14/09/2016

Nelly Kaplan - Entrez, c'est ouvert (autobiographie, L'Âge d'Homme, 2016)

NELLY KAPLAN SE LIVRE

Entrez, c'est ouvert - Autobiographie - L'Âge d'Homme - 2016

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Voilà que dans une toute récente autobiographie, la cinéaste et romancière Nelly Kaplan parcourt la surface jusqu'à présent accomplie de sa vie. Et nous la découvrons entre son enfance argentine et aujourd'hui, à l'instant même où elle rédige les dernières phrases de son récit autobiographique. La Flibustière est en forme, elle est inspirée, elle conçoit un récit haletant découpé en petits épisodes denses et alertes. La lecture du récit est savoureuse, émouvante, libre. Le courant vous emporte et vous chahute, vous trouble, vous émeut. Tout est là, la fillette originale, un peu fugueuse, rebelle à l'autorité, aimée des siens mais souvent incomprise, parfois redoutée. La jeune fille, bonne étudiante, est avide de lectures. Elle dévore la bibliothèque paternelle. L'ouvrage de Breton et Soupault, Les Champs magnétiques, qu'elle découvre en espagnol, la passionne. Une autre passion la dévore : le cinéma. Les origines juives sont racontées, avec les angoisses. Advient l'heure du départ à bord du Claude Bernard pour la France d'une très jeune femme résolue, d'une aventurière téméraire sans argent et qui ne parle pas le français. La dêche dans Paris. Les petits boulots. L'apprentissage accéléré de la langue avec la radio et la presse. Les immenses rencontres. Gance, Soupault, Fraenkel, Mandiargues, Breton, Picasso, Masson, les collaborations superbes. Et l'aventure de la création : écriture, cinéma. Et les amours libres, foudroyantes, libres, fiévreuses, libres ! Les succès, les échecs, le caractère tranché, volontaire d'une Piratesse qui ne s'avoue jamais vaincue. L'histoire des films, des livres est racontée avec malice, intensité et cet accent d'orgueil taquin et désarçonnant qui n'appartient qu'à l'artiste et que nous aimons sans modération. Le ton est enlevé, léger, hilarant, grave, profond, tragique, une sensibilité troublante traverse l'oeuvre, l'exhausse. Mais la sorcière est rebelle, aucun bûcher ne lui convient, l'artiste est libertaire, insolente, inflexible. Elle peut connaître des colères rougeoyantes, en venir aux poings pour défendre une oeuvre. Elle ne s'attarde pas au ressentiment, une élévation d'esprit préside au récit, une dignité, une noblesse. Et le goût immodéré de l'énormité, de la provoc. Et Nelly Kaplan est une travailleuse obstinée, parfois jusqu'au vertige. L'ouvrage a sa lucidité pour lui, son absence de complaisance. Les obstacles ont été nombreux, il a fallu ferrailler souvent. Mais le sens vital de la liberté n'a jamais cédé, le désir inextinguible de créer non plus. l'audace n'a pas renoncé. Au final, un livre original, singulier, passionnant au diapason de l'oeuvre atypique et audacieuse et déjà historique de Nelly Kaplan. Car oui, sa place est faite dans l'histoire du cinéma français. Nous sommes dans l'attente d'un nouveau défi.

Petite promenade dans une grande oeuvre

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10:07 Publié dans Nelly Kaplan | Lien permanent |  Facebook |

31/07/2013

Bibliothèque Kaplan

LES OUVRAGES DE NELLY KAPLAN

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Manifeste d'un art nouveau : La Polyvision, avec un avant-propos de Philippe Soupault, Caractères, 1955 - Le Sunlight d'Austerlitz, journal d'un tournage, Plon, 1960 

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Le Réservoir des Sens (Nouvelles, La Jeune Parque, 1966 ; réédition en 1988 chez Pauvert, réédition augmentée en 1995, Le Castor Astral) - Le Collier de Ptyx (Ciné-roman, Pauvert, 1971) - Mémoires d'une liseuse de draps (Ben, pseudo de nelly Kaplan, roman, Pauvert, 1974).

