26/11/2017

Chroniques du Poisson Pilote n°33

a alain adam 1.jpg

n u m é r o    3 3

Pour le moment, mettant la dernière main à un recueil de courtes nouvelles, je me suis abstenu de toute activité parallèle. Mais promouvoir ce que j'aime reste pour moi une aventure essentielle, vitale. Une aventure pratiquement indépendante des effets qu'elle produit. Une aventure dans laquelle, sans être totalement replié sur moi-même, je me sens parfois, en toute humilité, une sorte de Jean des Esseintes qui se met à l'abri du monde derrière un rempart d’œuvres. 

L N    A F T E R

https://www.facebook.com/hellen.halftermeyer?fref=ts

Je voudrais d'abord revenir sur une artiste dont j'avais adoré et signalé comme une émergence importante l'apparition des premiers éléments de l'œuvre. Elle montrait peu. Ce qu'elle montre aujourd'hui, peu encore, confirme la formidable singularité d'un talent exceptionnel. Un univers troublant, profond, original, puissant, poétique par la manière dont il traite l'estompement et la presque évanescence de l'être, se construit progressivement. Dans un magistral jeu de nuances, on voit cohabiter force et distance, solitude et hantise, souffrance et silence, appel et mutisme, présence et dilution. Je suis épaté par la façon dont l'artiste (qui utilise au demeurant les couleurs avec une pertinence rare) accentue l'effet de présence par les premiers signes de son abolition. Je pense à une oeuvre vaste, riche, étrange, inspirée par le thème de l'oeuvre humaine menacée d'extinction.

a  chron ln after.jpg

a chron Ln After 1.jpg

a chron ln after 2.jpg

H É L È N E    B É N A R D E A U

à mon amie Christiane Mégel

Le 5 février 2017, Hélène Bénardeau est morte. Après plus d'une décennie de lutte contre le cancer, la belle sirène de la Loire (mère, enseignante et écrivaine) s'est absentée. J'avais assez récemment fait la connaissance d'Hélène mais son départ m'a profondément bouleversé. Je suis d'avis qu'il faut la retenir, qu'il faut capturer son souvenir, son imagier, ses mots, ses fleurs et les perpétuer comme on le fait quand on aime quelqu'un, quand on est sensible à son esprit, sa lumière, sa beauté. Voilà pourquoi, dans mon espace internautique, j'ai à cœur (par affection, par goût de l'esprit, par fidélité) de semer des traces d'Hélène. De faire jardin parmi ses fleurs. De recueillir ce précieux qu'elle dispensait. J'ouvrirai sous peu un nouvel article consacré à cette magnifique Passante. 

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/helene-benardeau/

a chron hélène bénardeau.jpg

A L A I N    L A B O I L E

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/alain-leboile/

Je lui ai consacré de nombreux articles. C'est un artiste immense. Un enchanteur. Il n'a plus besoin de soutien, il vole, son oeuvre est reçue et célébrée. Nous, par contre, nous continuons à désirer la bienfaisante présence de son oeuvre poétique, son talent inventif, ses clichés habités, sa manière de considérer le monde, sa vision, ses merveilles, sa façon inédite de capturer la beauté et la grâce des siens. Cette façon et cette qualité de regard enchantent. 

a chron alain laboile.jpg

a chron laboile 2.jpg

a chron laboile 3.jpg

a chron laboile b.jpg

F R E D D Y   R A P I N

http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/avec-freddy-rapin/

Un autre de mes hôtes. Rapin, avec qui j'ai collaboré, m'avait déjà saisi avec une création rouge. Celle-ci, lorsque je l'ai découverte, m'a procuré un grand sentiment de ravissement. Dans cette seule photographie, des poèmes entiers et rouges sont contenus. J'écrirais volontiers un roman pour m'en faire une illustration de couverture.

a chron freddy rapin.jpg

M I C H E L    F E R R A N D

http://ferrand.wixsite.com/michel-ferrand/

Nos amis sont toujours les plus mal servis. Je m'aperçois, éberlué et confus, que je ne possède rien de Michel Ferrand dans mes espaces.  Pourtant il y a à dire sur cet homme touchant, délicat, profond, singulier, attachant et loyal. Il y a à dire sur son exploration soutenue des âmes semées dans la nuit, sur les hantises qu'il explore à la lampe noire de son talent. Sur l'inquiétude qu'il approche comme un animal sauvage que l'on ne veut pas effaroucher, sur l'humanité secrète, embusquée, désolée dont il rend compte avec un impressionnant sens du frisson et une sensibilité qui me bouleversent. Ferrand est là, derrière le masque conventionnel des êtres et ses encres - tags et fresques poétiques chaulés et charbonnés sur les parois de la nuit, comme des loups à la face cachée de la lune, hurlent. J'aime cette faune humaine à l'écart des rangs et de la lumière, établie dans sa propre et nouvelle leçon de ténèbres.  Car oui, j'entends dans l'oeuvre des voix d'anges, des voix douloureuses, nocturnes, blessées, perforantes. J'aime avec tendresse ces terribles et déchirantes fleurs de lune qui s'ouvrent tandis qu'une partie du monde se ferme et ferme les yeux. Je suis happé par ces yeux noirs ou absents, ces yeux de nuit. 

a chron michel ferrand 2.jpg

a chron michel ferrand a.jpg

a chron michel ferrand 3.jpg

a chro ferrand 2.jpg

a  chro ferrand 1.jpg

a chrro ferrand 3.jpg

11/05/2017

Les Chroniques du Poisson Pilote n° 34

a alain adam 1.jpg

n u m é r o    3 4

Les temps politiques sont durs, obscènes, écœurants. Les ruades du FN achèvent de les parfumer d'un authentique relent de merde. Macron, d'En Marche, n'a rien pour me plaire. Aucun sens social, la résolution de sacrifier le travailleur aux intérêts de l'entreprise, un zèle néolibéral rebutant ; rien pour me plaire. Mais le FN, c'est l'abjection en politique, et je pose qu'il faut tout faire pour proscrire le retour du fascisme, y compris voter en se pinçant les narines pour un bleu qui risque, dans des envols d'ego dont je le crois capable, de se tenir pour providentiel. Mais il n'y a pas d'être providentiel. Il n'y a ici qu'un pis-aller, un compromis un peu lamentable, un(e) regrettable faute de mieux ! Mais le FN, c'est un au-delà de la répulsion et du dégoût, le repousser, c'est refuser l'enfer, la bassesse, la puanteur en politique. Le FN, c'est la main d'oeuvre sale, la racaille au pouvoir domestique, la bourgeoisie sectaire, méphitique et méprisante et l'aristocratie dégénérée autorisées à piétiner, c'est le pouvoir injuste, c'est la morbidité en politique, c'est le dépeçage systématique des différences, c'est l'art assassiné, nazifié. Le FN, c'est le culte de l'autodafé. C'est la liberté en berne, son fiasco absolu. 

Bon, j'en appelle à la beauté, à la création, non pas pour oublier, ni pour oblitérer mais pour retrouver le goût de respirer, d'aimer , de découvrir, de s'étourdir et de partager. Pour retrouver le frisson d'agrément, la belle électricité qui vous traverse et vous hérisse délicieusement, pour renouer avec ce coup de peigne dans les idées, cette ondée sur le jardin de l'âme. 

Brett Walker

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/brett-walker/

C'est le photographe de l'intensité, de l'accentuation. ici, dans le splendide portrait d'une jeune beauté, il saisit à la fois le sauvage et le cristal de l'être. 

a bre 1.jpg

Caroline van Sluijs 

https://www.instagram.com/carolinevansluijs/

Toute sa vie, Caroline van Sluijs, artiste hollandaise, a dessiné, peint et écrit. Elle est aussi l'amie des fleurs qu'elle photographie remarquablement, d'une façon presque intime, c'est une abeille, elle butine. Avec les couleurs, elle a créé des relations de compréhension mutuelle. L' année dernière, elle a réalisé, par déchirures, des collages intrigants et exaltants. Des collages qui vont de la composition à la création, avec un art de la variation formidablement abouti. C'est la poétesse de la déchirure, d'une déchirure inventive, esthétique, c'est une sorte de mosaïste raffinée. Entre paysage, abstraction et portrait, Van Sluis sublime le genre, y jette une science précise, une technique, une exigence et une maîtrise. Ici, dans l'oeuvre de la créatrice hollandaise, c'est l'univers du collage artiste. Une intelligence savoureuse habite ce travail, le dynamise, lui offre le possible d'une grande liberté. 

a bre 2.jpg     a bre 4.jpg

a bre 5.jpg     a bre 6.jpg

a bre 7.jpg     a bre 8.jpg

a bre 9.jpg     a bre 13.jpg

a bre 11.jpg     a bre 12.jpg

a bre 14.jpg     a bre 15.jpg

a bre 16.jpg     a bre 17.jpg

a bre 18.jpg     a bre 23.jpg

Daniel Simon

Avec un peu de recul, que retirer des présidentielles françaises ? La peste ne s'est pas imposée ? C'est vrai. Mais quelque chose de plus mémorable, c'est ce beau poème de Daniel Simon.

