05/09/2013

Dialogue Jean-Claude Sanchez - Denys-Louis Colaux (6/6)

 LES ENCRES MODÈLES (6/6)

Photographies : Jean Claude Sanchez
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Poèmes : Denys-Louis Colaux
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PAVILLON DE VIE

AJCSanchez 17.jpg

Et je me souviendrai d'un bras
de sa natation dans l'air pur
je me souviendrai du ruban d'eau de ses doigts
et de la barque au ciel
qu'elle était tout en haut
nénuphar de Monet
dans un long reflet d'huile
je me souviendrai oui 
le monde sous ses pointes
tintait comme un cristal
Et sa nuque inclinée
l'autel de ses épaules
frémissaient doucement
comme les fleurs lacustres
qu'un pinceau restitue
 
Tandis qu'au loin déjà
j'entendrai le violon de mes funérailles
le glas et la crécelle
je me souviendrai d'elle
comme d'un pavillon de vie
 
CHEVAL

AJCSanchez 18.jpg

Il y avait les longues prairies et
la fleur ardente de l'instinct
le pas que cadençait
la lente flexion de la nuque
 
Et le cheval passait
long geste de pinceau
partagé de marbre et de lait
sur la toile du vent
 
LE RÈGNE NU

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Ne soyez jamais nue
Fuyez le plus simple appareil
Gardez-vous du soleil
et de tout autre aimant
Chantez d'un souffle
pas davantage
Détournez-vous du papillon
Éloignez le preneur de poudre
le semeur d'étincelles
Ne soyez pas
N'éclosez pas
Tenez-vous à la table des matières
sans y toucher jamais
Ne respirez qu'à peine
et n'ayez d'yeux
que tournés au-dedans
Ne pensez qu'en surface
plus bas c'est déchirant
Ne faites qu'effleurer
Baissez toujours le rhéostat
afin que le silence
ne s'éloigne jamais
Gardez les bras croisés
Oh pour notre salut
veuillez n'entrer jamais
dans  le règne de votre nudité
 
FEMME EN MOUVEMENT

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Nous la peindrons en bleu
en bleu comme la rose
la prière et la libellule
Nous recueillerons son élan
son geste humain nappé de ciel
l'épis turquois qu'elle décoche dans la nuit
Dans le reste nous couperons
la traîne qui escorte
le lent passage du mystère
et la chaleur du rouge
 
FÊLURE 

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Il faut marquer le lieu
où cette chose advient
capturer la seconde
durant laquelle cette chose a lieu
il faut la graver dans la pierre
et la fixer dans l'eau
et retenir son évaporation
il faut en peindre les parois
du sofa d'analyse
et de la grotte originelle
et qu'on en badigeonne aussi
tous les plafonds de la chapelle
Il faut imprimer ça
dans les livres et sur la pellicule
dans les caisses de résonance de l'écho
et je veux à la fin
qu'on traduise la chose
dans une langue
qui reste à inventer
 
AVEC SANCHEZ

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Derrière les danseuses
les grâces les beautés
la laque des lumières
derrière 
l'or liquide des corps 
les âmes en valse
derrière
les moulins de la quête
la barmaid et le zinc
il y avait Sanchez
il était accoudé
près de son bitoniau magique
et regardait le ciel
à travers la fenêtre
- Sanchez ? j'ai dit
- Oui, qu'il a fait en se tournant vers moi
- Bonjour, Sanchez, je vous apporte des poèmes
Sanchez a dit :
- Tiens un alexandrin !
J'ai ajouté :
- Sanchez, pour écrire ces poèmes
j'ai longtemps marché dans vos vignes
 
Avec Sanchez
un long et lent instant
nous regardions le ciel
à travers la fenêtre
Sachant que la messe n'est jamais dite
lui et moi nous nous entendions
entre nous avec le silence

29/08/2013

Dialogue Jean-Claude Sanchez - Denys-Louis Colaux (5/6)

 LES ENCRES MODÈLES (5/6)

Photographies : Jean Claude Sanchez
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Poèmes : Denys-Louis Colaux
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DÉBUT D'OISEAU

A JCSanchez 22.jpg

Je me demande
quel genre de drap
l'aube demain matin
tendra
entre mon ciel
et celui du monde
entre le millimètre
de mon insignifiance
et l'anecdote du monde
Dans cette attente
où toute gloire n'est qu'un leurre
je vois le début d'un oiseau
naître au bout de ton bras
 