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Napoleon, British Film Institute Classics, 1994 - Aux Orchidées sauvages, roman, La Différence, 1998 - Un Manteau de fou rire, roman, La Différence, 1998.

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Ils furent une étrange comète, roman, 2002, Le Castor astral, Paris - Ciuisses de grenouille, Maren Sell, Paris, 2005 - Ecris-moi tes hauts faits et tes crimes, correspondances avec André Pieyre de Maniargues, Tallandier, Paris, 2009 - Mon Cygne, mon signe, correspondances Abel Gance/Nelly Kaplan, et  Pandore en avait deux - (correspondances et un polar humoristique), éditions du Rocher, 2008

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Les Documentaires & Films d'art de Nelly Kaplan

DOCUMENTAIRES & FILMS D'ART

Eléments filmographiques et présentations prélevés in Nelly Kaplan, Portrait d'une Flibustière - Denys-Louis Colaux, Dreamland, Paris, 2002

GUSTAVE MOREAU (1961) 22 minutes. Scénario, réalisation et montage : Nelly Kaplan. Prises de vue : François Bogard. Musique : Jean Ledrut. Texte dit par Lolleh Bellon, André Breton, Jean Martin et José Squinquel.

"C'est le premier film de la cinéaste. Il nous donne à comprendre qu'elle ne s'est pas trompée de vocation. Cette première aventure en vingt-deux minutes de pellicule, elle la consacre à Gustave Moreau (1826-1898), peintre étonnant, estampillé symboliste. Mais lorsque Nelly Kaplan s'aventure sur l'île du Docteur Moreau (je la cite), ce n'est pas pour reconduire les lieux communs ni pour confirmer les étiquettes. Le film est bien servi par une musique originale de J. Ledrut, des citations de Baudelaire, Jarry, Lautréamont, Huysmans, Racine. André Breton en personne, avec cette inimitable voix toujours en exercice de scansion, vient y dire son admiration pour le merveilleux type féminin créé par l'artiste. Le film est une démonstration davantage qu'un plaidoyer. Il donne à voir, en guise de preuves irréfutables du talent de l'artiste, des carnets, des photos, des croquis, des oeuvres. On voit l'artiste balancer entre l'académisme, des audaces éblouissantes, et s'aventurer, par le chemin de pures abstractions, dans les prodromes de l'art contemporain. Breton et les surréalistes voyaient en lui un authentique précurseur du surréalisme. On découvre un Gustave Moreau fasciné et terrifié par la femme. On admire, divine correspondance, la Cléopâtre de Moreau illustrée par quelques vers des Bijoux de Baudelaire. On étudie comment le thème de Salomé est souvent et diversement, comme une sorte de hantise, décliné dans l'oeuvre". 

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Gustave Moreau, peintre français, 1826-1898

RODOLPHE BRESDIN (1962) 17 minutes. Scénario, réalisation et montage : Nelly Kaplan. Prises de vue : Arcady. Musique : Michel Magne. Texte dit par Michel Bouquet.

Avec son Rodolphe Bresdin (graveur, 1825-1885), Nelly Kaplan, toujours outrée et mobilisée par l'injustice, veut donner à connaître un artiste injustement méconnu. Elle annonce la couleur avec un cinglant exergue de Baudelaire : Faute de talent, il avait du génie. Les images s'ingénient à confirmer les propos du poète. C'est Michel Bouquet qui assure le commentaire, un très bel et très majestueux texte rehaussé de citations magistrales. C'est une caméra très alerte, très minutieuse qui va prospecter les passionnantes compositions du graveur et débusquer de saisissants détails. Bresdin, cet homme pauvre et original, solitaire, énigmatique, allergique aux mondanités, ce romantique exacerbé qui tenait Rembrandt pour son Dieu, a effectivement produit une oeuvre magnifique. Il possède une imagination prolifique, délirante, inquiétante parfois. Sa technique et sa maîtrise du dessin sont époustouflantes, son prodigieux sens du détail émerveille. Son travail opère de surprenantes jonctions entre le réel et l'irréel et réaliste d'impressionnantes irruptions dans le fantastique. Pour survivre, Bresdin fournit de délicieuses petites eaux-fortes à des revues dépourvues d'intérêt, illustre de mauvais auteurs avec d'authentiques chefs-d'oeuvre qui passent pratiquement inaperçus. Nelly Kaplan sort, non pas de l'oubi mais de l'ignorance, cet important graveur qui n'a jamais consacré une seule seconde de sa vie à soigner sa cote."

