10/05/2017

Assunta Genovesio : l'apparition d'une nouvelle merveille

On sait mon goût pour l'oeuvre de l'artiste peintre française Assunta Genovesio. J'ai découvert hier soir une nouvelle oeuvre qui a produit sur moi un effet considérable. L'étrange pouvoir de fascination des couleurs et des contrastes, quelque chose qui tient d'une singulière harmonie, le pouvoir de présence et de captation du sujet, la force et l'équilibre de la composition, l'hallucinante qualité d'intensité et d’intériorité de l'instant . Ce qui est saisi et rendu ardemment, c'est "ce presque rien nu", cette seconde de somnambulisme et d'onirisme, cette humanité qui fait un instant boucle en elle-même. C'est le précieux fragile et délicat de l'être humain. Le pratiquement ordinaire transcendé par la magie d'un regard et d'une traduction picturale. Et j'écoute, je goûte, je savoure l'état de suspension dans lequel m'élève l'oeuvre.  

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28/11/2015

Assunta Genovesio

ASSUNTA GENOVESIO

Désormais, je cherche moins, je cherche encore, mais moins, j'ai fait des trouvailles et j'ai le goût de les entretenir, de les approfondir, mais plus encore, plus essentiellement, de vivre dans leur compagnie. Dans mes préférences, il y a cette peintre française sur l'oeuvre de qui je m'attarde souvent. Je note, dans le travail d'Assunta Genovesio, une particularité un peu vertigineuse : elle est capable, dans un étonnant effet de mimétisme, de créer une mise en évidence, capable de faire éclore, dans un bain chromatique uni, une fleur distincte, un joyau presque tranché, de valoriser un élément dans une atmosphère d'unité et de cohérence. Je suis de même, dans sa peinture, sensible à ce mariage abouti entre l'impétuosité (de vraies frappes au pinceau, des touches brutales et décidées, des applications franches) et une finesse, une habileté impressionnantes qui fondent à la fois une participation au lieu, une inscription du sujet dans l'âme du lieu et une présence singulière et remarquable. Cela me laisse sur une réconfortante et double impression d'appartenance et d'individualité, de moi harmonieusement présent au monde mais sans s'y dissoudre.

Genovesio, c'est la noble et inventive poursuite de l'inépuisable impressionnisme féminin initié par des artistes considérables comme Morisot, Cassatt, Gonzalès ou Bracquemond. Genovesio est une héritière de ces pionnières, elle est dans la relève de ces glorieuses que l'histoire a longtemps et impardonnablement mises sous l'éteignoir. Pourtant, ces femmes perpétuaient l’essentiel dans leurs œuvres : l'enfance, les relations avec l'enfance, les gestes de la tendresse, la grâce, l'être, le rapport de l'être avec la lumière, le jardin, la réalité quotidienne traversée par l'art, le caractère et le tempérament, la traduction visuelle de la poésie, ... Si bien que, dans mon esprit, ce qualificatif de féminin appliqué à l'impressionnisme résonne comme un hommage et une distinction. Une réparation aussi.

Genovesio se distingue aussi par un tempérament, une force, un caractère et une liberté d'approche. Et si elle existe de toute évidence dans une filiation, une haute filiation, elle est en même temps très éprise de cette liberté créatrice (elle n'est pas enfermée dans un système, on peut notamment l'observer dans la variété de ses jeux de couleurs) qui est une des recettes de son originalité artistique. Son tableau est davantage une atmosphère sertie dans un événement pictural : il s'agit moins pour l'artiste de représenter que d'exister dans les alchimies de son art, les effets de la lumière, le travail des couleurs avec des reliefs qui sont parfois d'un ordre expressionniste. Et pourtant, l'oeuvre a une profondeur humaine interpellante, une densité saisissante. Les autoportraits de l'artiste disent ces deux perspectives : ils sont des aventures picturales fondées sur les trésors de rencontres et d'invention entre le sombre, la couleur et la lumière et la forme et ils sont aussi des affirmations catégoriques, volontaires, incontestables de l'assomption orgueilleuse de la vocation artistique. Lorsqu'elle se peint, Genovesio peint intensément une femme qui s'affirme artiste. Et cette affirmation convainc et emporte l'enthousiaste adhésion du regardeur. 