OR IMPALPABLE

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1.
L'eau la lumière et l'être
la grâce de vivre de peu
sur le fil tendu entre
ici le hasard 
et là-bas l'élégance
L'eau la lumière et l'être
 
2.
Et qu'enfin la somptueuse apostrophe
de ton geste dansé
pour toujours scinde et lie
la phrase de ma vie
 
DOUZE ALEXANDRINS 

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Tu es un grand jonc bleu et le bond d'un oiseau
tu es l'ascension et le retour d'ascension
tu mords avec les dents l'ourlet fermé du ciel
ton violon s'entend jusqu'au bout de tes doigts
tu accomplis le tour de ton être en entier
sur le front du désir tu mets un diadème
tu conjoins un instant le fauve et la fauvette
tout ton orchestre tient dans le fuseau d'un chant
tantôt chez l'épicier tu prendras des anchois
tu sens l'herbe d'été et la rage des fleurs
tu es où que tu sois ma première astronaute
tu es un tison blanc un tesson d'eau rompue
 
AU DÉSORDRE DE TA BEAUTÉ

A JCSanchez 32.jpg

ça va la nuit tombe as-tu froid
non j'entends encor la lumière
ou peut-être son souvenir
et je vois l'odeur du café
se mêler doucement
aux parfums des tilleuls
ça va la nuit sur tes épaules
sème un lent frisson sonore
sur le plat dans l'obscurité
trois fraises rouges ont encor
le goût lumineux d'un baiser
ça va la nuit tout doux s'accorde
au désordre de ta beauté
 
ÉTRANGE ET BEAU

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1.
Oui quand la femme fume
tout au loin des locomotives
et des tisons de neige
dansent ensemble
c'est beau
et la brume naît ainsi
douce incertaine
 
2.
Quand elle fume
les longs fleuves s'évaporent
avec eux les steamers
et leur asthme sublime
et les poissons entrés
dans l'air frais et bleu
c'est beau
et la dentelle naît ainsi
voile de paupière visible
 
3.
Quand elle fume assise
et ses grands yeux penchés
sur l'écrin d'un secret
le danger de la mort
et la fleur du plaisir
se touchent de si près
qu'on dirait des siamoises
c'est si étrange
et ce qui est beau naît ainsi
utérin ambigu
 
APRES ELLE 

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Après elle mon dieu
repliez je vous prie
l'orchestre tout entier
la carte et la forêt
après elle rangez
la nuit et les soupirs
refermez les éventails
le galop des chevalets
remballez le tonnerre
l'orage et les éclairs
reléguez dans la marge
les vers et les élans de plumes
garez les avions
et leurs modèles
les oiseaux et les anges
ramassez les burins
les copies les copeaux
remisez les étoiles
au fond de leurs étuis
repeignez tout en noir
rabattez sur soi-même
la bâche de la vie

27/08/2013

Dialogue Jean-Claude Sanchez - Denys-Louis Colaux (4/6)

LES ENCRES MODÈLES (4/6)

Photographies : Jean Claude Sanchez
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Poèmes : Denys-Louis Colaux
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VRAI ?

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Le beau parfois me fait l'effet d'une incongruité, d'une rupture heureuse et brutale dans le navrant fil des choses.

