08/07/2013

Jyoti Sackett

La photographe Jyoti Sackett, déjà célébrée dans mon espace, vient de publier une oeuvre récente. La voici. J'ai envie de proposer cette photographie admirable au regard de tous mes visiteurs. C'est un chef-d'oeuvre.

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15/06/2013

Jyoti Sackett

JYOTI SACKETT & les images enchantées

A1.jpgWriting some poems with the pictures of the photographer Jyoti Sackett

Cette jeune photographe est établie aux Etats-Unis, à Buckingham, dans l'état de Virginie, entre Richmond et Charlottesville. Elle est différente, son art la distingue. Elle a un petit plus, un supplément, un grain de génie. Elle ose, elle tente, son audace est très souvent couronnée. Parfois, elle s'impose par affrontement, elle entre dans la lumière, elle la sculpte, elle ferraille avec elle. Ses triomphes sont éclatants. Parfois, elle caresse le velours des choses, elle peint à la soie, c'est une sorte de lointaine impressionniste française. Mais les variations, les nuances, une inlassable imagination exhaussent son oeuvre. Dans ses albums, tout, presque, m'alerte, tout me parle et me convainc. Tout m'invite au voyage. Jyoti Sackett, de photographie en photographie, ne cesse de me surprendre et de m'enchanter. Son imagier est un parent de la poésie, ses portraits, ses compositions parlent la langue poétique et chantent en vers libres. Il y a ici une inspiration toujours alerte, toujours régénérée, pleine de souffle et d'âme. Je ne connais pas cette artiste, ou, plus exactement, je la connais au travers de son oeuvre et j'aime l'esprit d'aventure, de renouvellement permanent, d'intrépédité que j'y lis. Ses rapports inventifs avec la lumière ont à voir avec la magie, avec l'enchantement. C'est une fée, Jyoti, une dompteuse de lumière, elle l'initie à des tours savants, à des grâces, des exploits de ballerine. J'aime aussi intensément cette spiritualité discrète qu'on y trouve, ce temps recueilli, cette animation intérieure. Pendant que je feuilletais ces beaux et poignants albums (oui, l'émotion y est comme un oisillion dans son nid), j'étais heureux de savoir que là-bas, à l'autre bout de l'Océan Atlantique, une femme répondant à l'étrange prénom de Jyoti menuisait dans la lumière et en ciselait l'impalpable matière. Pour mon ravissement et celui du monde. Voici les liens qui vous permettront de découvrir plus largement son oeuvre. Pour le reste, inspiré par le travail de l'artiste, halluciné par lui, j'ai écrit quelques poèmes. Exalté, j'y ai passé des nuits blanches et ardentes.

http://jyotisackettphotography.weebly.com/

https://www.facebook.com/jyoti.sackett

http://www.sensual-photography.eu/photo-fr-rose-red-14989...

INCIPIT 

Je n'ai jamais vu Jyoti Sackett
qui vit dans l'état de Virginie
en Amérique derrière l'océan
mais la volière lumineuse
de ses photographies
est entrée dans mon salon
comme une aile de soleil
dans l'épaule d'un vitrail
et il ne me venait plus à l'esprit
que des mots éblouis

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PETITE
 
Petite
tu mets devant le lointain
à son orée
comme pour en atténuer le vertige
la grâce maladroite
d'un geste familier
Pour tenir tête au vent
ton ombre t'arrime à la terre

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VRAI CAMÉE
 
Voici ce qu'il me semble
à moi qui désormais
délaisse les déesses
à moi qui ai franchi
la moitié de la vie
et qui ne prend plus au lasso
que des carcasses de mustangs
J'ai la passion de l'art
je vis de peu d'argent
j'aime les arbres la forêt
à mon côté les livres
respirent vivent et s'endorment
Et je dis que rien selon moi
ne vaut à la fenêtre
où la beauté est attendue
l'air penché d'une squaw qui songe

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IMPRESSION SOMMEIL LEVAIN
 
Je sais qu'il reste des licornes
des orchestres la nuit
dans la forêt profonde
et parmi les fougères
fugitives et belles
des femmes sauvages s'encourent
Ce sont des anges en danger
et qui sentent sur la légende
peser le métal de la hache

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L'OLYMPE DES SILHOUETTES
 
Ensuite vers minuit
les hauts réverbères semblaient 
de grands brins de muguet
qui versaient vers le sol
de lourdes coulées de lait bleu
Aux fenêtres en haut
au sommet de l'Olympe
les belles silhouettes pâles
de deux déesses
doucement délassées
entrouvraient des hublots de rêve
au large de ma nuit

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DIVINITÉ
 
Elle mêlaît l'aube et la nuit
l'ancolie et la pluie
Un long geste d'éclipse
glissait à son épaule
un châle obscur
un long trait au fusain dans le lait de l'opale
Et la baie rouge de sa bouche
indice de Vénus
rangeait la mort de Dieu
parmi les faits divers