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09/02/2015

LCPP n° 12 - Assunta Genovesio & Marine Daubersies

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M A R I N E    D A U B E R S I E S

Je veux revenir sur deux artistes peintres dont les destinées, pour cause d'estime et d'admiration, m'intéressent au plus haut point. La jeune Marine Daubersies de Lille m'épate, je reviens encore à son oeuvre, elle s'élève, elle grandit, elle est au mieux de son assomption, son art atteint une terrible plénitude, une puissance terrible et formidable. Nous y sommes, je l'affirme, le seuil est franchi d'une oeuvre énorme, bouleversante, d'une force évocatoire considérable. Chaque nouvelle oeuvre confirme le diagnostic : un terrible et incurable talent est là, une geste rouge et noire est en marche. Des vents de tempête sont entrés dans les voiles de Marine Daubersies. Et sa furieuse navigation dans ses mers intérieures me sidère et m'exalte. 

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A S S U N T A   G E N O V E S I O

Je vous parle d'elle depuis assez longtemps. A la première oeuvre d'elle entrevue, j'ai su que j'avais affaire à une grande peintre, une artiste avec une facture originale, une patte, un regard, une vision. Et une personnalité forte et affirmée, totalement engagée dans son art. Une femme vouée à laisser un nom dans l'histoire de la peinture figurative contemporaine. De cette pâte épaisse, profonde, appuyée, de ces formes marquées, insistées, de cette présence résurgente des ombres et des sombres, l'âme et la lumière jaillissent, réinventées, signées. De la vigueur et du doux marquent le travail, du subtil et du vif, du musclé, du hardi. Une façon de rendre le sujet à la fois tranchant et présent au lieu où il est représenté. Il y a de l'oxymore dans l'art de Genovesio : une brutalité ailée. Aujourd'hui - et sans que toutefois j'accorde une importance excessive aux prix - Assunta Genovesio est lauréate, en peinture, du Prix Frédéric de Carfort de la Fondation Française. Ce prix va dans le sens de l'histoire. Il consacre un véritable talent. Ceci nous est la source d'une grande joie. Gloire à ceux qui fleurissent et sacrent les artistes que nous estimons. Nous sommes heureux et nous pensons que c'est justice qu'elle ait été distinguée. 

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Autoportrait

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Autoportrait

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Autoportrait

01/02/2014

Galerie Assunta Genovesio

ASSUNTA GENOVESIO

une seconde galerie sur mon blog

a assunta genovesio 1.jpgPorté par l'enthousiasme, j'ajoute une seconde galerie d’œuvres à l'article que je consacre à l'une de mes artistes peintres favorites, l'excellente Assunta Genovesio. J'ai longuement déjà exprimé l'admiration que je voue à cette artiste (qui est aussi graveur, dessinatrice, céramiste). Chaque visite de ses espaces me confirme dans cette prédilection. Le deuxième élan, après le bonheur de la découverte, est celui du partage. Sans vanité mais assez orgueilleux pour considérer que mes espaces n'éveillent pas la seule curiosité des abrutis, des touristes et des badauds, je demande aux passant(e)s de prolonger par des recherches personnelles les rencontres artistiques que je tente de favoriser. C'est la raison pour laquelle j'aimerais que mes visiteurs prennent le temps d'investir tous les liens consacrés à l'artiste que je leur propose. 

http://assuntagenovesio.com/assunta/
https://www.facebook.com/assuntagenovesiopeinture
http://www.escarpo.com/artiste/16/1/peinture/assunta-gnov...
http://www.calapa.fr/galerie/18018/
http://www.hivernales.fr/artiste2013/genovesio-assunta/
http://www.artistescontemporains.org/assunta-genovesio,44...

