantes avec moi.

 

Pablo NERUDA

12:50 Publié dans Choix de poèmes | Lien permanent |  Facebook |

Paul NOUGÉ

 L’

Intérieur de votre tête

n’est pas cette

MASSE

GRISE et BLANCHE

que l’on vous a dite

c’est un

PAYSAGE

de SOURCES et de BRANCHES

une

MAISON de FEU

mieux encore

la

VILLE MIRACULEUSE

qu’il vous plaira

d’

INVENTER

  

Paul Nougé

10:34 Publié dans Choix de poèmes | Lien permanent |  Facebook |