27/09/2013

Béatrice Fortin (2) - Interview de l'artiste

Interview 

Béatrice Fortin

artiste peintre

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1° Êtes-vous d’accord si je dis que l’ensemble de votre œuvre laisse sur une impression générale de féérie, d’allégresse, même si, par certains aspects, elle témoigne d’une certaine angoisse existentielle, d’une présence, assez ténue, du cauchemar. Cherchez-vous à bâtir une œuvre positive ?

Vous avez lu en moi comme dans un livre ouvert ! En effet, J’aime la féérie et l’allégresse, même si certaines œuvres sont parfois basées sur des angoisses, je m’attache à construire une œuvre positive ou tout au moins humoristique! Cependant, même si la vocation première de ma peinture était un exutoire, petit à petit je « grandis » et cela devient plus doux. J

aba fortin 2.jpg2° Quels sont les artistes, les rencontres, les éléments, les découvertes qui sont à l’origine de votre vocation picturale ? Parlez-moi un peu des peintres que vous aimez.

Cette vocation est curieusement partie d’une « punition » de mes parents quand ils m’ont « pincée » à faire le mur lorsque j’étais adolescente. J Ils m’ont alors inscrite à des cours de peinture, pensant me canaliser. J’ai tout de suite adoré dessiner. Plus tard, j’ai repris des cours d’art pictural avec le peintre Andrew Painter et ça a été le déclencheur de mon lâcher prise ! Auparavant, je traitais des sujets précis comme les paysages… les portraits… Andrew m’a appris à laisser le pinceau décider de ce que serait la toile. Une peinture intuitive et sans se poser de question qui me convenait. Mais c’est après un licenciement abusif et douloureux que j’ai vraiment commencé à me créer un nouvel univers car le monde extérieur me décevait trop.

3° Votre peinture fait penser à un art de visualisation et de fixation du rêve, de la pensée, de la fouille dans le grenier de l’inconscient. Quels sont les éléments déclencheurs à l’instant d’entreprendre un tableau, qu’est-ce qui est décisif à l’instant où vous vous penchez sur la toile ?

L’élément déclencheur c’est la recherche du plaisir, l’envie de créer du beau. Bien entendu, j’ai une période d’observation, de recherche de forme, de couleur et de mise en situation pour composer le tableau, même si le résultat sera souvent tout autre, il me faut quand même partir d’une idée précise. J’ai besoin d’un premier élément qui m’anime, un sujet ou un lieu, pour débuter, même s’il ne formera  peut être que 10% du tableau et ne sera finalement pas l’idée principale du thème.

aba fortin 3.jpg4° J’ai parlé du surréalisme en vous présentant et du cinéaste Fellini qui était si attentif aux signes que l’existence plaçait sur son chemin. J’identifie, me semble-t-il, quelques signes d’une présence fellinienne dans l’œuvre. Comment vous situez-vous par rapport à ces artistes ? En avançant dans la construction de son œuvre, Fellini s’oriente vers une mise en scène caractérisée par l'absence de frontière entre le rêve, l'imaginaire, l'hallucination et le monde de la réalité. Est-ce que cela fait écho en vous ?

J’ai une grande admiration pour ces artistes qui embellissent le monde, voire le transforment. Bien entendu, il faut écouter ce que la vie nous apprend, et puis aussi, il nous faut créer notre propre rêve, le chef-d’œuvre de notre vie. Aujourd’hui, je ne crois pas qu’il y ait de frontière entre le réel et le rêve, c’est à chacun de décider ce qu’il souhaite faire de sa vie. Créer sur une toile mais aussi dans son quotidien, voir le beau, seulement le beau. Je ne saurais expliquer comment je me situe par rapport à ces artistes, moi-même je ne saurais expliquer ma démarche plutôt intuitive. J’ai longtemps été malheureuse, ne croyant rien mériter, puis j’ai commencé à chercher, fouiller et trouver comment ne plus souffrir, notamment en lisant les accords toltèques de Don Miguel Ruiz. J’ai compris pourquoi j’imaginais un autre monde sur mes toiles.