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16/10/2013

Assunta Genovesio

Assunta Genovesio

http://assuntagenovesio.com/assunta/
https://www.facebook.com/assuntagenovesiopeinture
https://www.facebook.com/assunta.genovesio?fref=ts
http://www.exponaute.com/artistes/244-assunta-genovesio/
http://www.escarpo.com/artiste/16/1/peinture/assunta-gnov...

a ass 1.jpgEn 1998, elle est diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris. (Paris, ville de France, pays qui sert de socle à la Belgique et au Luxembourg). Elle est née en 1972, elle est belle et grave, avec quelques instants de discrète allégresse lorsqu’elle parle, elle apparaît dans l’ensemble calme et posée. C'est dans l'atelier de son père, restaurateur de tableaux, que très jeune elle est entrée en peinture.  « C'était l'atelier de La Strada et c'est vrai qu'il me collait entre les tabourets (comme j'étais toute petite) pour dévernir les toiles et autres travaux dignes d'une enfant de 6 ans ... je copiais aussi Caravage. Il organisait des séances avec modèles et je m'incrustais pour dessiner, alors après je ne me suis jamais posé la question de ce que j'allais faire dans vie ».  Artiste permanente de Green Flowers Art gallery depuis 2008, elle est aussi représentée par la galerie L'Escarpolette à Port-Navallo et participe à des expositions collectives, comme récemment Artystreetshow à Saint Ouen ou encore Jongking et le paysage contemporain à l'espace Art et liberté à Charenton. Elle parle ainsi, dans son espace personnel, de sa démarche artistique :

« La vie est une énigme aussi pour un peintre. Pour percer le mystère il va chercher à posséder le langage de la forme. J’étale de la couleur sur la toile et réorganise le monde de cette manière. Le choix du motif qu’il soit modèle ou paysage répond à une exigence qui vient de l’enfance, paradis perdu durant lequel mes premières sensations fortes étaient colorées. C’est avec cette palette qu’aujourd’hui je joue. Tout l’intérêt du sujet réside dans l’énigme plastique qu’il comporte, combinaisons de formes, de lignes et de masses, qui le rend intéressant picturalement. Le jeu consiste à chercher des rapports dans l’espace, l’unité découle d’une géométrie. Pour moi la peinture est la reconstruction mentale de l’univers intérieur sous l’apparence familière de la réalité. »

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Les quatre premières œuvres qui ornent cet article sont des autoportraits