Avant de voter

j'ai pensé à ma mère à la sienne

aux repas dans le silence

à la nuit soumise à la télévision

où la lune était belle

en noir et blanc et en musique

Avant de voter

j'ai fait une liste de ce que je voulais

et ne pouvais plus perdre

des phrases sans queue ni tête

des promesses en liasses

sous les sunligts en sang

Avant de voter

j'ai regardé la file où je vais

une nouvelle fois entre deux autres

hommes et femmes sombres

un autre plus loin appelle un ami

dans une langue de gorge

Avant de voter

mes mains ont tremblé si peu

je suis trop vieux pour que le corps

renâcle hésite ou se fâche

avant l'isoloir sans étourdissement

préalable aux dieux volatiles

Avant de voter

j'ai oublié un livre chez un ami

hier qui le sera peut-être encore

ce soir jusqu'à l'engouement funeste

mes enfants ont grandi des pantoufles

de fer aux pieds

Avant de voter

la femme que j'aime rira de moi

ce soir en disant c'est fini c'est fini

comme on fait aux enfants

enfiévrés et grincheux

mon chéri on va dormir

Avant de voter

je me conjure comme à Noël

à Pâques et à la Saint-Sylvestre

de ne plus m'inquiéter des migraines

du temps il en reste si peu

pour vivre encore encore juste

avant de voter

Savina Lombardo

a lom 3.jpg

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/savina-lombardo/

https://www.facebook.com/savina.lombardo/photos_albums

L'artiste (pastelliste, peintre, dessinatrice) Savina Lombardo est une ancienne de mes prédilections. Son genre raffiné et singulier, les états de grâce de son travail, ces mélanges aboutis et heureux de réaliste et d'angélique, de vrai et d'onirique, de hiératique et de léger m'ont séduit il y a longtemps. C'est un bonheur de recueillir aujourd'hui quelques œuvres de l'artiste italienne toujours et plus que jamais inspirée, originale et délicate.

a lom 1.jpg

a lom 2.jpg

Enrico Robusti

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/enrico-robusti/

Le grand maître italien Enrico Robusti est là. Présence exorbitante, faramineuse ! Je l'ai écrit : je suis un inconditionnel de cette fièvre picturale, de ces hallucinations de vérité (quand la vérité apparaît à l'artiste dans l'état de ses déformations constitutives). C'est une grande rencontre, une oeuvre magistrale qu'il faut célébrer, acclamer et redouter. car, dieu merci, les artistes ne nous veulent pas que du bien. Il nous présente parfois des miroirs singulièrement offensifs, assassins, il représente l'humanité tordue, il la fixe dans l'exercice malsain où elle excelle, la torsion. 

a maestro robusti 2.jpg

a maestro robusti 3.jpg

a maestro robusti 4.jpg

a maestro robusti.jpg

Otto Ganz

https://www.facebook.com/otto.ganz.90/photos?lst=10000349...

L'écrivain et peintre (dessinateur) Otto Ganz persiste pour l'instant (comme un mineur enragé, et prisonnier de son acharnement, qui dépèce un filon fantastique) dans sa veine d'encres, gouaches, acrylique, café, liquides organiques sur papier. Il a raison, les trouvailles sont fameuses, impressionnantes. Des pépites jonchent le sanglant tamis de papier. Un univers humain oppressant, sensible, sinistre, poétique, dévasté, terrible, ambigu, attendrissant se constitue pièce après pièce. Une sorte d'apocalypse du petit quotidien terrible. Un passage dans une intériorité ouverte à la vallée de la mort et au gouffre de la vie. Ganz semble s'être engagé dans une impasse prolifique. C'est sa manière d'être, sa signature à l'opinel. Lui qui n'est qu'oxymore. Lui qui est l'incarnation poétique, littéraire et picturale de l'oxymore. 

a ganz 1.jpg

a ganz 2.jpg

Margot Buffet

http://margotbuffetpeintre.blogspot.be/

Voici ce que l'artiste française, peintre de papiers, dit à propos de son travail : C'est au cours de mes études de design à Saint-Etienne que j'ai orienté mon travail autour du papier, celui qu'en général on ne voit pas. Partenaire quotidien, matériel millénaire et pourtant si dynamiquement contemporain. Je travaille particulièrement avec des papiers trouvés, abandonnés. Discrète matière souvent négligée. Réemployer des papiers riches d'une première histoire, mais aussi sélectionner des textures spéciales à fibres issues des techniques industrielles ou artisanales. Médium exceptionnel capable de se convertir à l'infini.

Les œuvres engendrées par cette démarche singulière et maîtrisée sont littéralement époustouflantes. Ce sont des éclosions baroques saisissantes, des parures fastueuses et redoutables, elles sont à la fois captivantes et apparentées au genre fantastique, elles sont accidentées, suturées et pourtant elles ont pour elles une sorte d'harmonie inédite et inquiétante. Elles fascinent, elles accrochent.  Ce sont des hantises, des spectres et des fantômes de Mary Shelley. Ce sont des masques punk surpris en pleine nostalgie romantique, des suaires, des divas livrées à leurs fièvres et à leurs excès, des maquillages baudelairiens. Ce sont des contraires convertis à l'entente, au chœur. C'est l'iconostase d'aujourd'hui, fuie par l'absence de dieu, habitée par le goût de lui. C'est l'humanité défigurée par des siècles de progrès. C'est la décadence nouvelle, sublime et effroyable, le martyre heureux et difforme du 21ème siècle. Au bout de tout, il y a toujours l'inachèvement, l'incomplétude, le fiasco merveilleux. Cette oeuvre me fait songer à une immense flotte d'épaves grandioses, de vaisseaux fantômes lyriques et enivrants.

a buffet 1.jpg

a buffet 2.jpg

a buffet 3.jpg

a buffet 4.jpg

a buffet 5.jpg

a buffet 6.jpg

a buffet 8.jpg

a buffet 9.jpg

a buffet 10.jpg

a buffet 11.jpg

a buffet 12.jpg

12/03/2017

Les Chroniques du Poisson Pilote n°32

a alain adam 1.jpg

n u m é r o   3 2

Cette fois, un numéro ample, une enfilade de perles baroques, des fleurs violentes, des découvertes splendides, des rencontres heureuses. En philanthrope parfois grièvement sujet à un irrépressible dégoût de l'humanité, je ne retiens dans mes Chroniques que ce qui me charme, m'enchante, me bouleverse, me surprend, me déstabilise, m'aide à vivre. Le reste, - une abondante, une profuse diarrhée de croûtes molles, ne me sollicite désormais plus.  Et je vais, - chevelu, blanc, hirsute, un tantinet rebelle - en ligne directe à mes prédilections, en prenant garde, tout de même et malgré le bénéfice de chance que je pourrais en tirer, de ne pas fouler les étrons artistiques qui jonchent les rues, les salons, les galeries de notre monde en pénurie de pertinence. Il se pourrait, bien sûr, que je me trompasse quelquefois, que je fisse, en matière de goût, l'une ou l'autre faute, mais ces fautes et ces fautelettes, j'ai à cœur de les commettre seul, sans la bénédiction ou l'arbitrage de qui que ce soit. Il se pourrait que moi aussi je fisse de temps en temps les frais d'une carence de pertinence. Je le supporterai si j'ai pour consolation que mon impertinence demeure à l'abri de la panne. Deux choses (parmi d'autres) sont en moi inépuisables : l'enthousiasme forcené et la répugnance forcenée. Quand je me tâte (très honorablement s'entend), il m'apparaît quand même que j'aime aimer. En voici quelques preuves.

