11/07/2013

Muriel Bompart

LES SUPERBES ABSTRACTIONS MARINES DE MURIEL BOMPART

Her delights are dolphin like

Je n'en ai pas fini avec cette artiste française. Ici, à cette adresse, http://www.murielbo.com/, je trouve quelques merveilles qui appartiennent à l'aventure picturale de Muriel Bompart. Jusque là, je n'avais mis en évidence que sa pratique, récente encore, dans la discipline de la gravure. Parmi, pour l'exemple, les Abstractions marines de 2009, je trouve quelques oeuvres admirables : des oeuvres mouvementées et alertes, denses et fluides, aquatiques et aériennes, avec parfois des épaisseurs enchassées, des épines dorsales. Il y a, dans ces bains bleus magnifiquement nuancés ou brutalement traversés quelque chose de réellement chorégraphique, une intensité d'une puissance ahurissante. Le mystère majestueux de la mer est recueilli dans ces tableaux. C'est la mer, la mer toujours recommencée, c'est l'âme de la mer, les fantômes de sa conquête, l'imprenable forteresse en mouvement de la mer, le grand orchestre de jazz de la mer et c'est aussi sa vie organique que Bompart livre dans cette suite admirable. Hélas, mais pour des raisons de protection parfaitement respectables, ces oeuvres ne peuvent être copiées. Inutile de se lamenter. Il suffit d'un clic. Et c'est une visite que je recommande ardemment, passionnément. Possibilité d'une île, Terre et mer, Blue note, Sente bleue, Grand bleu, Itinéraire bis, voilà quelques-uns des noms que Bompart donne à ces oeuvres. Cliquez sur ce lien, les joyaux vous attendent. Un grand amour de la mer habite ces oeuvres et les magnifie.

http://www.artmajeur.com/fr/artist/murielbompart/collecti...

Tout de même, dans l'espace facebook de l'artiste, je trouve trace de ces abstractions marines. je les restitue ici avec pour objectif d'édifier le visiteur. Les délices picturales de Muriel Bompart sont au dauphin comparables. 

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10/07/2013

Muriel Bompart et Denys-Louis Colaux

Cachets d'encre et de neige     

Gravures : Muriel Bompart - Poèmes : Denys-Louis Colaux

http://www.murielbo.com/

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FRIDA
 
Il a fallu
pour parvenir à la Casa Azul
où ta cendre sommeille
s'entendre avec la grâce
attraper le génie par ses oreilles d'âne
longtemps grimper
la pente raide d'un calvaire
aimer la rage et la passion
griffer la gueule du destin
et devenir
dans le ciel du Mexique
 cet astre féminin définitif
 
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LE LOUP


Les lignes de l'enfance
pour s'écarter du miel
s'avancent vers le loup
comme la nuit
pour ne jamais s'éteindre
s'étanche à l'abreuvoir
du clair bénitier des étoiles 
 

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DÉESSE
 
S'il n'y a dans ta vie
dans le grenier de ton Olympe
ou dans une alvéole
tout au fond de ta ruche
une déesse qui pense
qui marche rêve et danse
jette sur l'horizon
la clé ouverte de son oeuvre
alors le dernier des cloportes
est plus humain que toi
 

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DES SOURIS ET DES FEMMES
 
Le ciel s'étant penché
la femme pour qui je chantais
fut baignée dans le bleu
Et j'avais vu cela déjà
chez les souris qui vivent
dans la meule de foin
bientôt la couleur du soleil
les gagne
 

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L'ÂME DE VIVIANE

Son âme pensais-je a
la saveur rouge
de la cerise
le pouls inquiet
d'un oiseau qui ferme son nid
et la tiédeur d'un fruit
sur la peau de quoi le soleil
a tantôt caressé sa joue
 

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L'ÉCRAN DE LA NEIGE

L'hiver et la vie seront rudes
Pensez dès à présent
dans la grange et en vous
à rentrer du foin et du sang
et songez à remiser sous le toit
parce qu'elle est chaude et étanche
l'âme de tous vos morts
Et que la neige advienne
 

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ALLÉE

O le timbre de son passage
Je me souviens
de l'élan de son sang
d'un trait de nuit 
enchassé dans sa silhouette
et du cristal intime
qui chuchotait sous sa semelle
Je me souviens
que par sa faute
l'espérance et l'épave
jonchaient la même plage
Et 
tout au fond de la nuit
déjà
Dieu
appelait au secours
 