a ass a 1.jpgElle se livre un peu dans un intéressant court-métrage (parfois pourtant un peu didactique et candide, et par moments sonorisé par une harassante musique de fond) réalisé par Laurent Ay chez YaprodYafilms et dont voici le lien : http://vimeo.com/52006638.  Sur le plan visuel, le film est très abouti et la peintre y est filmée avec talent, avec égard, avec une remarquable intelligence de la couleur et du mouvement, il y a des plans d’une grande beauté picturale. On y apprend qu’Assunta Genovesio a vécu, après ses études, une dizaine d’années dans le sud de la France, « pour pouvoir peindre ». Au milieu de la garrigue, elle avait trouvé un grand atelier  où elle s’est établie. Le calme, le silence, la lumière, tout y était propice à la création. Dix ans plus tard, elle rentre à Paris, cherchant à « diffuser sa peinture ». A Paris, elle est, deux années durant, à la Cité Internationale des Arts. Elle peint avec des modèles. Elle s’établit ensuite successivement  dans un atelier à Pantin, puis à Aubervilliers et la voici aujourd’hui dans son garage-atelier à Neuilly-sur-Marne. Elle aime la nature et la nature humaine, les passants (« qui hélas passent un peu vite »), maisons, arbres, rues. Elle aime le travail d’après le corps humain « parce que cela permet une combinaison de formes et de couleurs dans la lumière. Ce n’est pas tellement l’idée du corps humain mais ce que je peux en faire au niveau plastique ». Nous apprenons (la consultation patiente de son œuvre nous l’avait révélé) qu’elle peint à l’huile, qu’elle dessine, fait de la gravure. Pour la peinture, elle travaille toujours d’après nature, sur le lieu ou en face du modèle mais en gravure, elle travaille logiquement d’après dessin. «Je peux m’exprimer sur toutes sortes de supports : bois, papier, toile, céramique ». Le cinéaste nous la montre à l’œuvre, gauchère, le geste assuré et précis, répétitif, un peu haché (c’est une marque de sa technique de travail et de la répartition des couleurs, ces touches courtes et  insistantes), charmante dans son pull rose et coiffée d’un superbe couvre-chef d’artiste qu’elle porte avec grâce. Elle nous apprend encore  qu’elle « décide de peindre quelque chose parce qu’elle a une vision, parce que cela lui procure une émotion, c’est l’émotion qui déclenche l’envie de peindre. Après, poursuit-elle, ce n’est pas toujours le résultat que j’attendais mais je tente de me rapprocher de la vision que j’ai eue au départ. Des fois ça marche, des fois, non ». Dans la technique de travail, pinceau, doigt, couteau, elle fabrique ses couleurs et ses tubes, elle cherche, selon ses propres termes, à s’approprier, à enrichir sa matière.  Elle s’intéresse à l’heure actuelle au nord de la France, « à l’architecture industrielle en brique » parce qu’elle présente « de beaux rapports de couleurs et de lumière avec le ciel et des formes qui m’intéressent » et également à des modèles qui posent nus. Enfin, la peinture, dans la vie de l’artiste fait figure d’idéal, sans elle, « je me contenterais de manger, de dormir, tout ce que font les êtres humains mais j’aurais l’impression d’être un animal. En faisant de la peinture, j’échappe à ma condition d’être humain, j’échappe à la peur de la mort », conclut-elle avec un sourire désarmant.  Elle est sensible à l’art d’une façon générale, elle croit en son importance, en la littérature, la musique, tout cela l’aide à vivre. Et dans cette perspective, elle espère, dit-elle, donner un peu de plaisir aux gens qui regardent ses toiles.

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Voilà. C’est tout. Et voilà ce que l’artiste déclare. Sobrement. Car tout ce qui fonde le puissant, attrait, le formidable charme, l’irrésistible magnétisme de cette peinture singulière est un peu passé sous silence. Ou simplement, pudiquement tu pour nous permettre de chercher à l’exprimer.

L’impression première, c’est que l’on se trouve en face d’une grande peintre, d’une nature singulière et volontaire, en face de quelqu’un qui bâtit une œuvre et qui a le souffle et la vision pour mener cette considérable aventure. Sans tintamarre, sans déclaration fracassante. C’est au pied du chevalet qu’on reconnaît l’artiste. Mais il y a ici aventure intellectuelle, sensorielle, manuelle. Oui, je crois volontiers qu’Assunta Genovesio revient définitivement émerveillée d’un éblouissement et que son œuvre, - même sa veine sombre, même ses obscurités -, rend grâce à cette heureuse et intense révélation de la lumière et des couleurs. Tout de même, dans l’univers qu’elle crée, il y a des tamis, des feutres, des sourdines, une palette de rhéostats subtils, de nuances, des lieux où la lumière s’enivre dans de faramineux éclats de couleurs, des tessons vivants et dynamiques . L’œuvre oscille entre atténuations et intensifications. Elle va de la discrétion, de l’expression feutrée et sensible, du frôlement délicat à l’affirmation enthousiaste, à la vitalité solaire.

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a ass 4.jpgLes autoportraits de l’artiste nous font voir l’orgueil sans vanité que c’est d’être artiste, ils nous affirment la fierté de peindre et de s’affirmer peintre, avec classe, d’entrer corps et âme dans la dignité de peintre, de s’établir, en une solennelle déclaration d’identité, dans l’univers de la toile. Ces autoportraits sont les superbes traductions picturales du désir d’être pleinement artiste. D’une manière générale, les tableaux de Genovesio ont à voir avec le poème tel que le définissait René Char : « Le poème est l'amour réalisé du désir demeuré désir ». Je les situe à cette altitude. Assez haut pour qu’il faille, si l’on veut les apercevoir, lever les yeux. Je place les tableaux de Genovesio parmi quelques-unes de mes plus belles découvertes d’amateur d’art.          