ASSUNTA GENOVESIO

On sait l'admiration immodérée que m'inspire l'oeuvre de l'artiste peintre Assunta Genovesio. (C'est un nom majestueux, je m'en rends soudain compte Il est conçu pour entrer dans la légende). J'ai beaucoup écrit sur elle, elle fera partie de ma prochaine navigation littéraire et artistique (Chercheur d'art chez JF Editions en mars 2017), elle a un pied-à-terre dans mes Chroniques, chaque nouveau tableau d'elle que je découvre me surprend et m'étreint le cœur. Chaque fois, je suis confronté à ce surcroît étrange, ce supplément où force, grâce et persuasion s'entendent. Chaque fois, la foudre se répète, chaque fois, une longe fréquentation, une patiente observation de l'oeuvre sont heureuses et bienfaisantes. Chaque fois, un bienfait est au rendez-vous. Une magie opère. Chaque fois, le sentiment est alarmé. Ici, la stupéfiante création de la lumière, la qualité de l'obscur, une atmosphère étourdissante, un ciel qui d'emblée entre dans mon intimité, des tons affolants. Il y a, avec le savoir-faire et le savoir-inventer, un parfum d'oeuvre, une dimension, une signature, une ampleur. Une respiration. Et j'entends un violoncelle. 

a ass 1.jpg

JEAN-CLAUDE SANCHEZ

Il est ici chez lui. Mes espaces sont riches d'albums de Jean-Claude Sanchez. J'ai multiplié avec lui les collaborations. Je le connais un peu, désormais. Je sais notamment cette sorte d'adoration qu'il voue à la beauté asiatique. Et pourtant, à chaque fois, la nouvelle oeuvre me surprend et me subjugue. Un vrai talent exclut qu'on s'habitue à lui. Ici, une majesté étourdissante et singulière, avec des drapés d'une perfection sculpturale. Mélange heureux, sublime de densité et de légèreté, de dissimulation et de révélation. Les épaules sont superbes, le vase du corps et la perfection formelle confèrent à la femme un subtil et cohérent mélange de profane et de sacré. 

a ama jc sanchez.jpg

a ass a.jpgELISA RETAILLEAU

http://elisa-arts.fr/

https://www.facebook.com/elisa.retailleaubureau

Artiste plasticienne, (peintre, dessinatrice, photographe), son travail est centré autour de la représentation du corps féminin et du mouvement, une démarche fondée dans la pratique de la danse. Elle est, - quelqu'un merci ! - un peu folle. Ses magnifiques photographies patiemment et artistement mises en scène, insolites et séduisantes, l'attestent. Dans son entreprise picturale, le trait est nerveux, rapide, frénétique, électrique et maîtrisé, il combine aussi quelque chose de délié, un goût inspiré, esthétique de la boucle, une rencontre harmonieuse de l'arrondi et des angles. Il y a une griffe, une patte. Les couleurs sont esquissées, parfois intenses, ardentes, souvent hypnotiques. Les couleurs aussi dansent et s'agitent, vivent en effervescence. Il y a là une grande liberté de ton, de sujet, une oeuvre audacieuse, une féminité orgueilleuse, séductrice, rayonnante, un mélange détonant d'ingénuité et de malice. Cette oeuvre me fait songer à une écriture pleine et lyrique. Ses photographies sont originales, allègres, poétiques, drôles, parfois, elles établissent des rapports sensibles et heureux, inspirés avec la peinture. L'oeuvre est complexe et indépendante, très personnelle, pleine de nuances, d'humeurs, de saveur, de caractère. 

a ass 2.jpg     a ass 4.jpg     a ass 5.jpg

a ass 3.jpg

a ass 6.jpg     a ass 7.jpg     a ass 9.jpg

a ass 15.jpg

a ass 14.jpg

a ass 13.jpg

a ass 10.jpg

a ass 11.jpg

a ass 12.jpg

a ass b.jpg

a ass d.jpg

SABINE DELAHAUT

Sabine Delahaut est une artiste graveur que j'admire énormément et dont j'aime publier des œuvres dans mon espace. Je reviens toujours à sa technique minutieuse, aux  envoûtantes atmosphères de poésie, de mystère et de merveille de son travail. J'y reviens inlassablement. Sabine est dans l'actualité immédiate, elle expose à Liège, voir la superbe affiche en bas.

a de 1.jpg

a de 2.jpg

a de 3.jpg

SUZY COHEN et SUZETTE ALANIS

ne sont qu'une (part de la multiplicité de cette femme)

http://suzy-alanis.skynetblogs.be/

https://www.facebook.com/cohen.suzy

a cohen suzy 1.jpg   a cohen suzy 2.jpg

a cohen suzy 3.jpg     a cohen suzy 4.jpg

a cohen suzy 7.jpgVoici un être étonnant. Une Suzy tout à fait inhabituelle. Distincte. Remarquable. Salomé, dit-elle, pour parler d'elle. Oui, Juive, fille d'Hérodiade, oui. Coupeuse de tête (elle ne coupe point, se contente d'exiger qu'on coupe) dont, retour de flammes !, la tête sera prise par le froid sur un plateau de glace. Salomé des peintres et des auteurs soulevant la tête du baptiste. Elle se sent Salomé, Suzy Cohen. Suzy Cohen est, au physique, une femme plantureuse, une Fellinienne (à mi-chemin d'Anita Ekberg et de Sandra Milo), une divinité à la rotondité exemplaire, Héra qui jetant son lait invente la voie lactée, une voluptueuse ample et fragile, un phantasme qui rit, aussi, une pin-up qui ragaillardit le marin en haute mer, au front, quelque part où il est penché sur l'icône. Elle a, disons, une bouche pour dire les Fleurs du mal. Des lèvres à cocktails épicés. Les yeux laissent songeur. Elle est du côté, dirait-on, à la voir, du sensuel, du suave, du voluptueux. Elle vit, exotique, très loin, à l'autre bout du monde. Il y a la mer, des pirogues. Un énorme décalage horaire. Et sa plénitude allongée sous le soleil exactement. Elle fait penser à la transformation, l'heureuse alchimie du marbre en moelle. Elle a des regards, des sourires mutins, enchanteurs. Du jazz est autour d'elle. C'est une belle joueuse. Insolente. Renversez-là, de grâce (avec son consenetment, nécessairement) sur un Steinway et qu'elle nous chante, décolletée et lente, I'll string along with you. Oh l'ample Sassie blanche, la diva qu'elle serait. Ecoutez ceci pour comprendre ce à quoi je pense.

https://www.youtube.com/watch?v=0ssAb-wJ3T4

Il se pourrait qu'elle ne chantât pas ou faux. On est disposé à tout lui remettre. Suzy Cohen, sûrement, - et dans mon esprit au moins - des gens viennent de très loin pour entendre (et enregistrer ses gémissements). Brame de jument licorne, geignement de sirène.  

a cohen suzy 5.jpg     a cohen suzy 6.jpg

Mais non, ce n'est pas exactement de cela que nous parlent les poèmes de lady Cohen. Il parle de cela aussi mais assez peu. Ils sont plus graves, plus douloureux que l'icône que nous esquissons. Ils sont plus profonds. Ils sont d'une veine existentielle.chargée, marquée au fer rouge de la vie. Ils ont une intensité plus acérée, plus pointue. Ils ont des angles, des tranchants, des arêtes, des dérives. Ils sont blessés, vivants, ils palpitent, ils tremblent. Ils remuent ceux qui les lisent. Ils font affleurer des frissons. Ils s'écartent du léger, naviguent dans une geste sombre. En voici.

feuillets de corde et temps de glace: le tps qui reste

il est quatre heures du matin

elle le sent, elle ne va pas se rendormir

c est le printemps dans ce satané pays, il a encore neigé..

hier soir, elle a mal tiré les occultants , ainsi,  elle peut encore  apercevoir, par l interstice, un petit bout de ciel de nuit, livide, où se détache le squelette d un arbre nu, comme un présage..

elle enfonce sa tête dans l oreiller de plumes, relève ses couvertures et caresse automatiquement son corps nu, lui aussi comme cet arbre qui refuse de bourgeonner en ce faux printemps, son corps enfoncé définitivement dans un  hiver létal

la peau est encore tannée par le soleil des iles et douce, son corps , elle le connait parfaitement, c est un sac de coutures

elle le connaît si l’on peut dire, sous toutes ses coutures

le ventre est un peu replet et doux, elle arrive au pubis qu elle a voulu glabre, le caresse doucement jusqu' à la béance qui libère des arômes célestes, enivrants de vie

elle jette un autre coup d’oeil dehors où se remettent à tomber des flocons anesthésiants de volupté sur ses blessures qui ne se refermeront jamais

bientôt des pluies de l au delà du monde, des pluies venimeuses viendront ruisseler à travers un azur dément sur l’étendue malade de son esprit

le médecin lui a affirmé : "un mois, maximum"...

elle sait, donc.

