13/02/2014

Lucie Coulombe (4) - Collaboration Coulombe-Colaux

L’AMPOULE ET L’ÉPREUVE

Lucie Coulombe (photographies) – Denys-Louis Colaux (poèmes)

Photographies et poèmes sont la propriété de leurs auteurs

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LE GRAIN ET L'ÉTINCELLE
 
Nous passons
sans que parfois même
les chiens aboient
sans que les ciels se penchent
sans que la pluie délave nos visages
 
Nous tirons après nous
des fagots de lumière
nous hâlons à nos épaules
des charges d'âmes
des tuyaux d'orgues
et
de souffleurs de cristal
 
Nous laissons
dans la cendre
une empreinte
dans les nuages tombés
un mot de chevet
devant la nuit
 
Nous laissons
le mot lampe
pris dans un halo
écrit

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PRAIRIES DE PIERRES
 
Loin devant   là-bas
le fleuve écoule
son énorme monnaie d'océan
il pousse et tire
des strophes d'encre
vers les vieilles chrestomathies
 
Long refrain d'eau
& lourds couplets de pierre
 
larme dans l'aquarium
esperluette dans la librairie
 
Les livres un jour
sont les parents des pierres
nulle ville
ne se lève sans eux
nulle ruine
ne se survit sans elles
 
Long refrain d'eau
& lourds couplets de pierre
 
Livres et pierres
calmes paupières
libres empires
 
Le fleuve roule
au loin
le corps las de Sisyphe

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AMPOULE ET ÉPREUVE
 
A l'aube
il n'y a encore
qu'une promesse blanche
un œuf mort dans l'eau pure
la page vierge
sur quoi l'habit des mots
essaient des épaules
des jambes et des seins
 
Bientôt sur l'opale sur l'épaule
l'algue avance son large drapé
il se pourrait qu'une femme
une phrase
se soient baignées là
il se pourrait
qu'une forme de femme
la forme d'une phrase
se soient ici lavées
à l'eau blanche du même bénitier
 
Bientôt la phrase nue
est ronde et féminine
avec son ventre
ses ailes de guitare
et son étrange galbe
d'astre assis dans la mer
 
Au soir
j'ai trouvé
dans cette ampoule qu'un voile
rend humble et magnifique
la lune d'un poème
drapée dans le rideau
 
image enfin à quoi
transcrite
mon âme s'ajuste

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12/02/2014

Grande Galerie Lucie Coulombe (3)

L U C I E    C O U L O M B E

Toute la geste de Lucie Coulombe est là, non pas ramassée (l'oeuvre est trop dense) mais évoquée, tout ce qui l'anime, la transporte, l'habite : son désir de rendre l'âme tumultueuse de son pays, de ses neiges et de son fleuve gigantesque et cette correspondance entre elle et eux, son sens créatif insolite, sa dimension picturale (je pense quelquefois à Andrew Wyeth en regardant ces vastes granges qu'elle photographie avec un talent singulier), ce voyage de son regard qui va de l'infime à l'immense avec la même attention émerveillée et scrupuleuse, son amour des animaux, son art des ambiances (et parfois proches de l'univers étrange de Lynch), ses n&b très graphiques, très stylés, sa vocation paysagiste, cet hymne visuel et lyrique à la nature, sa passion de la lumière (de mille lumières mais la récurrence d'une lumière dorée, vespérale et majestueuse et d'un bleu profond envoûtant), son sens très original de la composition, l'ombre discrète, feutrée du surréalisme qui plane sur son oeuvre, son talent à détecter les perles naturelles et à les faire scintiller, son aptitude à renouer avec l'abstraction au sein même de la nature, son goût immodéré et contagieux d'un genre qu'on pourrait appeler "la nature vive". 

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21:46 Publié dans Lucie Coulombe | Lien permanent |  Facebook |

Lucie Coulombe (2) - Collaboration Coulombe-Colaux

LA LAMPE ECRITE

Photographies : Lucie Coulombe

Poèmes : Denys-Louis Colaux

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LA PLUME ET LE SOL
 
1.
Le poème rêve du vol
rêve de l’effort de voler
du long et passionnant calvaire
des pionniers de l’aviation
Le poème
rêve que jamais les boeings
ne verront le jour
Le poème rêve de voler
leur rêve de voler
aux oiseaux encagés
Le poème
connaît l’affre
d’un oiseau retenu

2.