Elle a sa version des choses. Et ce que l’artiste déteste, cette animalité à l’abri de quoi l’art la place, n’exclut pas cette dimension humaine, chaleureuse, ardente de sa peinture où l’autre n’est pas seulement le moyen d’une quête plastique ou formelle mais est aussi célébré en tant que sujet unique, singulier, vivant entré en relation avec la lumière et la couleur. Il y a un frisson humain dans la peinture de Genovesio, un chant de la présence de l’autre, il y a une réalité charnelle et poétique, un regard libre et noble sur le corps, une reconnaissance du sacré dans le nu. Et la forte impression que produit sur moi l’œuvre m’a poussé d’abord à la présenter comme on partage une belle découverte et ensuite à adresser  à l’artiste une longue série de questions.

Interview Assunta Genovesio

1° Voulez-vous évoquer ces temps décisifs durant lesquels vous découvriez la peinture dans l’atelier de votre père, restaurateur de tableaux. Quelles étaient les missions que vous assignait votre père ? Était-il proche de vous, attentif à votre activité, bienveillant, vous prodiguait-il des encouragements ? De quelle nature étaient vos rapports dans cet atelier ? « Mes premières sensations fortes, écrivez-vous dans votre espace, étaient colorées ». L’atelier s’appelait La Strada. Ce mot marque-t-il l’origine italienne de votre père, a-t-il un rapport avec le superbe film de Federico Fellini ? Vous évoquez brièvement, dans les sources que j’ai consultées, votre présence à six ans lors de séances de travail avec des modèles. Parlez-nous un peu de vos premières confrontations au modèle. En raison de cette enfance dans l’atelier paternel, vous écrivez : « je ne me suis jamais posé la question de ce que j'allais faire dans la vie ».  Mais quand situez-vous la prise de conscience, le désir personnel de devenir artiste peintre ? La vocation résulte-t-elle exclusivement d’un éblouissement indélébile connu dans l’enfance ?

a ass 7.jpgLorsque j’étais enfant dans l’atelier de mon père tout a eveillé mon désir de peindre : de grandes et belles peintures classiques posées sur d’énormes chevalets, de vieilles palettes avec des mélanges de couleurs sèches et la couleur fraîche disposée au-dessus, les pots en terre avec les résines et vernis, l’odeur de la colle à rentoiler. Un peintre barbu bénificiait d’un petit coin de cet atelier pour peindre près d’une fenêtre. Je le regardais poser son pinceau chargé de matière colorée et gluante sur sa toile.

Ma participation au travail de l’atelier se limitait à dévernir les toiles avec un coton imbibé d’acétone (diluant) dans un mouvement circulaire. La plupart du temps mon père m’installait un carton ou un panneau préparé pour la peinture sur lequel je faisais le report d’un dessin d’après Caravage ou Raphaël et ensuite je le peignais, à l’huile,  en suivant ses conseils techniques, mais il nétait pas d’une grande patience et j’ai appris beaucoup à l’intuition en tâtonnant.

Dans cet atelier j’ai acquis un goût indélibile pour la « grande peinture », celle de l‘école Hollandaise du XVIIème et les italiens des XVIème et XVIIème siècles. J’en ai retenu, entre autres choses dont je n’ai pas conscience, les forts contrastes de lumière et couleur, l’empathie et la force expressive. Le choix du nom de l’atelier « La Strada » a  bien une relation avec le film de Fellini et l’origine italienne de mon père. Mes parents et leurs amis peintres se réunissaient toutes les semaines pour dessiner avec un modèle et parfois je me joignais à eux, mais à l’époque, j’avais une dizaine d’années, je n’ai pas été transportée par le sujet du nu. En revanche ils m’ont transmis leur passion. Je ne crois pas avoir eu  de « prise de conscience » pour devenir une artiste. Je suis allée naturellement sur ce chemin là  car c’est celui qui m’ennuie le moins (ou me passionnne le plus, selon l’humeur et la lumière). Comme j’ai acquis assez jeune la connaissance et le maniement des matériaux, je ne me pose pas trop de problèmes techniques et cela me permet de transcrire spontanément ma vision. Ce qui n’est pas le cas avec d’autres tentatives que j’ai pu faire comme la bande dessinée, le décor, l’illustration ou la part technique, pour moi, est trop lourde, est une entrave.