5° Je suis un peu intrigué. Parlez-moi un peu de l’intérêt des traces de l’oracle de Belline dans votre œuvre. Quelle est ici la dimension évoquée ? Trouvez-vous des indices de divination dans votre vie quotidienne ? Vous sentez-vous parfois avertie, interpellée, … ?

Il arrive parfois que je découvre certain signes prémonitoires dans la peinture. Cela m’est arrivé notamment lorsque je peignais « l’hommage à Ricardo », à ce moment là, je ne savais pas de quoi parlait la toile, j’avais envie de peindre un personne qui disait au revoir de la main, or il s’avère que cet ami s’était tué d’un toit quelques jours auparavant mais je ne l’ai appris que 10 jours plus tard. De manière générale, j’essaye d’écouter les signes et de me laisser porter par les évènements de mon quotidien mais néanmoins je n’ai aucun talent divinatoire, j’aime tirer les cartes par prévention seulement. Pour mon art, je me sers des cartes de Belline pour expliquer la symbolique de la toile (comme une forme de signature) mais cela ne peut se faire qu’une fois l’ouvrage accompli.

aba fortin 5.jpg6° J’ai lu – et par ailleurs votre art l’atteste – votre intérêt pour la poésie. Voulez-vous me dire quelques mots à propos de vos poètes favoris ? Est-ce cette passion pour la poésie qui vous conduit à intégrer les mots, la parole, le verbe, la légende dans vos œuvres ?

J’aime le pouvoir des mots mais je crois que la poésie peut être présente sous différentes formes d’expression et la peinture en fait partie. Je n’ai pas beaucoup de talent à l’écrit mais une grande admiration pour les grands poètes comme Charles Baudelaire ou Victor Hugo. J’éprouve beaucoup d’émotion à la lecture de leurs ouvrages qui révèlent leur grande sensibilité.

7° Si vous deviez définir  (ou évoquer, approcher) la dimension dans laquelle vos peintures évoluent, quels termes utiliseriez-vous ?

Je dirais qu’elles évoluent dans un univers illimité et intemporel J donc indéfinissable.

8° J’ai parlé d’une impression de féerie à propos de votre œuvre. Vous aimez la couleur, et l’impression de féerie est sans doute liée à votre merveilleux usage de la couleur. Mais elle est aussi tributaire de la faune et de la flore qui peuplent votre peinture : les papillons, les oiseaux, la beauté des êtres, le sourire, l’allégresse, une certaine apesanteur, les avions à hélice. Quelle impression ce mot de féerie produit-elle sur vous ? Comment nommeriez-vous votre genre pictural, si toutefois cela vous paraît digne d’intérêt.

La féerie donne l’impression que tout est léger et magie et que l’on peut créer son propre rêve, sa propre histoire. La féerie transforme le cauchemar en rêve doux et humoristique. Aussi, j’aime tout particulièrement que mes personnages, mes objets et surtout les couleurs utilisées soient agréables à regarder, et procurent une belle sensation. (Voir du beau pour penser « beau »)

aba fortin 6.jpgJ’aime ce mot féerie car il rend le cauchemar supportable. Pour ce qui est du genre pictural, pourquoi pas le nommer fantasmagorique ? Intuitif où féerique tout bonnement ? C’est difficile pour moi de déterminer un genre.

9° Vous bâtissez une œuvre qui n’est que partiellement voire même qu’en apparence en dehors de la réalité. Car les êtres humains, quand ils rêvent, quand ils pensent, quand ils sont en prise avec leur imaginaire ou avec leur inconscient, ne sont pas pour autant en dehors de la réalité. Est-ce que vous n’êtes pas plutôt une artiste qui œuvre sur les aspects moins visibles, secrets, intimes, irrationnels de la réalité ?

Que dire de plus ? Vous avez tapé dans le mille, c’est plutôt dingue. J En effet, j’œuvre sur tous les aspects intimes et secrets, comme pour dire, sans jamais vraiment révéler. Sans le vouloir, cela permet aussi à chacun de s’y retrouver. Ce sont les événements extérieurs et le quotidien qui me poussent à m’exprimer. C’est une forme de recyclage de l’esprit J ou comment transformer un tracas en toile colorée.