Le poème rêve de s’asseoir
pesamment sur l’argile
d’enfoncer ses jambages
bien profond dans la glaise
d’amarrer son âme de laine
aux troncs lourds des sycomores
Le poème
gît dans les sillons
de son fossile en vie

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LA FORÊT 
 
Je vais la nuit
désespéré
parmi les arbres
m’asseoir
et retenir
leurs frissons d’agonie
 
j’y demeure longtemps
j’y demeure
avant qu’il ne nous faille
recueillir tout entière
la forêt disparue
dans le fossile d’un rondin
 
avant qu’il ne nous faille
pour nous souvenir de nous
faire un tragique effort de mémoire

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TOTEM DE BOIS
 
J’ai pour bateau
le coffre couché et comble
de ma bibliothèque
 
Je vis dans une religion
de la parole
une religion
sans dieu
volatile
- folle ivraie qui vole-
et incrustée
dans les rosées de mon sang
dans les voiles de mon âme
sans dieu
sans confiance
et libre
comme un navire
qui peut à tout instant
rompre
avec l’obligation de flotter

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NATURE VIVE
 
J’ai vu dans ce corps de bois
l’instrument dont je suis joué
les lignes où je danse
le halo beige de ma vie
 
Cela
c’est moi violoniste
gitan et manchot
archer à la corde rompue
peintre aveugle dans l’aube
 
Cela
c’est moi
ce sont mes nervures
mes chansons digitales
le bois lavé dont je me chauffe
 
Cela
c’est moi
bateau longtemps perdu
échoué et vainqueur
chair de luthier à nouveau

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VIE UN INSTANT SILENCIEUSE
 
La femme ferme les paupières
elle songe au bord du fleuve
parmi les prés étranges du fleuve
elle s’endort sur les lauriers du fleuve
comme l’on descend le couvercle
sur le clavier
comme l’on joint enfin les mains
pour entendre frémir  son piano intime
pour sentir l’ombre frôler son fleuve intérieur
pour contenir en soi l’élan nerveux des mots
 
En accord avec un zeste de vent
la femme ferme les paupières
afin que ses cheveux
flottent aussi
sur l’eau légère
de son visage posé sur les algues

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NATURE APAISANTE & VERTIGE D’ÊTRE 
 
Quelque chose très lentement
s’élève vers votre œil
ce vieil œuf d’avant l’oiseau
cet étrange baiser végétal
et la grande coquille de la vie
et du vide qui va
 
quelque chose vous charme aussi
et qui formule en une image
le vertige d’être
assis un instant
au bas de son trapèze

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EAU VIVE
 
Appartenir aux algues
ce lieu entre la terre et l’eau
entre l’encre et le mot
ce palimpseste humide
qui fait en même temps
et l’ardoise et l’éponge
 
le silence et le chant
 
le désir d’air et de pierre
 
et sur le ténu fil de l’algue
au ténu fil de l’eau
établir sa présence
et poser son portrait
geste parfait

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COSI NATURALI
 
Je sens éclore cette idée
de l’os d’un arbre
et cette idée d’un livre
qui lui serait une autre écorce
 
il y a aussi
ce fatras de brindilles
qui seraient ces doigts
qui n’ont trouvé
ni leur page
ni leur hache
ni le goût du feuillettement
ni celui du bûcher
 
Et tout est là
lavé pur et peut-être mort
Tout persiste
dans son fantôme
 
Tout poème
est un fantôme
hanté

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LE LICHEN L’OS ET L’ART
 
Comme un champ de décombres
au cœur d’un cimetière
 
au pied d’un landau blanc
le lourd placenta bleu
 
porteurs d’encre et de chant encore
des mots disloqués sur la page
 
des débris faisaient sens
disséminés sur le théâtre du sol
 
*
Une œuvre se forme
dans la chose détruite
et le cycle de l’art
fait circuit dans les ères
 
Deux os   une pierre
quelques algues
mettent en joue et en joie
le beau cadavre blanc de la vie

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D’ASSEMBLAGE ET DE HASARD
 
Il y avait ce vœu
à mi-chemin du désir
et du songe
de créer
lentement
avec le rabot de la plume
les conditions
de l’accident
d’une forme heureuse
 
cette utopie
d’envoyer le hasard
dans les mines du réel
 
cette occasion d’entendre
dans une pierre
fluer des fleurs de sang
 

"LES COULOMBRES"

Capture d'ombres et de lumières

Saisir et fixer l'étrange, le fantasque, l'insolite, le merveilleux, l'inquiétant ballet des ombres et de la lumière. Oscillation verlainienne entre le précis et l'imprécis. Rencontre passionnante, dans le sillage des expériences surréalistes, entre l'abstrait, la nature morte et les étonnants surgissements figuratifs. Curieuse et exaltante danse de l'immobile.