2° Pouvez-vous évoquer, outre ces conditions familiales favorables, les artistes (peintres, graveurs, dessinateurs, autres) qui ont eu une influence sur votre formation personnelle, qui vous ont impressionnée ?

Les premières peintures qui m’ont marquée sont les têtes de Christ avec des couronnes d’épines et des gouttes de sang de Petrus Christus ou Grünewald, puis Nicolas Poussin à cause de son nom et Joachim Patinir dont je copiais des fragments à 12 ans. Ensuite forcément à moins d’être autiste ou fou, quand on fait de la peinture tous les peintres viennent frapper à ta porte ; Caravage, Luca Giordano, Ribera, Rembrandt, Rubens. Plus tard Daumier, les impressionistes, Soutine, Pascin, Braque. Un vivant : David Hockney. J’aime assez la Bad Painting des années 50-65 aux Etats-Unis ; Elmer Bischoff et Diebenkorn, ils me donnent envie de me précipiter dans mon atelier et de peindre.

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3° Vous semblez circonscrire votre aventure artistique, pour ce qu’il m’a été donné de lire, à la possession d’un langage de la forme, à  une quête chromatique (la couleur comme moyen de réorganiser le monde). Voulez-vous nous expliquer cela ? Vous écrivez ceci à propos du sujet : « Tout l’intérêt du sujet réside dans l’énigme plastique qu’il comporte, combinaisons de formes, de lignes et de masses, qui le rendent intéressant picturalement. » Voulez-vous nous parler de cette « énigme plastique », chercher à mettre quelques mots sur ou autour d’elle ? Cette énigme n’est-elle que plastique ?  Cette formulation n’est-elle pas trop strictement cérébrale ? « Mes premières sensations fortes, écrivez-vous dans votre espace, étaient colorées ». Votre univers pictural est-il essentiellement mental ou y a-t-il un investissement affectif, un engagement des sentiments ? Y a-t-il une dimension relationnelle dans l’intérêt que suscite sujet ? Ai-je tort de percevoir aussi (et la forme, la couleur, les lignes, les masses y contribuent activement)  une humanité chaleureuse, une célébration de la présence de l’autre, une estime et des égards pour lui ?

Je parle du langage purement plastique, de la forme et de la couleur, pour prendre le contrepied  de l’idée trop répandue que le sujet fait la peinture. Mais évidemment quand je peins le sujet exerce une forte attraction, je suis tentée de le copier alors que peindre c’est exprimer. Pour exprimer plus fortement, je cherche la justesse dans les rapports abstraits entre les surfaces et les lignes, entre l’ombre et la lumière. Je sais que quand j’ai fait une bonne peinture et que  l’empathie et l’émotion ont été les moteurs de mon inspiration, ce qui porte la peinture, ce qui fait qu’elle « tient » c’est l’unité plastique qui résulte d’une conception abstraite au départ, la quête de cette fameuse énigme plastique qui fait que chaque détail est en relation avec le tout. Ce que vous dites percevoir dans mes peintures (humanité chaleureuse, célébration de l’autre…) est, je pense, de l’ordre de l’inconscient. 

4° L’idée du « jeu » revient à deux reprises dans votre courte présentation. D’abord ici : « C’est avec cette palette (sensations fortes et colorées issues de l’enfance) qu’aujourd’hui je joue ». Ensuite là :  « Le jeu consiste à chercher des rapports dans l’espace, l’unité découle d’une géométrie ». Pouvez-vous définir votre acception du vocable « jeu » et du verbe « jouer » ? Pouvez-vous dire ensuite ce qu’est cette « géométrie » de laquelle découle l’unité. Dans votre art, quelle est, selon vous, la part de maîtrise ? Y a-t-il en peinture « un lâcher-prise », quelque chose qui échappe à l’artiste, quelque chose qui opère à l’écart de sa volonté ? 

