07/10/2015

Suite poétique de Jo Hubert

Suite de poèmes de JO HUBERT

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http://johub.blogspot.be/

Poèmes, illustrations et photographies : Jo Hubert

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Lettre ouverte à un amant de passage

Je transpirais comme un secret
en ce temps-là
lorsque j'inventais
sonnets et sornettes
à dormir partout
à coucher assise ou debout
avec n'importe qui
n'importe quoi
en ce temps-là.
 
Fais voir ta gueule
mon mignon
mon minou d'amour
mon morpion
mon scorpion
mon scorbut
mon espion
mon pignon de pin
mon quignon de pain...
 
Rassis !
 
Ton âme s'évapore
par tous les pores
de ta vertu.
Tu m'exaspères
de tes prières
tes impromptus
à la lèche-moi le cul.
 
Tu baises ou
tu te branles
mon capitaine
et tu marines
dans ton jus.
 
T'auras beau faire
je ne mange pas
de ce sperme-là.
 
Tu titubes
dans le noir
et tu te cognes les tibias
à la baignoire.
 
Tu me débectes
ne le vois-tu pas ?
Quand te décideras-tu
à lever le camp
appeler un taxi
à vider les lieux
que je puisse changer les draps ?
 
Pourquoi
mais pourquoi
je fais ça ?
 
Habituée
des lendemains qui dégrisent
et des bains à n'en plus finir
j'ai beau ouvrir
portes et fenêtres
le relent est toujours là
 
il faut que je cache tout ça
à mes enfants
qu'ils ne sachent pas
quelle belle salope est leur mère
qui baise avec les rats-dégoûts
les pourritures d'ici-bas.
 
Oublier tout ça au plus vite
l'enterrer comme fait le chat
grattant des pattes de derrière
faisant comme ci
comme si
tout ça
n'existait pas.

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LESSIVE

A la radio
dans le lointain
le son égrotant d'un tango
argentin agonisant.
 
Abandonnée au bandonéon
badigeonnée
au bleu de Méthylène
j'aurais voulu être une femme
et non cette enfant déflorée
fourrée dans la lessiveuse
avec la poudre optique
qui ôte jusqu'aux taches
les plus tenaces.
 
J'avais envie
d'une glace panachée vanille-pistache
c'était une consolation
d'y penser
tandis que j'étais lessivée.

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CHEZ TANTE ALICE

 
Tante Alice a les dents qui saignent
elle les brosse dans l'évier
de la cuisine.
 
Mon cousin Bernard
est mort à quinze ans
les dos ouvert sur les rochers
du bas-côté de la route
le long de l'Ourthe.
 
Chez Tante Alice
le grille-pain
sent si mauvais
que je cours me blottir
dans l'escalier
à mi-chemin entre le sol
et le palier.
 
A mes côtés
une ombre claire.

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HIRONDELLES

Là-haut nichaient
des oiseaux
je crois bien que c'étaient
des hirondelles
têtes penchées
agiles
regards en coin
 
Sur l'escarpolette
de fortune
cordes nouées
tête penchée moi aussi
j'ai la nausée
j'ai vomi.

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Crédule

Tu as cru
à l'échancrure de l'aube
plaie ouverte du petit matin
vers la droite du quai
en attendant le train.
 
Tu as cru
au soleil aiguisé
à sa brûlure méridienne
à la cicatrice rouge
qu'il laisserait sous ta paupière.
 
Tu as cru
à l'hématome violet
marquant le dernier round
de ton combat
du jour.
 
Le ciel renie ses promesses :
la pluie a zébré les carreaux.
 
Crapule !

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CHRONIQUES DE LA CAROTIDE OUVERTE 2

 
Dans le lit voisin
elle souffre
Toute la nuit
elle gémit
elle prie
 
elle dit
Je veux mourir
 
je compatis.
 
Mais une voix
du tréfonds de ma fatigue
lui crie en silence
Crève !

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Vieille peau ridée
chairs flétries
yeux – chasse yeux -
traits brouillés sans expression
docilité patente.
 
Sourire édenté béat
elle obtempère
si on lui dit de se laver
elle se lave.
 