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Rodolphe Bresdin (par Odilon Redon), dessinateur et graveur français, 1822-1885

ABEL GANCE, HIER ET DEMAIN. (1963) 28 minutes. Scénario, réalisation et montage : Nelly Kaplan. Prises de vue : Nelly Kaplan, Giovanni Ciarlo, Arcady. Musique : Michel Magne. Texte dit par Abel Gance.

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Abel Gance, cinéaste français, 1889-1981 - Nelly Kaplan fut son assistante.

A LA SOURCE, LA FEMME AIMÉE. (1965) 9 minutes. Scénario, réalisation et montage : Nelly Kaplan. Prises de vue : François Bogard. Texte d'André Masson. Musique : Bernard Gérard. 

"Un travail touchant et singulier. C'est André Masson lui-même qui écrit et dessine le générique, qui calligraphie les petits textes qui illustrent ou annoncent les très beaux textes érotiques. Le film est mené à toute allure sur une musique originale de Bernard Gérard. Aucun commentaire vocal. Le film réussit l'adéquation entre sa découpe, dynamique et soutenue, et la structure musicale de la bande-son. Il compose un ballet sonore et graphique magnifique, un envoûtant poème visuel et sonore. Le fim célèbre le trait de Masson, crée un opéra sensuel, exalte les vertus du dessin de l'artiste, ce mélange de profusion et de clarté, d'essentiel et de fouillis, d'audace et de candeur, d'épurement et de luxuriance. La caméra pénètre dans le rythme du dessin, dans ses ondulations, ses éclaboussures, ses systoles, ses fièvres, dans sa concentration et ses dispersions. Fascinant. C'est l'oeuvre d'une belle entente, d'une belle complicité entre deux artistes : le peintre et la cinéaste."

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André Masson, peintre français, 1896-1987

DESSINS ET MERVEILLES. (1966) Sur les dessins de Victor Hugo. 12 minutes. Scénario, réalisation et montage : Nelly Kaplan. Texte : Gaëtan Picon, dit par Claude Makovski. Prises de vue : François Bogard.

"Nelly Kaplan s'attarde ici à révéler un aspect relativement méconnu de Victor Hugo, son oeuvre graphique. Ses dessins à l'encre, au fusain, à la sépia, ses lavis. Selon des techniques aussi variées que les traces d'encre, le dépliage, le coupage... Etonnante et étrange occupation en marge de l'écriture. Hugo s'aventure dans un autre chemin que celui du langage et produit, en autodidacte, des choses surprenantes et admirables. D'élégantes femmes masquées, de beaux nus, des paysages, des architectures complexes (ruines, châteaux, donjons), des séries océaniques (phares, jetées, vagues, bateaux), des dessins d'humeur, des caricatures. Mais aussi voit-on apparaître, comme en lisière du surréalisme, des compositions avant-gardistes : des bouillonnements, des profils de l'inconnu et de l'insolite, une sorte de houle puissante dans laquelle sont brassés la forme et l'informe, un jaillissement et un vertige au-delà des mots. De quoi ajouter à la légende de l'auteur de La Légende des siècles."

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Dessin de Victor Hugo

LA NOUVELLE ORANGERIE (1966) 8 minutes. Scénario, réalisation et montage : Nelly Kaplan. Prises de vue : François Bogard. Texte dit par Jacques Paoli. (Sur la collection Jean Walter et Paul Guillaume). La collection comprend des oeuvres de Paul Cézanne, Auguste Renoir, du Douanier Rousseau, Amédéo Modigliani, Marie Laurencin, Henri Patisse, Pablo Picasso, André Derain, Maurice Utrillo et Chaim Soutine. La passion de Kaplan pour la peinture est perceptible. Elle se meut dans cet univers avec l'aisance et la pertinence d'une initiée.  