Je parle de « jeu » car peindre est pour moi jubilatoire . C’est le fait de jongler, entre maîtrise et improvisation, comme dans la musique. J’essaie de maîtriser la composition et ensuite je ne réfléchis plus, je laisse courir le pinceau et beaucoup de choses m ‘échappent.

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5° Parlons de cette période d’une dizaine d’années vécue dans le sud de la France, avec cet atelier au milieu de la garrigue où le calme, le silence, la lumière, la nature, tout était propice à la création. Êtes-vous une enfant de la ville qui a découvert la beauté de la nature ? Créer était-il pour vous, à cette époque, lié à une idée de retrait, d’isolement, de solitude, de cadre naturel ? Qu’y avait-il en ce sud que Paris ne vous donne pas ? Qu’y avait-il dans Paris  de nature à vous faire quitter le sud ? Le sud est-il une étape, un passage nécessaire ?

C’est d’abord un coup de foudre pour cette région ensoleillée. N’ayant vécu qu’à Paris, l’opportunité de pouvoir installer mon atelier et de vivre au sein de tels espaces m’a exaltée. Tout d’un coup, le temps, l’espace, la lumière, la beauté de la nature et l’air parfumé sont devenus mes alliés du quotidien,  accompagnée tout de même d’une certaine mélancolie, au contact de cette nature peu domestiquée et qui m’était auparavant  inconnue (la garrigue). J’ai eu un cadre de vie idéal pour commencer vraiment à peindre. Ensuite on m’a proposé un bel atelier à Paris et je suis repartie car j’ai ressenti le besoin de me rapprocher d’un milieu artistique plus exigeant.

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6° Je voudrais un instant revenir à l’idée du corps humain que vous semblez dans vos propos mettre à distance. Vous aimez, dites-vous dans le film que Laurent Ay vous consacre, le travail d’après le corps humain « parce que cela permet une combinaison de formes et de couleurs dans la lumière. Ce n’est pas tellement l’idée du corps humain mais ce que je peux en faire au niveau plastique ». Est-ce que peindre c’est transformer, transmuer, est-ce que c’est une opération alchimique ? « Pour moi, écrivez-vous dans votre espace personnel, la peinture est la reconstruction mentale de l’univers intérieur sous l’apparence familière de la réalité ». Est-ce alors que peindre à partie liée avec la vision ? S’agit-il aussi de traduire ?

Oui peindre c’est exprimer avec justesse et non pas copier. Il s’agit de traduire ce qu’on voit en dominant son sujet, pour inventer un espace qui est en fait un espace intérieur, celui de l’âme du peintre. Peindre est intimement lié à la vision, c’est la vision mêlée à l’émotion.       

a ass 12.jpg7° Vous marquez aujourd’hui de l’intérêt pour le nu et pour l’autre côté, l’opposé du sud, à savoir le nord de la France. Après l’attrait de la garrigue, vous voici sensible au charme des briques. Comment avez-vous vécu ce changement de cap, s’il s’agit d’un changement de cap ? S’agit-il plutôt d’une nouvelle étape ? Quel est le carburant qui vous conduit de la garrigue solaire aux bâtiments industriels du nord ? Est-ce que tout fait sujet pour le peintre ? Vous expliquez ainsi votre attrait pour l’architecture industrielle en brique : elle présente « de beaux rapports de couleurs et de lumière avec le ciel et des formes qui m’intéressent ». Y a-t-il toutefois place dans votre art pour une dimension sociale ?

Mais dans le sud je n’ai pas fait de paysages, je peignais des nus et des portraits. J’ai commencé véritablement à peindre des paysages plus tard lorsque ma mère a acquis une maison en Bourgogne, dans la campagne verdoyante.