C'est donc vrai, l'inélégance, la pluie sur le fleuve, le soleil sur le sable, le front de la libération de la ride, les fleurs piétinées, les coups de canif dans le contrat, la discourtoisie, le parfum musqué de l'adultère, le tableau lacéré, Mozart qu'on pulvérise, le vase de famille qui choit et se désintègre, l'aliénation de la chair, la goujaterie, le bâillon sur le verbe des voix, les papiers gras sur le gazon défendu, le sang dans la rue, les appels sans réponse, l'imprescriptible loi de la propriété ? Est-ce vrai, la faim inapaisée, le délire de faim, l'enflure des affamés, la débâcle des banquises, la panne de voiture dans les embouteillages, l’exiguïté des cages et des cellules, les rages meurtrières du colon, les foires au boudin, le fouet, la proliférante multiplication des cellules, le prix de la nudité et la location d'organes ? Est-ce que c'est vrai la possession brutale de l'autre, la frénésie de satisfaction, la camisole de force, l'homme placé sur secteur, le trou dans la couche d'ozone, la déportation des êtres, le déclassement des ancêtres, la fourrière humaine, l'instinct carnassier des dieux, le gazage des foules, le dégoût de la gueule, de la couleur, de l'odeur, du chemin de l'autre ? Est-ce que c'est vrai l'éternité fêlée de tout temps, les progrès considérables de la bâtardise, la porcelaine de toutes les certitudes à portée du premier éléphant venu, la nostalgie de l'innocence, la constipation métaphysique, l'épuisement des végétaux, la langueur des choses, la lenteur du gastéropode, la froide résolution du tueur à gages, le harassement, l'anémie de la planète, la corde au cou, le peloton, la pensée ratatinée, les idées en talons et bas résille sur le trottoir, la toxicité du tabac, de l'eau de mer, de l'air, du sexe de l'autre ? C'est donc vrai les chevaux tailladés, le chagrin des Indiens, la recrudescence des maladies vénériennes, la faillite des maladies vénusiennes, la liberté un peu entravée de la presse, le déclin du génie, l'avènement de la boursouflure, la pensée tarifée à la passe, partout les taches de la grossièreté, la déforestation, les aqueducs désespérément secs et le suicide des indigènes dépossédés, la voracité de Gérard ? C'est donc vrai le dégueuloir télévisuel, le gavage à l'octet, le triomphe de la muflerie, l'animal dénaturé, l'homme vide et désorienté, l'indélicatesse, le froissement du taffetas ? Vrai l'insensibilité, le développement industriel du ponce-pilatisme, la pommade contre les piqûres d'insectes, le venin comme remède à l'antidote, l'incorrection, la hausse du prix des objets, l'innocuité du nucléaire, Fukushima mon amour, le sacrifice des populations, la contamination de la contamination, les lieux sans musique, les endroits sans silence, les mouches autour de la grâce, la mort des cimetières, le jour redoutable de ta disparition ?
 
POURQUOI IL FAUT QUE TU DANSES

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Viens, mon Faon, mon Iris, je te ferai voir les violents bancs de supporters le soir au stade, je te régalerai du spectacle du con en transpiration, de la castagne sanglante entre les salauds de Bleus et les fumiers de Verts, viens, visitons les terribles égouts du monde, foulons les tapis rouges des dépotoirs et des favelas, entrons dans les palais et les palaces, dans les avaries et les nécroses du pouvoir, dans l'affligeant désastre des consanguinités guindées, prenons ensemble la mesure de la bassesse des géants, flairons la sanie dans les mains manucurées, viens, mon Brin, mon Agnelle, buvons la boue des pays sans puits, désaltérons-nous aux cloaques sublimes, regardons les yeux grands ouverts le fond rouge et noir des hôpitaux, viens, mon Ancolie, je te ferai sentir la ville rongée par les fumées, je te montrerai la course nocturne des rats humains, la pourriture sous le satin, je te ferai effleurer les dépôts de poussière et de suint sur le trottoir et voir les Michel-Ange qui ont repeint les plafonds de la pissotière, je te ferai humer le fond de sacristie et la lie d'évêque, les pauvres Jésus mal foutus agrafés sur des croix gammées, je te ferai voir la fillette à trente euros l'heure, la meute de frontistes lâchée sur le Musulman, le client qui salive à la vitrine, les gueules laminées du sida, le père abusif, la victime prédatrice et le bourreau giflé, je te ferai voir le livre déchiré. Je te ferai entendre le cri du poivrot le soir au fond de la ruelle, je te révélerai les cochonneries du bourgeois en goguette et nous dénombrerons les déchets sur l'eau sale du fleuve, les crasseux assoupis sous les ponts, nous rencontrerons Pierrot-la-pompe croché à son dealer comme un morpion à un poil, je te ferai voir le rayon de Pils au supermarché, la Syrie by night, le paquebot qui dégaze sous la ligne de flottaison, je te monterai l'oeil méprisant des élus, les glaviots de la haine, l'art meurtrier des revers de l'art, la fureur obscène des religieux que Dieu et Satan possèdent, viens, on marchera un instant devant l'usine à merde où le vieillard s'étiole, où l'évanescence toussote, où le rire enfonce le clou de son sceptre, viens ma Bergère, mon Etoile, je te ferai savoir pourquoi tu danses, pour il faut que tu danses, que sans cesse tu écloses à la danse, tu lèves cette bougie de toi dans la nuit, tu hisses cette dentelle de toi dans tout ce fer et cette rouille, pourquoi il faut, de tout le flambeau de ton âme, de tout l'étui de ton corps, de tout le pavillon de ton esprit, aspirer à la grâce, respirer son opium et le danser sans fin.