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Galerie

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Autoportrait

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07:53 Publié dans Lucie Coulombe | Lien permanent |  Facebook |

11/02/2014

Lucie Coulombe (1)

Lucie Coulombe

L’art d’habiter son art

a lucc 1.JPGLucie Coulombe est une photographe québécoise résidant à Rivière-du-Loup, sur la rive sud du Saint-Laurent, à deux cents kilomètres au nord-est de la ville de Québec. Elle a 51 ans. C’est une belle et grande femme. Nous avons déjà collaboré sur deux suites photographiques et poétiques que nous reprendrons dans le présent espace. De nouvelles s’y annexeront progressivement. Toutes les photographies de Lucie Coulombe ont un cachet particulier, une palpitation singulière : la raison en est peut-être que la photographe est toujours intimement présente dans ses travaux, elle y vibre en filigrane, elle s’y manifeste à la fois par la passion de son art et par l’émotion toujours entière et perceptible que lui inspire son sujet. Cette qualité de présence et d’engagement est lisible dans chacune de ses photographies. Et pourtant, bien que ces signes distinctifs soient permanents, le spectre d’action de Lucie Coulombe est très vaste : il s’étend à peu près de l’infiniment petit (une pierre, une algue, une fleur, un pétale, un insecte, la lunure ou la veine d’un morceau de bois) à l’immensément grand (un panorama kilométrique), de la couleur au noir & blanc, du figuratif à l’orée de l’abstrait, du limpide au mystérieux  et à l’étrange, au merveilleux parfois. J’ai d’abord, au début de ma découverte des albums, été séduit par la production de la paysagiste. J’ai pensé qu’elle s’accomplissait au mieux dans les vastes plans. Son book regorge de ces belles et amples images qui respirent merveilleusement et qui enchantent. Tout de suite, dans la foulée, j’ai aimé ses portraits de libellules, de papillons, un petit élan, un oiseau, un arbre. Et puis, emporté, j’ai découvert avec exaltation et surprise la complexité et l’étendue de son univers artistique.

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a lucc 6.jpgAvant d’aller plus loin, disons-le d’emblée, l’artiste est à la fois une amie de la nature (de l’écorce d’un arbre à l’immensité du Saint-Laurent, ses rives, ses baies et  ses splendides îles), une écologiste,  et, ce qui va de pair, une amie des animaux (de l’insecte au cheval en passant par le chat, le chien et le renardeau égaré et j’interromps ici la recension car il se pourrait qu’il y eût dans cette femme l’équivalent d’un Noé au féminin). Il y a chez elle une aptitude à s’attendrir et à s’émerveiller qui est contagieuse et réjouissante mais qui ne cède jamais ni au niais ni au nunuche. Au contraire, il y a chez l’artiste une grande fermeté de caractère. L’émerveillement chez elle a quelque chose de solaire, il a la vitalité de l’oxygène.  Il s’origine sans doute dans l’enfance et le temps ne l’a pas épuisé. Les adultes totalement dégagés de leur enfance sont des gens assommants et infréquentables. Leur gravité sent le formol et l’amidon. (Les quatre premières photographies de cet article sont des autoportraits)

Si elle s’émerveille devant la floraison d’un magnolia, ses photos portent le signe de cet émerveillement, on y devine, en les observant bien, Lucie Coulombe grimpant dans l’arbre, rampant sur les branches, reniflant la fleur, s’étonnant des effets de la lumière dans les pétales. On y devine le ravissement de l’artiste en train de (re)cueillir du beau. Je me représente son exaltation lorsque, sous un mauve et menaçant ciel d’orage, devant un champ de blé où trônent deux arbres soufflés par le vent, elle réussit une prise d’une beauté exceptionnelle. Par la façon dont elle se photographie rejetant la tête dans le ciel pour faire découvrir le paysage, pour lui céder l’espace, on sent la vigueur du lien qui relie cette femme aux splendeurs de la nature. La photo toujours porte la trace du souffle qui l’a inspirée. Que la photographe arpente les rives sauvages du Saint-Laurent (dont elle est une sorte d’inconditionnelle sirène amphibie) et le même effet bizarre se produit : les images ont quelque chose de sublime et d’odorant, quelque chose d’ensorcelant et de magnétique, elles chantent l’amour que porte l’artiste aux lieux. Tout cela (et il en va de même pour un caillou, une brindille ou un arbre) est entrepris comme si la photographe capturait quelque chose de précieux, d’irremplaçable. (C’est, au demeurant, sans doute vrai). Devant un point de vue, une île (l’Ile aux lièvres, par exemple), un lacet du Saint-Laurent à Kamouraska, un massif de rochers, l’attitude est comparable, Lucie Coulombe saisit et perpétue de la beauté et on l’entend soupirer d’aise et d’admiration. Sa manière la porte à tourner, à guetter l’instant propice, à patienter, à apprivoiser, à ne déclencher qu’à l’instant où le regard et la vision finissent par coïncider. Avant et pendant qu’elle les saisit, Lucie Coulombe savoure les images en même temps qu’elle y inscrit toutes les ressources de sa sensibilité. Jusque dans l’impeccable précision de l’image, le frisson est présent. Une jubilation.