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Henri Rousseau, Le Mariage, oeuvre de la collection Walter-Guillaume

LES ANNÉES 25 (1966). 10 minutes. Scénario, réa&lisaton et montage : Nelly Kaplan. Prises de vue : François Bogard. Chansons de Ricet Barrier. Texte dit par Jacques Paoli.

LE REGARD PICASSO (1967) 52 minutes. Prises de vue : François Bogard. Partition sonore : Michel Fano. Musique : Variation de Beethoven sur un thème de Diabelli. Texte dit par Jacques Paoli. (Prix spécial du Jury au Festival de Venise, 1967).

En 1967, lors de la rétrospective organisée au Grand Palais pour les 85 ans de Picasso, Nelly Kaplan réalise, produit avec Claude Makovski, un moyen métrage de 52 minutes, en couleurs, Le Regard Picasso, Lion d'Or au Festival de venise.

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Plaisir d'amour - Nelly Kaplan - 1991

Nelly affiche plaisir.jpg"En 1990-1991, elle écrit, avec Jean Chapot, et réalise Plaisir d'amour que Claude Makovski produit pour Cythère Films.

Guillaume Donatien Gaëtan de Burlador est engagé comme précepteur sur la merveilleuse île d'Anatha par trois ravissantes créatures. Il doit assurer l'éducation de la jeune Flo, sorte d'Arlésienne des îles tropicales. El Burlador, - distinguant trois, voire quatre proies -, affûte ses plus imparables stratégies. Sur fond de guérilla, de mystères, de magies, d'absence, l'arroseur ne va pas tarder à être arrosé !

Nelly Kaplan est décidément une bien Méchante Femme. D'autant plus méchante qu'en regardant Plaisir d'amour j'ai bien ri, ri à gorge déployée. Voilà votre oeuvre, Créature Blasphématoire, j'ai ri devant l'idole des hommes et l'idole des hommes est découronnée ! Un peu de Sade (Donatien) se prend dans le blase du descendant du séducteur de Séville ici mis en scène. La Flibustière a, dans le scénario, renoncé à immoler le jeune et innocent Harold Finger pour jeter en pâture à trois délicieuses faunesses cet avatar de Don Juan. 

L'impression générale, juste après la vision du film, est tout entière livrée à la qualité du rire, un rire dévastateur qui écale comme des oeufs (terrible et irrésistible effeuillage d'orchidées) les jolis vernis de l'idole déchue. Ah, c'est féroce, un régal ! Il ne va pas bien, l'avatar. Il songe à mettre un terme à ses illustres jours." (Extrait de Nelly Kaplan, Portrait d'une Flibustière par Denys-Louis Colaux aux Editions Dreamland, 2002, Paris).

Le scénario est de Nelly Kaplan et Jean Chapot. Nelly Kaplan réalise ce chef-d'oeuvre en 1991. La musique est de Claude Bolling. Les interprètes : Pierre Arditi (El Burlador), Françoise Fabian, Dominique Blanc, Cécile Sanz de Alba, Heinz Bennent, Pierre Dux, Jean-Jacques Moreau, Roger Robinel. 

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Françoise Fabian, Cécile Sanz de Alba, Dominique Blanc

09:25 Publié dans Nelly Kaplan | Lien permanent |  Facebook |

Pattes de velours - Nelly Kaplan - 1985

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PATTES DE VELOURS

"En 1985, Nelly Kaplan réalise un téléfilm, Pattes de velours, sur un scénario original co-écrit avec Jean Chapot. Une distribution exceptionnelle : Pierre Arditi, Michel Bouquet, Bernadette Lafont, Caroline Silhol, Roger Carel et ... Chapot et Makovski en ambulanciers ! 