TROIS HAÏKUS

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1.
J'aime que le geste
sur la scène de la vie
sème un zeste d'aile

2.
Quand elle buvait
tout le lait de son visage
descendait en moi

3.
Sans Dieu désormais
je garde de la prière
le goût d'un ciel bu

DEUX QUATRAINS

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1.
Moi je suis du côté des oiseaux renversés
du côté de l'étoile et du livre sauvages
je suis un arbre vif vieilli en sa clairière
un lent accordéon rabat vers moi les biches
 
2.
Ma vérité mon théâtre c''est ma forêt
je reste là mon poème est une semelle
sur quoi léger j'apprends l'art de la suspension
et le sabot d'airain d'un lourd cheval de trait
 
LE BORD DE L’ÉTERNITÉ 

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Je fumais un havane
en l'écoutant respirer et je me disais :
"tiens le marbre respire"
Et tout l'encens de mon havane
montait vers le catafalque de Dieu
et je pensais :
" ah combien de musées
dorment en cette échine"
Sur ma langue bientôt
la saveur du tabac
faisait courir des fauves
et je songeais
" voila donc le bord l'éternité"

23/08/2013

Dialogue Jean-Claude Sanchez - Denys-Louis Colaux (3/6)

LES ENCRES MODÈLES (3/6)

Photographies : Jean Claude Sanchez
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Poèmes : Denys-Louis Colaux
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UN TABLEAU

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Quoi ...
une pièce d'Elgar
le concerto pour violoncelle ?
la sonate de Brahms ? 
celle de Debussy ?
je ne sais pas
je suis tout entier occupé
à regarder
deux visages posés
sur l'autel de leurs gestes
deux âmes descendues
dans ce  foyer intime
où la forêt du monde
se chauffe
à la braise de l'être
et je n'entends
en cet instant 
qu'avec les yeux
 
DITES, SANCHEZ

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Il ne peut pas être tout à fait malhonnête
dites Sanchez
celui qui aime les danseuses
et capte leur élan
de mot en route pour le chant
Dites Sanchez
il ne peut pas
celui qui devine l'astre et l'oiseau
l'hymne de lignes
en elles
non il ne peut pas celui qui
saisit en elles
cette once de divin
une pincée subtile
à quoi la mort de dieu
ne saurait causer préjudice
Il ne peut pas être tout à fait malhonnête
dites Sanchez 
celui
que cet ange réel
émeut
celui qui le recueille
et retient dans son geste
le songe et le joyau
qui s'y trouvent sertis
Celui-là ne peut pas
non c'est certain
être tout à fait malhonnête
et son regard
de leçons en leçons 
s'est éveillé
à la joaillerie
liquide
des corps de femmes
 
VIEILLE SŒUR

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J'ai souvenir de vous
o vieille nonne
vous sentiez le vinaigre
la bougie morte
et le vieux fauteuil solitaire
Jésus sur votre vieille épaule
faisait peser
l'enclume
de son calvaire
Au fil de votre voix brisée
biscuit sec et sonore
ainsi qu'à une corde à linge
je voyais sécher des silences
j'entendais frémir de longs blancs
Et lointain le tremblement de vos mains
fanées et jaunes
m'étreint encor le cœur 
 
O VOLUPTÉ

A JCSanchez 16.jpg

Tu es le sujet de la majesté
o rose son apothéose
Tu es ce qui infuse
dans la vapeur nocturne
d'un rêveur inspiré
par la locomotive de ses songes
Tu es 
la forme matérielle
du parfum de jasmin
Tu es une chaise de pluie sur l'eau
un long bocal liquide
posé devant ma vie
Tu es 
dans la même javelle
le geste la trace de lait
la caresse et la senteur du savon
Tu es sur l'aube
la peau tiède de la buée
Tu es
la forêt qu'attendrit
l'appel nerveux d'un loup
Tu es
le rouge allé
avec le bleu s'étreindre
Tu es le doux et l'édifice de pétales
le violoncelle taillé
dans l'arbre à moelle  
Tu es celle par qui
la mort dans la salle d'attente
longtemps patiente
et 
maudit sa proie
 