elle continue de se parcourir doucement sous  la chaleur bienfaisante de son édredon

le temps qui reste, elle va l occuper à transformer ce mécanisme branlant en sensations divines, en fulgurances

demain elle appellera M, il ne saura rien de son drame

il continuera à l aimer, à la célébrer, à transformer ce corps de douleur en manne de plaisir

alors, elle oubliera, elle l’aimera aussi comme on aime un alchimiste, elle aimera aussi ce corps à l’histoire impitoyable

elle se dira, pour se rassurer que DIEU existe,  qu’il y a des ailleurs plus cléments

pensera tout bas "DIEU je ne dis pas que tu n es pas, je dis juste que je ne suis plus"

le dénouement sentira la chair à plein nez

il sentira la fête, la célébration rayonnante de la complémentarité entre le souffle ultime de la chair et la respiration haletante de la pensée

un jour, un jour à la fois

laissez-moi la résurrection de la chair, l’esprit se libère à l’approche de l inéluctable

le temps qu’il me reste

je veux l arracher définitivement au vertus rassurantes de la raison, mourir folle comme j ai vécu

le temps qu’il me reste se comptera en caresses, en tango des peaux

elle pense à deux phrases si similaires et si opposées

"je compte les jours"

"mes jours sont comptés"

elle sourit

le jour se lève

 

mais voir un ami...

il y a eu notre première rencontre

tu m’as lorgnée impitoyablement, au-dessus de tes petites lunettes de stakhanoviste

et j ai su, au premier regard , que nous allions vivre quelque chose d’inclassable

t avais l’air d un animal blessé

la lumière semblait trop intense pour toi car je crois que tu la voyais au travers des souterrains du sommeil

 

et puis , nous avons décidé de changer d’endroit

le café versailles avait ses limites

ta démarche ressemblait à une fuite interminable

tu semblais vaciller, perdu dans un abîme de grisaille

 

tu m’as appris le goût de la chimay bleue

ton visage accidenté ressemblait à une toundra

tu parlais, tu riais, tu buvais, tout était dans la démesure

 

il faudra comprendre la leçon du chagrin

qu’un geste suffit à écarter

il faudra comprendre le corps qui s’éteint comme muni d un rhéostat

 

il faudra comprendre le frisson

que nous mettons chaque jour de côté

sans savoir s’il annonce

ou abrège le souffle d autres vies

 

Il faudra réapprendre à aimer st gilles

 

just before

tu nous attends, de pied pas tout à fait ferme

dans cette petite maison blanche

impersonnelle mais  totalement adaptée à l’inconfort physique

 

je regarde ton visage

je le reconnais de moins en moins

tant il est bouffi

la  démarche devient mécanique

et bizarre

tu me fais penser à un playmobile

qui ne veut rien perdre de sa superbe

 

hier toutes tes forces restantes

ont servi à m’engueuler

à me donner une leçon de vie

ironie bizarre de la fin

 

B.

s’endort dans le fauteuil

comme un chat près du poêle

je vous regarde

et  me sens infiniment seule

infiniment triste

un nuage de vie qui passe

dans un ciel sombre

 

je vais finir par haïr la chimay bleue

 

sois sage ô ma ...

partout , il y a la douleur

persistante comme une pluie d’automne

comme la litanie des morts

 

dans mes rêves, dans mes artères

dans l’humidité des saisons

dans chacune de mes pensées

chacune de mes sensations

 

partout, il y a cette vrille

mouvement qui me précède

va –et-vient perpétuel

entre le monde et moi

et qui repousse les limites

de ma résistance

 

mon sismographe fonctionne

24h sur 24

et de secousse en secousse

je me lézarde un peu plus

(Sources : http://suzy-alanis.skynetblogs.be/)

NADINE BOURGNE

https://www.facebook.com/nadine.bourgne

http://www.nadine-bourgne.odexpo.com/

a bou a.jpg

En une formule très succincte, Nadine Bourgne évoque subtilement son art pictural : "Je réconcilie l'ordre et le désordre, la couleur et ses résonances, mais ma peinture restera tendrement agressive et follement solitaire". Je lisais, tout à l'heure, que cette artiste doute, qu'elle marche sur la falaise du désarroi. Ce sont toujours les artistes que le talent n'épargne pas, les artistes que le talent étreint au point de les faire suffoquer qui sont en proie au doute, à la détresse. Ici, chez Nadine Bourgne, il y a une oeuvre importante, originale, ardente. L'imagier brûle, grouille comme en force. Ces tableaux ont aussi des âmes de vitraux mis en joue par le soleil. Il y a une force, une solidité, une orchestration du chaos, une puissance de séisme ordonné. Une énergie faramineuse. Le fantôme du Cobra hante le travail singulier et personnel de Nadine Bourgne. Il y a un état d’ébullition dans ce travail pictural. Des éléments figuratifs habitent de grands orages abstraits. En même temps, ces intempéries vivent dans une sorte d'intimité, comme un monde intérieur et ses agitations révélés au regard de l'amateur d'art. Un univers intestin retranscrit dans ses états de nerfs, de fièvre, de rêve, de colère, de cauchemar, ses résurgences, ses saillies du passé, sa santé même. Comme la carburation de l'être mise à jour. La percolation de la vie en lui. Sans doute s'agit-il moins de lire que d'éprouver, de ressentir ce qui est montré.

Allez sur l'espace facebook de Nadine Bourgne, regardez l'oeuvre, rendez-lui justice, célébrez-la, partagez-la comme elle le mérite. Ne laissez pas un tel talent succomber au désespoir.

a bou 1.jpg

a bou 2.jpg

a bou 3.jpg

a bou 4.jpg

a bou 5.jpg

a bou 7.jpg

a bou 8.jpg

a bou 9.jpg

a bou 10.jpg

a bou 11.jpg

a bou 12.jpg

a bou 13.jpg

a bou 14.jpg

a bou b.jpga bou 15.jpg

06/02/2017

Les Chroniques du Poisson Pilote n° 31 - Hélène Bénardeau - Otto Ganz

a alain adam 1.jpg

Gardons la belle Hélène Bénardeau parmi nous

a hel bé 5.jpgMaintenant, oui, surtout, ne pas lâcher la main, maintenant, depuis hier, Hélène est morte. Ne meurent vraiment que celles et ceux de qui on lâche la main. Hélène Bénardeau, la lutteuse contre le cancer, l'écrivaine, la blogueuse humaniste. La très belle lutteuse. Nom de dieu, j'ai les doigts qui collent aux notes, je pèse une tonne de dépit et ma sonatine aussi. De la fatalité, elle a fait un orchestre. Un jardin. Un défi. Elle est noble, Hélène, très chevalière. J'envoyais depuis des semaines des messages d'espoir désespérés, des mélodies, des couleurs sur son journal. Là, depuis que la nouvelle est tombée, j'ai envpyé l'elfe Lhasa et son hymne Rising. Puis, ce matin, des fleurs de Redon et des Gymnopédies, des Gnossiennes de Satie. Je la connaissais à peine. Mais à présent, la peine se dresse comme un drapeau noir et je suis effaré. Effaré d'être touché à ce point, de sentir une entrée de deuil dans ma maison. La Crabahuteuse. Il faut aller chez elle, franchir le seuil de son espace et s'y promener. Peut-on le dire, sans blesser personne ? Une femme comme ça ne passe pas sans qu'on l'aime un peu. Sans qu'on l'aime. Sans qu'on demeure, sur son passage, épanoui. Comme chez Brassens. Les Passantes. Ainsi nomme-t-on celles qui restent définitivement. Que le violoncelle nous tronçonne donc, à la hauteur du cœur, là où l'on a mal. 

https://www.youtube.com/watch?v=vvjhsZYaofk

Oui, avec ou sans cheveux, elle a le profil de Dulcinée devenue vraie.

D'où vient que d'un seul coup une sœur nous manque ? Je vais l'écrire comme cela me vient. Cette femme, qu'elle écrive, qu'elle regarde, qu'elle évoque, qu'elle se souvienne, qu'elle paraisse dans sa chevelure superbe ou sous la dune merveilleuse de son crâne nu, elle répand de la lumière, de la grâce, et la saveur étrange d'un petit sel cuisant et taquin. Un fort et enivrant parfum d'humanité. Nous sommes trop bêtes, trop sensibles, nous cédons devant ça. Moi, je n'en ai pas fait secret auprès d'elle.