Les affres d'un bigame dont les deux femmes (Caroline Silhol et Bernadette Lafont) se rencontrent. Ce bigame ? Paul-Emile Julien Poltergeist (Pierre Arditi) ! Pour un citoyen bien pépère (pépère comme peut l'être un polygame, tout de même!), voilà un blase qui fout les chocottes. Une étude des patronymes dans le cinéma kaplanien ne serait peut-être pas sans intérêt... Freddy Buache, dans La Suisse du 31 octobre 1987 écrit : La cocasserie des situations s'accorde à celle des noms de ces femmes-fleurs, héroïnes délicieuses entourant un bigame dans un décor de jardins : Iris et Jacinthe. Il est normal que, la réalité dépassant la fiction, l'interprète du rôle de l'inspecteur soit Michel ... Bouquet. 

Oui, le commentaire de Freddy Buache est sans doute fleuri, mais il ne rend pas justice à l'oeuvre qui n'a rien à voir avec une coquetterie d'herboriste. Pattes de velours est une véritable leçon d'humour à l'intersection du suspens policier, du vaudeville, du film fantastique et de la comédie de moeurs." (Extrait de Nelly Kaplan, Portrait d'une Flibustière de Denys-Louis Colaux, Dreamland éditeur, Paris, 2002)

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Durant le tournage de Pattes de velours, Caroline Silhol, Nelly Kaplan, Bernadette Lafont

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Charles et Lucie - 1979 - Nelly Kaplan

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CHARLES ET LUCIE

"En 1979, Nelly Kaplan co-signe avec Chapot et Makovski, Charles et Lucie, qu'elle tourne au printemps de la même année. Superbe aventure d'un couple fatigué et usé par les querelles qui voit un jour débarquer un clerc de notaire qui lui annonce un héritage cossu. Tout à la fois road-movie atypique et grinçante escapade pastorale, cette cavale d'un couple oas du tout préparé à l'aventure constitue une ouevre puissante, intelligente, foldingue et extrêmement touchante. Deux paumés sur le retour se redécouvrent, s'épaulent, vont en maraude et volent des poules pour survivre. Il faut dire que le film, étonnante chevauchée de deux piétons, est soutenu par un duo d'acteurs exceptionnels, Ginette Garcin, Lucie, et Daniel Ceccaldi, Charles. Ah, vraiment oui, le beau couple qu'ils forment ! On nous dira, après cela, qu'il n'y a pas de grands acteurs en France ! La chose est truffée d'excentricités (on est chez Kaplan, tout de même). Sur la route du brocanteur et de sa concierge de femme, on rencontre, ici, un tueur dans un confessionnal, là, une diseuse de bonne aventure (Nostradama, la Flibustière en personne). Un chef d'oeuvre qui vit sur le ténu fil de son originalité, très loin des grosses ficelles du genre. Fragile, nunacé, vibrant, léger, sensible, du pur nanan ! Une friandise cinématographique. Un film qui embaume la finesse et l'oxygène ! (Extrait de Nelly Kaplan, Portrait d'une Flibustière de Denys-Louis Colaux, Editions Dreamland, Paris, 2002).

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(A gauche) Daniel Ceccaldi et Ginette Garcin ont trouvé un nouvel emploi. Pour survivre, ils content leurs propres aventures - (A droite) Nostradama (la belle Nelly Kaplan) et Lucie. Dans ce très beau film, Nostradama fait voir le rayon vert aux deux fuyards.

Ci-après, la bande-annonce avec la musique du film, signée et chantée par Pierre Perret :

http://www.cinetrafic.fr/film/3468/charles-et-lucie

07:46 Publié dans Nelly Kaplan | Lien permanent |  Facebook |

30/07/2013

Néa - 1976 - Nelly Kaplan

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NÉA

"En 1976, Nelly Kaplan écrit avec Jean Chapot le scénario de Néa, inspiré d'une nouvelle d'Emmanuelle Arsan, qu'elle tourne en Suisse et à Paris en mars 1976. Au générique, Sami Frey, Ann Zacharias, Micheline Presle, Françoise brion et Heinz Bennent."

" A Coppet, village de Suisse dans le Vaud, où vécurent Madame de Staël et Benjamin Constant, vit Sybille, une adolescente rebelle, indisposée par les moeurs bourgeoises de son père. Pour s'évader de cet univers helvétique et pasteurisé, la gamine écrit un ouvrage érotique qu'elle intitule Néa. Le Télé 7 jours du 28 août 1976 commente ainsi la sortie du film : Il y a de l'acrobate chez Nelly Kaplan, elle a le sens du rétablissement par l'humour et puis son film est décrispé : les gestes et les regards y prennent le temps de s'inscrire et pèsent leur poids juste : le contraire exactement de ce ciéma agressif et brutal d'où le spectateur sort épuisé et essouflé."