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LE DÉSIR DU VERTIGE
 
Avec le miel de ta détresse
je ferai des abeilles
une aile à ton épaule
que j'aurai cueillie dans la neige
suffira à te rendre
le désir du vertige
et je ceindrai ta liberté
d'une chaîne en or fin

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CHAQUE INSTANT
 
Je vois en vous en même temps
la femme et son fantôme
Est-ce un enfant lointain
que surprend la clarté ?
Est-ce un ancêtre absent
glissé en votre sang ?
Sont-ce là les deux ailes
qui fondent à la fenêtre
le moment de votre présence ?
Vivez-vous dites-moi
comme si chaque instant
était un chef-d'oeuvre en péril ?
La lumière vous va
comme la soie à la peau nue

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BLUES
 
Vous êtes l'épi et puis
le ciel avec lui
ensuite
tout l'appétit du monde
les lourdes valises de son espérance
son exode vers la poussière
enfin
cette bouche
seule dans son chant 

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MISÉRICORDE
 
Notre Dame de la Pitié bleue
de la mer épuisée
du poisson ventre à l'air
ayez de nous merci
Notre Dame des embruns clairs
des veuves de marins
de la pêche miraculeuse
ayez de nous merci
Notre Dame des chalutiers
des naufrages et du mercure
dans l'eau
ayez de nous merci
Notre Dame des cachalots
de la conserverie sur le port
et de l'évier troué du monde
ayez

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LE POUVOIR DES FLEURS
 
Je me souviens de ces étés
solubles dans la bouche
encor j'ai souvenir
de la fête des corps
rendus à leurs étoiles
en plein milieu du jour
Mes nuits alors
étaient enflées
de grandes ruches de frissons
Un filigrane de soie
traversait le ciel de tes yeux
Les fleurs en ce temps-là
enivrées d'elles-mêmes
attendaient l'avenir
sans la moindre impatience

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TOUT GESTE
 
Tout geste qu'elle invente
entre dans la postérité
s'y tient juché comme un oiseau
sur l'épaule d'une déesse

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LE BEAU ET L'INQUIET
 
Tu sais par coeur
le frisson de la louve
penchée sur la vallée
où tout au fond
la meute des hommes s'ébroue
On entend dans la nuit
le cliquetis sec des fusils
que les mains arment
Sous la lune le monde avance
comme si rien de beau jamais
n'avait été pensé

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TES FLEURS ANIMÉES
 
Tu penses recueillie
au milieu de la vie inquiète
Tu emmènes ton souffle
sur le pré où tes songes
paissent dans le soleil
Les yeux clos et baignés
dans l'eau rose de tes paupières
tu feuillettes le lent herbier
de tes fleurs animées

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EXEMPLAIRE
 
Les choses sont suspendues
Ma vie s'est écoulée
pendant que je regardais par la fenêtre
Je suis
décidément
une femme exemplaire

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GRAAL
 
Derrière elle à sa suite
des orchestres de jazz
font valser les avions de Vinci
des convois d'okapis
dévallent dans Paris
la prairie des Champs Elysées
et la nuit fait descendre
comme un dieu dans un temple
son graal de fumée noire

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SAUDADE
 
Do le rideau sur le seuil de l'Eldorado
Ré le réel  la langueur le corps désiré
Mi le miel la saveur le censeur endormi
Fa le fado le velours pourpre du sofa
Sol le solfège la danse du girasol
La le lacis le mescal et la tequila
Si le silence l'église du lit aussi
Do le rideau sur le seuil de l'Eldorado

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ELLE
 
Elle et l'ombrelle allaient ensemble
escortées par les libellules de la grâce
et je humais dans leur sillage
l'évanescente essence
le lent arôme d'ange
l'effluve d'un effort léger
de la féminité qui passe
sur l'alizé de sa semelle
Tout cela s'accordait
aux altos de la volupté
tels que je les conçois
ainsi qu'il me plaît d'en jouer

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FEMME À TOUT ÊTRE
 
Soyez le saumon dans l'eau de mon ciel
un ibis assis sur mon toit 
et ma tulipe de chevet toute droite en son vase
soyez dans la pluie mon drakkar 
ma porte ouverte en Sibérie
soyez sur le fruit de l'été la langue de la pruine
le tendre cuir sur l'épaule de mon automne
soyez mon livre de frissons
et soyez ma soyeuse
et mon souvenir de la soie

FLEURS DE POÉSIE

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Dans la rue, à la ville, je ne regarde pas les femmes. Jamais, presque. Il vaut mieux ne pas dire jamais. Mais la prudence est une bêtise. N'empêche, les femmes dont je parle seraient dépaysées sur le trottoir de la vérité, dans les rues du réel, au bras d'un homme qui sent le tabac et l'after-shave. Ce n'est pas leur place. Je ne les y aventure jamais. Comme moi, ces femmes sont inventées. Elles sont exemptées de figurer dans les rapports des sociolgues, de laver le linge ou de soigner une plaie sur leur corps, elles ne travaillent sous les ordres d'aucun imbécile, jamais elles n'apparaissent à l'écran, on ne les entend pas en analyse, elles n'ont d'intimité qu'avec moi. Elles n'existent pas. Ce sont des fleurs de poésie. Moi non plus, je n'existe pas, je suis un poète, un saule de poésie.