J'ai vu votre visage. je l'ai trouvé très beau. J'ai lu vos messages. J'ai lu que vous livrez un grand combat. La pétassestase vous harcèle. Je passais et j'ai été touché. Je n'éprouve aucune pitié. Ce n'est pas très beau, la pitié. Je ne sais pas. J'ai éprouvé le désir de vous faire un signe. De vous dire que cette tête nue que vous prenez entre vos deux mains est très belle.
Facebook, c'est une sorte de désert. La belle dune de votre visage m'a hélé. Belle rencontre, c'est un bel instant, un visage comme le vôtre. Je vous envoie un peu de musique.Je voudrais partager quelques instants avec vous. Si cela vous semble importun, ne donnez aucune suite. Je serais désolé de vous importuner. Mais c'est une possibilité.
 
Et puis, la promesse, l'offensive du mal, la fatigue, le silence.
 
 
Et l'oeuvre, le visage, la beauté d'être. Notre désir de perpétuer, de rendre grâce. De mettre autour d'elle, longtemps, des fleurs, de la couleur, de la gratitude, ce frisson ému.
 

a bénar 1.jpg

Ici, une très belle interview d'Hélène qui évoque l'historique de son blog, la Crabahuteuse et la naissance de son livre :

https://www.youtube.com/watch?v=NynUOKL7izA&feature=s...

Une petite heure avec Chet Baker, Hélène ?

https://www.youtube.com/watch?v=FtW_BHuaNPc&list=PLA7...

Otto Ganz

a aganz b.jpg

Otto Ganz par Geneviève Hauzeur, 2015

Recru de peine, je veux vaquer à autre chose. Un ami fera l’affaire. Je vais vous parler d’Otto Ganz.

À ceux

et aux autres

amants hommes

poussières

poètes avérés

cadavérés menteurs

bonimenteurs

talentueux

impulsifs et allongés

en travers de ma vie

pour renaître à l’Orient

je n’oublie pas

qu’ils mâchent ma mémoire 

a aganz 14.jpgVers d’annonce du recueil  Mille gouttes rebondissent sur une vitre,  l’Arbre à Paroles, 2015. Otto Ganz est né à Anvers en 1970. Poète, romancier, plasticien, il est l’une des voix les plus singulières de la littérature belge contemporaine. Une des  voix les plus singulières, formule très à la con, consternante, dans la veine de cette langue de bois qui fait son nid jusque dans les antres poétiques. Pissat toutes-boîtes. Pitié pour les vers ! Je ne peux pas affirmer que je connais très bien ce type pour la bonne raison que c’est mon ami depuis des lustres, depuis que nous fîmes connaissance aux éditions des Eperonniers. C’est un écrivain qui dans l’écriture se comporte comme un insecte fouisseur, un genre de gryllotalpa kafkaïen, un insecte accordé à sa passion littéraire et poétique, Otto est un archéologue qui récupère scrupuleusement, méticuleusement les secondes épuisées qui précèdent le temps de sa prospection et de leur transcription, c’est un musicien sensible au rythme, au refrain, à la pesée rigoureuse du mot, c’est un bluesman blanc, un mélodiste noir, de veine noire, lugubre, de lyrisme lugubre et envoûtant. Il y a eu l’homme des cavernes, jadis, Ganz, c’est l’homme des cryptes, l’homme savant des cryptes, l’homme qui va se consulter tout au fond, qui va recueillir ses voix secrètes et multiples., ses mues successives C’est, dans la foulée, le type capable aussi d’autodissection. Ottodissection. Très sceptique sur l’intérêt fondamental du monde, il l’aime pourtant un peu. S’il aime, il ne compte pas. C’est une déclinaison singulière (comme sa voix dans les catacombes de la littérature belge contemporaine) de la générosité. C’est un esthète hanté, tenté par l’anarchie, le nihilisme et la distinction. Il est de l’étoffe dont on fait les dandys et les hooliganz. C’est un macabre qui a le goût des vitraux. Il est toujours pris entre deux tentations : la sensibilité et le sarcasme. C’est la raison pour laquelle il lui faut sans cesse inventer pour faire tenir ensemble et coopérer ces deux forces. C’est un grand inventeur. Un type passionnant. Proche et lointain. Un peu comme un corbeau, il est perché sur des bases solides : un savoir, un appétit de lectures, une curiosité de tous les arts. Ai-je dit qu’il est précieux, persifleur, douloureux (porté à la douleur), cynique ?  

Ensemble, lui et moi, nous aimons la belle et talentueuse québécoise Anne Guibault (avec qui il a coécrit On vit drôle – Adage/Maelström).  Chez Maelström, lui et moi avons coécrit un roman fantastique , l’Arbre d’Apollon.

http://www.maelstromreevolution.org/pages/FRA/prodotto.as...

a aganz a.jpg

Pour se faire une petite idée de sa production, on utilisera ces liens :

http://espace-livres-creation.be/fiche-auteur/otto-ganz

http://www.brouillons-de-culture.fr/article-otto-ganz-une...

je crois

à la fulgurance

des vertus

du silence

 

je crois

qu'il a fallu perdre

sans cesse avant

de savoir parler

(In Pavots, éditions du Cygne)

Je ne m’étends pas pour l’instant car là, mon propos, c’est le Ganz plasticien. Et spécialement ses créations récentes. Encres, gouaches, brou, acrylique, corps liquides organiques. Son travail pictural est souvent en rapport intime avec son aventure littéraire. On y détecte les fantômes et les hantises de Kafka, de Michel de Ghelderode, et parfois tout près du redoutable Ubu de Jarry, une angoisse et une colère prégnantes, des indices de fantastique, des visages de la peur, du désespoir, de l'affalement  et de la fraternité, les tons sont successivement et parfois simultanément chauds, sombres, morbides. C'est désolé et ardent. Il y a aussi quelque chose d'un hymne à l'être, célébré dans sa braise fragile et menacée. Un mélange intime et crispant, détonant d'humanité, de proximité, de danger, de menace rend le travail puissamment et fertilement ambigu. Les êtres sont comme vus d'en haut, engoncés dans l'ombre, le feu mourant du crépuscule, dans la lie-de-vin, comme des animaux de zoo presque conscients de leur état. Il y a quelque chose d'orwellien dans cette galerie. Le paisible et le tourmenté, la puissance expressive et la placidité cohabitent. Résignation, terreur, panique recherche de soutien et de refuge, nostalgie inclinée sur soi-même, folie, panique lovecraftienne. On n'est pas au paradis, ici. On baigne dans un jus d'enfer imminent ou embusqué. Ces têtes-là ont des allures d'astres menacés d'extinction. Ces têtes-là ont la gueule de désespérés qui demanderaient des comptes, mais à qui ? Aux spectateurs qui défilent comme des touristes au jardin d'acclimatation ? Dislocations, imbrications. Monstres et êtres traités en monstres, dérive, débâcle, impasses existentielles. Je reviendrai à ces galeries sidérantes. Pour le moment, je suis fourbu. Cet imagier colle étrangement, terriblement à notre condition dès que nous la sondons en profondeur, dès que nous nous inquiétons d'elle. J'avais à cœur, dans l'immédiat, de dire que l'oeuvre existe, qu'elle dérange (démet les rangs), qu'elle tracasse, inquiète et qu'une fois qu'on l'a entrevue, on ne peut plus en faire abstraction. Dans les eaux et les encres ganziennes, j'ai pêché ceci : un trésor menaçant. Il faudrait rejeter tous les autres à la flotte. Zéro !

a aganz 1.jpg

a aganz 2.jpg

a aganz 3.jpg

a aganz 4.jpg

a aganz 5.jpg

a aganz 6.jpg

a aganz 7.jpg

a aganz 8.jpg

a aganz 9.jpg

a aganz 10.jpg

a aganz 11.jpg

a aganz 12.jpg

a aganz 13.jpg

15/10/2016

Les Chroniques du Poisson Pilote n°30 - Mireille Bonard

chroniques du poisson pilote.JPG

n u m é r o    3 0

Pour le trentième numéro de mes chroniques, je propose au lecteur et au visiteur une sélection de deux artistes jamais encore parus à l'enseigne du Poisson Pilote. Deux enchantements distincts mais décisifs, deux manières personnelles de rendre compte du monde, de soi et des autres à travers la peinture. Je vous les présente dans l'ordre de mes découvertes.