"Néa en quelque sorte est un film dans lequel Nelly Kaplan réunit, sous l'exquise apparence d'une petite déesse blonde, ses mythes, ses héros féminins romanesques et soi-même dans ses pulsions, ses impulsions et frasques adolescentes. Si l'on me permet cette licence, je dirai que Néa est une espèce d'art poétique de Nelly."

"Comme c'était le cas pour la divine Marie de Tellier (Néa et elle ont en commun une sorte d'aristocratie naturelle et un antre secret bordélique et sorcier), comme ce l'est de façon plus explicite encore pour Belen l'aventurière, Néa est tout à la fois un être humain et un mortel dans qui un peu de léngendaire se prend. Il y a de la divinité en elle, quelque chose de rimbaldien, une humaniche farouche et rebelle, une sorcière en herbe, une intransigeante amoureuse. Loin, très loin des laborieuses et harassantes approches sociologiques, loin, très loin des roucoulades psychologisantes, mais loin tout autant du condescendant ou chirurgical regard adulte jeté sur la jeunesse, l'adolescence kaplano-rimbaldienne de Néa s'exprime dans le feu sacré ou la pyromanie, la santé et le désir, la fulgurante aventure de l'écriture, la curiosité intellectuelle et sensuelle, l'attrait du désir". (Extrait de Nelly Kaplan, Portrait d'une Flibustière de Denys-Louis Colaux, Edtions Dreamland, Paris, 2002.)

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Papa, les petits bateaux - 1971 - Nelly Kaplan

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PAPA, LES PETITS BATEAUX

"En collaboration avec Claude Makovski et René Guyonnet, Nelly Kaplan écrit l'adaptation de Papa, les petits bateaux, d'après le roman de Jean Laborde ( Bandes de Raptés), qu'elle tourne pendant l'été de 1971. Au générique, Sheila White, Michel Bouquet, Judith Magre, Michael Lonsdale, Pierre Mondy... On peut lire, dans le programme 179 de la Cinémathèque suisse que cette intrigue policière classique est l'occasion, pour la cinéaste rebelle, , d'une comédie ivre jusqu'au burlesque, d'une parodie de série noire en bataille contre la bêtise, l'hypocrisie et la domination des hommes. Et, dans Le Canard Enchaîné du 1er décembre 1971 : Heureusement, c'est Nelly Kaplan qui en fait un film pas comme les autres. Il y a surtout dans ce film un ton neuf, ni burlesque, ni parodique. C'est le ton Nelly Kaplan."

"Avec ce film atypique (mais, tout compte fait, en est-il d'autres à son répertoire ?), Nelly Kaplan ouvre une parenthèse résolument grand-guignolesque dans son oeuvre. L'étonnante chose qui en résulte tient d'un mélange inédit et farfelu dont les principaux ingrédients seraient la caricature, la parodie, la série noire (les archétypes du genre sont ici découronnés par le rire), l'absurde et le cartoon façon Tex Avery, que Nelly vénère."

"La richissime Vénus de Palma (la clownesque et jolie Sheila White, sorte de Betty Boop blonde et diabolisée, adorable peste) est enlevée par quatre brigands terriblement empotés : Marc, l'hystérique, froussard et péremptoire chef de la bande (Michel Bouquet), hilarant quand il affirme avec le plus grand sérieux : "Je suis de la race de ceux qui chantent dans le supplice", tordant lorsque, entrevoyant son avenir sur un mode résolument rimbaldien, il clame : "Je reviendrai avec des membres de fer, la peau sombre, l'oeil furieux...", Marylène, curieux mélange de flagellatrice, de tueuse sensible, de cartomancienne et de sorcière pathologiquement superstitieuse (Judith Magre), Luc, un genre de cow-boy déglingué et futé comme une moule (André Valardy) et le pruritaire Pôdane (Michael Lonsdale). La chose prend tout de suite l'allure d'un pétaradant et bariolé feu d'artifice : gags visuels, bons mots, situations cocasses, répliques hilarantes, quiproquos, grimaces, propos décalés déclamés sur un ton décisif, citations d'auteurs (Hugo, Rimbaud... Ah ! la délicieuse hérésie que de mettre dans la bouche d'un sinistre truand de seconde zone une envolée lyrique de l'adolescent aux semelles de vent), nervosité et dynamisme du ton, vitesse des séquences" ( Extrait de Nelly Kaplan, Portrait d'une Flibustière de Denys-Louis Colaux, Dreamland éditeur, Paris, 2002, France) 