Si on lui dit d'avaler
les pilules
elle déglutit audiblement
aimablement.
Mais un comprimé à la fois
tombe à côté de sa bouche
dans le tiroir juste au-dessous.
Quand elle a fini
elle fait Aaaaahhhh !
C'est par l'Aaaaahhhh !
qu'on trompe son monde.
 
La nuit venue
elle ne dort pas.
Une main recouvre son sexe
elle se fait du bien, ah !
pour tout le mal qu'on lui a fait
dans la journée
piqûres
torsions
examens invasifs et incursifs
de routine
au dire de ceux qui les infligent.
 
C'est une vieille inoffensive
immobile quand on la regarde.
 
C'est un chaudron de pure colère
qui fait bouillir son corps brisé
qui la fait se hisser et ramper
entre deux rondes d'infirmières
vers la sortie
vers l'air
vers l'hiver
vers le risque accepté
vers la délivrance espérée.
 

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Tu devrais voir :
le plafond blanc et une grosse mouche noire qui s'en envole
pour se poser contre la vitre
et bourdonner.
 
Ça, c'est dans la chambre.
 
Dans le couloir des infirmières
ça bourdonne aussi.
 
Le discours de la mouche est plus simple à comprendre.

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L'Omerta
c'est ici.
 
Les oligarques diplômés
ont l'exclusivité
de la parole.
 
Les autres
les sous-fifres
affichent des airs entendus.
 
Ils exécutent.
 
Si ça suffit à faire leur bonheur...

 

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Parfois
elles consentent à parler d'elles :
quelques mots de leur quotidien
la vie dure
la vocation qu'elles ont perdue
 
restent fatigue et amertume.
Ça sonne juste.
 
Dès qu'il s'agit
d'aborder le sujet
de leurs patients et de leurs maux
ça sonne faux.
 
Cloche fêlée
 
corne de brume.

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13:18 Publié dans Jo Hubert | Lien permanent |  Facebook |

30/10/2013

Jo Hubert

a jo 2.jpgJO HUBERT

Il faut parler de Jo Hubert. Elle ne parle à peu près pas d'elle. Il se pourrait qu'elle eût mieux à faire. Ses poèmes, sans doute, révèlent quelque chose d'elle : une intelligence aiguë, une virtuosité à dire et à formuler, un goût ardent et contagieux pour toutes les formes du poème, une sensibilité fine, des élans lyriques amples et exaltants, une précison d'horloger, une ascèse de moine tibétain, la méticulosité artistique d'un enlumineur, un amour immodéré du mot et de la langue et de la jonglerie langagière, un esprit singulier, une profondeur parfois douloureuse et un humour surprenant et savoureux. Des choses qu'elle fait bien, des arts qu'elle pratique avec maîtrise et étincelle supplémentaire, je ne cesse d'en découvrir. Tout cela, derrière le paravent opaque d'une noble humilité. Tout, dans ce que je sais d'elle, décline la vanité, la réfute mais avec dignité, avec une sorte d'élévation sans bruyants battements d'ailes. Jo Hubert, c'est un éventail ouvert, un équilibre subtil forgé dans l'alliance de ses tendances, un chef d'orchestre au pupitre de la multiplicité de ses aventures intellectuelles. Je sens qu'elle n'a pas d'intérêt pour ce qui clinque, pour ce qui édulcore, ce qui pavoise. Elle est secrète, un peu, sans doute. Discrète, certainement. Mais elle est brillante. Il me semble, en tentant d'écrire ce portrait subjectif, que je ne serais pas à des encablures de la vérité si je parlais de la simple distinction de Jo Hubert. Avant d'en dire davantage, je communique au visiteur un lieu où Jo Hubert livre poèmes, collages, dessins, peintures et un vaste site d'accueil pour artistes de diiférentes disciplines : écrivains, plasticiens, peintres, dessinateurs... Je communique aussi son lien sur facebook.