M i r e i l l e   B o n a r d

http://www.bonemir.net/ 

a mi 1.jpgSur l'espace de l'artiste, on découvre cette présentation : Mireille Bonard est née en 1952 à Nevers dans le département de la Nièvre. Elle fut remarquée à 4 ans à l’école maternelle St François de la rue Auguste Comte (Lyon) pour son imagination et son sens de la couleur… (voir l’article en Une du Progrès et un reportage d’FR3 Rhône-Alpes – 1957). Après une enfance solitaire et studieuse, pendant laquelle elle ne pense qu’à peindre et dessiner, elle entame des études d’art après le bac, malgré la volonté parentale : « rentrer rapidement dans la vie active ». Diplômée de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts. Après une rentrée à Censier (Paris) en Arts Plastiques, où l’atmosphère d’après 68 n’était pas très centrée sur le travail, elle descend sur Bourges avec l’intention de faire peinture et rentre à l’ENBA (Ecole Nationale des Beaux-Arts) de cette ville. Mais ses choix liés à ses rencontres la recentre  sur la Céramique (professeurs Jean & Jacqueline LERAT, Yves MOHY) après 2 années de Tronc Commun. Tour de France des Techniques céramiques, installations de plusieurs ateliers,  elle est admise sur équivalence à l’ENBA de Lyon – département : Art – option : Sculpture (enseignants Yvan AVOSCAN et Alain LOVATO). 1984 Lauréate Prix Charles Dufreine. DNSEP (Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique) en 1987. La Couleur n’est jamais très éloignée de ses diverses pratiques : sculptures peintes ou colorées dans la masse, céramiques décorées, recherches d’émaux, peinture chaude et dense.

J'ai aimé ici - avec la puissance expressive du trait, avec une association dynamique de fluidité et de force, avec l'art étrange et convaincant d'assembler, d'agglomérer les masses tout en les faisant vivre, tourner, battre comme un pouls, avec le dynamisme singulier des couleurs, l'hypnose des bleus - la rencontre du féroce et du tendre, l'intensification, l'accentuation, parfois la déformation insistante de la présence.  Et ce bleu hallucinant. Je suis sensible à cette sorte de virtuosité brutale. Il faudra que, plus tard, je m'ouvre aux autres aspects de l'oeuvre : sculpture, céramique. 

a mi 2.jpg

a mi 3.jpg     a mi 6.jpg  

a mi 7.jpg     a mi 13.jpg

a mi 4.jpg     a mi 5.jpg

a mi 8.jpg

a mi 9.jpg

a mi 10.jpg

a mi 11.jpg

a mi 12.jpg     a mi 14.jpg

a mi 16.jpg     a mi 17.jpg

a mi 18.jpg

a mi 19.jpg

 

06/10/2016

Les chroniques du Poisson Pilote n°29

a alain adam 1.jpg

n u m é r o   2 9

D'abord, je reçois deux de mes absents. Je les place invariablement parmi mes coups de cœur, mes exaltations. Je les retiens affectueusement. Bon, d'abord, il y a Alain Adam, mon ami peintre. Lui, il est de toutes mes chroniques puisque l'illustration est de lui. Mais je ne veux pas d'une présence automatique. Je veux repartir à la recherche, reprendre contact avec toute l'oeuvre, souvent. Je reviens à son Balzac qui m'avait si profondément ému, qui me paraît si intensément vraisemblable.

A l a i n    A d a m

a balzac alain adam.jpg

P a t r i c i a    E l o y - V e l t i n

Je me souviens d'elle avec tendresse. C'était un mail-artiste toujours occupée à créer des ponts, des échanges d'art fragile. C'était aussi, bien qu'elle en parlât rarement, une femme bouleversée par son veuvage. La maladie a eu finalement raison d'elle. Elle m'écrivait de petits messages, des messages poignants, inspirés, sensibles et délicats, pratiquement jusque dans ses derniers jours, des messages qui s'allégeaient, s'évaporaient parfois jusqu’à ne plus faire que quelques syllabes. Mais elle tenait le contact. J'étais ému par sa beauté singulière, sa résistance à la maladie, sa volonté inflexible de créer, de semer de petits signes. Aujourd’hui, j'en ai,  de ces petits signes. Et je leur fais place. Et je m'aide d'eux pour songer à la présence des autres.

a eloy-v.jpg     a patvel.jpg

Puis, il y a mes nouvelles découvertes, quelques émotions artistiques que je souhaite partager. Mais d'abord, je reviens un instant, pour assurer un suivi dans mes prédilections, à la photographe française Nadia Wicker dont l'oeuvre, - par son inventivité, son sens de la couleur, son formidable travail autobiographique, sa maîtrise technique, ses trouvailles formelles, son charme irrésistible, sa poésie affolée et affolante, son glamour inspiré et noble, sa quête architecturale, son sens du baroque - me tient en hypnose. C'est pour moi un bonheur de m'avancer dans ses collections somptueuses et, d'un peu de bonheur, il faut toujours témoigner. Il faut témoigner inlassablement. Je crois d'ailleurs que l'oeuvre de Nadia Wicker est de plus en plus reconnue et célébrée, je crois qu'elle commence à trouver les échos auxquels sa qualité la destine. Moi, je recueille dans mon tamis une merveilleuse suite de paillettes d'or.

N a d i a    W i c k e r

a nadai wicker 9.jpg     a nadia wicker 1.jpg

a nadia wicker 2.jpg     a nadia wicker 3.jpg     a nadia wicker 5.jpg

a nadia wicker 6.jpg     a nadia wicker 7.jpg     a nadia wicker 8.jpg

a nadia wicker 10.jpg     a nadia wicker 11.jpg

a nadia wicker 12.jpg     a nadia wicker 13.jpg

a nadia wicker 14.jpg     a nadia wicker 15.jpg

a nadia wicker 17.jpg     a nadia wicker 18.jpg     a nadia wicker 19.jpg

Geneviève  Van  Der  Wielen

a gene 23.jpg

a gene 3.jpg  a gene 4.jpg  a gene 6.jpg  a gene 9.jpg

http://www.gvdw.be/

http://genevievevanderwielen.blogspot.be/

Une oeuvre qui met sens dessus dessous

a gene 5.jpg  a gene 7.jpg  a gene 10.jpg  a gene 15.jpg

a gene 11.jpgArtiste peintre belge, né à Verviers en 1954. Elle a fait entre 72 et 75, ses études à l'Institut Supérieur des Beaux-Arts Saint-Luc de Liège.  Elle dessine, peint à l'huile, à l'acrylique, elle travail au pastel ou pratique le monotype linéaire en noir et blanc. Le trait, bel et fluide, simple, les formes comme synthétisées, les couleurs tranchées ont une espèce de candeur saine en même temps qu'une signature originale. L'oeuvre a une facture très dessinée, avec une ligne presque claire mais, à y regarder de plus près, le travail pictural est présent et savant. Il y a là-dedans une combinaison singulière de bande dessinée, de dessin allègre et rond, de gravure, de peinture qui forme un art très original, nouveau, plein de vitalité et de ressort, pétri d'une sorte d'amabilité insidieuse. Cet art, bien sûr, n'affiche une sorte de grâce bienveillante que pour masquer sa truffe de loup. De louve. Il y a, sous l'invention, des réminiscences de Balthus, de Labisse, d'Enki Bilal, de l'art sacré avec des visages d'anges à qui, en toute inconscience, on donnerait le bon dieu et toute sa vaisselle (calice, ciboire, burettes) sans confession. Car oui, la joliesse de la manière, les éléments d'enchantement propres à la manière, cette sorte de sensualité débonnaire ne sont là que pour nous abuser, nous apprivoiser avant de nous harponner comme des mammifères marins. Oui, l'oeuvre de Van Der Wielen, c'est autre chose. Autrement plus audacieux. L'oeuvre s'aventure partout, dans un sentiment de très grande liberté, avec une force inaccoutumée, une pure férocité parfois. L'oeuvre fouette et pince, emboutit, l'oeuvre sourit aimablement, flagelle, attache ou s'amourache de la mort, l'oeuvre se dénude, défonce un mythe, répand de violentes bouffées d'érotisme, l'oeuvre provoque, l'oeuvre marche sur Lesbos d'un pas délicieux, l'oeuvre se pend au fond d'une chambre sombre, l'oeuvre a des résonances ropsiennes, l'oeuvre satanise, l'oeuvre dévoile l'odieux, l'oeuvre caricature, l'oeuvre perfore, pénètre, l'oeuvre fait voir des maternités étranges ou inquiétantes, des encornages insoutenables, des étreintes ferventes, des passes putassières, l'oeuvre navigue dans l'eau trouble des phantasmes, l'oeuvre cingle à des vitesses de drakkar, l'oeuvre songe voluptueusement ou éventre et arrache le cœur, l'oeuvre frappe les totems, malmène l'homme ou le chérit ardemment, le regarde sans complaisance, l'aime, l'oeuvre regarde l'enfance sans enfantillage, l'oeuvre exhibe des corps débités, l'oeuvre est gracieuse, l'oeuvre rend visite aux instincts, l'oeuvre joue avec les tabous, les limites, l'élégance, la volonté de destruction. l'oeuvre séduit, se moque, se fout de nous, nous ravit, joue avec les mots et les images, les symboles, l'oeuvre est exquise, perfide, incontrôlable, libertaire, l'oeuvre éveille un frisson, une fragrance, l'oeuvre frappe au visage. L'oeuvre est dangereuse, périlleuse, incendiaire, blasphématoire, sacrilège, indomptable. L'oeuvre a la dimension des créations ambiguës, dérangeantes, gênantes aux entournures, vernies au vitriol. L'oeuvre est d'un dynamisme forcené. L'oeuvre est subtile, habile, savante. L'oeuvre a du souffle, de l'envergure, de l'opiniâtreté, du tonus. L'oeuvre est admirable. L'oeuvre transgresse. L'oeuvre est si abondante, si riche, si plantureuse, si infatigable, si chatoyante que je suis au désespoir d'en montrer aussi peu, d'en recueillir aussi peu. Mais j'en ai, je crois, recueilli assez pour éveiller la curiosité des amateurs d'art. Les deux liens que je mets à leur disposition leur permettront d'avancer dans la découverte de l'oeuvre. Que les autres, incapables de regarder, aillent se faire voir ailleurs. 

