12/07/2014

Luc Peters

L U C    P E T E R S

bénéfices du séisme

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Luc Peters est un artiste néerlandais né en 1950. Il est successivement dessinateur, peintre, sculpteur, artiste récupérateur. Je vais, dans le présent article, m'intéresser à la sculpture de cet artiste étonnant. L'oeuvre m'a immédiatement saisi et captivé. En même temps qu'elle déboussole, qu'elle désoriente, elle vous attrape et ne vous lâche plus. Elle s'impose à vous, secoue vos représentations, vous soumet à un chapelet de questions et vous jette dans des abîmes de réflexion. Elle est hétéroclite, anachronique (antique et contemporaine), constituée d’agglomérats singuliers, de sertissages étranges, de la rencontre de matériaux différents et parfois d'éléments de récupération. Ces totems inédits existent à mi-chemin entre la statuaire classique et le ready-made de Duchamp. Ils sont les fruits éclatés de la collision frontale entre le classique et le contemporain. Ce sont les fruits d'un pop art grec antique. Peters est un sculpteur de nouveaux vestiges, un inventeur d'antiquités récentes, il invente un très vieux présent, il déconcerte l'horloge du temps.  Il y a dans l'oeuvre quelque chose d'une statuaire d'après l'apocalypse, le processus, après catastrophe, de réinvention de la sculpture avec des matériaux blessés. La statuaire de Peters est une statuaire blessée, désorientée mais plus encore elle est l'incarnation fragile et poignante du désir artistique survivant à je ne sais quel épouvantable cataclysme. Celui, peut-être, que nous mijotons patiemment. Art de l'anticipation ? C'est, à partir d'une grande blessure infligée à tout, la réinvention obstinée de l'art, de ses objets magiques ou sacrés, de ses talismans. Ce sont des Vénus d'après lle temps révolu de la beauté, des Vénus conçues en tant que vestiges. Des Vénus qui ont pris sur elles, sous la forme de quelque mutilation, un peu du désastre et de la catastrophe. Elles sont vieilles, abîmées, dégradées en naissant. Cette détérioration possède quelque chose de grand, d'infiniment poignant, elle a cette âme lourde et terrible qui plane sur les lieux dévastés. Les créations de Peters sont instruites de la faillite générale des hommes, de la planète. Elles sont dans la religion de la désespérance, dans le constat du manque et de la prothèse à quoi notre dévolution nous contraint. Elles portent aussi l'infaillibilité de l'espérance. Il se pourrait qu'elles fussent aussi de vrais miroirs, des miroirs sans complaisance, terribles à opposer à nos vanités, à nos démesures, à nos caprices, à nos rêves de perfection. Se pourrait-il aussi qu'elles nous révèlent nos fêlures, nos vieillissements, nos difformités, nos confusions, notre grotesque, notre atrocité, notre débâcle, notre fragilité ? Bris, débris assemblés pour dire les débris d'une humanité ? L'espace sculptural de Peters a la gravité de la désolation, parfois la cruauté du simulacre ou de la caricature. Ange de pierraille, de grenaille et de bouts de bois, désacralisés, destitués et pourtant, plus sacrés que jamais, plus désespérément sacrés. Oui, ce sont des blasphèmes, des sacrilèges, des enfants déchus du sacré. Et ce sont aussi, peut-être, les enfants mutilés de la renaissance du sacré, par-dessus le difforme ou, à travers lui, plus exactement. Visage désastreux, suturé, colmaté de gravats, mais désir intact de la représentation. Cet oeuvre me jette dans un désarroi habité, nerveux. Confronté à elle, je dois interroger ma conception de l'art, je suis invité à un voyage terrible et philosophique dans le parcours de l'art, ses finalités, ses errements, ses accidents, ses guerres, ses échos au réel. Je ne me souviens pas d'une secousse aussi profitable, aussi périlleusement profitable à mon cheminement personnel dans l'aventure (il n'y a pas besoin qu'elle soit magistrale) de la création. L'oeuvre de Peters me remet au pied du mur du doute. Lieu indispensable. Elle me (re)place en face des exigences de l'art, en face de sa fragilité, de sa porosité au destin et au malheur des hommes, de sa lutte pour survivre.  

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