24/07/2014

Isabelle Cochereau (2)

I S A B E L L E    C O C H E R E A U

Je reviens à elle, fasciné par la facture, la signature de son travail. Par ce surprenant mélange de classique et de très actuel, de sonate et d'improvisation. Par ces harmonies chromatiques. Par la minutie, l'esprit artiste qui gouverne l'oeuvre. La peinture hante son univers étrange, parfois fantastique, monstrueux et difforme parfois, animé d'ombres, de bains de lumière, d'estompements fantomatiques. Chaque oeuvre possède une vitalité surprenante, un rayonnement intense et singulier, un réel pouvoir de captation. On est là, dans une veine sombre, crépusculaire, dans un univers presque posément torturé, établi dans son angoisse, dans l'équilibre de son angoisse, entre Kafka et Poe (Lovecraft, parfois), entre Rembrandt et Bacon, entre un Tombeau de Marin Marais et la musica ricercata de Gyorgy Ligeti, pas loin de chez David Lynch, nulle part, en aucun endroit réellement connu, si ce n'est en une part intime et profonde de nous, ténébreuse, enfouie, dans l'intuition douloureuse que nous avons de notre propre difformité, de notre irrémédiable étrangeté. Dans le chaos calme de notre poésie intérieure et secrète. Dans les nervures même de notre âme. Dans cette époustouflante suite de portraits, Cochereau rend au plus près ce qu'est un être dans son énigme mouvante, dans ses convulsions, ses plaies, ses sutures, dans son irréductible complexité, en son fond. Isabelle Cochereau navigue dans les fonds marins de l'être et ramène de ses explorations des tableaux effarants, des miroirs sidérants et vraisemblables. Indispensables.  

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16/08/2013

Isabelle Cochereau

ISABELLE COCHEREAU

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A Cochereau Isa. 1.jpgJ’aime l’art numérique d’Isabelle Cochereau depuis longtemps. Chacune de ses créations m’impressionne et m’enchante. Elle a une manière incomparable. Un art saisissant d’incorporer  et de faire correspondre les éléments dans une création, de les faire retentir ensemble, elle possède un sens de l’orchestration visuelle. Un art peu courant, pas ordinaire du tout de la composition. Techniquement, son travail est léché, habile, intense, maîtrisé, virtuose. L’orgueil et l’impeccable facture d’un véritable artisan, épris de son art. Pour le reste, j’ai envie de rendre grâce. Cochereau est une créatrice d’univers, elle bâtit des espaces et des dimensions dans lesquels je prends plaisir à flâner, à éprouver, à ressentir. J’entre dans l’œuvre comme dans un verger onirique et j’y coule des instants magnifiques et intenses. Dans ce lieu du rêve, la réalité est toutefois convoquée, citée à comparaître, la réalité et le cauchemar. Tout ce que j’aime est ici au rendez-vous : la poésie visuelle, l’humour, l’allégresse, l’insolence, une originalité sans fatigue, la position offensive, la malice, la profondeur, la pertinence, le sens de la citation, l’intelligence, une électricité surréaliste tout à fait singularisée, personnalisée, un sens de la couleur, de l’expressivité, de l’atmosphère. Je pourrais, si je cédais à la tentation, longtemps allonger ce répertoire. J’aime l’éloquence de ses œuvres, leur puissance évocatoire, l’oxygène qu’elles respirent. J’aime la pensée et la tournure d’esprit qui les hantent et les habitent, les soulèvent, les animent. Je suis sensible, totalement réceptif à chacun des thèmes que l’artiste aborde et à la façon dont elle souhaite les évoquer ; le temps, l’amour et tout autre chose,  l’Olympe, l’autoportrait, la pin up, les écœurés, etc. C’est curieux et plaisant, il y a chez elle, parmi les plumes qui font ses ailes, des éléments distincts qui coexistent assez heureusement : une dimension aérienne et de beaux élans de férocité (une férocité que le maintien n’abandonne jamais), et parfois, un art magnifique et très inspiré de l’iconoclastie. Tout cela s’opère et advient toujours dans une élégance de salon anglais (où, en raison d’une réelle audace, l’on n’hésitera pas toutefois à briser la théière et la porcelaine des conventions). Disons que lorsqu’elle gifle, le geste reste gracieux. Dans ses suites thématiques, j'observe aussi un très réjouissant talent de mise en scène et un sens exaltant de la recherche, de l'approche, du traitement, du voyage intérieur, de l'introspection, le tout parfois saupoudré d'une surprenante et séduisante pincée d'ironie. Dans la poésie visuelle, il me semble que Cochereau culmine, qu’elle se distingue justement par l’altitude à laquelle elle vole et crée. Je crois qu’il faut parler d’une sorte de noblesse pour caractériser le travail d’Isabelle Cochereau, de la présence d’une distinction, d’une féminité altière et dire qu’une grâce assez inédite patine chacune de ses œuvres. Sans que tout cela, jamais, ne restreigne ni son spectre d’action ni la pénétrante autorité du traitement du thème. La preuve est administrée que la classe et l’efficace sont compatibles. Je voudrais, pour terminer ce billet, évoquer ce qui, pour moi, est la marque décisive des grands : chaque réalisation de Cochereau est une incitation à la création, à la parole, à l’écriture. L’élan de l’œuvre rebondit à l’intérieur de celui qui la regarde.

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