a gene 2.jpg   a gene 14.jpg   a gene 13.jpg

a gene 12.jpg

a gene 16.jpg  a gene 17.jpg

a gene 18.jpg

a gene 19.png

a gene 20.jpg

a gene 21.jpg  a gene 22.jpg

a gene 24.jpg

a gene 25.jpg

a gene 26.jpg  a gene 27.jpg

a gene 28.jpg

a gene 29.jpg

a gene 30.png  a gene 33.jpg

a gene 31.jpg

a gene 32.jpg

a gene 35.jpg

a gene b.jpg  a gene c.jpg

a gene 36.jpg

a gene d.png  a gene g.jpg

a gene h.jpg

a gene i.png

a gene k.png  a gene m.jpg

a gene j.png

a gene l.jpg

18/09/2016

Les Chroniques du Poisson Pilote n° 28

a alain adam 1.jpg

n u m é r o     2  8

Trop de choses captivantes durant mes déambulations. Il faut qu'à nouveau je recueille, je retienne ces merveilles parues dans la coulée iconographique.

Karine Burckel

http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/karine-burckel/

On le sait, j'aime le travail de cette artiste singulière, sa quête de quelque chose qui excède de loin (sans jamais le nier) l'intérêt plastique du corps. Autre regard, plus dense, plus original, plus ouvert, plus existentiel, plus tendu sur l'image de la femme. Une longue et captivante approche de tous les aspects de l'humanité de l'être féminin. Un travail photographique d'une expressivité rare. Passionnant. Je vois cette image. Il faut que je l'emporte. C'est un joyau pour mon musée virtuel.

a chro.jpg

René Peccolo

http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/rene-peccolo/

La aussi, chez le peintre René Peccolo, une puissance d'expression absolument hallucinante. J'aime l'univers auquel il se consacre, j'aime la façon originale, sombre et marquée, frappée de lumière, intense, presque sacrée avec laquelle il le traite. Il y a de l'icône sociale dans l'oeuvre. Une dignité. Une douleur regardée. Une admirable humanité. Tout ceci est très à l'écart, chez Burckel ou chez Peccolo, de la vague de superficialité charmante qu'on voit délaver l'imagier internautique.  Je prends et j'emmène.

a chro 2.jpg

Krys Gilbert

http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/krys-gilbert/

Krys Gilbert aussi, elle est au nombre des gens profonds, singuliers, surprenants que j'aime. Elle est folle, poignante, incisive, inventive, sombre, corrosive, rock'n roll, savamment graphique, un peu anar, touchante, formidablement douée, elle a mis au point une geste très personnelle, un trait, une atmosphère, un esprit. Tout m'y plaît. Elle peut émouvoir, provoquer, secouer, gifler, caresser, mélanger le cynisme et la tendresse. Elle est toujours au-delà de l'indifférence. Caricaturiste, poétesse, esthète, libertaire, toujours avec ardeur. Je recueille ici, attendri et touché, ces précieuses petites âmes jumelles. Elle nous fait là une fleur que je cueille avec tendresse et empressement.

a chro 3.jpg

Linda Fry

http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/linda-fry/

Oui, je me suis pris d'affection et de tendresse pour les petits portraits de Linda Fry. Délicats, nostalgiques, joyeux, inspirés, ils ont une qualité de présence, de grâce et d'évidence à quoi je succombe invariablement. La joaillerie de leurs yeux achève de m'étourdir. Ce sont pour moi de beaux instants de poésie visuelle, une poésie simple, traversière.

a chro 4 Linday Fry.jpg   a chro 7.jpg   a chron a.jpg

Béatrice Fortin

http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/beatrice-fortin/

Oui, je reçois toujours Béatrice l'enchanteresse avec joie. Elle, avec son cortège de fête, de conte, de fumée magique, avec ses couleurs, sa geste allègre, avec ses beautés aériennes ou aquatiques, ses rubans d'oiseaux. Oui, j'aime l'art de Béatrice la fée bienfaisante, l'artiste-sirène, la semeuse d'étincelles. Elle a en outre le beau visage de son oeuvre, son amabilité et son charme. Tant et si bien qu'on dirait qu'elle peint ce qu'elle est, que toute son oeuvre est une vaste et lumineuse évocation de son jardin intérieur.  

a chro béa fortin sirèn.jpg

31/08/2016

Les chroniques du Poisson Pilote - Alain Laboile - Jean-Claude Sanchez

a alain adam 1.jpg

Les quelques photographes que je vais évoquer dans les semaines qui viennent sont des artistes à qui je suis indiscutablement fidèle. Je commence par deux d'entre eux/elles.

A L A I N    L A B O I L E

Il y a toujours une grande fête poétique dans le prodigieux imagier de l'inimitable Alain Laboile. Un élan qui m'emporte. Une intensité bienfaisante. Une ligne esthétique sur laquelle se perchent des papillons, des poissons volants, des sirènes ailées. C'est un bonheur ému d'évoquer son travail. Je ne m'en éloigne jamais vraiment.

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/alain-leboile/

Chacune de ses images est chaude comme le lait fraîchement trait, chacune est savante et simple, chacune a un goût de petit éden au bout de la prairie. Chacune a la dignité chaleureuse de l'oeuvre portée et conçue par un artisan. Par un artisan (l'homme qui possède son art sur le vrai bout de ses doigts et jusqu'au fond secret de son âme) et un père, l'un étant lié à l'autre comme le sont les vases communicants. Chacune embaume la malice, l’habileté. Le frisson est avec les images de Laboile comme le parfum avec les fleurs. Laboile sait l'aviateur, le grutier, l'oiseau, le phoque, le conquistador, le miracle, l’indécrottable aborigène, le poids de chair et de charme, le goût du jeu, la graine de folie, l'épice du tendre qui unit et distingue ses enfants. Ses albums réhabilitent les cordes tendues, musicales, fragiles du tendre. Le tendre, tout ce dont le monde aujourd'hui manque si cruellement, si douloureusement. Le délicat. Et le magnifique à portée de main. Et le farouche, l'élan sauvage, l'impétuosité de jardin. Quelque chose ici touche à l'essence. Au corail existentiel. Au vent comme bienfait contre la géhenne. Ici, harmonie si rare, la part d'art s'entend avec la part d'humanité, un lien les noue l'une à l'autre, de façon vitale, comme des siamoises. Il y a les mots d'amour. Il se pourrait qu'il y eût ici des images d'amour. Des images telles qu'on peut les lever en calicots, en oriflammes. Mais je ne les range pas, ces belles images, du côté de l'innocence ou de la candeur ou de la cueillette. Je les place du côté de l'art, de la création, du fruit transmué en vin majestueux. J'ai parlé de vin, de vin noble parce qu'une ivresse contagieuse ruisselle de ces images. Ne dites pas : "Ce sont des photos d'enfants". Cela n'a aucun sens, la formule est d'une odieuse injustice. Pensez, je vous y engage, à elles, à ces photographies, comme à des œuvres d'art, des icônes profanes non pas ornementales mais justifiées par les appels les plus profonds, les plus généreux, les plus sensibles, les plus élevés qui couvent en nous et souvent ne trouvent pas à éclore, à sortir de leurs bogues serrées et solides. Voilà, ces photographies ont à voir avec les bougies, avec les petites flammes qui célèbrent, qui tremblent devant l'obscurité impassible et la traversent, la vainquent un instant. Cela est considérable. C'est ainsi, aussi intensément que cela, que j'aime les photographies de Laboile, l'univers unique, vrai, inventé, incomparable, sans cesse créé, vécu, d'Alain Laboile.

a chro laboile 1.jpg

a chro laboile 2.jpg

a chro laboile 3.jpg

a chro laboile 4.jpg

a chro laboile 5.jpg

a chro laboile 6.jpg

a chro laboile 7.jpg

a chro laboile 8.jpg

a chro laboile 9.jpg

a chro laboile 10.jpg

a chro laboile 11.jpg

JEAN-CLAUDE SANCHEZ

http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/jean-claude-sanch...