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Et elle est capable encore de détecter le petit dans le grand. J’ai vu, il y a peu, le magnifique gros plan de l’œil d’un cheval où elle va, d’une façon élégante et attendrissante, capturer la fleur de l’iris. Lorsque Lucie Coulombe photographie un cheval, nous sentons quelle merveilleuse électricité passe de l’un à l’autre. L’émotion baigne l’image et l’exhausse, la rend charmante et particulière. La photographie nous montre qu’un contact est accompli, qu’une complicité existe, la photographie porte le sentiment qui entre en jeu, sa couleur, sa vitalité. C’est particulier et c’est beau.

Je lisais, il y a peu, une intéressante formule qu’un journaliste, consacrait à la très belle et très regrettée Eve Cournoyer : « Elle a, écrivait-il, l’intelligence de ses émotions ». Oui, cette formule s’applique parfaitement à la photographe. Elle a, dans son art, l’intelligence, la pétulance, la vitalité, la tendresse, l’exigence, toute la palette et l’acuité de ses émotions. Et pourtant, bien que je répugne à la dénigrer, Lucie Coulombe est d’une modestie consternante, parfois même agaçante. Tout de même, ne proposez pas, si vous tenez à son estime, de redimensionner une de ses photographies. Comme ces assez rares artistes qui ont accès à l’humilité, elle possède l’orgueil de son art. Ceci ne la rend pas franchement antipathique.

a lucc 4.jpgIl y a dans le travail de Lucie Coulombe une célébration, une approbation de la vie. Mais Lucie Coulombe, c’est aussi, comme je l’écrivais plus haut, un large spectre d’action, une accumulation de facettes. Il y a de l’esthète en elle, de la poétesse, par moments de l’artiste peintre, toujours du tempérament, mais il y a aussi une grande diversité d’approches. Il faut dire quelques mots sur la pureté de ses œuvres en noir & blanc, (je pense notamment ici à des photographies réalisées sur le Saint-Laurent, avec les lignes de pêche à l’anguille), composition impeccable, pureté graphique, tranchante, nette, magnifique et que soulignait la talentueuse graveuse et lithographe belge Sabine Delahaut. Il faut chanter sa façon d'appréhender les couleurs. Parlons, pour l'exemple, de ses magnifiques ciels crépusculaires, faramineux et rougeoyants feux de forge au-dessus du Saint-Laurent.

Il me semble qu’il faut encore distinguer, dans les cordes que l’artiste possède à son arc, ce que j’appellerai une dimension existentielle. Quelques-unes de ses photographies (je pense notamment à cette table vide en extérieur, au crépuscule, avec une lumière allumée, à ce drapeau qui flotte dans les vignes devant un chalet) évoquent une atmosphère quasiment lynchienne, développant un sentiment de mélancolie, d’étrangeté, d’inquiétude et de solitude.

Et une dimension légendaire. La somptueuse photographie de la barque traversant dans le soleil couchant un bras du Saint-Laurent a quelque chose de cinématographique et de mythologique : on pourrait être en Afrique ou à bord de la barque du nocher qui conduit la traversée de l’Achéron. Et la dimension poétique. Quelque chose de verlainien habite quelques magnifiques flous artistiques, des allées boisées sous la pluie.

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Elle a réussi, bien qu’elle soit peu encline à réaliser des images d’elle-même, de très beaux autoportraits, très originaux, sculptés dans l’ombre ou le feu de la lumière, conçus sur des fonds inattendus (quelques magnifiques visages d’elle sur un oreiller d’algues), dans une pose hiératique et élégante, des images qui flirtent parfois avec la peinture ou le bas-relief. Elle a capté quelques magnifiques reflets d’elle sur fond de roche, d’eau, de champ échevelé par le vent, … Elle a, et c’est devenu sa griffe, ce geste de ballerine pliant élégamment le bras par-dessus la tête. C’est charmant, insolite, gracieux, beau, original.

J’aime cette très subtile suite de fenêtres qu’elle avait réalisée : des vitres, parfois embuées, derrière lesquelles étaient exposées de petites bouteilles de verre coloré, là-dedans, les ombres et le bleu du ciel s’inscrivaient superbement. Premières et très abouties approches de l’abstraction.

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L’artiste a exploré cette veine à l’extrême limite de l’abstrait. La photographie demeure pour Lucie Coulombe une aventure, une expérience irremplaçable, un indispensable terrain d’expression et de création. Elle constitue aussi une sorte de laboratoire expérimental. A la façon un peu des surréalistes cherchant à fixer les hasards de la beauté, Lucie Coulombe saisit, dans des images d’une surprenante éloquence et d’une ardente beauté formelle, les fascinants jeux mobiles des ombres et des lumières sur les murs de sa maison,  leurs effets singuliers sur le relief des objets, les créatures inattendues et fantastiques qui surgissent soudain de ces combinaisons or et obscur, les climats et les atmosphères saisissants qui en résultent.

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