AINSI VIT-ELLE

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Ainsi vit-elle
d'aile de soie de laine
et la lumière est avec elle
La vie descend et danse
au piano blanc de ses mains
et la nuit tremble et bêle
devant ses flocons de flanelle
Ainsi vit-elle
d'aile de soie de laine
et la lumière est avec elle
La vie fleurit de lierre
le fuseau de sa robe
et la nuit louvoie devant elle
entre louve et agnelle
Ainsi vit-elle
d'aile de soie de laine
et la lumière est avec elle
La vie la saisit et l'enlace
comme l'amour l'objet de son désir
et la nuit dans son lit
la reçoit ainsi que la mer un fleuve
Ainsi vit-elle
d'aile de soie de laine
et la lumière est avec elle
La vie s'étant penchée
vient se mirer en elle
et la nuit longuement
se réchauffe à sa fièvre
Ainsi vit-elle
d'aile de soie de laine
et la lumière est avec elle

21/08/2013

Dialogue Jean-Claude Sanchez - Denys-Louis Colaux (2/6)

LES ENCRES MODÈLES (2/6)

Photographies : Jean Claude Sanchez
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Poèmes : Denys-Louis Colaux
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ANGE & DANGER

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Méfiez-vous défiez-vous
le monde est rouge
il est bleu noir & blanc
sous son œil clos
où défilent ensemble
le rêve et son revers
l'aile et le lien
la soie le papier à poncer
l'écharpe d'iris et l'écharde
Méfiez-vous et redoutez-vous
son chagrin est sincère
le grain de sa voix doublé de velours
et la pluie plus souvent
choisit son épi
le bonheur à sa gare
n'est jamais ponctuel
soustrayez-la du monde
et le monde est exsangue
il n'est plus qu'un morceau
sans mémoire du tout
qu'une paupière aveugle
Méfiez-vous tremblez tirez-vous
à son trot de licorne
la forêt tremble sur sa base
comme une foule émue
autour de la potence
Ne soyez pas indigne trop souvent
Sauvez la vie mangez de l'homme
 
QUÊTE D'UN APLOMB

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Contre les guerres
les calumets éteints
les gisements de sang
les meurtres les coups bas
de l'épicerie trismégiste
contre les solutions
les statures providentielles
le règne de l'indignité
la fumée d'une humanité brûlée
contre les records de saloperie
contre l'infect le gluant de la race humaine
contre son calvaire enjoué
la bâtardise de ses dieux
contre le massacre des arbres
le carnage dans la forêt
contre
les succès de crucifixion
contre moi-même tout contre
pour équilibrer la marche du monde
je dépose un geste de femme
 
SI LA 

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Si la mer existait
Si loin devant les images nous devançaient
Si le talon et le sabot
marchaient dans la même légende
Si tout au bout le ciel mouillait
dans son propre reflet 
 
MOONY SIDE OF THE STREET

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Marcher selon elle
c'est charmer
c'est sidérer
c'est désirer charmer
c'est mettre la désinvolture
au pas
c'est contraindre la rue
à pencher tous ses murs
c'est réveiller dans le pavé
l'instinct assoupi du silex
c'est tendre la peau de l'asphalte
pour qu'y sonne le jazz
c'est être à la fenêtre de ses propres jambes
 
LE BEAU ET L'OMBRE

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Le beau le sombre
la danse et l'ombre
ma Petite tu es
un livre au pays des incultes
un pas
sur le plancher des invalides
Le beau le sombre
la danse et l'ombre
ma Petite tu es
sur le désert un aqueduc
sur le silence
le long saxophone d'un cygne
Le beau le sombre
la danse et l'ombre
ma Petite tu es
la paupière sur le soleil
et sous la coquille de la lune
le vitellus
Le beau le sombre
la danse et l'ombre
 
L'IGNORANCE

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C'est un rhinocéros converti au nougat
c'est la nuit transformée en marbre
c'est Dieu en plus beau en plus vrai en plus fragile
ça se feuillette comme un papier bible
ça sent l'encens l'encre de Baudelaire
ça sent la fougère et la faine
ça sent le pain et le chablis
ça sent le ciel et le poil félin du frisson 
l'aisselle de Marie pendant son assomption
ça tient entre deux doigts tout le soleil pincé
ça vole avec les enclumes et les coléoptères
c'est faux comme le sang le corbillard la lèpre
ça sent la glaise la glycine
et c'est le paradis escamotable
tout le désir escamoté 
 