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L'ÉTOILE LENTE 

Elle sentait bon le mois d'août
le désir et la paix ardente
Elle se tenait là
au partage des fièvres
entre l'aisselle fraîche de l'été
le coeur rapide d'un oiseau
le foehn d'une page qui tourne
et l'épaule déjà
rousse et lascive de l'automne
Moi je marchais
comme un berger
tout seul parmi ses chèvres
qui paissaient sur les bords
de l'horizon déconcerté
 

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SON EFFIGIE
 
Et le temps tombe
léger discret
deux cheveux trois
que le peigne ratisse
Le vent la vie
des filaments sacrés
son effigie
phalènes
sciure d'astre
phosphènes sur
le plancher propre
 

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AVEU
 
Bon. Dans l'état actuel de mes connaissances,
et compte tenu
de l'immensité
de mon ignorance
je crois pouvoir affirmer
que 
les femmes nues
n'existent pas

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03/07/2013

Muriel BOMPART

Muriel Bompart

L’essentiel : ce qui vibre

A1 Muriel B.jpgQuant à Muriel Bompart, c’est autre chose, une autre voie, un autre cheminement, une autre manière de célébrer, de rendre grâce. Un art de chanter la fleur dans la touchante et pertinente représentation de ses lignes essentielles. Un art de la métonymie souvent. Tout est là, dans une brièveté précise, sélective : le diamant tout entier rendu sensible, perceptible dans le choix judicieux de deux ou trois de ses éclats. J’observe chez Bompart une pertinence et une magie évocatoire extraordinaires.  

Muriel Bompart, collagiste, dessinatrice, graveur me fait songer à ces poètes doués qui parviennent à rendre dans la concision d’un vers chantant tout le crucial de leur pensée, la couleur particulière de leur âme, le grain singulier de leur voix. Dans la gravure, elle invente une ligne, un trait de la quintessence, cette manière de rendre toute l’effervescence en quelques bulles. Vertige. Mais un vertige agréable, séduisant.

Muriel Bompart a fondé un bel endroit où peuvent s’ouvrir et resplendir ses poèmes graphiques. Cette petite nudité au chaton sur la tête tient de la merveille : la beauté vit sur la tige fragile et bouleversante de quelques lignes, elle appartient au premier coup d’œil à l’évidence. C'est doux comme un coupon de soie, beau comme la jupe qu'on peut y tailler. Nous ne connaissions pas cette enthousiasmante déclinaison de la grâce et du charme avant de rencontrer l’œuvre de cette artiste. Muriel Bompart, c’est une autre calligraphie : un trait qui est le produit, le fruit de l’émotion même, un jambage qui contiendrait tous les sentiments d'un sonnet. Une alchimie opère : le trait est transmué sentiment, émotion, il éclot et se révèle en tant que tel. La simplicité, portée à ce niveau d’incandescence, d’efficace (comme est efficace un parfum qui trouble, une couleur qui fascine, une suite de mots qui émeut) a quelque chose de magique et d’exaltant. Cette pratique singulière de la gravure associe harmonieusement, heureusement, un je-ne-sais-quoi de la  fraîcheur de l’enfance à une assomption pleine et originale de la féminité, une saveur et un savoir. Oui, voilà aussi un des agréments de cet art : il est féminin, entièrement. C'est-à-dire ? Par féminin, j'entends ce que Nietzsche désigne ici : "La sottise chez les femmes, c'est ce qu'il y a de moins féminin". Féminin  ? Souple et résistant, aérien et terrestre, léger et dense, habile et volontaire, sensible et savant, stable et dansant, distinct et séduisant.