L'autre, c'est Sanchez. Jean-Claude Sanchez. J'aime comment ce type amerrit dans l'eau étrange des sirènes. Comment il va, pacifiquement, sans l'idée de dérober jamais quoi que ce soit, à la chasse au satin des femmes, à la nudité des femmes, à l'étoffe des femmes, j'aime comme il se met en quête de l'amplitude arrêtée de leur natation dans l'eau, dans l'air, au ciel, sur les planches de la scène. Souvent, chez Sanchez, les femmes ont à voir avec les proues, les lanternes, les mystères, les poèmes. Elles sont, oui sans doute, d'une matière, d'une sorte de marbre pur et effervescent, elles sont d'un lait solide et demeuré liquide.  

a chro 1.jpg

a chro 6.jpg

a chro sanchez 2.jpg

a chro sanchez 3.jpg

a chro sanchez 5.jpg

a chro sanchez 7.jpg

a chro sanchez 8.jpg

07/04/2016

Les Chroniques du Poisson Pilote n° 26

a alain adam 1.jpg

n u m é r o    2 6

Anton Azbe

Peintre slovène, 1862-1905, âme de l’impressionnisme slovène, fondateur d'une école de peinture à Munich où il reçoit ceux qui deviendront les forces vives (les quatre grands) de l’impressionnisme slovène. Il est aussi le formateur de peintres russes comme Kandinsky. Le portrait de la femme noire m'a saisi et ne m'a plus lâché depuis. Un éblouissement bien qu'il n'émette pas de lumière vive. Son unité, avec juste ce petit bouillon presque blanc sur la poitrine, fait son imparable force. Et, pour moi, l'incarnation d'une forme de la beauté. 

a azbe 1.jpg     a azbe 4.jpg

a azbe 3.jpg

a azbe 5.jpg     a azbe 6.jpg

a azbe 2.jpg

a azbe 7.jpg     a azbe 8.jpg

Broncia Koller-Pinell

Artiste peintre expressionniste autrichienne (1863-1934). L'autoportrait (tableau central, première ligne) est une merveille. Le nu assis est époustouflant.

a bron 1.jpg     a bron 2.jpg     a bron 3.jpg

a bron 4.jpg     a bron 5.jpg

a bron 7.jpg

Antoon van Welie

Peintre et dessinateur néerlandais (1866-1956). Il oscille entre symbolisme et impressionnisme. Expressions de la spiritualité féminine. - Merci à B

a ant 1.jpg     a ant 2.jpg     a ant 3.jpg

a ant 4.jpg     a ant 5.jpg     a ant 7.jpg

Anto Carte

Peintre, illustrateur, lithographe belge (1886-1954). Ne cherche pas à se rattacher à un mouvement. Artiste singulier, libre. 

a anto 1.jpg     a anto 2.Jpeg

a anto 3.jpg     a anto 4.Jpeg

a anto 5.jpg     a anto 6.jpg

a anto 7.jpg     a anto 8.jpg     a anto 10.jpg

a anto 9.jpg     a anto 11.jpg

a anto 12.jpg     a anto 15.jpg

a anto 13.png     a anto 16.jpg     a anto 14.jpg

Armand Point

Peintre symboliste français (1860-1932).

a arm 1.jpg

a arm 2.jpg

Ila Schütz

a ila 1.jpg

04/04/2016

Les Chroniques du Poisson Pilote n°25

chroniques du poisson pilote.JPG

n u m é r o    2 5

Martial Rossignol

http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/martial-rossignol/

http://martial-rossignol.fr/

https://www.facebook.com/martial.rossignol.photographe

http://rossignol.bookfoto.com/

et Orchid Lachaise, modèle

https://500px.com/mistyorchid

https://www.facebook.com/profile.php?id=100009226879857

Je souhaite à nouveau recueillir, pour leur puissant magnétisme, des photographies de Martial Rossignol. Je visitais à nouveau les couloirs de l'oeuvre, tout à l'heure, j'y trouvais, par abondantes grappes, à l'écart de la mesure et de la pondération, mais à l'écart aussi, toujours, de l'obscène et du racoleur, des fleurs somptueuses, singulières, bizarres, baroques. J'y trouvais, incarnés côte à côte, souvent dans une fulgurance captivante, la fièvre, le morbide, le linceul transparent, le satin translucide, la grimace de mort, le couloir de l'enfer, l'ingénuité, l'asphyxie, la beauté inédite, la transe, la déclaration de vie. La qualité tranchée, fascinante de son noir & blanc, l'intensité ardente ou la sérénité extravagante des images, la subtilité des effets, la singularité souvent nuancée, tamisée de ses couleurs, la pincée d'étrangeté ou de fantastique qui épice l'oeuvre, quelque chose de parfois hiératique dans les allures, quelque chose de parfois proche des convulsions qui captivent Egon Schjiele, des portraits tendus du pictoraliste Alfred Stieglitz  fixant Georgia O'Keefe, l'expressionnisme même de ses modèles me passionnent. Je me plais parmi ses mises en scène originales, son iconostase profane, son ton soutenu, volontiers exorbitant, ses femmes bâchées de transparence, cette ferveur atmosphérique, cette approche singulière de l'être féminin. La femme serait le serpent à plumes de Rossignol : c'est par elle que corps et esprit, ciel et terre ne sont qu'un. D'abord, quelques photographies de Martial Rossignol avec un superbe modèle, Orchid Lachaise. Ensuite, une nouvelle petite sélection opérée dans son abondante oeuvre.

ORCHID LACHAISE

a rossignil orchid lachaise.jpg     a rossignol orchid 3.jpg     a rossignol orchid  2.jpg

a rossignol orchid 4.jpg     a rossignol orchid.jpg

Petite sélection

a rossignol suite 1.jpg     a rossignol suite 4.jpg     a rossignolsuite 2.jpg

a tossignol suite 3.jpg

a mart 2.jpg     a mart 5.jpg

a mart 3.jpg     a mart 4.jpg     a mart 6.jpg

a mart 1.jpg     a m b.jpg

a m a.jpg     a m c.jpg     a m d.jpg

a m 1.jpg     a m 3.jpg     a m 2.jpg

a m 8.jpg     a n 4.jpg

Jérôme Delépine

Invariablement, le grand Jérôme Delépine, peintre superbe dont l'oeuvre m'envoûte, fait opérer, - dans la magie, l'onirisme, une spiritualité poétique unique -, le nimbe qui fleurit son iris, qui infuse dans les cheveux mouillés de son pinceau et enveloppe, diffuse, élève sa peinture. Tout cela est aérien, toujours, conçu un peu au-dessus de la matière, dans une atmosphère où tout est neige, feutre, souffle, laine, ouates, couleurs subtiles, savantes, où les choses semblent soulagées de leur masse pour atteindre à la traduction poétique. Les êtres, les arbres, les nuages, les eaux sont présentes comme on pourrait dire d'une idée qu'elle est présente, qu'elle volette, presque palpable, presque volatile dans la voûte crânienne. Il y a une impression de densité, souvent, mais une densité nuageuse, une densité suggérée par l'enveloppe. Il y a ici l'invention d'un état intermédiaire entre le vu et le ressenti, le vrai et le délayé, la matière et l'essence.  Delèpine, artiste majeur, a inventé ses propres huiles, ce sont des apprêts personnels de la quintessence.  

a jérôme delépine.jpg

a del 1.jpg

a del 2.jpg

a del 3.jpg

a del 4.jpg

a del 5.jpg

a del 6.jpg

a del 7.jpg

a del 8.jpg

a del 9.jpg