(Anthée, deuxième volet d'une suite de six)

19/08/2013

Dialogue Jean-Claude Sanchez - Denys-Louis Colaux (1/6)

LES ENCRES MODÈLES (1/6)

Photographies : Jean Claude Sanchez
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Poèmes : Denys-Louis Colaux
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LEXICÔNE

A JC Sanchez 14.jpg

Comme un livre le chant de son feuillettement
un châle sa chute d'épaule
je cherche le lieu la chambre d'écho
le ciel de lit la scène 
où le geste avec le jambage
la flexion avec l'inflexion
font éclosion commune
 
Comme un regard la porte de la métaphore
un mouvement son cheval de maîtrise
je cherche la seconde
le ténu fil de chance
où la ligne épouse le vers
où le mètre s'unit au pas
 
ÉCLOSION 

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Voilà ma chère
ce que vous êtes
l’œuf et l'envol
sur le papier la plume chorégraphe
voilà
l'algue et ce creux dans l'eau
la caravelle par-dessus 
valsée
à l'amble bleu des flots
et sachez-le
ce n'est pas tout
car je vous sais aussi
ma chère
l'idée
pendant qu'elle s'ébroue
des glaises dont elle est issue
Et vous semez ma chère
après vous des flèches de cathédrales
aussi vous promenez
la chaloupe d'un encensoir
Et vos gestes sont des boudoirs
ornés d'amoureux qui patientent
 
UN HIPPOCAMPE DÉNOUÉ

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Elle avait des rendez-vous avec le soleil
dont elle se coiffait
ainsi que Mélusine
du chapeau vénitien de sa légende
Ses épaules dansaient
le cycle d'un fleuve
assailli par son affluent
Elle était à peu près
un hippocampe dénoué
une sirène et son remous
et l'instant de transcription noire
d'un mot d'amour
sur le tableau de l'aube
 
LE TEMPLE

A JC Sanchez 30.jpg

Quand le temple est debout
quand la lumière y tient une place sacrée
quand l'ombre s'y assoit comme un hôte attendu
quand la musique y met
la bouche rouge
de sa sourdine
quand il ne suffît plus
que d'y recevoir la déesse
quand la vie dans ses veines
charrie des étincelles
 
VOILÀ LA FEMME VOILÀ

A JCSanchez 1.jpg

Voilà mon vieux
ce que nous ne comprendrons pas
pas et jamais
nous qui restons assis
devant un reflet de l'étang
Voilà mon frère
nous n'y entendons rien
et nous tendons l'oreille
vers notre surdité
Voilà pourtant
néanmoins toutefois
voilà la femme
enchatonnée en son nuage
fleur dans son pré
goutte en son verre
la voici la voilà
être sur le gâteau
si incertain
de son destin
oiseau de glaise et de dentelle
sertie en un fétu d'ouate au ciel
C'est ça mon frère
voilà
et nous demeurons lourds
et voilà l'avion métaphysique
le beau calice végétal
voilà le fait divers qui vole
voilà le mystère qui passe
comme un verrou sur la forêt des clés
Voilà la tiède chair d'oiselle
la trinité
du ruban du noeud du cadeau
voilà le geste
dans l'écrin de sa pose
voilà
et notre ligne attend
et la sirène ne mord pas
 
L'O.V.L.I. 

A JCSanchez 2.jpg

L'Objet Valant la Ligne de l'Infini
L'Orchestre Vivant dans le Lac Intérieur
L'Oiseau Volant à la Lisière de l'Instant
L'Obscur Vase des Limons Intimes
L'Odalisque Vivant dans un Londres Imaginaire
L'Okapi Venu de Loin sur un Ibis
L'Opale de Vénus Lumineusement Intacte
L'Ogresse Vorace de Luzerne Indigo
L'Opium Voluptueux des Liaisons Impromptues
L'Oxymore du Vin et de la Lie Imbriqués
L'Ombre de Velours sur le Lin de l'Instinct
L'Odyssée du Vent dans les Livres Invisibles
L'Ondée légère sur la Libre Ivraie
L'Orpailleuse de Vent la Laveuse d'Iris
L'Orée de la Valve le Liseré de l'Île
L'Oeuvre du Verbe la Lisière de l'Inédit 
 

19 Août 2013 (Première partie d'un ensemble de six suites)