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https://www.facebook.com/jo.hubert

Et dans la foulée, je livre un poème. Le premier rencontré dans l'espace. Sa coulée laisse entendre la longue pratique du vers, la maîtrise. Peu de gens aujourd'hui savent encore façonner un vers, l'idée du vers libre ayant chez eux oblitéré toute forme de technique, de savoir, de musique ou de rythme et parfois même de formulation. Et chez le lecteur de poèmes, - très souvent occasionnel et sceptique -, il y a souvent impossibilité à détecter une façon, une musicalité, une cadence, une métrique. Le poème de Jo Hubert possède tous les subtils attraits du vers maîtrisé, il sonne remarquablement, il a une fluidité agréable. Il est dans la beauté de sa forme comme un piéton dans ses habits de marche, dans la simplicité de son bonheur d'avancer parmi les arbres, sous le ciel de la poésie. Il est dans un bonheur formel. Il nous dit pourtant des choses graves et lourdes, pesantes et douloureuses. Comme pour peindre, composer, buriner, danser, chanter, écrire réclame un long apprentissage, la lente acquisition, d'une technique, un long chemin d'initiation. Au terme, quand le superflu, l'impression d'effort s'en vont, quand tout le propos avec la musique entre dans l'égrènement des vers, quand l'âme s'y installe dans toute la profondeur de sa couleur, vous pouvez écrire Cela suffit.

Cela suffit
 
Cela suffit, 
je ne veux plus apprendre.
J'ai pris déjà
ce qu'il me fallait prendre.
Maintenant je me tais et je passe la main.
 
Nous avons devant nous tant de jours incertains
qu'il vaut mieux se terrer
dans les vieux pâturages
sous la haie d'aubépine
à l'abri, à l'abri,
à regarder passer les trains de nuit
tirant leurs wagons d'insomnies.
 
Il s'en faudrait de peu
pour que nos corps s'émeuvent
et se rejoignent
si ce n'était la guerre
qui vire à l'obsession
et nous désarme.
 
La peur tient le désir en laisse.
La léthargie
nous fait des coups fourrés
nous prend en traître.
 
Cela suffit,
je ne veux plus rien prendre
j'ouvre la main
et laisse couler les grains.
 
Les grains du temps.
 
Juin 2013

a jo 3.jpgCeci est un poème. Il y a des décennies que j'aime les poèmes, que je les lis, que je les fréquente, que je les essaie dans le silence comme des habits étranges, que je les déploie, que j'en ausculte les filigranes, que je les hume, que je les fais tinter, que j'en écris. J'en ai écrit de très mauvais. Et d'autres, plus tard. Dans une désarmante fidélité. En affrontant parfois des lecteurs intraitables, parfois des crétins sentencieux, parfois ces critiques de fond tiroir qu'on ramasse comme à la rue le clampin lambda pour un micro-trottoir. La critique de proximité, la ménagère ou le ménager de plus de cinquante ans aux fourneaux littéraires. Arnaque, promotion du clampin et de l'inculte à des dignités flatteuses, des pacotilles charmantes. Avalanches de bourgeois Jourdain. grands concours d'indigence. Avènement des cruciverbistes. Tout le monde se sent investi du droit de juger, tout le monde veut tâter de la formule assassine et jonglent les manchots, valsent les tordus, entonnent les batraciens. Ô salaisons ô râteaux ! Un grand cru, une trappiste à une buveuse de carapils ou de kronenbourg ! Mais la critique, c'est un talent, le fruit d'un savoir, d'une pratique, d'une connaissance. Je reviens à Baudelaire par un chemin tortueux. Ce serait un événement tout nouveau dans l’histoire des arts qu’un critique se faisant poëte, un renversement de toutes les lois psychiques, une monstruosité ; au contraire, tous les grands poëtes deviennent naturellement, fatalement, critiques. Je plains les poëtes que guide le seul instinct ; je les crois incomplets. Dans la vie spirituelle des premiers, une crise se fait infailliblement, où ils veulent raisonner leur art, découvrir les lois obscures en vertu desquelles ils ont produit, et tirer de cette étude une série de préceptes dont le but divin est l’infaillibilité dans la production poétique. Il serait prodigieux qu’un critique devînt poëte, et il est impossible qu’un poëte ne contienne pas un critique. Le lecteur ne sera donc pas étonné que je considère le poëte comme le meilleur de tous les critiques.