10° Voulez-vous évoquer, dans les disciplines qu’il vous plaira d’aborder, quelques artistes qui vous mobilisent particulièrement ?

aba fortin 7.jpgJ’aime de nombreux artistes, surtout les musiciens auteurs compositeurs, mais j’avoue aussi avoir une grande admiration pour les comiques et l’autodérision en général J

J’ai particulièrement une grande estime pour Charlie Chaplin, car au-delà de ses talents d’acteur et de sa créativité burlesque, c’est le langage universel de son art qui m’attire. C’est aussi un grand poète, connaissez vous son poème « le jour où je me suis vraiment aimé » ?

11° Voulez-vous évoquer les projets que vous portez à l’heure actuelle ?

J’ai plusieurs projets mais qui ne sont pas encore bien concrets…une exposition sur Bashung, un projet avec un sculpteur…Mais celui qui m’anime actuellement est une exposition personnelle en 2014 et pour laquelle Je recherche de plus en plus de mouvements et de profondeur dans mes toiles, comme pour aider le public à rentrer plus facilement dans ce monde parallèle et s’y abandonner…

Interview réalisée en septembre 2013 entre Anthée, Belgique et Angers, France.

21:35 Publié dans Béatrice Fortin | Lien permanent |  Facebook |

08/09/2013

Béatrice Fortin : artiste peintre

Béatrice Fortin

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A a Fortin 1.jpgCe que dit l’artiste à propos de son travail

Mon travail artistique dévoile un monde imaginaire qui met en scène la libre expression de l'inconscient…  Tel un rêve éveillé ou prémonitoire, les histoires racontées traduisent souvent une intuition cachée. Sans volonté particulière de transcrire un message, chaque toile achevée laissera pourtant apparaître une symbolique mise en avant par une carte de l’Oracle de Belline. (Photo de l'artiste : DR, Ouest-France, archives du lundi 08/10/2012).

Ce qu’est l’Oracle de Belline :

"Beaucoup pensent que cet oracle porte le nom de son créateur mais en fait, il n’en est rien. En réalité, ce jeu de carte fut dessiné par Jules-Charles-Ernest Bilaudot (1829 – 1881), plus connu sous le nom d’Edmont Billaudot. Ce personnage fut l’un des plus grands voyants de son époque. Ses consultants furent Alexandre Dumas, Napoléon III, Victor Hugo et bien d’autres…

A a Fortin portrait.jpgC’est dans les années 1865 qu’Emond Billaudot dessina ce jeu du tarot divinatoire qui puise l'essentiel de son inspiration dans le tarot de Marseille, dans le Grand Eteilla mais aussi dans les représentations religieuses, kabbalistiques ou chevaleresques... C’est donc un oracle assez complet. (Photo prélevée dans l'espace facebook de l'artiste)

Ce jeu divinatoire aurait pu tomber dans l’oubli mais hasard ou destin, allez savoir, un siècle après, un homme nommé Belline, également voyant, mit la main dessus. Comme le disent les Canadiens, il tomba en amour pour ce jeu et il entreprit de l’étudier mais aussi de le perfectionner. C’est lui qui donna le nom à cet oracle."

(Sources : http://www.cosmopolitan.fr/,l-oracle-de-belline-origine-et-interpretation-des-cartes,2510819,1435785.asp)

Ce que nous pensons de l’artiste :