Ce qui m’apparaît à présent, dans le pouvoir suggestif de la ligne chez Muriel Bompart, dans ce qu’il déclenche en moi, ce sont ces tintements délicats et ces magnifiques mélodies d’une ampleur simple et imparable  que j’entends en écoutant son travail. (Il va de soi que l’on regarde, écoute, sent, éprouve, goûte une gravure, une peinture)  Il y a dans sa gravure une présence musicale qui me remémore les Gymnopédies ou les Gnossiennes de Satie. Quelquefois, je me surprends à entendre, au détour d'une gravure de Muriel Bompart, la magnifique et poignante voix de ma très chère et très précieuse Lhasa de Sela.  Par leur cisèlement délicat et original, ces petites icônes sont aussi, dans mon esprit, des images parentes de certaines chansons de Brassens. Je pense à Bécassine, à Margot, à ceci : si les fleurs, le long des routes, /Se mettaient à marcher, /C’est à la Margot sans doute,/ qu’elles feraient songer… Oui, le trait de Bompart s’associe, dans mon esprit, à la poésie de Prévert, de Jammes, d’Elskamp. A Eluard, parfois. A Odilon-Jean Périer. Il me fait penser aux vers concis, essentiels et fulgurants de Corinne Hoex.

Tu traces
une seule ligne
le cap
limpide
que tu suis

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Je respire bien au cœur de ces minuties claires et sensibles, je m’y attarde longtemps, c’est un univers qui me convient, qui me parle dans une langue que j’ignorais et que je comprends pourtant. C’est un art méticuleux qui tient de l’orfèvrerie et du jardinage, c’est un pont inédit entre l’humilité et le talent, la simplicité et la grâce, l’enfance et la maîtrise, le trait et la féminité. Selon moi, il ne s’accomplit ici, avec l’élégance un peu désinvolte d’une ballerine à la ville, que de beaux pas. Quelque chose danse dans l’œuvre, vous associe à un agréable tournoiement. Un ballet de lignes. Avec ceci que les créatures de Bompart ont à voir aussi avec les oiselles.

Et il y a cet amour immodéré (les autres sont négligeables) de Frida Kahlo et que l’œuvre célèbre sans cesse. Ce n’est pas le passage d’un fantôme qui vient hanter l’œuvre, c’est une présence qui l’habite et l’anime. C’est une flamme, on en sent la chaleur. C’est beau, cette braise ardente portée à même le cœur et qui engendre cette merveilleuse galerie. C’est ainsi, me semble-t-il, quand on aime, que l’on rend grâce. La passion crée des étincelles, des étoiles. Frida Kahlo est vivante chez Muriel Bompart. Elle habite là, d’épreuves en épreuves, de strophes visuelles en strophes visuelles. C’est une hôtesse choyée, dorlotée. Le blues mexicain de la belle Frida chante ici. Elle doit bien se sentir, Frida, à Toulouse, chez Muriel Bompart. Il y a un peu de Fée en Muriel Bompart, une Nymphe de la Garonne, un poétesse, une éleveuse de légendes et de papillons. 

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A5 Muriel B.jpgIl faudrait que je parle encore du collage chez elle, ouvrage toujours inattendu, insolite, gravé en surimpression et qui semble concevoir une nouvelle dimension, un nouveau rapport, un autre langage entre tatouage, maquillage, scarification, insertion, écriture physique (je pense au livre du corps). Ouvrage fondé sur la rencontre en profondeur de deux ou plusieurs surfaces. Bompart insère sa ligne dans des sélections photographiques qu’elle rend siennes, qu’elle s’approprie totalement en les jetant corps et âme dans son univers. Le collage chez elle ne tient pas dans la recherche d’un effet choc mais se pratique comme une des formes de la recherche esthétique de la ligne éloquente : celle qui dit l’essence, le charme, la vibration, le principal. Malgré la diversité de ses disciplines, Muriel Bompart est au cœur d’un seul univers, elle demeure dans le chemin de sa quête : faire scintiller, retentir, culminer l’essentiel. Et je n’aurais rien dit d’elle sans évoquer son rapport à la couleur, un rapport qui m’a émerveillé par sa luminosité, son oxygène et sa beauté, un rapport liquide et fluide à  la couleur dans une suite comme les Abstractions marines, par exemple. Ici encore, dans cette sorte d’aisance qui me charme, la simplicité rencontre la profondeur, le vertige, conçu comme s’il s’agissait d’un geste habituel, entre dans la composition de l’élégance. Bompart est entière, totalement présente et investie dans chacun des rendez-vous qu’elle nous fixe. Et c’est pourquoi, en écho de la palpitation qui fonde chacune de ses œuvres, on peut entendre la nôtre, enchantée et sonore. Bompart, selon moi, c’est celle qui cisèle simplement l’essentiel. 

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