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FLEURS DE POÉSIE

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MERMAID
 
Sirène
o sirène ma musicienne
o ma femme poisson de Messine en Sicile
o ton chant d'oiseau-lyre et ton chant d'oiseau-flûte
Sirène
terrible araignée d'eau
piranha soprano
gazouillis de vautour 
Sirène
à t'aimer ou te craindre
vois je demeure irrésolu
o Notre Dame des épaves
affolante diva des flots
o je suis confus comme
le mouvement de l'eau
au flux je chante ta louange
et je pleure au reflux
 

LES FEMMES DE JYOTI SACKETT

 

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Du pied de la colline, à hauteur du ruisseau, on entrevoit la longue forêt qu'il faut longer. J'y vais. Le ciel est de marbre mauve. Il contient la pluie, verse quand même des gerbes de lumière tiède. Je marche. Dans une clairière, sur la plaine, à mi-chemin de la pente que je gravis, quelques femmes de Jyoti Sackett chantent sous les chênes. Elles sont belles, inédites, un peu de vent soulève leurs cheveux. La forêt les aime. Elles sont, me semble-t-il, du monde entier, d'un monde où les femmes sont reliées au ciel, aux oiseaux, à l'aimantation que le nuage exerce sur la fleur, à l'idée flottante et simple de la divinité. Elles sont les parentes des arbres quand les arbres sont des élans végétaux vers la lumière, quand le sacré se distille dans leur sève. De leurs deux ailes, l'une appartient aux anges, l'autre aux pasionarias. Ce sont, sans doute, des amoureuses de l'amour, du cachemire de Pégase et du violoncelle. Elles sont la pierre de lune qu'un homme pas trop roué, pas trop cynique, pas trop candide, tient serré dans le tabernacle de son coeur, à l'abri du bruit et des images qui mordent. Aujourd'hui, alors que je marchais longuement dans la forêt, sur la route, même quand la pluie s'est mise à tomber sur ma fatigue, une onde de rêve et d'affection me maintenait relié aux femmes de Jyoti Sackett.

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LES FEMMES DE JYOTI SACKETT

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MA MÈRE
 
Enfant j'avais de la tendresse
pour la Vierge Marie
qui me semblait une aimable copie
du beau visage de ma mère
Aujourd'hui
que tout le lest de ma foi
s'est écrasé au sol
j'aime encore
cette présence bleue
et si mon coeur faiblit
je sens en moi frémir
tout le sang tiède de ma mère

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LA BEAUTÉ
 
N'ayez pas peur de la beauté
elle n'est pas contagieuse
C'est une fleur qui cache le pré
c'est un paradisier
mais le monde meurt sans les merles
il n'est rien sans les pinsons
C'est
au loin sur un atoll
le chant bleu d'un alto
C'est
un très heureux instant de sang
un doigt de lait dans le grenier noir de la nuit
Accueille la
comme un hôte inattendu
bois du vin avec elle
parle lui
et ce sera bientôt
un papillon de chair
descendu dans ton torse
et qui s'y trouve bien
et qui dépose en toi
le grain d'une lumière neuve

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O JYOTI SACKETT
 
Je les aimerai toutes
ainsi qu'en un poème
j'aime chacun des mots
dans le torrent d'une sonate
toute goutte et chaque note
A la réception une de ces nuits
au cours d'un songe
je heurterai mon verre
à la flûte de chacune d'entre elles
pour chacune j'aurai
un baisemain
un mot de gratitude
un infime moment d'absence
J'envoie vers elles
les oiseaux de mes vers
Pour la naïade
qui s'ébat dans l'eau bleue
et dont la bouche rouge
est le plus bel accent du monde
j'envoie emballé dans la soie
ce petit mot : perle
Et pour vous Jyoti Sackett
artiste à son pupitre
première d'entre les oiselles
très virtuose chef-d'orchestre 
directrice du choeur des anges
j'envoie un long convoi
de nuages bleutés
ils passeront chez vous
en Virginie
d'ici quelques semaines
ils vous diront ceci :
il fait beau il fait somptueux
dans votre regard

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La photographe Jyoti Sackett

Denys-Louis Colaux, Tribute to Jyoti Sackett, photographer - Anthée, Belgique, Juin 2013

15:35 Publié dans Jyoti Sackett | Lien permanent |  Facebook |