A Fortin fortin fortin.jpgBéatrice Fortin est une artiste peintre française née en 1971 et établie à Angers depuis une quinzaine d’années. C’est son imaginaire, confie-t-elle, qui lui fournit la matière de son travail. Je suis trop extérieur à ces conceptions pour juger de l’intérêt de la présence du jeu divinatoire dans l’œuvre ou des vertus intuitives de l’œuvre. Mais il y a là, dans ce beau jeu autour du rêve et de la captation des signes prémonitoires, quelque chose qui me fait penser aux univers de l’aventure surréaliste. Fellini, que j’aime passionnément, accordait une attention soutenue à tous ces signes. Y a-t-il, dans cette féerie captivante et étonnante, divination, voyance ? Pourquoi pas ! Je note surtout qu'il y a féerie, qu'il y a immersion en eaux troublantes.  Mais plus encore, j’aime que la capture et l’éclosion d’un rêve (éveillé ici), l’inspection par l’artiste des fruits de son imaginaire, la prospection des veines de son inconscient conduisent à l’édification d’une œuvre. Il y a, dirai-je, dans l’imaginaire de l’Angevine, un climat et des conditions atmosphériques favorables à l’éclosion de superbes fleurs exotiques, merveilleusement colorées, parfumées de fragrances légères et allègres, parfois épicées d’une pointe de substance hallucinogène. Il y a du bonheur à entrer et à s’attarder dans cet univers fol et charmant, aérien, léger, festif. Dans cet univers embelli de papillons sublimes, déboîté par des perspectives affolées, les lois de la pesanteur semblent contestées avec cette formidable puissance de la logique onirique. Il y a, me semble-t-il, une parenté avec l’humeur festive, bariolée et enjouée du cirque, une once de Chagall et quelque chose de fleuri qui rappelle les aimables griseries du flower power. Un sens poétique très sûr cohabite avec un humour convaincant. L’écrit, la parole sont dans l’œuvre. Et plus on le scrute, plus l’univers de l’artiste est complexe, luxuriant, ambigu, riche : il a cette élasticité que prend le rêve qui s’éloigne des données du réel et entre dans une dilatation curieuse dont une certaine angoisse, une inquiétude ne sont pas exclues. Il a l’aspect d’une jungle dense, saturée de couleurs, peuplée d’une faune et d’une flore souvent séduisantes. Ici, les femmes, très belles, portent parfois des moustaches, les hommes ont quelquefois une féminité délicieuse, et, comme dans le rêve, les identités s’entremêlent, les apparences jettent la confusion. L’univers du conte, et, sous-jacente, sa dimension psychanalytique, se manifeste dans l’œuvre, celui également de la fête foraine, des chevaux de bois qui ici semblent entrés en vie, comme le Pinocchio de Gepetto. On vole ici, à l’instar d’Icare, avec les oies, les papillons, les vieux coucous sublimes, les mythes.

a fortin fortin fortin.jpgEt pourtant, en reconnaissant l’aspect d’étrangeté qui enrichit cette œuvre passionnante et foisonnante, je reste sur cette impression dominante de plaisir, de création libératrice, de joie, de fête, d’agrément, de charme. Car l’œuvre, essentiellement, est aimable, courtoise, ludique même si elle révèle, ça et là, la présence d'un danger, d'une menace, même si elle évoque parfois l'image du cauchemar ou de l'oppression. Elle réenchante notre univers lugubre, réel, mécanique, rationnel, elle prend distance avec la dictature du vraisemblable. Elle lit le monde autrement, avec l’agrément du charme, la liberté de l’invraisemblance, avec les verres correcteurs du rêve, avec la réquisition des signes, avec la volatilité de la pensée. Et l’œuvre est une braise ardente, attisée par le feu splendide des couleurs, la rotation dans laquelle elle semble prise tout entière. Elle réenchante en même temps qu’elle déconcerte en nous plaçant sur le seuil de ce monde étrange, singulier et qui est pourtant un peu le nôtre, qui fait partie de nos séances de projection nocturnes et intimes, qui appartient à cette part de nous qui nous surprend et se joue un peu à l’écart de notre arbitrage. Parmi tous les charmes de cette œuvre, j’aime celui-là par lequel nous nous penchons sur le fastueux miroir de notre irrationalité. A travers la peinture de Fortin, une porte s’ouvre sur nous-mêmes, sur les territoires singuliers et féconds de notre inconscient, sur cet inconnu que nous sommes à nos yeux. Une porte sur le mystère de l’être, sur les signes qui se manifestent autour de lui, sur la présence de l’autre dans l’univers privé de l’un, sur les fastueux scénarios que nous écrivons sur la feuille volatile du rêve, dans le ciel des nuages de nos pensées. Il me semble que Béatrice Fortin fonde une œuvre sur cette étrange beauté, ce fastueux imagier que nous laissons fuir et se perdre hors de nous. Comme une orpailleuse seulement intéressée par l’or du temps, elle recueille, met en scène et projette sur la toile les précieuses, les inutiles, les indispensables paillettes de l’imaginaire. Je suis de ceux qui pensent qu’elle a inventé un trésor.

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08:26 Publié dans Béatrice Fortin | Lien permanent |  Facebook |