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La poésie n'est certes pas une chapelle réservée à quelques élus, ce n'est pas le territoire d'un élitisme obscène (il n'en est pas d'autres) mais ce n'est pas non plus le terrain de jeux, le lieu de pensée de tous, loin s'en faut. Je m'émerveille du travail du menuisier qui assemble une belle porte, je suis épaté. Et moi, je menuise dans les mots. Et quand je fais une belle porte, je n'entends pas que le premier courant se sente la force de l'éroder. Assez, laissons un instant, avec la poétesse, tourner la langue dans la pâte amoureuse des mots. 

Les mots et la langue
 
TRADUTTORE…
 
Jeux de langues,
jeux d’amour,
de ta langue à la mienne,
mon sang n’a fait qu’un tour.

Si je te lis à contresens,
n’en fais pas une tragédie :
entre maladresse et dépit,
soudain ma langue se délie.
Qui s’y frotte prend sa couleur
et ses envies,
et ses accents, sa mélodie.

Tu me fais saliver, ami,
ta langue dans ma bouche
sonne comme un dédit.

J’ai trempé tes mots dans mon encre
de seiche, de Chine ou d’ailleurs,
avatars ou métamorphoses
chaque mot en devient plusieurs.

Ton caractère n’est pas le mien
et quand nos langues se confondent
plus personne n’y comprend rien.

Ta langue mange dans ma main,
elle m’échappe, prend des sens incertains.
Je mélange mon souffle au tien
et pour un instant d’harmonie,
nos langages n’en font plus qu’un.
J’interprète tes sentiments :
Je te trahis.
Je te traduis. 
 
août 2004.

a jo 4.jpgLe poème est aussi un lieu ludique, un jeu (c'est d'un jeu dont on parle quand il s'agit de jouer sa vie, d'un jeu encore quand les rouages se disloquent), le poème est le lieu où tous les extrêmes peuvent se toucher, cohabiter, où ils peuvent tous ensemble être engagés dans l'expérience, l'aventure de l'écriture. Et l'humour, avec sa vigueur de cheval indomptable ou de vieille carne rusée, court également sur ce pré. Le poème est encore et surtout le lieu d'un vertige. La formule de Char est inoubliable : "Le poème est l'amour réalisé du désir demeuré désir". 

Je suis chez Jo Hubert pour montrer, quand elle n'écrit pas, à quoi elle occupe ses mains qui demeurent poétiques. On va voir. Je me compose une petite galerie hubertienne et j'y reçois le visiteur. Issue de l'Ecole des Arts d'Anderlecht, "artiste en crise permanente" ainsi qu'elle se présente, établie dans l'avenue qui va de Liège à Caplina au Pérou, Jo Hubert est, dans la plus noble acception du terme, une intellectuelle. Mais son oeuvre peint, ses fusains, ses encres, ses collages et même ses abstractions, tout est l'occasion de dire, de faire respirer et s'ouvrir la vitalité et la profondeur bouleversante de l'émotion, tout clame, susurre, hurle, célèbre, chuchote les vertus libératoires, (car le cru et l'infusé s'entendent ici, le rapide et le subtil, l'élancé et le lent), les forces, les élans, les malices et les sorcelleries de l'expression et du jaillissement hors de soi, le désir irrépressible et formidable d'être pleinement au monde et un peu à l'écart de lui, la volonté d'y affirmer une conscience et d'y échafauder une vision. A tout cela semble s'ajouter une sorte d'huile essentielle, celle qui serait le fruit de la lente percolation entre l'état d'être au monde et le désir d'exister. L'oeuvre est trop abondante pour que j'en rende compte d'une manière significative. Mais j'aurais atteint mon but si j'incitais le visiteur à la visite méticuleuse des galeries de l'artiste.  

ENCRES

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       COLLAGERIES

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L'interprétation des rêves - Mélanome

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Le huitième péché cardinal - Bois de Boulogne

ABSTRACTIONS 2013

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FUSAINS

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PORTRAITS

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PASTELS

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AVOIR DES MOTS 

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