Et puis j’ai été amenée à visiter la métropole lilloise et là, j’ai eu un nouveau coup de foudre cette fois pour l’architecture des bâtiments industriels en briques, conçus par des ingénieurs et qui me rappellent les ruines romaines. Je suis sensibe à l’idée de garder des traces d’un monde qui disparaît, celui des filatures, et d’ailleurs à raison puisque la plupart de ces usines sont détruites ou reconverties en hotêls d’entreprises et perdent ainsi une partie de leur charme. Cet univers à un fort pouvoir évocateur pour moi, et me plaît beaucoup d’un point de vue pictural. Non tout ne fait pas sujet : la mer et la forêt par exemple, je ne saurais pas m’y prendre.

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8° J’ai été sensible à une surprenante idée que vous exprimez dans le film qui vous est consacré par Laurent Ay chez YaprodYafilms . Dans votre vie, la peinture fait figure d’idéal. « Sans elle, affirmez-vous, je me contenterais de manger, de dormir, tout ce que font les êtres humains mais j’aurais l’impression d’être un animal.  En faisant de la peinture, j’échappe à ma condition d’être humain, j’échappe à la peur de la mort ». Est-ce une fonction de l’art de détacher l’être du danger de l’animalité, de le mettre à l’écart de ses besoins,  de le placer à l’abri d’une normalité médiocre. Y a-t-il une condition spécifique à l’artiste ? L’artiste est-il distinct de l’être humain ?  De quelle manière l’art vous met-il à l’abri de la peur de la mort ?

J’ai l’impression d’être une ariste le pinceau ou le crayon à la main, mais en dehors de ces moments je suis alternativement sœur, mêre, fille, amante, amie. Nous avons conscience de notre vie et savons qu’elle a une fin, c’est quand même insoutenable sans idéal, j’en ai donc choisi un bien costaud et surtout qui prend toute une vie; une œuvre en peinture.

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9° La peinture est-elle une aventure intellectuelle, sensorielle, humaine, manuelle ? Une combinaison de cela ? Autre chose ?

La peinture est surtout un langage silencieux.

10° Vous aimez lire, ai-je appris en me documentant sur vous. Pouvez-vous nous parler de quelques-uns de vos auteurs ? Pouvez-vous mentionner quelques artistes, en quelque domaine que ce soit, qui vous passionnent ? 

a ass 20.jpgRécemment j’ai lu « Tandis que j’agonise » de W.Faulkner que j’ai trouvé très beau et d’une écriture très évocatrice et crue, narré du point de vue de multiples personnages comme au cinéma les différents angles de vue. J’aime les grands espaces sans fond dans les romans de Conrad (Lord Jim, au cœur des ténèbres) la cruauté du regard de Balzac sur certains caractères qu’il crée en s’inspirant de ses contemporains ( La cousine Bette, La Recherche de l’absolu), l’humour d’Albert Cohen (Solal), les lettres de Vincent Van Gogh à son frêre Theo. Nabokov, H.Miller, les épigrammes de Martial, Tolstoi, J.Giono et puis il y aurait bien Marcel Proust mais j’attends d’être sur un bateau à voile sans mât et sans gouvernail. Le cinéma ; Stranger than Paradise de J.Jarmush, Sunset Boulevard de B.Wilder, 4 aventures de Reinette et Mirabelle de Rhomer, La Notte, Les nuits de Cabiria, Elephant Man (L’artiste comme il se vit !), Le Grand Soir, Médée (Pasolini), j’aime bien le cinéma de Gaspar Noé sur un plan esthétique. Je suis fascinée par des personnes qui ne sont pas forcément connues ni artistes, qui par leur sympathie, leur enthousiasme et leur énergie en rassemblent d’autres pour faire vivre ou revivre des lieux, de manière éclairée et qui font mouche. La danse indienne et cambodgienne, enfin la danse tout court me fascine et la musique mais là ça va être très long.

11° Voulez-vous évoquer pour nous votre actualité immédiate, vos projets ? 

J’ai plusieurs expositions à venir notamment au centre culturel S. Allende à Neuilly-sur-Marne, à la Galerie L’Escarpolette en Bretagne, au Pays Basque, au Salon des Hivernales à Montreuil et un projet de livre avec mes dessins et monotypes du Nord pour lequel je cherche un éditeur.

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