05/11/2013

Krys Gilbert

KRYS GILBERT

http://www.gilbertk.com/

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J'avais, il y a de cela un certain temps, consacré un premier article au travail de Krys Gilbert. Le piratage de mon espace a anéanti ce papier. Les pirates s’en prennent à nos trésors, c’est leur raison d’être. Et j’ai plaisir, à l’occasion de l’ouverture de son espace personnel, à revenir sur l’œuvre de cette artiste passionnante. La veine noire, l’humeur noire et une dimension fantastique noire se sont affirmées dans le foudroyant imagier de Krys Gilbert. Les caractères anecdotiques (qui avaient un charme certain) se sont volatilisés pour affirmer un imagier puissant, fascinant, monstrueux, fantastique et, dans la lecture évidemment subjective que j’en ai, beaucoup plus douloureux et profond, même si une dimension d’humour ténébreux (un au-delà du noir) y subsiste.

Je suis subjugué, en découvrant l’espace de Gilbert, par l’onde de choc, la violence d’impact du lieu et des affolantes compositions qu’il révèle. Le trait est alerte, souple, habile, le travail sombre et fouillé. Les visions, - essentiellement centrées sur le rapport entre les êtres, le désir, la féminité, la maternité, la paternité -, vont de l’ironie féroce à l’atrocité et au macabre en passant par un burlesque offensif et une poésie tourmentée et convaincante. Tout cela, dans un formidable remuement, vous secoue, vous alerte, vous dérange, vous bouscule, vous retourne, vous agresse, vous enthousiasme. Tout cela nous jette vivants dans l'arène faramineuse, dans le barnum tellurique des désirs et des ulcérations, des attractions et des répulsions, sur le terrain secoué d'une terrible et hilarante anthropomachie, dans les torsions de la maïeutique socratienne tout autant que de l'obstétrique. Tout valse furieusement chez Gilbert qui opère magistralement dans ce territoire où l'homme est un ogre pour l'homme, l'être un cannibale pour l'être, une friandise, un aliment, un délice, une nécessité, un objet et un sujet de désir. Bon sang, ça fuse dans tous les sens ! Giration sens dessus dessous ! Je trouve même des parentés avec certaines icônes débridées de l'excellent Félicien Rops. 

Voyant et revoyant les œuvres, je sentais remonter en moi, vers après vers, l’admirable poème du surréaliste belge Achille Chavée.

Je me vermine
je me métaphysique
je me termite
je m'albumine
je me métamorphose
je me métempsychose
me dilapide
je n'en aurai jamais fini
Je me reprends
je me dévore
je me sournoise
je me cloaque et m'analyse
je me de de
je m'altruise
je deviens mon alter ego
je me cache sous les couvertures
je transpire l'angoisse
je vais crever madame la marquise.

Oui, selon moi, dans le tout récent espace de Krys Gilbert on est bien au-delà du burlesque. Bien plus profond, plus haut aussi, plus loin. On est au-delà de la mesure, de la pondération, dans la puissance exorbitante de l’excès, du rire, de la grimace. Entre la couronne d’épines et le manteau de four-rire, pour reprendre la belle formulation de Nelly Kaplan.  Des gifles, de solides giroflées à cinq feuilles sont ici distribuées avec une vitalité et une force exemplaires. De tout ce noir, quelque chose qui est à la fois incandescent,  rouge et ardent vous jaillit en pleine figure. Et ce virulent effet d’électrochoc est à ma yeux un des grands bénéfices dont nous sommes redevables à l’art.

Oui, de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit, je reconnais le travail de Krys Gilbert et je le promeus sans réserve.    

Pour vous familiariser avec l’œuvre, consultez aussi ce lien :

https://www.facebook.com/krys.gilbert.3

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