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Michel Bouquet (Marc, le Chef de bande) et Sheila White (la raptée)

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Durant le tournage, la cinéaste entre ses acteurs, Michel Bouquet et Sheila White

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La Fiancée du Pirate - 1969

LA FIANCÉE DU PIRATE

Nelly Kaplan L'Harmattan.jpgVoilà un film qui a bouleversé mon adolescence. Un film tellurique. Un film qui raconte comment, dans Tellier, petit village de la France profonde, Marie, une sorcière d'une beauté confondante, prend conscience de son pouvoir et fait expier aux mâles du village, pour qui elle n'a été qu'un objet de divertissement, les humiliations qu'ils lui ont fait subir. Marie, c'est la sorcière qui va brûler ceux qui se croyaient ses inquisiteurs, c'est la poésie offensive, la femme en froide colère, c'est le plus catégorique non féminin du cinéma français. 

La Fiancée du Pirate, un film de Nelly Kaplan sorti en 1969, sur un scénario de Nelly Kaplan et Claude Makovski. 

"Marie est d'un autre monde, moins d'ailleurs du monde de la pauvreté que de celui du désintéressement. Elle vit moins en marge qu'à l'écart. Elle n'est pas assimilée, elle se révélera non assimilable, elle laissera émerger sa volonté de n'être pas assimilée. Marie vit en bonne entente avec son instinct. C'est une des caractéristiques des héroïnes kaplaniennes que cette harmonie entre l'être intelligent et son instinct, signe d'une santé et d'une vitalité. La vitalité fait figure de tentation dans cette société de Tellier où pullulent les hommes perclus de refoulements et d'inhibitions, seulement sujets à des besoins furtifs et à des assouvissements primaires, où sévissent des mégères revêches, plates, renfrognées ou obturées par leur embonpoint et qui s'apparient sans plaisir pour vainement tenter de maintenir le mâle au bercail et perpétuer l'ordre social. A-t-on bien vu, bien senti dans La Fiancée ce terrible et pertinent portrait d'une France profonde, abyssale, désespérante, ce portrait-charge du minable et obscène couple de raison. La métayère elle-même, incarnée par l'excellente Claire Maurier, homosexuelle dominatrice qui veut s'accaparer le corps de Marie pour en faire son objet de prédilection, représente une figure du pouvoir avide et tyrannique. Marie incarne la beauté dans un lieu où la beauté n'a pas de place, la libertée dans une société momifiée. Marie figure la santé dans un espace malade et vicié. Marie désordonne, dérange cet ordre de la résignation que des démangeaisons agitent, cet enkystement de la laideur dans ses tissus et ses plis. Dans le Salon de 1846, Baudelaire caractérise ainsi le Français : Tout ce qui est abîme, soit en haut, soit en bas, le fait fuir prudemment. Le sublime lui fait toujours l'effet d'une émeute... Marie fait l'effet d'une émeute". (Extrait des Forces libératrices de la subversion : Marie, Belen, Néa de Denys-Louis Colaux in Nelly Kaplan, le verbe et la lumière, textes réunis et présentés par Mireille Calle-Gruber et Pascale Risterucci - L'Harmattan, 2004, Paris, France).

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Présentation du film et bande-son : http://www.youtube.com/watch?v=j5WREkiT1P4 (musique de Moustaki, oeuvre interprétée par Barbara). 

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Le Duc (Julien Guiomar), Marie (Bernadette Lafont)

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